BASTIEN-LEPAGE
Il y a trois mois, à peine, Bastien-Lepage mourait, en pleine jeunesse, en pleine effîorescence de talent. J'ai dit alors sincèrement et respectueusement ce que je pensais de ce très intéressant artiste. Il me semblait que ses amis rendaient à sa mémoire un assez mauvais service en outrant Téloge et en l'installant, tout de suite, dans une gloire démesurée d'oii le temps ne pouvait que le faire déchoir.
Mes idées n'ont pas changé après la visite que je viens de faire à l'exposition de ses œuvres, organisée à l'hôtel de Ghimay, celte nouvelle annexe des Beaux-Arts. Plus que jamais je suis persuadé que l'enthousiasme des amis est souvent chose nuisible, plus nuisible que Thostilifé et le parti-pris de la critique. Et c'est bien le cas aujourd'hui.
Tout près de Bastien-Lepage se trouve Delacroix. Or, ceux qui ont porté aux nues le peintre
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de l'Amour au village^ disputaient aigrement sur le génie de l'auleur des Convulsionnaires de Tanger. Aucune restriction dans la louange pour le premier ; des réserves grognonnes pour le second. Vraiment cela manque de proportion, par conséquent de justice, et cet emballement respectable, mais irréfléchi, va tout droit à rencontre de ce que l'on en espère. Pourtant Bastien-Lepoge avait assez de talent pour avoii' droit à la vérité, cette vérité que Ton ne doit qu'aux grands.
Bastien-Lepage était un convaincu et un honnête. Toutes ses pensées ont une noblesse, tous ses efforts ont un élan, toutes ses réalisations montrent une personnalité dans la recherche du vrai. Il ne s'élève jamais bien haut, à cause de ses qualités mêmes qui Taltardaien!, en quelque sorte, aux détails multipliés d'un sujet, au lieu de l'emporter dans la grande synthèse et la généralisation. On le sent très préoccupé, et — préoccupé d'une façon inquiète, — des petites choses. Certes, il avait une sensibilité vive, une vision franche, une compréhension juste ; et la nature n'était point muette pour lui. Elle lui parlait par ses larges horizons, par ses nuits étoilées, par ses jours écrasés de soleil, par la rusticité de ses êtres. Mais ce n'était point l'éloquence magnifique, le lyrisme vibrant qui emplit de sonorités exaspérées, de passions hautaines l'âme de Claude Monet, par exemple et
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déborde sur ses toiles ; c'était un langage discret, intime, réfléchi, l'air triste ou joyeux d'une chanson de veillée. Bastien-Lepage n'a vu dans toute la nature qu'une série d'anecdotes, d'idylles rétrécies ; même ses tristesses gardent je ne sais quoi d'apprêté et de joli qui les glace et qui n'émeut pas.
Il n'y a pas, dans ses tableaux, dans ses grandes compositions surtout, la sorte d'association de l'homme à la terre qu'on sent si profondément dans Millet. Il est rare que ses personnages soient bien du paysage où il les met. Il semble qu'ils aient été découpés et collés ensuite sur la toile. Cette impression est très sensible dans la Récolte des pommes de terre^ où les figures, plates et sèches, d'un dessin trop cherché et d'une exécution trop détaillée, nuisent au paysage, qui est pourtant là d'une admirable simplicité et d'une vraie poésie champêtre. Le Père Jacques surtout accuse le procédé ; on dirait qu'il n'appartient pas au bois qui l'entoure et qu'il sort du cadre.
J'aime infiniment mieux ses petites études, où le sujet qui se rétrécit en une seule émotion gêne moins l'artiste. Il y en a vraiment de tout à fait remarquables, d'un sentiment exquis et d'un frisson ému. C'est là qu'on sent bien l'artiste qu'était Bastien-Lepage, ses aspirations, ses recherches et ses sincères préoccupations de la nature. L'excellent peintre a rendu des impres-
sions d'heures fugitives et de lumières mysliques qui prouvent qu'il y avait un poète, un rêveur, un interprète souvent inspiré, dans le naturaliste qui prétendait préférer la vérité à la poésie. Ses marines ont un accent qui étonne chez cet amoureux des champs de la Lorraine ; et ses nuits sans étoiles, qui baignent de leur ombre épaisse des villages endormis, ont une profondeur mystérieuse où l'esprit s'enfonce vers des rêves infinis.
Il faut citer un ouvrage tout à fait hors de pair : c'est Un Pont de Londres. Un pont dont on n'aperçoit qu'une seule arche qui s'arrondit, et la Tamise qui coule entre des lignes brumeuses et des horizons brouillés; sur tout cela le jour gris de l'Angleterre. Il n'y a rien, ni un bateau, ni un personnage, rien que ce pont, qui barre la toile dans toute sa longueur, rien que cette eau et ce ciel. Cette toile est bien près d'être un chefd'œuvre ; en tout cas elle est d'un grand artiste. Mais les études de cette hardiesse, de cette simplicité et de cette puissance ne sont pas nombreuses.
