‹ Des artistesChapitre 3 sur 19 · NOS BONS ARTISTES · texte numérisé non relu

NOS BONS ARTISTES

Le commerce des tableaux languissait. St«vai t était mort. Yanderbilt rognait sur les prix. Chacun pouvait se payer, moyennant cent mille irancs, l'inamovible et trognonnant cardinal de ]1. Vibert. Les passe-poils et les sabretaches de M. Meissonier tombaient brusquement à cent cinquante mille écus. M. Bouguereau voyait les cuisses cirolithograpliiques de ses nymphes et les jambes pédicurées de ses bergers bibliques dégringoler au prix dérisoire de quarante mille francs. M. Gabanel, à qui ses portraits, l'un dans Fautre, ne rapportaient plus que trente pauvres mille livres, rêvait à de vagues moriernismes, combinait Raphaël avec Manet, le Vinci avec Pissarro, pour arriver à peindre une audacieuse figure noire sur un révolutionnaire fond gris. Et l'éternelle corrégienne de M. Henner, désolée au bord de la même fuligineuse^ mare, tentait

d'éteindre l'inutile incandescence de son tors^ en magnésium dans la terre de Sienne de soi ordure.

Déjà, dans les grands bric-à-brac de l'aveniie de Villiers, les peintres affolés déclouaient dss murs leurs peluches aux reflets de cuivre, leu*s tapisseries aux décolorations anciennes, rempfeçaient leurs bahuts historiques vendus par le japonisme à treize sous des bazars. Ils ne recevaient plus. M. Goquelin, las de tenir la pose, ne sachant plus au fond de quel grenier remiser ses dix-huit cents portraits sans valeur, ne vena t plus leur réciter les Prunes et leur parler de sts écrits. Et les larbins, dépouillés de leur correcte livrée, lavaient les tristes brosses de leurs maîtres, d'un air humilié. C'était le désastre, la faillite, la fin de la belle apothéose. Qui sait s'ils m songèrent pas alors à retourner, les uns dans les Indenstrasses de Vraukevourth, d'oii ils s'étaient échappés au bruit de la curée; les autres, sur la plage de Sorrente, où ils avaient passé leur petite jeunesse à cabrioler, en l'honneur des signori^ venus de Sheffield, à avaler, la gueule en l'air, les deux soldi de l'académique macaroni, cher à M. Boulanger, — pas le général, l'autre... le pompier.

C'est à ce moment de détresse qu'ils se réunirent. Et ce fut très comique.

Outre que leur but était de rattraper les hauts prix et d'organiser la vente sur des bases nou-

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