‹ Des Arthropathies Chez Les HémophilesChapitre 10 sur 19 · RER · texte numérisé non relu

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sérum pour arrêter une hémorragie hémophilique et cet essai fut couronné de succès.

Mais c’est le D’ P. Emile- Weil qui a surtout montré le parti que l’on pouvait tirer de cette méthode. Lorsqu'on enfonce une aiguille dans la veine d’un individu normal, il s'écoule quelques gouttes de sang, puis il se forme rapidement un caillot qui bouche l'aiguille et l’écoulement s’arrête. Rien de tel chez un hémophile : on peut lui retirer ainsi plusieurs grammes de sang sans qu’il se forme de caillot, le sang au lieu de couler goutte à goutte s'écoule presque en jet et ne s’arrête que quand on retire l’aiguille. M. le D: P. Emile- Weil a pu ainsi recueillir et examiner le sang hémophilique à l’état de pureté. Il a constaté que in vitro l'addition de sérum frais. modifiait la coagulation et la rapprochait de la normale. Ces expériences reprises in vivo ont donné des résultats analogues et des individus qui saignaient à la moindre coupure ont même pu subir des opérations chirurgicales sans inconvénients, Néanmoins ces interventions opératoires ne doivent être faites qu'en cas d'extrême nécessité et après une injection préventive de sérum datant de peu de temps.

Par ces injections répétées à intervalles plus ou moins rapprochés, M. le D' P. Emile- Weil est arrivé à diminuer considérablement les accidents ; en dehors de la possibilité de subir des opérations chirurgicales, les malades traités par cette méthode ont vu s’atténuer toutes les manifestations hémophiliques : hémorragies, arthropathies, hématomes, etc. Les acci-

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dents spontanés disparaissent ou presque, les accidents provoqués deviennent moins fréquents, mais réapparaissent cependant chaque fois que l’on s'éloigne du moment de l'injection. Les hémarthroses durent moins longtemps et il faut un véritable trauma pour les provoquer.

L'évolution des lésions sanguines suit une marche parallèle : la correction du vice de coagulation se fait d'abord normalement puis s’atténue à la fin des périodes qui s’écoulent entre les injections.

Il serait intéressant de chercher comment ces injections agissent sinon sur la cause encore inconnue de l’'hémophilie, du moins sur ses manifestations. On crut tout d’abord que le sérum agissait par ses ferments ; c’est peut-être exact dans certains cas, mais lorsque au lieu de sérum frais on emploie des sérums antitoxiques, antidiphtérique ou antitétanique, il ne peut plus en être autant. M. le D" P. Emile-Weil pense, et c’est aussi notre avis, qu'il s’agit là plutôt d’une sorte d’opothérapie : le sérum agirait en donnant au sang un coup de fouet et en provoquant la production en plus grande abondance des ferments quilui manquent ou qui existent en quantité trop faible : peut-être y a-t-il aussi une action sur les substances anticoagulantes, quoique cette dernière action paraisse moins évidente, le vice de coagulation ne se corrigeant que lentement et la coagulation ne redevenant normale qu'après de nombreuses séries d’injections de sérum.

On a conseillé aussi et souvent avec succès les

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éxtraits d'organes, extraits de rate ou de foie, mais nous préférons de beaucoup les injections de sérum comme plus pratiques, à la campagne surtout, et comme ayant donné leurs preuves plus que les extraits précités.

En pratique on injectera tous les trois mois environ 10 à 20 centimètres cubes de sérum frais ou à défaut de sérum antidiphtérique ou antitétanique directement dans une veine. En effet souvent — et Sciffers en rapporte un cas — les injections sous-cutanées ou intra-musculaires ont déterminé des hématomes avec hémorragies persistantes. Cependant chez le malade que nous avons traité nous-même par cette méthode (obs. I) nous n’avons pas eu d’accidents ni par la voie sous-cutanée, ni par la voie intra-musculaire. Nous n’avons pas non plus observé les accidents d’anaphylaxie que l’on observe souvent à la suite d’injections de sérum et que nousmême nous avons vu souvent dans le service de diphtérie à l’hôpital des Enfants-Malades.

Nulle part d’ailleurs, nous n'avons trouvé trace d'accidents d’anaphylaxie à la suite de ces injections. Cependant il faut éviter l'emploi du sérum bovin qui est peut-être moins actif et qui surtout donne souvent ces accidents, avec phénomènes graves : on a en eflet observé dans un cas une température de 39 degrés par l'emploi de ce sérum. Comme sérum frais M. P. Emile- Weil emploie en dehors du sérum humain les sérums de cheval ou de lapin.

Contre les hémorragies le sérum a une action

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hémostatique locale et son emploi est préconisé pat notre maître le professeur Broca. c

Grâce à ce ‘traitement on voit tous les accidents s’amender peu à peu et les opérations chirurgicales énergiquement proscriles à juste titre par les chirurgiens deviennent possibles ; cependant il nous paraît convenable de ne les tenter qu’en cas d’urgence et après une injection préventive de sérum faite quelques jours auparavant ; de plus nous croyons utile, pour éviter une hémorragie au niveau de la plaie opératoire, de panser celle-ci avec des çcompresses imbibées de sérum.

Néanmoins en plus de traitement sérique, il sera toujours utile de faire suivre au malade un traitement prophylactique en lui évitant tout ce qui pourrait provoquer chez lui hémorragies, hématomes ou hémarthroses. Sans élever les enfants complètement dans du coton, on peut prévenir les parents que tous les exercices violents, les coups, les heurts, les chutes, les piqüres, etc., peuvent leur être nuisibles. Il sera bon aussi, ainsi qu’on le conseillait autrefois, de faire choisir à lenfant une profession dans laquelle il n’aura à manier aucun instrument piquant, tranchant ou pouvant provoquer un des symptômes de l’hémophilie.

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