Les portraits forment la meilleure partie de l'œuvre de Bastieu-Lepage. C'est là qu'il semble avoir mis ses plus nobles et ses plus curieux efforts. J'ai déjà parlé des portraits de son père, de son grand-père, de M. Wallon, et j'ai loué, comme il coîjvient, celui de M°® Drouet, qui est excellent. Si Bastien-Lepage reste, c'est par ses
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portraits, — et ses petits portraits, pour lesquels il s'est évidemment ressouvenu de Clouet. Ils sont d'une exécution très poussée, presque miniaturée, et pourtant sans mièvrerie et sans sécheresse.
Quelques-uns même ont des accents d'humanité — et, pour ainsi dire — des psycbologies très intéressantes. Il faut voir particulièrement le portrait de M. Andrieux, très franc, très net, très vivant, et celui d'une vieille dame dont un côté du visage est paralysé. Il y a là des recherches originales et des effets nouveaux qui assurent à Bastien-Lepage une place enviable parmi les peintres modernes.
Je crois néanmoins que le comparer à Holbein, comme beaucoup l'ont fait, est une exagération sans portée. Holbein dans le fini, dans la perfection du détail, avait un dessin rude, une logique impitoyable, une résolution presque sauvage des lignes qui manquaient souvent à Bastien-Lepage. Supérieur à Meissonier, qui toujours raidit l'homme et le ramène à la mort du squelette, à l'immobilité de l'armature, il a cherché, dans une virtuosité parfois excessive, à pénétrer l'âme du modèle et à mettre des rayonnements sur le visage. Il faut rendre cette justice à Bastien et admirer l'artiste là où il est admirable.
En résumé, c'était un très sincère artiste qui n'a jamais eu que des préoccupations d'art et jamais ne s'est laissé guider par une pensée de
lucre et des compromissions de métier. Manet l'avait très vivement impressionné; mais il n'a pas osé pousser la logique jusqu'au bout, et souvent il s'arrêta à mi-chemin de ses audaces. Ses grandes toiles manquent d'harmonie et de proportion, ou plutôt de décision. Elles semblent hésiter entre les formules grandioses, simples et idéalistes, des Primitifs, et les formules du naturalisme nouveau. Ce sont ces dernières vers lesquelles il paraît avoir incliné. Malheureusement, le naturalisme, aussi bien dans la peinture que dans la littérature, est un rapetissant qui réduit toutes choses et tous êtres à de pauvres constatations.
La vérité habite aussi bien les hautes régions de l'idéal ; elle s'y montre dans de plus belles et plus éclatantes lumières, et les artistes qui vont la chercher là ne risquent rien que de faire des œuvres impérissables.
Bastien-Lepage manquait de flam^me, de cette flamme de création ardente et sacrée qui élève l'homme au-dessus de la virtuosité du métier pour le faire entrer dans le ciel splendide de l'art immortel où les peintres ne sont pas seulement des peintres, mais oii ils reçoivent l'initiation à toutes les beautés que produit la pensée humaine.
Un peintre qui n'a été qu'un peintre ne sera jamais que la moitié d'un artiste.
[La France^ 21 mars 1885.)
Voilà donc une exposition intéressante et charmante, d'autant plus intéressante et charmante qu'elle succède à l'exposition des aquarellistes,, dont nous avons parlé ici-même avec tout l'irrespect qu'elle comporte, tout le mépris qu'elle mérite. Nous osons même espérer qu'après le succès des pastellistes français, les aquarellistes, également français, — car tout est français chez M. Georges Petit, — s'en iront enfin exposer leurs œuvres chez les confiseurs du boulevard, qu'ils n'auront plus cette impolitesse de convier le public à venir lécher les sucreries de Boissier- Vibert, les bonbonnières de Gouache-Leloir, et qu'ils retourneront à leurs sacs et à leurs compotiers.
Avouons, pour être juste, que l'intérêt de cette exposition nouvelle vient de ce que M. Georges Petit a eu la très heureuse idée de mêler, aux œuvres d'artistes vivants, des œuvres d'artistes
morts, tels que Latouï-, Chardin et Millet, qui font oublier tous les Emile Lévy, tous les Duez et les quelques rastaquouériques Tissot qui sont là, comme par hasard, on pourrait dire : à titre de repoussoirs, si ces grands maîtres de l'Ecole française en avaient besoin pour faire éclater leur génie et leur beauté.
