IMPRESSIONS EN LETTRES MOBILES
TYPOGRAPHIE. Nous ne reproduirons pas la longue et interminable discussion sur la priorité de l'invention de la typographie ('), réclamée surtout d'un côté par Harlem, et de l'autre par Mayence. Nous adopterons pleinement l'opinion et la conclusion de M. Sotzraann, qui, appuyé sur des arguments irrécusables, a pénétré ce sujet d'une critique éclairée, saine et tout à fait impartiale.
Nous regardons comme probable que la typographie a été découverte également et presque en même temps à Harlem et à Mayence.
Nous avons remarqué que l'Allemagne peut revendiquer Thonneur d'avoir fourni les premiers tailleurs de moules ( graveurs sur bois) et les imprimeurs de lettres , tandis que la première application de l'imprimerie xylographique ou tabellaire, faite aux Donats et aux livres d'images , appartient à la Hollande . d'où elle fut importée et répandue en Allemagne.
Tout était donc prêt, gravure et impression ; il ne fallait plus qu'un pas, un esprit inventeur capable de perfectionner et de compléter les moyens, pour passer de l'impression xylographique à l'impression typographique- Le besoin de foire ce pas se
(1) Il y a plus de 20 villes, et encore un plus grand nombre de personnes a qui l'on attribue eet honneur. Sotzmann, 5!N. — Nous ne parlerons pas des Chinois, desquels on dérive quelquefois l'invention de l'imprimerie 11 est hors de doute qu'ils aient pratiqué dans des temps rec ulés l'impression xylographique anopislhofrrapbique. et qu'ils l'emploient encore san> avoir fait d'autres progrès; mais la counaissance de ces faits ne s'est répandue que fort lard en Europe, et lorsque la typographie y était déjà connue depuis longtemps Nous renvoyons pour de plus amples détails aux nombreux auteurs qui en ont parlé, et surtout à l'ouvrage de M. Stanislas Julien, intitulé: Documents sur l'art d'imprimer à l'aide de plamhes eu bois, de planches en pierre, de types mobiles, inventé en Chine bien longtemps avant .pie l'Europe en fît usage.
faisait d'autant plus sentir que les moyens étaient insuffisants; il fut fait, avons-nous dit, à la fois à Mayence par Gutenberg, et en Hollande par Coster(').
A la suite de l'expulsion des familles patriciennes de Mayence, Jean (Henné) Gensfleisch, dit Gutenberg, gentilhomme de cette ville, se réfugia, en 1420, à Strasbourg, où il séjourna quelques temps. Forcé par le besoin, il s'y occupait de plusieurs arts, qu'il tenait secrets, entre autres de l'art du lapidaire, de l'étamage des miroirs, et surtout de l'imprimerie.
Des pièces encore existantes d'un procès qu'il eut dans cette ville avec ses associés, constatent que sa principale occupation, quoique non avouée, était l'imprimerie , et qu'il était à la recherche de moyens pour pouvoir imprimer avec des lettres mobiles, et avec la presse au lieu du frotton. En effet, il y est fait mention de plomb, acheté par son associé André Dritzehn, d'une presse, confectionnée par le menuisier Conrad Sahsbach, et de divers autres objets destinés à l'impression qui lui avaient été livrés par l'orfèvre Hans Dunne, en 1436.
Cependant il paraît qu'il ne pouvait pas complètement réussir à Strasbourg, car en 1444 nous le retrouvons à Mayence, muni de tous ses outils, et continuant ses essais.
Quelques années après, en 1450, il s'associa avec un riche particulier, Jean Fust, pour établir une imprimerie.
Dans les années suivantes nous voyons paraître dans l'association Pierre Schœffer, écrivain habile, qui contribua beaucoup au perfectionnement des caractères d'impression, à la confection desquels Gutenberg avait déjà auparavant appliqué le moulage en métal, perfectionnement assez important pour qu'ils osassent entreprendre dès le commencement l'impression d'un ouvrage aussi considérable que l'était la Bible, qui sortit de leur atelier en 1455 environ.
Mais cette année l'association fut encore rompue , par la suite d'un procès qu'ils eurent entre eux. L'issue de cette affaire fut
(1) Sotzmann, 533. — Falkenstein, 73, 83.- Jacob Koning, Verhand. over den Oorspruug etc. der Boeckdrukkunsl. Harslera. 1810, in-8*et suppl. 1818-1823, p. 252, etc. -An inquiry into the origin etc. of ingraving upon copper and wood, by Thomas Young Ottley ; Lond. 1816; in-4*. 2 vol.
ftcheuse pour Gntenberg, qui, dépouillé de tout, se vit de nouveau forcé de recourir à autrui pour pouvoir établir une autre imprimerie. Fust, au contraire, resté propriétaire de rétablissement et de tout l'outillage , continua à l'agrandir et à le perfectionner, en liant plus étroitement à ses intérêts l'habile Schœffer, auquel il procurait pour épouse la fille de son fils Conrad, de sorte que ces deux associés purent, en 1457 déjà, et grâce aux beaux caractères de Gutenberg, livrer au public le célèbre Psalterion, ' regardé comme le plus remarquable produit de la typographie.
L'imprimerie de Fust et Schœffer continua de faire des progrès, même pendant l'époque du pillage de Mayence par les troupes du duc Adolphe de Nassau, en 1462.
Cependant bientôt après ce triste événement Fust mourut, probablement à la peste, à Paris, où il était allé pour faire le commerce de livres imprimés.
Gutenberg le suivit bientôt dans la tombe, au commencement de 1468, mais pauvre, et sans avoir pu retirer quelque profit de cette invention sublime dont il avait doté l'humanité. Quant à Pierre Schœffer, il imprima encore longtemps avec la plus grande activité et le plus brillant succès (*)•
Le sac de Mayence, en 1462, eut pour résultat de disperser les ouvriers formés dans les ateliers des inventeurs de la typographie, et de répandre ainsi dans d'autres pays cet art nouveau.
