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ARTHROPATHIES CONSÉCUTIVES AUX LÉSIONS DES NERFS

Les lésions traumatiques des nerfs nous offrent les conditions les plus simples pour l'étude des arthropatMes d'origine nerveuse. Elles se présentent en effet chez l'homme, et, dans certains cas, avec une simplicité comparable à celle qu'on recherche dans les expériences sur les animaux.

Nous avons éprouvé quelque peine à réunir les documents nécessaires à l'étude de ces arthropathies qui sont relativement rares. De plus on a dû les regarder longtemps comme des coïncidences ; enfin les symptômes par lesquels elles se manifestent se trouvent masqués le plus habituellement par les lésions concomitantes. Lorqu'on observe des malades de ce genre, l'on se contente d'un examen un peu superficiel, et on ne fait pas en général assez la distinction entre les mouvements actifs et les mouvements passifs.

Blum. 1

Le premier fait se rapportant à ces arthropathies que nous ayons rencontré est dû à Hamilton.

Obs. I. Dame de 18 ans. Saignée du bras droit.

Le lendemain soir elle est prise subitement d'une douleur intolérable s'étendant de la piqûre au bout des doigts. Cette douleur s'accroît le jour suivant, le bras est légèrement gonflé, la main engourdie et froide. Cinq mois après elle se donna sur la main un léger coup qu'elle ressentit à peine; bientôt le point frappé se tuméfia, s'enflamma et de temps à autre apparurent ries attaques d'inflammation du poignet. Plus de deux ans après , la malade s'étant de nouveau donné un léger coup sur le dos de la main, il y eut une nouvelle inflammation du poignet, et pendant les trois mois suivants elle se produisit avec une régularité remarquable une fois tous les quinze jours puis une fois par semaine. En peu de minutes le poignet prend un volume extraordinaire et devient d'une couleur rouge brillante. La malade guérit.

Les observations suivantes sont tirées du livre de Weir Mitchell. Nous avons choisi celles qui nous semblaient les plus explicites et nous en avons extrait les parties concernant la maladie articulaire.

Obs. il — W. C. S., 54 ans. — Luxation de l'humérus.

Cette luxation est réduite le lendemain. La sensibilité et le mouvement de la main qui avaient été abolis, s'améliorent ; mais, en môme temps le malade constate que sa main est tuméfiée. Quinze jours après, les articulations de la main sont tuméfiées et raides. La flexion du poignet est bonne, mais limitée par la lésion articulaire. L'extension est paralysée. La flexion des doigts est passible, quoique diminuée par les lésions articulaires.

Obs. in. — B. D. L., 46 ans. — Coup de feu dans le plexus brachial

droit.

Dans le courant de la 2°^° semaine F articulation scapulo-humérale fut prise de raideur, puis ce fut le tour du coude, puis des jointures des doigts. Cet état s'accompagnait de douleurs très-vives et il persista sans modifications.

Trois mois après, l'épaule est raide et sans mouvements, les jointures sont raides, tuméfiées, rouges, douloureuses. Les mouvements imprimés aux membres et l'usage de l'électricité amènent une amélioration rapide.

Obs. IV. — J. D., 23 ans. — Coup de feu à l'avant-bras gauche intéressant le médian et le cubital.

Au bout de six mois on voit qu'à partir du coude et au-dessus tous les mouvements sont conserves; l'extension seule reste incomplète à cause de la raideur de l'articulation. Les désordres articulaires ont fait disparaître la supination et la pronation. L'extension de la main est impossible au-delà d'une certaine limite. Le pouce peut exécuter les mouvements qu'on lui imprime, les doigts sont r aides, leurs articulations tumé fées Après trois mois il restait un peu de raideur articulaire que les mouvements passifs et les douches pouvaient améliorer, mais qu'aucun moyenne pouvait faire disparaître absolument.

Obs. V. — G. L., 31 ans. — Plaie par arme à feu du nerf médian et du nerf cubital.

Six mois après, on trouve les premières jointures des doigts en bon état., les secondes un peu enflées et raides, les troisièmes sont tout à fait enflées, rigides, douloureuses, surtout à Vindex, Les premières ont conservé toute leur mobilité, les secondes une partie seulement, les troisièmes pas de vestiges. Les doigts sont à moitié fléchis; cette position est due aux inflammations articulaires et à la rétraction musculaire consécutive.