On sait que M. Tissot est moitié anglais, moitié français, qu'il possède un atelier à Londres et aussi un atelier à Paris. Ce peintre fréquente la meilleure société, et les gens du monde et du demi-monde lui confient volontiers leurs nobles têtes à pourlraicturer. Très selected, M. Tissot, très professional paintei\ enfin ce qu'il y a de mieux. D'ailleurs, aucun talent, pas même de l'habileté vulgaire, mais une agaçante prétention à l'original, au nouveau, à Vartiste. Sa peinture, imitée des préraphaélites anglais, des impressionnistes français, et aussi des institutards de l'Ecole, est bien la plus désagréable mixture qui se puisse voir. Du détail là oii il faudrait des masses, des masses là où il faudrait du détail, un dessin hésitant et grossier, et pas le moindre sentiment des valeurs. Telles sont les qualités de M. Tissot, qui est toujours à côté de la vérité, du goût et même du métier. 11 ne dédaigne pas non plus le plagiat, mais il est presque aussi mauvais
plagiaire qu'il se montre détestable inventeur. Son portrait de femme en robe noire et manteau de fourrure blanche est littéralement copié d'un magnifique portrait de Whistler qui figura, au Salon, il y a trois ans. Même pose, même ajustement, même arrangement, recherche du même sentiment et des mêmes effets. Mais quelle pauvre copie ! Néanmoins les amis et familiers des petites dames s'extasient fort devant les productions de M. Tissot qui sont, paraît-il, indispensables à l'ameublement des cabinets de toilette, car on les retrouve toujours entre un bidet d'argent massif et des jeux de brosses d'écaillé blonde.
M. de Nittis est représenté par dix sept pastels dont quelques-uns sont fort importants et comptent le plus dans son œuvre. J'ai grand'peur que la vogue qui — au contraire, des autres arlistes, — s'attacha à lui de son vivant, ne l'ait abandonné à sa mort.
11 faut bien avoir le courage de le dire, il y avait en M. de Nittis beaucoup plus d'habileté que de vrai talent. 11 séduisait davantage par les qualités de prestidigitation dont il faisait preuve, que par la sincérité, la personnalité qui ne se dégagent pas nettement de ses œuvres. M. de Nittis avait beaucoup pris à Manet et surtout à Degas, mais, en véritable Italien qu'il était, il pomponnait, enrubannait, embourgeoisait ce que les artistes sévères mettaient dans leurs toiles, d'art
abstrait et de logique impitoyable. Gerlains peintres anglais avaient eu aussi sur lui une grande influence. Son imagination se débattait au milieu de toutes ces réminiscences qu'il gracieusait, qu il mettait au point de séduction vulgaire qui flatte l'amateur ignorant et moutonnier, et il n'a pas laissé une œuvre vraiment forte et qui vivra, comme vivront celles de ces persécutés, oii il est allé chercher pourtant le plus clair de sa manière. J'ai été surpris et affligé de voir combien ces pastels célèbres, ^M^oi/r du brasero, le Tour du lac, et les Tribunes de Long champ ne me représentaient plus, dans sa fraîcheur, cette fleur d'art brillante, si unanimement saluée à son épanouissement. Hélas ! le parfum déjà s'en est allé, — parfum d'un jour, dit Shakespeare.
Parmi les artistes modernes représentés à cette Exposition, — je ne parle pas de Millet, qui est déjà dans l'immortalité, — il n'y a vraiment que M. RafTaelli devant qui l'on puisse s'arrêter avec intérêt. Dix pastels seulement composent son envoi, mais ils sont presque tous charmants. Peutêtre ne valent-ils pas tout l'éloge que certains critiques, jadis, en ont fait, mais ils ont de sérieuses qualités. On se sent en présence d'un esprit qui n'est point banal, dont les recherches et les préoccupations d'art sont plutôt littéraires que picturales, et dont la vision, pour n'être pas toujours d'une sensibilité très aiguë et d'une intensité très profonde, n'en est pas moins toute person-
nelle. J'aime beaucoup le père Larifla, le vieux marchand de mouron, d'un dessin très simplifié et pourtant complet ; j'aime aussi ses paysages parisiens où son imagination se plaît à remuer, dans la lumière spéciale et Fair criard de Paris, le grouillement des foules et la vie des rues. M. Raffaelli est doué très vivement du sens de la modernité^ et je ne sais pas de meilleur compliment à lui adresser, en cette époque où tant de peintres, qui prétendent faire du moderne, n'arrivent qu'à caricaturer des corps antiques et des figures de la Renaissance, avec de vieux habits achetés à la Belle-Jardinière et dans les décrochezmoi-ça des marchandes à la toilette.