Néanmoins nous ne devons pas omettre de faire mention des typographies existantes avant cette époque à Mayence même et hors de cette ville, et dont les premiers produits sont antérieurs à 1462.
Citons d'abord Laurent-Janszoon (fils de Jean) Coster (Kuster, marguiller) de Harlem, qui est également nommé comme inventeur dePimprimerie. Il n'est pas invraisemblable qu'il ait eu la même idée que Gutenberg, et qu'il l'ait exécutée, quoiqu'il n'existe point de publication signée ni de l'un ni de l'autre.
(1) Arnold von Bnrgel, Eucomion. 1520.— Thed. Bihliander, connnentatio de ratione coin. om. linguarum; Zurich, 4548, p. 80. — Angélus Roscha, appud. ad Bibl. Vaticascam Rom. 1591, p. 410. Heinrich Spiegel, Sénat. d'Amsterdam dans son Hertspieghel, II, 67, né 1549, mort 1611. — Specklin, ingénieur et architecte de Strasbourg, né en 1556, dans un manuscrit des notes de Schiltcr pour la chronique de K0nigshofen — Nicolas Serrarius, Res Mogunt. I, 37 en 1604.-Paulus Pater, Traité de la typographie; Danzig 1710, p. 10,
M. Auguste Bernard, dans son excellent ouvrage sur Porigine et les débats de l'imprimerie en Europe (*), démontre avec beaucoup de sagacité, et en s'appuyant sur de nombreux témoignages, que la typographie avait été réalisée imparfaitement avant 1440, par Laurent Coster à Harlem. Coster, après avoir pratiqué la profession d'imprimeur en xylographie, eut l'idée d'abord de remplacer ses planches fixes par des lettres mobiles en bois, et ensuite par des caractères en métal moulés dans le sable. De plus, il imagina de substituer au frotton la presse, déjà en usage dans plusieurs autres professions, et fabriqua une encre oléagineuse qui était mieux appropriée à son nouveau procédé d'impression.
C'est ainsi que Coster aurait imprimé le Spéculum (Miroir du salut, voyez p. 52) d'abord à l'aide de planches xylographiques, et puis en caractères mobiles, et d'autres petits ouvrages, tels que des Donats.
La première édition du Spéculum remonte , selon M. Bernard , à 1430.
Le plus ancien témoignage cité par M. Aug. Bernard, et qui est en même temps le plus aucien récit que nous ayons sur l'histoire de l'imprimerie, est celui qui est consigné dans une chronique allemande, dite de Cologne, parce qu'elle a été imprimée dans cette ville, en 1499. Voici, dit M. Bernard, ce que porte cette chronique : « L'art admirable (de l'imprimerie) a été inventé d'abord en Allemagne, à Mayence sur le Rhin, et c'est un grand honneur pour la nation allemande qu'on y trouve des hommes aussi ingénieux. Cela arriva environ l'an 1440, et depuis ce temps jusqu'à l'an 1450 l'art et tout ce qui s'y rapportait fut perfectionné. Enfin l'an 1450, qui était l'année du jubilé, on commença à imprimer, et le premier livre qui ait été imprimé fut la Bible en latin, exécutée avec de gros caractères comme ceux qui servent aujourd'hui à imprimer Jes missels. Quoique l'art, tel qu'on le pratique actuellement , ait été trouvé à Mayence, comme nous l'avons dit, cependant la première idée vint de la Hollande et des Donats qu'on imprimait dans ce pays auparavant. Ces livres ont donc été l'origine de l'art ; mais l'invention postérieure fut beaucoup plus subtile et plus parfaite
{[) Paris, 1853, 1, 50 et s. et 139.
que la première, et se perfectionna de plus en plus. Un certain auteur, appelé Omnibonus, a écrit dans la préface de Quintilicn (publié par Jenson, à Venise, en 1471) et dans d'autres livres, que c'était un Français, nommé Nicolas Jenson, qui le premier avait trouvé cet art Cela est faux ; il reste encore beaucoup de personnes qui peuvent attester qu'on avait imprimé des livres à Venise avant que Nicolas Jenson y vînt et eût commencé à y graver ses caractères. Le premier inventeur de la typographie fut un bourgeois de Mayence, né à Strasbourg, nommé Jean Gudenburch (Gutenberg), chevalier. L'art fut ensuite porté de Mayence à Cologne, puis à Strasbourg et enfin à Venise. Je tiens ces détails sur l'origine et les progrès de l'imprimerie d'honorable (personne) Ulric Zell, de Hanau, qui importa cet art à Cologne, et qui y exerce encore la profession d'imprimeur en cette année 1499. »
Les contradictions et les confusions que renferme ce passage seront faciles à rectifier d'après le récit de l'invention de l'imprimerie que nous avons fait plus haut.
Suivaut Junius, Laurent Coster, né vers 1370, d'une famille bourgeoise de Harlem, mourut vers 1439. « Un de ses ouvriers profita, dit-on, du désordre inséparable d'un pareil événement pour voler ses maîtres, et aller s'établir ailleurs. » Outre l'impression de plusieurs livres xylographiques, on nomme encore 14 à 15 ouvrages assez remarquables cpmme ayant été imprimés par Coster ou ses successeurs, avec des lettres mobiles, et qui lurent probablement publiés entre 1430 et 1460. On a constaté qu'il n'avait point existé d'imprimerie en Hollande de 1460 à 1 473, mais qu'en cette dernière aimée on vit venir dans ce pays les premiers imprimeurs de Mayence.
On nomme encore l'imprimerie du tailleur de moules, Albert Pfister, de Bamberg, qui donna une magnifique édition de la Bible, connue sous le nom de la Bible de 36 lignes , pareille à celle de Gutenberg ; elle parut presque en même temps : selon M Bernard, en 1460. Les types que Pfister employait dans ses publications paraissent être imités d s grands caractères gothiques (prosse missaltype) de Gutenberg; ce qui a fait supposer qu'il avait été apprenti typographe à Mayence , et, après avoir acheté les matrices et les moules des caractères de Gutenberg, il avait
quitté cette ville plutôt que les autres, pour transplanter cet art à Bamberg, sa ville natale.