Obs. VI. — S., 17 ans. — Plaie par coup de feu des nerfs de l'aisselle.

Les articulations devinrent rapidement enflées et le bras se flécbit à angle droit. Vers le lOe jour la sensation de cuisson commença à se montrer à la paume de la main et dans les doigts surtout à la pulpe et dans les articulations. Cinq mois plus tard le poignet est fléchi à angle droit sur le bras et incliné du côté du cubitus ; les premières phalanges violemment étendues ont subi une véritable subluxation. Les mouvements du coude, du poignet et du pouce sont limités.

L'observation suivante est tirée de la thèse de M. Parades.

Obs. vit. — D., 35 ans. — Coup de feu au bras droit.

Paralysie de la sensibilité et du mouvement de la main. Le deuxième jour, sensation douloureuse en touchant les doigts.

Onze ans après, le malade est examiné par M. Paulet.

Mouvements /Deltoïàe intact; biceps vigoureux ; coraco-brachi&l intact ; brachial antérieur énorme ; longue portion du biceps se contractant vigoureusement ; atrophie des autres parties.

Flexion du poignet produite par les muscles du bord cubital.

Abduction du poignet impossible; adduction très-facile, extension impossible.

Pouce. Flexion, abduction, extension, opposition nulles ; adduction très-énergique.

Index. Flexion et extension nulles ; mouvement de latéralité possibles.

Médius. Point d"extension ; flexion isolée facile ; extension des deux dernières phalanges et mouvement de latéralité.

Obs. VIII, Section du nerf médian. — Autopsie. (Personnelle, service de M. Lasègue.)

L. 43 ans. Il y a sept ans, la malade est tombée sur un tas de verre et s'est fait une plaie profonde. La cicatrice s'étend depuis trois travers de doigts au-dessous de l'articulation du coude au côté interne jusqu'à l'apophyse styloïde du radius.

Effacement complet de l'éminence thénar ; le pouce est dans l'extension et rapproché du reste de la main. L'index présente une flexion permanente, la phalangette est fléchie à angle droit sur la phalangine, celle-ci sur la phalange. Même attitude, quoique moins prononcée, pour le médius.

L'extension passive est impossible, les autres doigts sont normaux.

A l aulopsie : névrome du bout supérieur du nerf médian ; le bout inférieur se perd dans du tissu fibreux au niveau de la naissance du nerf interosseux. L'examen micrographique fait avec M. Nepveu établit que les cartilages des articulations malades sont ramollis, amincis et présentent une prolifération cellulaire notable.

Les os sont raréfiés, amincis également, remplis de moelle rouge vasculaire, au lieu de moelle jaune comme dans les os sains. La couche compacte est également diminuée d'épaisseur.

A la lecture de ces observations , on est frappé du

vague apporté à la description de ces artliropathies. D'une part l'attention se trouve portée plus naturellement vers les phénomèn es de sensibilité et de motilité ; d'autre part, ces lésions sont le plus souvent accompagnées d'altérations de la peau et du tissu cellulaire qui les masquent.

On a observé ces arthropathies à la suite des causes les plus variées : contusion , luxation , section , plaies par armes à feu. Mitchell cite un cas du docteur Packard où elles survinrent à la suite de la compression du nerf sciatique par une tumeur.

Le plus habituellement elles siègent aux extrémités supérieures et surtout aux doigts. Toujours les articulations atteintes sont placées au-dessous du point lésé et distribuées comme le nerf lésé. Tantôt une seule articulation est prise, tantôt, et plus fréquemment, il y en a plusieurs.

Ces lésions articulaires surviennent sans délai précis dans les premiers jours qui suivent la plaie et apparaissent tantôt lentement, tantôt d'une manière trèsrapide. Souvent à leur début elles sont masquées par un gonflement inflammatoire ou par une infiltration oedémateuse. Gomme l'irritation articulaire persiste plus longtemps, lorsque ces phénomènes viennent à disparaître la peau s'affaisse et l'arthrite se montre.