Nous voici devant les portraits de Latour et, à côté, on a mis ceux de son rival Perroneau, un peintre charmant, qui vaut mieux, à coup sur, que la réputation un peu effacée où l'a relégué la gloire envahissante de Latour. De la grâce, de l'esprit, de l'élégance, un dessin savant et délicat; mais tout cela trop souligné, trop mièvre, trop abondant dans le détail, trop précieux, non point à la façon de laRosalbadont la mignardise agace, mais à la façon du siècle lui-même. Combien Latour reste plus grand, plus original, plus puissant, Latour qui sut donner au pastel les énergies de l'effet de la peinture à l'huile, et dont les crayons
conservent encore la fermeté et l'indestructibilité de la pâte ! Bien que beaucoup des portraits exposés datent de la fin de sa carrière, époque où la main du grand artiste hésita, tâtonna, c'est merveille vraiment que d'admirer cette série de chefs-d'œuvre du peintre de M™^ de Pompadour. Il y en a là quelques-uns d'immortels ; celui du peintre Silvestre, de M""' iMondonville, de Grimod de la Reynière, de M'^° Salle, et le sien, cynique, spirituel, insolent, la lèvre gourmande de plaisirs et d'ironies, l'œil perçant et qui s'enfonce en vous comme une vrille. Latour a marqué chacune de ces figures de la fatalité de son métier et de sa position sociale. Il pénètre en son modèle, jusque dans les replis les plus cachés du cœur. C'est un dessinateur impeccable, mais aussi un grand psychologue, un observateur profond à qui rien n'échappe et qui rend tout ce qu'il a vu, tout ce qu'il s'est dévoilé. En somme, le véritable historien du xviii^ siècle, l'historien de la femme, de l'artiste, du philosophe, du courtisan, du fermier général, de la légèreté et des élégances de ce monde rieur, passionné, discuteur vicieux, frondeur, sceptique ; et puis, le premier qui ait mis ses personnages dans leur milieu vrai, au milieu de leurs habitudes de tous les jours, complétant ainsi, par la vie des choses, la vie des hommes. Latour reste certainement un des plus puissants génies de cette Ecole française, si brillante, si nombreuse en talents immortels.
Que dire du grand Millet qui n'ait déjà été dit mille et mille fois? Si l'admiration, en face de ces œuvres admirables, trouve des émotions nouvelles et des sensations tous les jours plus vives, il n'en est pas de même de la langue, qui a vite épuisé ses formules et vidé le dictionnaire de ses mots. On s'indigne toujours avec plus de colère de l'imbécillité des temps qui ont pu laisser dans l'obscurité et dans la pauvreté le si magnifique poète de la nature, celui qui, dans une vision splendide, faite de larmes et de lourds soleils, a si pesamment courbé l'homme vers la terre et l'a si intimement associé aux champs féconds et riches, qui le nourrissent ; aux bois, aux ruisseaux, aux durs sillons couverts de givres, aux ciels gris de froid d'oii tombent les neiges éclatantes et les noirs corbeaux. Nous avons salué le Givre, le Vol de cordeaux^ le Semeur^ les Premiers pas y la Herse, V Angélus ^ et tous, tous les chants de la plus belle épopée humaine qui jamais ait été chantée à la gloire de Dieu, de la nature et de l'homme.
{La France, 9 avril 1883.)
Cette exposition organisée aux Beaux-x\rts est vraiment magnifique et l'on ne pouvait trouver rien de mieux, quelques jours avant le Salon, pour nous montrer, à côté de la peinture de fabrique d'aujourd'hui, ce qu'a pu être la peinture française à diverses époques, et quelles fteurs d'art superbes elle a poussées.
Il y a bien des chefs-d'œuvre parmi les quatre cent vingt-quatre tableaux exposés, — et des chefs-d'œuvre immortels. Un volume ne suffirait pas pour en parler comme il conviendrait. Je suis donc forcé de me restreindre et de renvoyer mes lecteurs à cette exposition elle-même, me sentant incapable, en un si court espace, d'en dégager même l'essence, même la quintessence.
Il n'y a pas d'art plus difficile et plus profond que l'ait du portrait. C'est qu'il faut être non
seulement un peintre pour reproduire les traits du visage d'un être quelconque, mais encore un psychologue et un poète pour traduire son âme, et ce que cette âme diffuse sur une physionomie de marques intellectuelles, ce vêtement de la pensée insaisissable à bien des yeux. La fantaisie et l'imagination ne peuvent plus courir, à travers les propres rêves de l'artiste, libres et vagabondes; elles doivent pénétrer dans les rêves du modèle et s'assimiler en quelque sorte sa vie, son esprit, ce qu'il y a d'intime et de caché derrière ce mur épais et terrible qui est le front d'un homme. C'est dans le portrait que l'artiste donne la preuve la plus puissante de l'intensité de son génie et qu'il s'élève le plus haut dans la grande poésie et dans la grande observation de l'humanité.
Je ne puis malheureusement que passer avec rapidité devant ces portraits. Il y aurait pourtant bien des études à faire, des impressions nouvelles à fixer, des comparaisons intéressantes à établir, des leçons à dégager, depuis Latour jusqu'à Meissonier , depuis Greuze jusqu'à Manet.