Plusieurs auteurs, et notamment M. Bernard, citent un passage fort curieux sur Pexistence de Pimprimerie de Pfister à Bamberg, tiré d'une encyclopédie des sciences et des arts écrite en latin, vers l'année 1463, par un docteur en médecine et en philosophie appelé Paul de Prague. Voici le passage :
« Le Ciripagw est un artisan qui taille ingénieusement dans des lames de cuivre, de fer, de bois dur, ou d'autre matière, des images, de l'écriture, de toutes sortes de choses, pour imprimer ensuite avec facilité sur papier, sur mur ou sur planche unie, tout ce qu'il lui plaît : on donne aussi ce nom à l'ouvrier qui exécute ces choses avec des patrons (tout faits). Pendant que j'étais à Bamberg, un homme a gravé une Bible tout entière sur lames, et a fixé l'écriture de toute cette Bible sur vélin en quatre semaines. » TtacSI
L'auteur ne connaissant pas encore les procédés du nouvel art, la typographie , les confond avec la peinture au patron, beaucoup employée alors. (Voyez page 14.)
Indépendamment de la Bible, déjà citée, on attribue à Pfister douze à treize autres ouvrages tous bien remarquables, et la plupart ornés de gravures sur bois.
Après avoir parlé en peu de mots des personnes et des lieux qui peuvent prétendre à l'invention de la typographie, disons succinctement en quoi consistaient les travaux des premiers typographes, et quels progrès cet art faisait dans la suite.
L'idée de faire des caractères séparés pour en former des mots, par opposition aux planches entières à caractères fixes, gravés sur bois, constitue l'invention de la typographie, ou l'art d'imprimer avec des lettres mobiles.
Personne ne sait quand et par qui les premiers poinçons ou lettres reliefs pour imprimer avec de l'encre furent inventés. M. Herberger (') nous apprend qu'un habitant de la ville d'Augsbourg. maître Johannes, curé de Saint-Maurice à Augsbourg, est le premier qui (1407) se soit servi d'un poinçon relief pour imprimer à l'encre. M. Herberger ajoute qu'il peut prouver son assertion
(1) Herberger, déjà cité, p. 39.
par des documents, et que la Bibliothèque de Munich contient beaucoup de manuscrits anciens dans lesquels on rencontre remploi d'un pareil poinçon.
Maître Jean d'Augsbourg fit donc le premier pas. Cependant on attribue généralement à Gutenberg l'honneur de cette découverte et son premier développement ; car le premier livre connu imprimé à Augsbourg avec des lettres mobiles n'est que de l'an 1468, tandis que le Donat de Gutenberg est estimé de Tan 1450.
Gutenberg, avant d'avoir réussi dans la fabrication des caractères d'impression moulés en métal, imprimait au moyen de planches et lettres de bois. Les ouvrages supposés de cette époque sont des abécédaires, des livres d'heures et de prières, et des Donats.
Gutenberg devait bientôt reconnaître (*) l'insuffisance qu'offraient pour l'impression les planches gravées; il les divisait donc, en les sciant lettre par lettre, en petits blocs carrés, et se procura ainsi des lettres mobiles en bois. En les perçant à leur partie supérieure d'un petit trou et en les plaçant les unes à côté des autres pour en composer des lignes, il pouvait les maintenir et les fixer par une ficelle ou un fil de fer qui traversait tous ces trous.
On conserve encore quelques-unes de ces premières lettres mobiles; elles furent découvertes, en 1840, chez un imprimeur de Mayence, et paraissent avoir appartenu à Fust, si quelques notes trouvées parmi ces caractères sont exactes
Cependant l'impression obtenue au moyen de ces lettres mobiles en bois était loin d'être satisfaisante. Gutenberg poursuivit donc ses essais en taillant ses caractères dans des carrés de plomb, pour leur donner plus de précision et une plus grande pureté de forme. Ce travail, long et ennuyeux, où il fallait tailler chaque lettre un grand nombre de fois , si on voulait en avoir suffisamment pour la composition même d'une seule page, ne remplit que médiocrement son attente.
De nouvelles recherches, assidues, persévérantes et coûteuses, furent faites; elles conduisirent Gutenberg à un résultat plus parfait et tant désiré , le moulage des lettres. En imprimant une de
(1) Joan. Trîtbeim, Annales raonast. Hirsangiens. Typis monasterii S. Calli, 1690, i vol. fol. p. 421 (écrit en!5W).
ces lettres de bois ou de cuivre, dans de rétain fondu, il obtenait un moule ou une matrice en creux, dans laquelle il pouvait couler du plomb, et fabriquer ainsi des caractères en relief.
Ces moules pouvaient servir à la fonte de plusieurs lettres, et a multiplier ainsi le même caractère sans trop de peine, en répétant l'opération autant de fois que la solidité de la matrice le permettait. Nous ne connaissons pas exactement le procédé que Gutenberg employait pour la fonte de ses caractères, ni l'époque de son invention ; il n'en est fait mention que dans un ouvrage dont l'impression est attribué à Gutenberg par les uns, à Bechtermuntze par d'autres, et dont nous parlerons bientôt.
Tout ce qui vient d'être dit sur la fabrication primitive des caractères mobiles de Gutenberg est très- contesté par plusieurs auteurs ; mais cette marche nous paraît cependant la plus naturelle. M. Auguste Bernard, juge très-compétent dans cette question, est d'avis que Gutenberg apporta avec lui à Mayence les ustensiles fabriqués à Strasbourg. Une fois à Mayence , il se mit en mesure de réaliser son plan. Mais ses instruments, encore imparfaits; ses caractères en plomb, si faciles à détériorer; son manque d'argent, ne lui permirent pas d'exploiter de suite sa nouvelle industrie. Mais après avoir perfectionné sa presse, conçu l'idée pour frapper des matrices en cuivre, et avoir trouvé un alliage convenable pour donner plus de consistance à ces caractères fondus jusque-là en plomb, dans des matrices de même métal, et sûr dès lors du succès de son entreprise, il songe à imprimer un des ouvrages les plus considérables qu'on connût alors, la Bible (').
