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LES ARTISTES DE L'AME

de la grande Epopée que tu admires sur les boîtes de la Régie, c'est de moi!

— Mes compliments !

— Eh ! bien, oui, voilà où mène le symbolisme, à condition d'en sortir. Ah! c'est dur, quelquefois I Tu comprends, j'ai bien encore l'idée de fourrer des lys, des iris aux panaches de ces vieux grognards... Un vieux reste d'autrefois ! A part cela, je suis heureux comme un électeur. Je me promène, je regarde, je rigole de mon temps... je ne manque pas une Exposition de peinture.

Et, tout à coup, pouffant de rire, il s'écria:

— Tu as vu? Ah! elle est épatante, celle-là!

— Quoi donc?

— Il y a, aujourd'hui, à la Bodinière, une exposition des Artistes de l'âme.

— Allons donc!

— Oui, mon vieux... des Artistes de l'âme. C'est imprimé sur des cartons, des affiches. Les murs en crèvent de rire. Les Artistes de Tâme!

— Et quels? Nomme-les.

— Mais toujours les mêmes. Schwabe, Séon, Osbert, un Point... C'est tout.

— Un Point? Armand Point, ta veux dire. Celui qui peint des sphynges modernes?

— Parfaitement. Des sphynges batignollaises, ou des âmes, c'est tout un.

— Et Maurice Denis? Est-ce qu'il en est?

— Non, mon vieux, pas cette fois-ci. Il se

réserve depuis qu'il fabrique des chambres à coucher... dehors...

— Comme tu es méchant î

— Tu l'as vue, sa chambre, hein? Je ne lai pas inventée, que diable!

— Sans doute! Mais on a dû certainement t'expliquer, comme h moi, que cette chambre n'était pas une chambre, mais une harmonie de courbes...

— Parbleu!... sans ça!... Je ne suis pas une bête et je sais ce que c'est qu'une âme. Je sais qu'une âme ne peut pas se coucher dans des lits, ni se mirer dans des glaces, ni s'asseoir dans des chaises, ni faire pipi dans des pots. Non, elle fait tout cela dans des courbes, c'esc connu. Seulement, pourrais-tu me dirç pourquoi à ces âmes, c'est-à-dire des êtres fluides, impondérables, il leur faut dos meubles qui pèsent trois mille kilos? Car enfin, ces chaises sur quoi doivent se reposer des derrières spécialement aériens, je défie bien au déménageur le plus alhlétiquement musclé de les soulever tout seul, et quels crics, quelles poulies, quelles grues seraient assez puissantes pour déplacer cette armoire oii l'Ame — je la vois d'ici, — range les halos de lumière qui lui servent de chapeaux, et les écharpes de nuées qui lui tiennent lieu de chemise?

— Que veux-tu! C'est le mystère des courbes...

— Tout de môme, ces bougres d'artistes de l'âme, quauii ils se trouvent en présence de

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