David est représenté magnifiquement par neuf tableaux, parmi lesquels : La Mort de Marat ^ le portrait de Barbaroux et celui de M™^ Chalgrin , un audacieux chef-d'œuvre, si vivant, si vibrant, d'une étrangeté si originale, qu'on s'étonne que cette vision ait pu sortir de
ses yeux, aussi pleinement dégagée des formules étroites et des corrections guindées où s'attardait parfois son imagination.
Je n'ai rien vu du baron Gérard qui rappelât le portrait d'Isabey, un des chefs-d'œuvre du Louvre; et j'avoue que Greuze me laisse froid avec son maniérisme , ses grâces factices et banales. Son Napoléon est bien inférieur même à celui du baron Gros, et son Beaumarchais n'a jamais écrit le Mariage de Figaro ni les Mémoires, ces prodiges d'esprit.
Que de choses délicates dans le portrait de ^rae Parker et dans quelques-unes de ces inconnues que nous montre Josué Reynolds, dont le coloris violent n'éteint pas la grâce charmante!
Voici les portraits de Ricard, un grand incompris, un de ces artistes prédestinés, comme Stendhal, à n'être appréciés que des esprits supérieurs, et qui, comme Stendhal, vous donne des impressions de vie profonde. Rien n'est beau, vivant, exquis comme le portrait de M"^ Szarvady, dans la fraîcheur de sa beauté de jeune fille. Il faudrait les nommer tous, et M. Trolong, et M. Heilbuth, et M. Anatole de La Forge, dont les portraits sont des chefsd'œuvre. Ricard était de ces délicats et profonds artistes à qui le temps apporte lentement, mais sûrement la gloire. Il n'avait en lui rien de ce qu'il faut pour remuer l'âme vulgaire des foules parce qu'il n'avait rien de banal, et qu'il
méprisait les gros effets et les trompe-l'œil. Une pensée intime dans une forme exquise et discrète, de la force dans la grâce, de la recherche sans affectation ni contournement et un naturel instinct de Félégance. Tel était Ricard, qui restera comme le meilleur peintre de portraits de ce siècle, au moins le plus personnel, et celui qui dit le plus en peu de phrases.
Il faut admirer aussi le portrait de M. Guizot par Baudry, à qui l'on doit tant de beaux portraits. Celui-là est véritablement admirable et vous donne une impression de vérité extraordinaire. Toute Fhisloire des luttes parlementaires et politiques est contée dans cette physionomie, blanchie et vieillissante, dont les chairs ridées tombent et se dessèchent, mais qui garde dans Tœil noir une fermeté sévère, un éclat sombre, une ardeur, une ambition farouches, et dans la lèvre mince et droite une volonté impitoyable et une ironie perçante. C'est une belle œuvre, et qui restera dans les Louvres futurs, pour faire oublier que M. Baudry a décoré TOpéra.
J'ai revu YHommage à Delacroix, de Fantin- Latour, une série de portraits admirables. Fantin-Latour est certainement un des meilleurs peintres de figures d'aujourd'hui, celui qui donne le plus de force, dans une facture sobre, simple et large, et qui est un des plus puissants coloristes avec les noirs et les gris.
Il est juste de s'arrêter devant le portrait de
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M. Magnard, par le peintre Besnard, un portrait très /lumineux d'une facture très personnelle qu'on ne saurait trop louer, car M. Besnard est un ancien prix de Rome, et son originalité s'est très vite et très nettement dégagée. C'est un jeune peintre du plus grand avenir.
Que dire du portrait de M. Antonin Proust, par Manet? N'est-il pas classé, depuis quelque temps, parmi les meilleurs de ce temps?
Mais, ce qui domine cette belle exposition, ce qui écrase ces chefs-d'œuvre, c'est le Napoléon d'Ingres, le Napoléon des Invalides. Jamais imagination plus grandiose ne sortit de la cervelle d'un artiste, jamais ne surgit plus splendide évocation d'un homme, qui fut un dieu, et un dieu terrible. Ce n'est point le portrait de l'Empereur que M. Ingres a fait, c'est la synthèse de l'Empire: c'est tout ce qu'il y a de formidable et de monstrueux, de surhumain, dans cel homme et dans cet appareil que le grand artiste a chanté. Victor Hugo aussi l'a chanté en vers de flamme ; mais combien ces vers sublimes nous paraissent petits à côté de l'expression magnifique de cette peinture! Le peintre s'est élevé là où n'a pu atteindre le poète.