Ainsi, M. Bernard attribue à Gutenberg l'invention des outils nécessaires pour pouvoir fondre ensemble l'œil et le corps de la lettre, le perfectionnement du métal pour les caractères, et celui de l'encre et de la presse ; en effet, en examinant la beauté des impressions de Gutenberg, ou se range volontiers à cette opinion.
Cependant la composition du métal pour le moulage des lettres, employée alors, n'est point connue, et nous ignorons s'il y entrait de l'antimoine comme aujourd'hui.
(1) A. Bernard, De l'origine, I, p. 157.
L'époque de la découverte de ce métal n'est pas bien déterminée ; tout ce qu'on sait à cet égard ('), c'est que Basile Valentin paraît être le premier qui ait décrit, dans un ouvrage publié à la fin du Xym« siècle, la manière d'obtenir de l'antimoine.
Suivant le Strasbourgeois Specklin {* ï , les presses typographiques, au milieu du XVImt siècle, où il les vit, ressemblaient aux pressoirs pour exprimer le jus. Sébastien Munster, dans sa Cosmographie (5), a reproduit le dessin d'une presse à imprimer fort simple, mais plus compliquée cependant qu'un pressoir ; un ouvrier fait tourner d'une main et à F aide d'une barre, la vis de pression qui aboutit à un plateau, tandis que de l'autre main, au moyen d'une manivelle, il met en mouvement la forme qui parait couverte d'un tympan. Un autre ouvrier prépare les balles pour encrer.
L'encre d'imprimerie subissait aussi des modifications importantes : l'encre en usage jusque-là n'était composée que de noir de fumée et de colle, et n'avait par conséquent ni lustre, ni solidité ; elle s'écaillait ou se dissolvait à la moindre humidité ; on obviait à ces défauts en mêlant au noir de fumée de l'huile au lieu d'eau.
On rapporte à l'époque de ces perfectionnements importants la publication de plusieurs ouvrages sortis de l'imprimerie de Gutenberg et Fust.
De ce nombre est entre autres le Donat de 33 lignes , c'est-àdire dont chaque page se compose de ce nombre de lignes d'impression. Ce Donat est de format petit in-folio, probablement imprimé en 1450, avec des types mobiles de la Bible de 42 lignes; il n'en existe plus que deux feuillets, qui sont conservés à la Bibliothèque impériale de Paris.
Mais le produit le plus important est la Bible en langue latine, dite à 42 lignes, qui contient, dans deux volumes grand in-folio.
'!» Tliéuard, Traita de Chimie, I. p. Basile Valentin, (Outils Irioniphali.s
aiiUmonii, du XV— siècle.
■2» Léon de Laborde, Débuts de l'imprimerie à Strasbourg, p. t>y. - Ant. Uei'ghcll, dans son poème au vers 1AVIÏ. — Speclin in not. ad Kamigshoveti, pag. 442.
(3) Cosmographie de Sébastien Munster ; édition allemande, Bâle, 15î>2, I. 111. -Ce livre a été commencé en 1532; la première éd. allem. parut en 1544, et la pr. éd. latine en 1550 ; toutes les deux Imprimées à Bâle.
641 feuillets à deux colonnes (*). Elle n'a ni pagination, ni intitulé de livres, ni signatures, ni initiales ; elle n'est pas non plus signée du nom de l'imprimeur, ni marquée du lieu de la publication, et ne porte aucune date.
On ne connaît jusqu'à présent que quinze exemplaires encore existants de ce monument précieux de l'art typographique ; six sont imprimés, sur vélin , et neuf sur papier blanc et fort. Un de ces derniers, conservé à la Bibliothèque impériale de Paris, porte la souscription manuscrite indiquant que cette Bible a été enluminée et reliée l'an 1456 par Henri Albech, autrement dit Cremer, vicaire de l'église collégiale de Saint-Etienne de Mayence ; elle a donc été imprimée avant 1456, ou cette année même.
Gutenberg publiait encore d'autres ouvrages pendant son association avec Fust, et après sa séparation il continua à imprimer jusqu'à 1465 environ. C'est à cette époque qu'il reçut un diplôme de gentilhomme de la cour de l'électeur Adolphe de Nassau, archevêque de Mayence. Nous avons déjà dit que Gutenberg mourut en 1468, dans un âge fort avancé.
Parmi les ouvrages imprimés pendant cette première époque de la typographie , il y en a plusieurs dont on ne connaît pas Pimprimeur, ni le lieu de l'impression, et sur lesquels on n'est pas d'accord, s'ils sont xylographiques ou typographiques.
De ce nombre sont, par exemple, leDonat, dit de 1451 ; V Appel contre les Turcs, imprimé en 1455; les Lettres d'indulgences. de 1454 et 1455; h> Catholicon, de 1460, etc.
