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NOS BONS ARTISTES

7ous pensez si, une fois maîtres chez eux, ils <3n jouèrent, de la médaille et de tout ce qui s'ensuit.

Même, ils inaugurèrent un système ingénieux, particulièrement plaisant, qu'on pourrait appeler le système de la médaille préventive, et qui consiste à fixer d'avance, pour une période de trois ou six ans, l'attribution des médailles d'honneur à des artistes déterminés. Ainsi, cette année, la médaille d'honneur doit échoir à M. Benjamin Constant; l'année suivante, à je ne sais plus qui; l'année d'après, à M. Flameng gendre. On ignore ce que ces pré-médailleux feront et s'ils feront quelque chose, s'ils seront morts ou vivants, ou bien si, désabusés de la mauvaise peinture, — ce qui n'est pas probable, d'ailleurs, — ils ne s'établiront point, dans l'intervalle, agriculteurs, avocats, journalistes ou bottiers. 11 n'importe. Ils doivent avoir la médaille : ils l'auront. Et, pour donner à ce système un plus grand air d'imprévu et d'impartialité, il a été décidé, en outre, qu'une année sur quatre il ne serait pas accordé du tout de médaille d'honneur. iN'est-ce pas une bien belle chose que l'art, pareillement organisé? Et comme l'Amérique a raison de nous l'envier !

La société libre aurait pu s'en tenir à ces réformes admirables et hardies. Elles suffisaient à sa gloire. Mais elle avait d'autres projets encore. Elle inventa les bourses de voyage, œuvre fé-

conde. De bons jeunes gens, en g-énéral fruits secs des concours, furent choisis par elle, qui, munis de trois mille francs, allèrent à Rome pour y continuer d'une façon définitive le travail de déformation, d'étouffement, d'impersonnalité, commencé dans les enseignements de l'Ecole. Ce qui faisait dire à Courbet, parlant des pensionnaires de la Villa Médicis :

— Pourquoi les envoie-t-on là-bas, ces pauyres bougres-là? Ils ne sont donc nés nulle part?

Et ce n'est pas tout. Entre chaque tableau, au pied de chaque statue, s'ouvrit le trou béant d'une cagnotte ; on creusa des troncs jusque sur la porte des w^ter-closets et la plaque de fonte des urinoirs pour y recevoir le sou « du denier des artistes ». Au coin de chaque salle, ainsi que dans les magasins de nouveautés, des amorces furent tendues à la naïveté abrutie des passants. Dans les escaliers, les vestibules, alternant avec les tapisseries et les gigantesques croûtes, des affiches s'étalèrent, omnicolores et braquant sur le porte-monnaie du public la gueule de mille canons chargés de chiffres de fort calibre. Et les loteries succédèrent aux loteries, les tombolas aux tombolas. On s'attendait même à voir de vieux prix de Rome, aveugles et vermineux, une sébile sur le ventre, une clarinette sous le bras, nasiller d'une voix dolente dans les groupes : 'A Pour les pauvres artistes français, mon bon

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