Napoléon est assis droit sur son trône, un trône dont le dossier s'arronâit en couronne de laurier d'or. Il est pâle, maigre, impassible et terrible. Son masque est pareil au visage d'un
Dieu. Le front ceint de lauriers, vêtu de la sinoarre d'hermine, enveloppé de la pourpre impériale, il tient en ses mains le sceptre du monde. La raideur majestueuse de sa pose a quelque chose d'hiératique, comme celle des statues. Il semble que la chair mortelle de l'homme déjà s'est transformée en un immortel marbre d'idole. Ses jambes, très écartées sous les plis de la pourpre, sont comme celles des divinités effroyables du Japon. Mais, ce que l'on ne peut rendre, c'est tout le mystérieux et l'insondable, le tragique et le sacré de cette image. Je plains ceux qui ne seraient pas secoués d'émotion, étranglés d'admiration, devant cette œuvre, la plus sublime, la plus mystérieuse qu'ait produite la peinture.
Quel grand et merveilleux génie que celui d'Ingres! Mais il faut pour le comprendre une éducation artistique que malheureusement bien peu possèdent, — même parmi les artistes. Ce coloriste complet a été le premier à nous donner les formules de ce qu'on appelle aujourd'hui l'impressionnisme, en disant à ses élèves : « Regardez-bien. Mon chapeau noir n'est pas noir ». Oui, Ingres a été la couleur, comme il a été le dessin. Il a donné à la couleur l'harmonie qu'il fallait, et il a ramené le dessin à l'abstraction générale de la ligne. L'élégance, — je ne dis pas le joli, — l'élégance de la forme et de la ligne existe partout dans la nature, aussi bien dans
un corps de nymphe que dans le torse voûté d'un maçon; seulement il faut l'y voir; il faut l'en dégager, non pas en copiant servilement, comme font les naturalistes, mais en cherchant à abstraire des lignes celles qui interprètent, qui traduisent la nature et dans sa vérité et dans son esprit.
C'est tout le génie! Et M. Ingres avait tout ce génie.
{La France. 23 avril 1885.)
L'atelier du peintre Loys Jambois est certainement le plus curieux des ateliers. On y admire de vieux bahuts, des tapisseries rares, deux Curpaccio, trois Botticelli, des études de Rossetti et de Burn Jones; tout un arsenal compliqué d'armes anciennes et damasquinées ; un traîneau qui traîna l'impériale Catherine sur les neiges durcies de la Neva, une chaise à porteurs qui porta la marquise de Polignac sous les ombrages chantournés de Versailles, des broderies persanes, des aciers arabes, une quantité prodigieuse de madones byzantines et de poteries italiennes, des étains au ton mat et bleu à côté de porcelaines éclatantes du Japon dont les panses s'enflent et les cols s'effilent, décorés de fleurs bizarres et de bêtes sacrées ; un aquarium où, parmi les gigantées et les algues, nagent des poissons à six bosses, péchés sur la côte d'Orissa. Puis ce sont des divans
très larges, recouverts de peaux d'ours noir et de tigre mort-né, des fourrures de martre, aux reflets d'argent, des coussins dont les broderies se mêlent aux filigranes d'or, de hauts paravents à huit feuilles, d'oii retombent des étoffes aux plis maniérés, et qui font, dans la pièce vaste, de place en place, de petits coins de mystère et d'intimité. Au pied de ces paravents sont disposés des canapés, des poufs bas et des tables légères de laque chinoise et de mosaïque assyrienne, dont l'une supporte, au milieu d'un fouillis d'objets menus, un vase où se meurt un lys, l'autre, une burette de vermeil, pleine de vin de porto, et deux coupes de jade dans lesquelles s'émiettent des gâteaux anglais.
Loys Jambois s'efforce à rester autant qu'il peut en harmonie avec l'intérieur de son atelier. Aux heures du repos, il s'enveloppe volontiers d'un costume japonais, très brodé de dieux et de métamorphoses, oa bien il se déguise en seigneur du temps de Louis XIII.
— Quelle jolie tache je fais! se dit-il en contemplant dans une glace son image qui s'élève en clair sur un fond de bahut gothique, ou en sombre sur la blancheur d'une tenture soyeuse.
11 se campe fièrement, de trois quarts, le mollet marquant, la main gauche appuyée sur la garde de son épée, la main droite jouaat avec les boucles de la perruque blonde.
— Quelle souplesse ! se répète-t-il. Comme je m'harmonise avec la nature morte ! Quel accent a le panache de mon feutre sur le rouge de la portière !... Quel...
Jambois est interrompu par l'entrée d'un valet de pied, correct, irréprochable, qui, d'un ton solennel et sans que remue le moindre muscle de son visage, dit :
— Le modèle de monsieur attend monsieur. Alors Jambois revêt sa tenue de travail : un
jersey de soie bleu sombre, très collant et qui moule exactement le thorax, un pantalon de molleton blanc, des escarpins vernis, décolletés sur le cou-de-pied, une toque anglaise qui s'assouplit à la forme du crâne. Le tissu du jersey est unique et d'une élasticité telle qu'en le tirant de la main il s'allonge, s'allonge, s'allonge indéfiniment, revient, aussitôt lâché, à son point de départ, avec une vibration d'arc qui se débande, avec un bruit sec de caoutchouc qui claque sur de la peau.