La lésion est caractérisée au début par une tuméfaction peu intense, une rougeur légère, et une sensibilité très-grande au contact ou à la pression. Le gonflement parait dû à un épanchement plus ou moins marqué de synovie qui s'accompagne bientôt d'un épaississement péri-articulaire avec gonflement des extrémités osseuses.

Les arthrites peuvent être accompagnées d'érythème,

de douleurs musculaires ou névralgiques quelquefois très -intenses.

Cet état persiste sans changement des semaines et des mois^ et les articulations finissent par rester raides, tuméfiées et douloureuses au moindre mouvement.

De tous les accidents succédant aux blessures des nerfs, cet état des articulations est le plus rebelle, et, sauf quelques cas à amélioration rapide, les malades sont atteints d'ankylose incurable.

Consécutivement il peut se produire des subluxations préparées par l'épancbement intra-articulaire, le relâchement des ligaments et complétées par l'atrophie ou la contracture des muscles avoisinant l'articulation.

Nous insistons sur les lésions osseuses que nous avons rencontrées à l'autopsie et qui présentent une grande analogie avec celles que l'on trouve dans certaines arthropathies spinales.

Toutes les tentatives : mouvements forcés pendant l'anesthésie, massage, appareils inamovibles pour améliorer l'état de ces malades, ne font qu'augmenter la douleur et l'hyperesthésie.

Dans d'autres cas, on voit succéder aux lésions des nerfs, des paralysies et des déformations articulaires. Nous reviendrons sur ces faits dans le chapitre consacré aux arthropathies consécutives aux paralysies limitées. Que la paralysie succède à un trouble central ou qu'elle suive une lésion périphérique, les phénomènes articulaires sont secondaires et ne sont que la conséquence de la lésion musculaire.

Dans un travail récent [Arch. gén. de médec. 1873) MM. Duplay et Morat ont établi que le mal perforant était une maladie ulcéreuse du pied liée à une lésion

dégénérât! ve des nerfs de la région, lésion qui peut reconnaître les causes les plus diverses : affections de la moelle ou des ganglions spinaux, section, compression , des gros troncs nerveux, altérations des extrémités nerveuses.

Ils s'appuient pour soutenir leur manière de voir sur l'existence presque constante d'un certain nombre de phénomènes ; troubles locaux de la sensibilité, état de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané, lésions des articulatio7is d% jpied, éruptions cutanées, œdèmes, phlegmons, gangrènes limitées. Les lésions articulaires consistent souvent en ankyloses complètes ou incomplètes, affectant les articulations phalangiennes, métatarso-phalangiennes, tarso-métatarsiennes, etc. Dans d'autres cas on observe des subluxations entraînant des déformations plus ou moins considérables , tantôt limitées à l'orteil atteint d'ulcération, tantôt étendues aux autres orteils, 1 tantôt enfin affectant la presque totalité des articulations du pied.

D'après la théorie admise par ces auteurs, ces faits rentrent dans le cadre des arthropathies d'origine nerveuse. Bien que cette hypothèse nouvelle sur la pathogénie du mal perforant ne soit pas admise par tout le monde, on ne peut s'empêcher de rapprocher ces faits de ceux que nous aurons occasion de signaler en parlant des troubles trophiques des articulations.

ARTHROPATHIES SUITES D'AFFEGTIONS MÉDULLAIRES.

Les arthropathies s'observent à la suite des lésions médullaires les plus variées. Nous avons dû, pour l'intelligence plus facile du sujet, les diviser, au point de vue étiologique^ en plusieurs classes.

ArtliTOfatlhies dans la myélite traumatique.

A notre connaissance, il n'existe que deux observations de ce g-enre dans la littérature ; nous les relatons ici.

Obs. IX. — Plaie de la moelle épinière dans la région dorsale. — Arthropathie du genou gauche. (Par M. Viguês, Moniteur des hôpitaux, 1855, p. 838.)

Un homme âgé de 28 ans, entré le 4 février 1850, dans le service de M. Nélaton, reçut en arrière du thorax, entre la neuvième et la dixième vertèbre dorsale, un coup d'épée, qui, à en juger d'après les symptômes, lésa principalement la moitié latérale gauche de la moelle épinière. Il se produisit immédiatement une paral'^sie du mouvement qui, d'abord étendue aux deux membres inférieurs, se montra dès le lendemain presque restreinte au membre inférieur gauche.