(1) Cette Bible se compose de 641 feuillets ou 1282 pages in-folio. Chaque page a deux colonnes de 42 lignes chacune; le caractère gothique, a environ 18 points typographiques. On a réservé des espaces en blanc pour les rubriques, et pour les initiales. L'ouvrage est généralement divisé en 66 cahiers de 5 fenHles, renfermant 20 pages. Chaque ligne contient environ 32 lettres : Ce nombre, multiplié par 42 lignes donne 1344 lettres par colonne et 2688 par page, 10,752 par feuillet, 53,700 par cahier, c'est-à-dire 60,000 lettres au moins, car il faut bien compter les lettres superflues, et il y en avait alors plus qu'aujourd'hui, parce qu'il y avait beaucoup plus de types, à cause des abbréviations et des ligatures. Cela suppose une fonte de 120,000 lettres au moins, attendu qu'il fallait avoir de quoi composer un second cahier pendant qu'on tiraitle premier. Le nombre de poinçons devait être très-grand, à cause de la variété des types alors en usage. Chaque lettre en demandait au moins trois ou quatre différents, à cause de la justification. On peut juger par là des frais immenses de cette première et colossale entreprise (Bernard I, p. 164 et 221),
Les deux premiers sont reconnus être imprimés en lettres mobiles, par Pfister de Bamberg. Les lettres d'indulgences, dont on connaît dix-huit exemplaires des 5 ou 6 éditions publiées, sont toutes imprimées en caractères mobiles sur vélin et d'un seul côté, ou en blanc, par deux pages à la fois, autrement dit par forme- Deux éditions sont attribuées à Gutenberg, les autres paraissent sorties de différentes imprimeries, dont une avait probablement existé à Mayence, à côté de celle de Gutenberg.
Quelques auteurs attribuent à Gutenberg l'impression du Catholiœn de Joannis Baïbis deJanua, de 1460, mais M. Bernard prouve qu'elle est due à Bechtermuntze. En effet, il paraît certain qu'il existait à Mayence, vers 1460, trois imprimeries distinctes: ce furent celle de Fust et Schœffer, celle de Gutenberg et celle de Bechtermuntze.
Selon M. Bernard ('), Henri Bechtermuntze était un des élèves de Gutenberg, qui s'établit de fort bonne heure à Mayence, d'où il transporta ensuite son imprimerie à Eltvil ^Altavilla) près de Mayence (1467). C'est en 1460 qu'il imprima le célèbre Catholicon.
Cet ouvrage est une compilation lexico-grammatieale du moine doniinicain Jean de Balbis de Gênes, livre très-répandu et estimé dans ce temps. Il est de format grand in-folio , composé de 370 feuillets à deux colonnes, chacune de 66 lignes de 40 lettres environ, imprimé sur parchemin blanc, et avec des caractères semigothiques, les plus petits qu'on eût encore vus, n'ayant que six points et demi environ. Il est sans signatures ni pagination. Les initiales ont été peintes ensuite en or et en pourpre.
Ce livre commence au recto du premier feuillet par le sommaire suivant, qiû est imprimé en rouge dans quelques exemplaires et manuscrit dans d'autres :
âtocipit guuuna que bocatar ©atboltcon, efcita a fratre 3obattne te Sanua: otfcima (ratrum prebicatotum.
Le premier sommaire, qui seul est imprimé en rouge, se relie
(1) 1, 207, II, 4 et suiv.
à des ornements assez gracieux qui remplissent toute la marge gauche de la première page.
Ce livre contient sur le recto de la dernière feuille une souscription imprimée, dont nous citerons le passage remarquable qui a trait à l'invention des lettres mobiles. Le voici : Cet excellent livre le CatJwlicon a été imprimé en Van 1460, dans la ville de Mayence, et ri a pas été exécuté au moyen du calame, du style ou de la plume, mais par V ajustement merveilleux, la proportion et la symétrie des patrons (poinçons reliefs) et des formes (matrices).
Henri Bechtermuntze imprimait avec le même caractère un ouvrage connu sous le nom de Vocabularium ex qao (Eltvil, 1467), mais que son frère Nicolas parait avoir achevé, comme le fait voir Papostille.
Munis d'un attirail d'imprimerie , sinon parfait , du moins considérablement perfectionné, que Gutenberg avait été forcé d'abandonner, Fust et Schœffer purent entreprendre, déjà dixhuit mois après leur rupture avec Gutenberg, et mettre à exécution le célèbre Psautier de 1457. Le Psalterium est regardé comme le plus éminent produit de la typographie , comme un monument précieux de cet art nouveau, un chef-d'œuvre typographique. Il est remarquable par la beauté des caractères , dus à Gutenberg (M, la pureté et la précision de l'impression. On y remarque des rubriques imprimées en rouge , la première introduction d'initiales ornées et imprimées en couleur, la signature de l'imprimeur, le nom du lieu et la date de sa publication. D est imprimé sur parchemin blanc, quoique le papier de chiffon fut déjà généralement répandu. On a probablement préféré cette substance plus solide à cause de l'usage journalier du Psautier dans l'office de l'église.
L'encre est très-belle et préparée à l'huile. Les caractères, de deux grandeurs différentes (l'un de 30 points typographiques ,
(1) M. Bernard attribue à Gutenberg les beaux caractères du Psautier; la raison est d'abord la ressemblance des nouveaux caractères avec ceux de la Bible de 42 lignes, et ensuite la conviction que Schœffer, à qui l'on en fait honneur, n'aurait pu les faire graver et fondre, et imprimer son livre dans les 18 mois qui s'écoulèrent entre la date du jugement qui dépouillait Gutenberg (<î nov. 1455} et celle de l'impression du livre (14 août 1457). Le tirage surtout dut prendre un temps considérable à cause des différents tirages que demandait chaque feuiUe.
l'autre de 37), sont une imitation exacte des lettres en usage alors dans les missels manuscrits.
Ce livre contient 306 grandes initiales, toutes gravées sur bois et imprimées en plusieurs couleurs. La lettre B , qui commence la première page du livre, a 6 pouces 5 lignes de France de haut, sur 4 pouces de large ; c'est la plus grande. La couleur des ornements varie avec celle de la lettre même : si celle-ci est rouge, l'ornement est bleu, ou le contraire; de manière qu'il a fallu graver pour chaque initiale deux planches de bois, une pour chaque couleur. C'est ici le premier usage de V impression en couleur au moyen de plusieurs planclies emboîtées les unes dans les autres.