— Où diable vous procurez-vous des étoffes pareilles? demandent à Jambois ses amis émerveillés.
Et lui, d'un geste las, désignant l'Orient, répond :
— Là-bas... chez des femmes qui se nourrissent de dattes et qui sont belles, belles, grosses, grosses comme Judith Gautier.
Lorsqu'il fait le portrait d'une grande dame,
Jambois commande des orchestres qui jouent des airs tristes derrière les paravents. Sur les balustres de la galerie circulaire il dispose des modèles italiens, à la peau jaune, en ries attitudes pompéiennes; d'autres, plus blanches, se cambrent dans des encoignures, le torse nu, les seins pointants, avec des chevelures qui pendent. Et l'on voit, entre deux vases fleuris de fleurs pourprées, sur une table où s'éparpillent les couteaux d'or, une grande coupe, en forme de sexe ailé, qui contient des confitures canaquos. Reliées au plafond par d'invisibles fils, des plumes de paon se balancent dans l'air sous la plainte des violes et l'extase des harmonicors.
— Ces sons, ces plumes, murmure Jambois... Oh ! que j'aime !
J'ai parfois rencontré Jambois en visite, et c'est un spectacle admirable. Il arrive, pâle, les yeux mourants dans un cerne bleu. Il s'affaisse sur un divan et bat des mains, comme bat de l'aile l'oiseau blessé qui agonise.
— Mon Dieu! qu'avez-vous? s'écrient les femmes subitement affolées. Jambois, qu'avezvous donc ? oh ! qu'avez-vous ?
Et lui, presque pâmé, d'une voix faible, murmure :
— Je n'ai rien. Je meurs.
Les femmes s'empressent, s'effrayent. Toutes, elles sont agenouillées, autour du divan, près de lui.
— Songez donc ! soupire Jambois. Un enfant... si blond... si rose! Un enfant! Il posait chez moi... Ah! si blond! C'était comme un rêve qui serait comme un soleil, tout jeune, qui serait... Ah! si rose !... Il posait chez moi 1 L'enfant conta qu'il était allé, la veille, à Versailles, au château ! Et il me demanda ce que c'était que Marie- Antoinette. Je le lui dis. Il me demanda comment elle était morte. Je lui dis qu'elle était morte sous la guillotine ! Alors il me demanda ce que c'était que la guillotine 1 « La guillotine, lui dis-je, c'est dans une planche de bois, un trou rond, par où on passe la tête. » Et l'enfant si rose répondit : « Ah ! oui, c'est comme le trou des... » Si blond!... iNon, je ne peux pas, je ne peux pas !
Les femmes implorent avec des profils éperdus.
— Ah ! Jambois, dites-nous ce que répondit l'enfant.
— Non. je ne peux pas, je ne peux pas... P'igurez-vous un lys très blanc, immaculé, un lys sur lequel un lépreux vient poser ses lèvres immondes. Eh ! bien, j'ai été ce lys et l'enfant a été ce lépreux ! Je meurs de la blessure de l'enfant !
Et les femmes sanglotent.
— C'est affreux ! c'est affreux î
Et Jaaihois recommence de battre des mains. Il suffoque, râle...
— Mon Dieu ! Jambois, revenez à vous. Jambois, voulez-vous un verre de porto?
— Merci, non ! Du jus de viande, je vous prie... du jus de viande, très peu, dans une tasse de saxe. Oh ! une tasse de saxe, blanche et ténue, qui serait comme un nuage, qui serait comme une perle, qui serait comme une fleur, qui serait comme une lèvre, qui serait comme un lac, qui serait comme une âme ! Oh ! aspirer du jus de viande, très peu, dans une âme !...
Un jour, il demanda du lait de martre zibeline.
— Oh! du lait de martre zibeline! boire du lait de martre zibeline I
Son regard s'extasia, perdu on ne sait dans quel rêve lointain. De temps en temps, Jambois répétait :
— Du lait de martre zibeline ! Ah ! que j'aime !
Une des plus grandes préoccupations de Jambois, c'est le parapluie. Il en possède une collection importante à laquelle, tous les jours, il ajoute des spécimens nouveaux. Le choix de ces parapluies est pour Jambois tout un travail. D'abord il n'aime que les parapluies anglais, achetés en Angleterre.
— Il ne fleurit bien que là, dit-il... Pourquoi?