Sur ce dernier membre, on nota en outre une hyperesthésie des plus nettes, tandis que le membre inférieur droit présentait au contraire, avec l'intégrité presque complète de la motilité, une anesthésie prononcée.

On avait donc là tous les symptômes dtl'hémisection de la moelle, tels que les a décrits M. Brown-Séquard. (1)

(1) Les expériences de ce physiologiste ont en effet établi que l'hémisection de la moelle entraîne à sa suite la paralysie motrice du membre inférieur du côté de la section, avec hyperesthésie du même côté 5 le membre inférieur du côté opposé à la section conserve sa motilité, mais devient anesthésique. M. Brown-Séquard en conclut que le trajet des fibres motrices est direct, celui des fibres sensitives croisé dans la moelle.

Le douzième jour qui suivit l'accident, on remarqua, que, sauscause extérieure appréciable, le membre inférieur gauche, toujours plus sensible qu'à l'état normal, avait augmenté de volume ; de plus, dans l'articulation du genou il s'était accumulé une quantité assez considérable de sérosité pour tenir la rotule éloignée des condyles de plus d'un centimètre.

En même temps que cette arthrite, on vit apparaître unu eschare sur la partie latérale droite du sacrum et sur la peau du même côté. L'auteur n'insiste pas davantage sur les caracrères et la marche de l'arthrite qui paraît s'être dissipée assez rapidement. Le malade guérit.

Obs. X. — Plaie de la moelle êpinière dans la région dorsale. — Arthropathie spinale à forme aiguë dm genou gauche. (Par Joffroy et Solmon, Gaz. med. de Paris, n°' 6, 7, 8, 1872.)

Le nommé Martin, âgé de 43 ans, est frappé d'un coup de poignard, dans la nuit du 15 au 16 lévrier 1871. — Le trajet de la plaie est dirigé de haut en bas, d'arrière en avant et de gauche à droite. Le malade ayant été apporté im médiatement après l'accident, on peut constater qu'à ce moment déjà le membre inférieur gauche était complètement paralysé du mouvement, tandis que le membre correspondant de l'autre côté avait conservé toute sa motilité.

Anesthésie et analgésie presque absolues au membre inférieur droit, hyperesthésie à gauche ; en un mot, tous les signes de l'hémisection spinale de M. Brown-Séquard.

Un mois environ après l'accident, le malade accuse une douleur assez vive dans le genou gauche, s'exagérant par les mouvements et s'accompagnant de rougeur et de gonflement des parties molles, avec épanchement assez abondant dans l'articulation. Cette jointure seule est malade. En même temps apparition d'une plaque rouge, érythémaleuse sur la fesse droite.

Les jours suivants, l'arthrite augmente d'intensité, le liquide intraarticulaire est plus abondant; la rougeur se change en eschare.

Le27 mars, l'eschare a guéri, et l'arthrite s'est notablement améliorée ; les jours suivants, elle se dissipe complètement.

Le malade sortit deux mois après, pouvant marcher, mais conservant toujours de l'anesthésie prononcée à droite, un certain degré d'hyperesthésieet de l'alFaiblissementdans le membre inférieur gauche.

Ces deux observations de plaie de la moelle, offrent des ressemblances remarquables. Il est probable que,

dans les deux cas, la blessure intéressait le côté gauche de la moelle, d'où tous les résultats de l'hémisection spinale : paralysie de la motilité, avec hyperesthésie dans le membre inférieur gauche, anesthésie dans le membre infériear droit. Chez les deux malades, on vit s'établir une eschare unilatérale sur la fesse droite, et une arthropathie du genou gauche. Ces deux lésions paraissent bien se rapporter à des troubles de même ordre, des troubles trophiques.

Voici une autre observation bien moins probante et que l'auteur donne comme un cas d'arthrites consécutives à un traumatisme de la moelle.

Obs. XI. — Commotion delà moelle. — Arthropathies (Gull, mém. ci.).

W. T. 38 ans. Le 22 janvier 1855, chute et commotion de la moell'e.

Quelques jours après, paraplégie incomplète, avec rougeur diffuse et gonflement des poignets et des chevilles.