A la fin du Psautier se trouve une apostille , imprimée en plus petits caractères, en couleur rouge; en voici la traduction: € Le présent Psautier, orné de belles initiales, suffisamment divisé par des rubriques, a été imprimé à l'aide de l'ingénieuse invention de l'imprimerie et de l'art de former des caractères sans aucun secours de la plume ; il a été exécuté pour la gloire de Dieu, par Jean Fust, citoyen de Mayence, et Pierre Schœfferde Gernsheim, en l'an du Seigneur 1457, la veille de l'Assomption (14 août). »
De cette première édition du Psautier il n'existe plus que six exemplaires, qui, à cause de leur rareré, sont d'un prix fort élevé. Paris en possède deux, dont celui de la Bibliothèque impériale fat payé 12,000 francs, quoiqu'il y manque plusieurs feuillets.
En 1459 il paraissait une seconde édition du Psalterium aussi belle que la première, et dont il existe encore douze exemplaires. Cette édition offre cette particularité , qu'elle est signée Pierre Schoiffer, clerc, au lieu de Schœffer. Le même en publiait en 1490 une troisième édition; en 1502 une quatrième; et son fils Jean, une cinquième en 1516.
Toutes ces éditions ont été imprimées avec les caractères de la première.
Dans cette dernière édition la lettre B orné, est imprimée en une seide couleur.
Le second ouvrage qui sortit des presses de Fust et Schœffer fut le Gutlltlmt $ur<intot rationale faibinorum officiorum, imprimé en 1459, avec les mêmes caractères du Psalterium. Une partie des initiales sont imprimées en couleur, d'autres sont peintes en or
et en pourpre , dans le genre de celles des manuscrits. D existe encore 50 exemplaires de ce livre. Les trois plus beaux se trouvent dans les bibliothèques Sainte-Geneviève à Paris, du Vatican à Rome et impériale à Vienne.
Le 14 août 1462, cinq ans après le Psalterium et plusieurs autres ouvrages, parut la première Bible portant une date; elle est connue sous le nom de Bible de Mayence.
C'est la ISiblta Sacra latina tmlflata ebttionea, ex tranelatiow et cum pnefatione £>. iâierottimt, deux volumes grand in-folio, imprimés avec des caractères tout neufs, partie sur parchemin, partie sur papier, en 481 feuillets à deux colonnes et à 48 lignes. Comme les imprimés antérieurs, cette Bible est dépourvue de signatures de feuillets, de pagination et de réclames. Les initiales manquent, ou sont peintes en bleu et rouge, ou en or et pourpre. L'apostille de la fin et les armoiries de Fust et de Schœffer sont imprimées en rouge. Les caractères qui ont servi à l'impression de cet ouvrage ont été gravés exprès, et sont estimés comme les plus beaux que, Schœffer ait faits. H existe encore de cette Bible soixante exemplaires, disséminés dans différentes bibliothèques.
A peine ce bel ouvrage était-il terminé qu'eut lieu le sac de Mayence, le 27 et le 28 octobre 1462; l'établissement de Fust et Schœffer ne fut pas épargné. Nous avons déjà remarqué que cet événement fut une des principales causes de la dispersion de la typographie. Les ouvriers employés dans cette imprimerie, ainsi que ceux de Gutenberg, avaient prêté serment de tenir secret cet art nouveau; mais forcés, en partie du moins, par la catastrophe de Mayence, de quitter cette ville, ils profitèrent de cette occasion pour se dégager de leur serment, et émigrèrent, en transportant l'art d'imprimer les livres dans d'autres villes de l'Allemagne, et dans les pays étrangers. D'ailleurs, l'attention du public lettré avait été vivement excitée déjà auparavant, et dirigée directement sur cet art nouveau, par la souscription très-significative que Schœffer avait mis à la fin du Psautier de 1457.
On peut admettre deux périodes pour la propagation de la typographie. La première eut lieu à l'occasion de la séparation de Gutenberg et Fust ; on ne connaît cependant authentiquement qu'Albert Pfister de Bamberg qui ait établi une imprimerie hors de Mayence à cette époque. La seconde période est celle de 1462.
PROPAGATION DE LA TYPOGRAPHIE DAMS LE XVe SIECLE. En nous occupant de la propagation de l'imprimerie, nous ne prétendons pas épuiser le sujet, nous ne ferons que signaler les principaux typographes, en même temps que nous indiquerons les progrès qu'elle a faits et les innovations introduites peu à peu dans la pratique de cet art.
Nous continuerons de nous occuper de Fust et de Schœffer qui, quoique interrompus dans leurs travaux par le désastre de Mayence, les recommencèrent cependant bientôt après avec un nouveau zèle.
Déjà en 1463 paraissaient de nouvelles publications, et en 1465 ils imprimaient la première édition d'un auteur classique , Cicéron.
Ce tivre, encore dépourvu de signatures, de réclame et de pagination, contient cependant le point On y remarque aussi les prcmWiS curcKyicres grecs iinprifnAis.
Après la mort de Fust, en 1466, Pierre Schœffer continua à imprimer et se distingua comme graveur et fondeur de caractères autant que comme typographe. D peut être regardé comme le premier libraire, c'est-à-dire comme le premier qui ait fait commerce de livres imprimés. U avait des dépôts à Paris, à Mayence et à Francfort-sur-le-Mein. On lui attribue l'invention d'un genre de caractères connu sous le nom de Schwcibacher ; c'est un caractère allemand dont on se sert partiellement encore aujourd'hui.
Les fils de Schœffer, Jean et Pierre, et son petit-fils, Ivo Schœffer, continuèrent successivement son imprimerie jusqu'en 1552; époque où la famille Schœffer s'éteignit à Mayence.