Tous les mois, il part pour Londres afui d'y acheter des parapluies. Il reste des journées entières chez Marshall, à les palper, à les examiner de près, de loin, dans leurs détails et dans leur ensemble, à les mettre dans toutes les positions dont est susceptible un parapluie, à en étudier minutieusement le manche, la soie, les baleines, le fourreau. Et chaque fois il revient, charmé, enthousiaste, au point qu'un jour, à peine de retour chez lui, il écrivit à une amie:
— Chère, je reviens de Londres. Accourez vite voir mes parapluies, des parapluies si exquis ! Vous vous pâmerez, je vous avertis. Ils sont fins comme des cigares et nus comme des filles.
Les amis se moquent parfois de ce goût bizarre, qu ils traitent de « mauvais chic ».
— Mais non ! mais non ! s'écrie Jambois. Ce n'est pas une question de « rite », c'est une question d'art ! Quelle tristesse ! vous ne voulez pas comprendre. L'art est dans les sensations exquises et subtiles que donne le parapluie. Voyez ce qu'il dégage de féminité, de rêve, de mystère, de mélancolie, d'hamlétisme, de pessimisme et de non-amour. Rossetti, Burnc-Jones, Aima Tadéma, Gustave Moreau, c'est là qu'ils ont puisé leur génie. Oui, le parapluie c'est la Source unique, et c'est aussi l'aboutissement suprême... le parapluie anglais, bien entendu.
— Et la nature? qu'en faites-vous, Jambois?
— Mais non, mais non ! La nature ! Ah ! quelle barbarie ! Et comme elle manque de suggestion ! Il y a le lys, d'abord; cela, je pense, n'est contesté par personne; il y a ensuite le parapluie. Et puis, il n'y a plus rien! Le préraphaélisme tout entier, ce n'est pas autre chose que l'interprétation hagiographique du parapluie. Un parapluie qui serait nimbé d'or, comme une vierge ! Vous n'avez jamais pensé à cette chose délicieuse et liturgique? Tenez...
Jambois prend un parapluie, long et menu; il le balance dans l'air délicatement, du bout des doigts.
— Voyez comme il se penche, comme il s'incline, parmi les fleurs grêles et les lys odorants! Le voyez-vous, là-bas, là-bas... il se perd, s'évanouit... Ne dirait-on pas la forme mourante d'une âme? Oh ! que j'aime !
Le soir est tombé, l'atelier est tout sombre. Par la grande baie, un reste de jour pâle entre qui frise les dorures éparses, s'accroche aux angles des balustres, caresse à peine un dieu hindou accroupi dans des flammes. Mille choses indécises se devinent dans l'ombre crépusculaire. Lois Jambois est allongé sur un divan ; il tient sa main droite repliée sous sa tète dolente ; sa main gauche joue avec le manche d'ivoire d'un petit poignard
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florentin qui fig^ure une tête de mort pleurant sur des tibias entrelacés. Et Jambois est plus triste que jamais, plus que jamais en proie à l'hamlétisme dévorateur. C'est l'heure vague oii il songe à la Femme, à l'Unique.
Et il la revoit, très longue, très mince, surnaturelle, avec sa robe blanche, son regard de statue, sa chevelure d'or qui la couvrait comme dun manteau d'impératrice, et la branche de lys qu'elle portait à la main, ah ! si hiératiquement ! . . . G était, il y avait plus de dix ans, à Londres, chez un peintre où il déjeunait... Une porte s'ouvrait, et une forme apparaissait, traversait la pièce, s'évanouissait. Elle ne parlait pas, elle chantait comme chantent les harpes ; elle ne marchait pas, elle glissait, comme sur les lacs magiques glissent les conques traînées par les cygnes. Jambois, ébloui, avait demandé quel était ce rêve.
— C'est l'Unique, avait répondu le peintre. C'est la Femme. Hier, je Tai rencontrée. J'ai mis vingt ans à cela !
L'Unique s'était mariée au peintre, et Jambois avait cru mourir, car il avait compris qu'elle était perdue pour lui à jamais. De temps en temps il la revoyait glisser, inclinée et toute blanche, dans cette salle à manger de son ami, puis disparaître, et c'était pour le pauvre Jambois une joie abominable et torturante de penser que l'Unique ne serait jamais Sienne, jamais.
— Écoutez, lui avait dit un jour le peintre.
o6 DES ARTISTES
J'ai légué après ma mort l'Unique à l'un de mes amis artiste. Allez le voir. Peut-être fera-t-ijf pour vous ce que j'ai fait pour lui.
Il y était allé, l'infortuné Jambois, mais Tami avait déjà légué son précieux legs à un ami qui l'avait légué à un autre, et il était allé ainsi d'amis en amis pendant plusieurs années.
La nuit est tout à fait venue, et Jambois rêve encore à la Femme. Il soupire :
— Le trentième ! être le trentième sur la liste I Quelle éternité ! Souffrir, souffrir ! toujours souffrir ! Oh ! que j'aime.
[GilBlas, 27 juillet 1886.)