Le gonflement ne dépendait pas tant d'une effusion dans la jointure que d'une œdème des parties environnantes. Les jointures étaient très-douloureuses, et c'était plutôt l'apparence de la goutte que celle du rhumatisme, car l'erythème était plus rosé et l'œdème plus prononcé que dans le rhumatisme. Les mains étaient affectées comme les chevilles.

IJaffection des jointures persista fendant mars^ avril, mai et juin, et au commencement d'avril il y eut amélioration dans l'état des meinbres inférieurs. En juin, le malade mai chait sans aide. Il y avait de temps en temps des fourmillements dans les extrémités inférieures.

Rien ne prouve, dans cette observation, qu'un accès de goutte ou de rhumatisme n'ait pas coïncidé avec la chute. La commotion de la moelle n'est pas douteuse, mais il faut remarquer qu'elle ne donne lieu à aucun symptôme vers les membres supérieurs, et cependant l'autear signale, dès le début, une rougeur diffuse avec gonflement des poignets.

Tels sont les cas d'arLiiropaUiies consécutives à des myélites traumatiques que nous avons pu réunir. On voit que dans ces cas, il s'agit, en général, de lésions peu profondes, peu douloureuses, n'amenant point les graves désordres de l'article que nous avons signalés dans une autre catégorie d'ai'thropathies spinales, dans celles qui surviennent chez les ataxiques.

Somme toute, ce paraît être là un accident rare dans le cours de la myélite trauma tique. Il en est de même, du reste, de la myélite traumatique expérimentale. MM. Hayem et Liouville ont fait de nombreuses expériences sur les animaux dont les résultats sont consignés dans la thèse de concours de M. Dujardin-Beaumetz (De la myélite aigiie, Paris, 1872). Dans les trauma tismes de la moelle qu'ils ont produits, il est fait mention de troubles trophiques siégeant à la peau, dans les viscères, etc., mais non d'arthropathies. Cependant M. Brown-Séquard en a signalé, à la suite de traumatisme delà moelle, chez le cobaye (Soc. de biol., 1870).

Artliropathies dans la myélite sij)ontoMée {aiguë ou subaiguë, circonscrite ou diffuse) .

Les premières observations sur ce sujet ont été publiées en 1831, parle professeur J, K. Mitchell (1), le père du chirurgien actuel. L'auteur y étudie les affections « rhumatismales » survenues sous l'influence de maladies spinales. C'est même en se fondant sur ces faits^ qu'il arriva à ranger le rhumatisme articulaire aigu parmi les affections de la moelle. Proposition au moins téméraire, et qui fit négliger pendant longtemps le côté vrai et original du travail de Mitchell. Les cas de GuU , celui de

(1) American|Journal of the med. se, t. VIII, p. 55, 1831.

M. Moynier, établissent détinitivement l'existence de cette classe d'arthropathie. Voici le résumé de l'observation de M. Moynier.

Obs. XII. Myélite subaiguë. — Paraplégie. — Arthropathie du genou et de l'articulation tibio-tarsienne à droite. — Eschares. — Mort, par M. MoyAier. (Brown-Sequard, Journal de la Physiol., t. III. p" 138, 1863.)

Il s'agit d'un jeune homme de 18 ans, ayant présenté tous les symptômes demyélitesubaiguë à la suite de séjour prolongé dans un endroit humide, et de grandes fatigues. Il entre à l'Hôtel-DieUjdans le service de Trousseau, le 16 février 1859, La paralysie du mouvement commence à se prononcer dans les membres inférieur» le 15 janvier; elle était complète le 9 Février. Le 23 la peau de laiégion sacrée est le siège d'une fluxion érythémaieuse. Le 5 mars il s'y développe une eschare.

Le 6 mars une douleur vive se manifeste dans le genou droit qui est tuméfié et donne la sensation de fluctuation. Il y a en outre tuméfaction douloureuse de V articulation tibio-tarsienne du même côté. Le 8 mars, le genou avaitdiminué de volume. î-e 9, eschares au talon. Mort Le 27 A l'autopsie foyerde ramollissement siégeant à 4 centimètres au-dessus de la queue de cheval. Malheureusement, l'autopsie est muette sur l'état des articulations.