Un de ces derniers livres est la preuve évidente que c'est à Gutenberg seul qu'est dû l'invention de la typographie, et non pas à Fust et à Schœffer. Le passage suivant se lit dans une dédicace en vers allemands d'un Tite-Live, imprimé, en 1505, par Jean Schœffer :
« Que Votre Majesté (l'empereur Maximilien) daigne accepter « ce livre, imprimé à Mayence, ville dans laquelle l'art admi- « rable de la typographie fut inventé, l'an 1450, par l'ingénieux
« Gutenberg, et ensuite perfectionné aux frais et par le travail « de Jean Fust et de Pierre Schœffer. »
Les inventeurs de l'imprimerie étaient encore en pleine activité , que la typographie avait déjà pris racine hors de Mayence . et cela en plusieurs endroits à la fois. Elle se propageait avec une rapidité merveilleuse et de jour en jour davantage ; de sorte qu'au bout de quelques années, déjà vers la fin du, XVe siècle, dans toute l'Europe , chaque ville d'une certaine importance possédait son imprimerie, et même plusieurs. Quelques-uns de ces établissements étaient très-considérables : l'imprimerie d'Antoine Koborger, à Nuremberg, en 1473, mettait journellement vingtquatre presses en mouvement, et occupait plus de cent ouvriers. Le même Koberger faisait aussi le commerce de livres imprimés» et avait des succursales dans toutes les principales villes du continent.
Beaucoup de typographes à cette époque étaient nomades, allant d'une ville à l'autre, transportant avec eux leurs outils et le secret de l'art nouveau. Cet art magique était reçu par les uns avec joie, et vu par les autres avec crainte. Cela n'empêchait cependant pas ces ouvriers nomades d'imprimer partout , et de contribuer ainsi considérablement à la propagation de cette belle invention.
En s'éloignant de Mayence, la typographie se développait graduellement dans ses procédés : le goût devenait plus épuré, changeant suivant les exigences et les besoins de chaque pays, et variant en proportion de l'intelligence et de l'habileté de l'ouvrier. Des perfectionnements sensibles s'introduisaient : on abandonnait peu à peu les vieux types, qui étaient remplacés par des caractères nouveaux et plus beaux. On imitait les lettres de toutes les langues connues alors. On complétait la ponctuation, trèsnégligée ou tout à fait ignorée dans les imprimés primitifs; on corrigeait mieux les épreuves. L'encre et le papier subissaient des améliorations. Enfin, tout marchait au progrès, et chaque imprimeur regardait comme un devoir d'avancer son art.
Ainsi Conrad Sweynheim et Arnold Pannartz, les premiers imprimeurs de toute l'Italie, introduisirent à Subiaco, en 1464, le caractère romain (antiqua), en imitant les petites lettres lati-
nés employées dans les manuscrits du VIIIe et du IXe siècle. Ce caractère, perfectionné depuis à Venise, en 1469, par le premier imprimeur de cette ville, Jean de Spire, et en 1470 par Nicolas Jenson de Tours, habile graveur de lettres, d'après les belles écritures florentines des manuscrits faits sous les Médicis , reçut une si belle forme de Jean de Cologne, aussi à Venise, en 1474, qu'on nomma ces types caractères Veneti.
Ce même typographe diminua la grandeur des initiales, qui prenaient une si grande place dans les livres imprimés antérieurement.
En 1472, Gunther Zainer, à Cologne, introduisit le caractère romain en Allemagne.
Aldo Pio Manutio, dit Aldus (l'aîné), chef d'une célèbre famille d'imprimeurs de Venise, bannit de l'imprimerie, vers 1494, le caractère gothique (Mœnchsschrift) , et inventa un nouveau type, le caractère italique, qui diffère du romain parce qu'il est un peu couché. Aldus possédait les différents caractères romains, et trois hébreux.
Peter Schœffer avait déjà employé les lettres grecques dans son édition deCicéronde 1465, mais elles étaient encore informes; Sweynheim, à Rome, les perfectionna, ainsi qu'Antonio Zaroto, à Milan, en 1469.
Cependant le premier livre entièrement imprime avec des caractères grecs, la grammaire de Constantin Lascaris, n'a été publié qu'en 1476, à Milan, par Dionysius Paravisinus. Bernardin Nerlius, à Florence, imprima en 1488 tout Homère en grec; et, vers la fin du siècle, Gilles Gourmond publia, à Paris, Hésiode, dans la même langue. Dierk Martens, à Aalst, le premier typographe nommé dans les Pays-Bas après Coster, employait déjà des caractères grecs en 1473. Martens se servait au commencement de caractères gothiques hollandais d'une forme particulière : ils ont des pointes et des angles , et sont imités parfaitement des lettres employées dans les manuscrits de son époque.
Le premier essai avec des caractères hébreux, fut fait à Esslingen en 1475, par Conrad Fyner, dans son Tractatus contra perfidos Judeos, du dominicain Pierre Schwartz; mais l'édition entière de cet ouvrage, imprimée avec des lettres hébraïques,
parut à Mantoue par les soins d'Abraham Konath, en 1476. Rabbi Zorba et Raban Elizer imprimaient en 1489, à Lisbonne, le Commentaire du Pentateuque du rabbin Mosis Nachainanidis. A Constantinople , des Juifs imprimèrent secrètement, en 1490, l'histoire hébraïque de Josephus Ben Gorion. L'imprimerie y était déjà connue avant 1483, mais le sultan Bajazet II l'avait défendue sous peine de mort, comme une magie noire.
Des lettres gothiques d'une forme particulière régnèrent pendant ce siècle dans la plupart des impressions françaises. Dans Gyron le Courtois et dans les prophéties de Merlin, imprimés en 1498 à Paris, par Antoine Vérard, on remarque surtout des initiales grotesques, quelquefois d'une grande dimension, et qui sont composées de paraphes d'écrivain, d'enroulements, de rubans, de nœuds, tout cela entrelacé de figures fantastiques humaines et animales. Les lettres capitales de quelques imprimés de Jean de Vingle, à Lyon, surtout celles des Quatre fils Aimon de 1498, sont dans le même genre.
Le caractère gothique que William Caxton, le premier typographe de l'Angleterre, depuis 1474, a employé dans ses publications est également grotesque et surchargé d'enroulements.
