UN TABLEAU PAR LA FENETRE
Nous avons donc, enfin, un faux Millet au Louvre î
De quoi nous sommes doublement fiers, car ce précieux cadeau nous le devons à Tinitiative de M. Georges Lafenestre, qui est un conservateur éminent et un exquis écrivain. C'est du moins en ces termes flatteurs et ironiquement appropriés à la circonstance que M. Arsène Alexandre console M. Georges Lafenestre de cette fâcheuse aventure.
Nous le devons aussi, j'aime à le croire, à la commission supérieure des musées, étrange institution qui se compose d'amiraux, de généraux, de colonels, de vieux capitaines d'habillement et de divers autres braves fonctionnaires assez inattendus, disons-le, et sans l'autorité de qui rien ne se doit acheter — aussi bien le faux que le vrai, lesquels, d'ailleurs, s'équilibrent toujours, celui-ci plaidant pour celui-là, ainsi qu'on
sait. 0 joies, ô sublimes ivresses de l'art î Il y a donc toutes les garanties officielles et nationales requises pour que ce Millet du Louvre soit aussi faux qu'il est possible à un Millet d'être faux, et même à n'importe quel autre tableau acheté par M. Georges Lafenestre, avec l'approbation corroboratoire et consécutive de nos seigneurs les membres de la commission supérieure des musées.
Malheureusement, en dtpit de ces sérieuses garanties, il n'est pas absolument prouvé qu'il soit faux, ce Millet, car si M. Georges Lafenestre dit : « Non, il ne l'est pas ! », les meilleurs experts et les plus sagaces amateurs viennent qui déclarent à leur tour : « Oui, il l'est, » Or, cette dénégation ne saurait me convaincre du bienfondé de ces affirmations, — et réciproquement, : — attendu que je me méfie des meilleurs experts et d'S plus sagaces amateurs autant que des éminents cons^^^vateu^s, fussent-ils, par surcroît, les plus exquis écrivains du monde. Et mon esprit connaîtra les rudes angoisses du doute tant que je n'aurai pns, sur ce grave débat, l'opinion de M. Chauchard lui-môme, l'homme de France qui se connaît le mieux en toile, et à qui ces questions de Louvre, les plus vastes du monde, sont vraiment les plus familières aujourd'hui.
En attendant que la chose soit décidée d'une façon ou de l'autre, il 3' a de quoi rire un peu. Rions donc !