Dans un mémoire important, paru il y a quelques mois à peine (1), M. S. Weir Mitcbell, a repris la question des arthropatliies de cause spinale , et publié quatre observations nouvelles, dont voici la première; les autres ne sont qu'une variante.

Obs. XllI. — Le D'" Mitchell est consulté^dans l'automne de 1873, par un homme de -48 ans sans antécédents morbides personnels ou héréditaires ; au printemps de cette même année, grandes fatigues intellectuelles, et marches à pied exagérées. En juin, lég'ères douleurs lombaires qui se calment par le repos. En septembre douleurs; gonflement e! raideur du genou droit qui vont en augmentant malgré le trai-

(1) S. Weir Mitchell, Spécial Arthropathies. (The American Journal Philadelphie, avril 1875}.

temenlet le repos. En noveiiibre l'articulation est chaude et très-enHée, la rotule est soulevée par i'épancheinent, la douleur est intense surtout la nuit. Un mois après, douleur et &ensibililé des lombes de la 8*à la 12« vertèbre dorsale. Legenouvaun peu mieux quoique toujours enflé, rouge et douloureux. Mais la cuisse et la jambe qui étaient auparavant absolument normales ont dépéri, surtout les muscles extenseurs de la cuisse et le groupe des gastrocnémiens et des péroniers qui sont fort affaiblis et ne répondent qu'à de tbrtscourants électriques. Électricité appliquée au genou et aux muscles, guérison en trois mois.

Depuis légère rechute qui a cédé promptement au même traitement.

L'auteur n'hésite pas à i^attacher à une myélite circonscrite les lésions articulaires et musculaires constatées dans ce cas ainsi que dans ses trois autres observations. Il insiste sur ce fait que l'arthropathie a apparu comme symptôme initial de la maladie spinale ; celle-ci ne se révélant que plusieurs mois plus tard, par les symptômes habituels et classiques (rachialgie, douleur en ceinture, fourmillements, etc). Les faits relatés pourraient facilement être interprétés autrement et rapportés au rhumatisme articulaire ; mais, vu l'autorité du chirurgien américain^ nous leur devions une mention spéciale.

Arthropathîes dans la, comjjression de la moelle, {mal de Pott).

Les premières observations d'arthropathies spinales sont dues, comme on le sait, à F. K. Mitchell, et se rapportent à la myélite et surtout au mal vertébral de Pott.

Voici, en substance, les deux observations fondamentales que rapporte cet auteur.

Obs.XIV. — En 1827, une malade atteinte de mal de Pott, présenta tout à coup les symptômes habituels du rhumatisme articulaire aigu des

extrémités supérieures; un genou d'un côté, un cou-de-pied de l'autre, étaient rouges, raides, chauds et douloureux. Le traitement ordinaire par les ventouses, les purgatifs, etc., eut pour effet de transporter l'inflammation sur les articulations du côté opposé, et finalement sur la hanche. En présence de ce résultat, F. K. Mitchell commença à supposer que la cause de cette inflammation rebelle pourrait bien exister dans la moelle épinière, malade à la région lombaire. 11 fit appliquer des ventouses sur la gibbosité, puis un vésicatoire ; une rémission des symptômes suivit promptement cette médication ; la douleur articulaire disparut, et le patient revint à son état habituel de santé.

Quelque temps après, l'auteur observa une petite fille affectée du mal de Pott cervical ; elle fut prise « d'un rhumatisme articulaire aigu du poignet,» qui céda à l'application de ventouses sur les vertèbres cervicales.

C'est en se basant sur ces faits et sur quelques autres analogues que l'auteur établit sa théorie générale du rhumatisme, qui, d'après lui, aurait pour point de départ une irritation de la moelle (1).

Quoi qu'il en soit delà valeur de cette conclusion, les faits qu'il a observés subsistent; ils établissent l'existence, dans le mal vertébral, d'arthrites spéciales dérivant de l'affection spinale.

En voici quelques autres exemples.

Obs. XV. — Carie vertébrale de la partie supérieure du rachis. — Arthropathies multiples à forme subaiguë et à retours fréquents. (Par M. Charcot, dans Bail, du rhumatisme viscéral, Thèse de concours 1866.)

Des douleurs articulaires, avec gonflement et rougeur, se sont montrées à plusieurs reprises chez un sujet qui commençait à pré-

(1) Il est certain que fréquemment la méningite cérébro-spinale s'accompagne de phlegmasie d'une ou de plusieurs articulations (Forge Rollet, Gerhard et Lamb, Mankopff, Pfeiffer, Frântzel, etc.). La question est de savoir si ces arthrites sont consécutives à la méningite, ou bien si celle-ci, aussi bien que les localisations articulaires, ne sont pas toutes deux des manifestations rhumatismales.

seiiter des phénomènes de paraplégie. Plusieurs médecins appelés en consultation crurent à une méningite rhumatismale ou goutteuse. La paraplégie devint complète, et cependant ces gonflements articulaires continuaient à se produire de temps à autre. Quelques semaines avant la mort, on vit apparaître nae tumeur volumineuse faisant saillie de chaque côté derrière les oreilles avec torsion du cou et de la face vers l'épaule droite.

L'autopsie n'e.ut pas lieu, mais il est très-vraisemblable qu'une carie de la colonne vertébrale a été le point de départ de ces symptômes variés.

Obs. XVI. — Mal de Pott lombaire. — Paraplégie avec flaccidité. — Arthrite spinale. — Guérisoa par les pointes de feu. (Par Michaud, sur la méningite et la myélite dans le mal vertébral. Thèse de Paris, 1871, ll™e observation.)

Il s'agit d'une jeune fille de 21 ans, observée à la Salpêtrière, paraplégique par mal de Pott depuis deux ans.

Le 15 septembre 1871, on constate que le genou gauche est notablement tuméfié; il présente le caractère d'une arthrite subaigûe, avec épanchement de liquide; la rotule est très-mobile, la pression douloureuse; pas de craquements.

Le membre inférieur gauche est le siège d'un oedème dur, iin peu douloureux à la pression. L'articulation tibio-tarsienne offre aussi une tuméfaction bien accusée. On ne peut guère savoir exactement si l'articulation coxo-fémorale participe aussi à Taffection, mais on note une douleur assez vive que la malade rapporte à l'aîne gauche. Du côté droit, ni œdème, ni douleurs.

Pendant les premiers jours du mois suivant, l'œdème du membre et le gonflement des jointures disparurent progressivement.

Obs. XVII. — Carie vertébrale. — Arthropathie spinale. (Bulletin med.

du Nord, 1874.)

Un malade âgé de 47 atis, atteint de mal vertébral de Pott, fut pris de douleurs dorsales suivies bientôt de paralysie complète. Ces divers accidents étaient dus à une compression sans irritation de la moelle. Mais bientôt les phénomènes d'irritation surviennent, (convulsions toniques et cloniques, douleurs fulgurantes, priapisme); en même temps on remarqua l'apparition des bulles à la région sacrée ; quatre jours après les genoux étaient le siège d'un gonflement manifeste et les rotules étaient soulevées par l'abondance du liquide intra-articulaire.

En définitive, dans le mal de Pott, on peut rencontrer deux formes principales d'affections articulaires: 1° l'arthrite aiguë ; 2" l'hydarthrose. Ce sont des affections relativement légères et bien différentes dans leur marche aussi bien que dans leur anatomie pathologique, des formes graves que l'on observe dans l'ataxie locomotrice.

Ao'thropathies 2^ci'i' tumeur de la moelle.

Il existe dans la littérature un cas d'arthropathie consécutive à une tumeur delà moelle ; nous le résumons , quoiqu'il soit loin d'être complet.

Obs. XVni. — Tumeur tuberculeuse de la moelle — Arthropathie du genou droit. (GuU. Cases of paraplegia, Guy's Hospital reports, 1858, 3° série, p. 206.)

Elisabeth W. à l'âge de huit mois, perdit graduellement l'usage du bras droit ; au bout dg 15 rnois, ( avril 1875 ) le gauche s'affaiblit de la même façon ; les membres paralysés pendaient flasques et inertes. La lête était portée entre les épaules, le cou raide. Membres inférieurs faibles, mais encore remués volontairement. Dans la première moitié de mai, le c/e/iou droit devint le siège d'un épanchement et à partir de cette époque, paralysie notable des extrémités inférieures avec contractions spasmodiques fréquentes. L'enfant succombe le 17 septembre, par épuisement.

A l'autopsie : tumeur tuberculeuse siégeant au niveau de la moitié inférieure du renflement cervical, ayant causé une absorption complète du tissu propre de la moelle. Nul détail sur l'état de la jointure.

Ainsi que le fait remarquer M. Bourneville (1), à l'intéressante monographie duquel nous empruntons ce résumé du cas de M. Gull, l'hydarthrose, ici, paraît bien attribuable à la lésion spinale, vu l'extrême rareté du rhumatisme à cette époque de la vie.

(1) Bourneville. Etude sur les arthropathies. (Revue photographique des hôp., t. H, 1871, p, 70.)

Arthropathies dans V atrophie musculaire progressive.

En 1863, Remak publiait un article dans lequel il signale des altérations des jointures des doigts survenues dans un cas d'atrophie musculaire progressive ; il regarde cette arthropathie comme distincte de l'arthrite vraie, rhumatismale, goutteuse ou traumatique,, et comme dérivant de la maladie des centres nerveux, de même que les altérations musculaires (1).

Les caractères de cette arthrite se rapprocheraient de ceux du rhumatisme noueux à sa première période. Les têtes osseuses augmenteraient de volume^, et les doigts présenteraient au niveau de chaque articulation malade une sorte de nodosité.

Ces arthropathies sont- elles réellement d'origine spinale et de nature trophique, ou bien résultent-elles des déformations et des tiraillements que subissent les petites jointures par suite de l'atrophie de certains muscles et de la prépondérance de leurs antagonistes demeurés contractiles ? C'est là un point que nous ne nous chargerons pas de décider.

M. Moritz Rosenthal, dans son. Traité des maladies nerveuses, cite un exemple curieux d'arthropathie dans Tatrophie musculaire progressive (2).

11 s'agit d'une femme de cinquante ans, atteinte depuis trois ans d'atrophie musculaire progressive, évoluant d'une façon classique, avec début par les extrémités supérieures et extension aux membres inférieurs ; à moment, il survint sans aucune trace de douleurs ni d'inflam-

(1) Remak, ueber den Einfluss des Nerven Systems auf Krankheiten derKnochenundderGelenken.(Allgein.med,Centralzeitung, Berlin, 1863),

(2) M. Rosenthal, Haudbuch der diagnostic der Nerven-Krankheiten. p. 571.

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mation, un gonflement de Vépaule droite, qui atteignit presque le volume d'une tète d'enfant. Ce gonflement persista pendant près d'une année. Un an après la malade mourut d'une pneumonie ; il n'y eut pas d'autopsie.

L'auteur rapproche cette arthropathie de celle décrite chez les ataxiques par M. Gharcot. Si, en effet, l'atrophie des grandes cellules des cornes antérieures entre pour quelque chose dans la production des arthropathies spinales, il y a lieu de s'étonner que celles-ci ne s'observent pas plus fréquemment dans l'atrophie musculaire progressive, maladie très-certainement liée à une lésion de ces cellules.

ArthrojMtMes dans laparalysie infantile.

Il n'en existe, à notre connaissance, qu'un seul cas, observé par M. Liouville. Il s'agit d'un homme atteint de paralysie infantile et mort à l'âge de 45 ans ; il présentait une arthropathie de l'articulation coxo-fémorale droite, avec altérations atrophiques des surfaces osseuses très-prononcées. M. Liouville constata en même temps une lésion des grandes cellules de la moelle, dans la région dorso-lombaire (1).

Le même observateur a publié un cas de paralysie générale progressive des aliénés, à forme cérébro-spinale, dans lequel il existait des troubles trophiques nombreux, consistant surtout en eschares, et en une arthropathie de la hanche droite (2).

Ces faits sont intéressants; mais jusqu'ici ils sont isolés et nécessitent le contrôle de nouvelles recherches.

(1) Bullet.de lo Soc, anatom., 1872, p. 485.

(2) H. Liouville, Contribut, à l'étude de la paralysie générale des aliénés (Progrès méd. 1874. n<= 42).

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