Le titre de PApocalypsis cum figuris, imprimé à Nuremberg vers 1498, offre un autre genre de caractères : se sont de grandes et belles lettres en gothique allemande, richement ornées de paraphes qu'on attribue à Albert Durer. Ces lettres, trèsrépandues en Allemagne, furent appelées Fractursckrift , et ont probablement été mises en vogue par les calligraphes ( en allemand, Modisten), surtout par Paul Fischer, à Nuremberg. Albert Durer avait donné les règles et indiqué les proportions qu'il fallait employer pour tracer ces lettres gothiques allemandes, au moyen de l'équerre et du compas.
Le premier imprimeur de Bruges, Collard Mansion, en 1476? employait pour la plupart de ses impressions un caractère particulier, en usage alors dans les manuscrits français, et qu'on appelait écritures grosse-bâtarde. Voir surtout son édition des métamorphoses d'Ovide.
Schœffer avait déjà transporté dans l'imprimerie le goût pour les initiales ornées des manuscrits. Citons encore Erard Ratdolt,
te
à Venise , à qui les bibliographes Marchand et Maittaire attribuent l'invention des initiales composées de fleurs et de festons, nommées Fhrente littera. Dans son Ars memorativa de Jac. Publicino, imprimé en 1485, Radolt a introduit des lettres capitales, composées de divers objets de la vie pratique, des emblèmes de l'art mnémonique , ressortant en blanc sur un fond noir.
Jean Zainer (Tzainer, Czeynerï, à Ulm, contribuait beaucoup, en 1473, au perfectionnement de la typographie; il publiait Je premier livre orné ou illustré, comme on dit aujourd'hui.
La première page de la traduction allemande de Boccace est décorée d'un entourage ou cadre orné, gravé sur bois, ainsi que les initiales. Le Fascicuhtë Temponm, imprimé à Utrecht en 1479 par Jean Veldener, "est également embelli d'entourages et d'ornements. On a donné dans la suite en France à ce genre de décoration le nom de vignette , parce qu'il se composait primitivement de branches de vigne. En Allemagne, on nommait les graveurs sur bois qui exécutaient ce genre d'ornements, des graveurs de cadres ( Rahmenschneider).
Jean Froben, depuis 1491, le second typographe de Baie, embellissait aussi les titres et le texte de ses livres avec des entourages des initiales ornées et des vignettes. Ces ornements avaient été gravés par les meilleurs altistes , surtout par Hans Holbein.
Il n'était pas rare non plus de voir déjà dans le XVe siècle une quantité de livres imprimés qui étaient ornés d'images et de figures, genre qui a eu tant de vogue dans le siècle suivant. La plus belle de toutes les Bibles allemandes, celle de 1483, imprimée par Ant. Koberger à Nuremberg, est décorée d'un grand nombre de remarquables gravures sur bois. Ces mêmes planches avaient déjà servi à l'impression de la Bible que Quentell avait publiée à Cologne en 1480.
On estime aussi beaucoup le Schatzbehalter, de 1491, orné de 95 belles gravures xylographiques de Michel Wohlgemuth, le maître d'Albert Durer; et le livre des Ckronik und Historien du D'Hartmann Schedel, 1493, contenant beaucoup de gravures de Wohlgemuth et Pleydenwurf, tous les deux imprimés par Koberger.
La plupart des livres imprimés par J. Gruninger, à Strasbourg, surtout son Térence, de 1496, et son Horace, de 1499, sont de même décorés de gravures sur bois très-caractéristiques. Le Epitoma Hist. ac Chronie. dictum : Rudimentum Noviciorum. magnifique produit typographique, publié en 1475, par Lucas Brandis, dit de Schass, le premier imprimeur de Lubec, est également orné d'excellentes gravures sur bois. Les publications d'Antoine Vérard, de Paris, qiu avait imprimé plus de cent volumes de romans français, se distinguent aussi par une grande richesse de gravures en bois. Il eh est de même des Heures que Philippe Pigouchet a imprimées en 1484, et embellies d'entourages composés de figures spirituellement dessinées. La Danse macabre, pour la première fois imprimée en France par Ouyot Marchant, en 1486, est encore de ce genre d'ouvrages illustrés.
Le plus ancien ouvrage imprimé qui contienne des gravures sur bois représentant des plantes (!) est le Piœh der Natur. imprimé à Augsbourg sans millésime; il est, suivant Séguier, de 1475 et 1478. Plus en 1480 paraissait Pet. de Crescentiis in commodum ruraliim cum Jiguris libri duodecim , qui n'a point de lettres capitales, ni de pagination.
De 1480 à 1490, on voit les premières éditions latines de Ortws sanitaUs, sans date et pagination, mais avec des lettres capitales.
Dans ces ouvrages, on ne peut reconnaître les plantes, tant les gravures sont mal faites. Dans les deux suivants elles sont déjà mieux : Herbarius, imprimé avec des gravures de plautes sur bois, par Johann Alakraw de l'assau, en 1485, in-4°, avec pagination et date. — lien existe un exemplaire dans la bibliothèque de M. de Candolle, à Genève. C'est la seconde édition d'un même ouvrage publié à Mayence eu 1484.
Macerfloridus, de viribus herbarum, avec des gravures de plantes dont quelques-unes sont inconnaissables; orné de trois gravures xylographiques, qui sont identiquement les mêmes (probablement clichées). Il est sans pagination, mais il a des si-
(I) t'eber PAaiizenabbildungen dureb deu Holzscbmtt, des Dr. L. C. Treviranus; in den Denksi lirilïen der kttnit'l bayr. bot. <;esellsrbaft in Hejrensbiirp. 1XV1, not 3, p. 33.
gnatures de a — g. On le dit imprimé à Venise , par Bernardum Venetum de Vitallben, en 1506, in-8°. — M. de Candolle en possède un exemplaire. D en existe plusieurs éditions.
C'est à Augsbourg, en 1483, qu'a été imprimé le premier livre d'armoiries, le Concilium geschehen zu Kostencz (Constance), par Antoine Sorg , lequel contient 1,200 armoiries et effigies des personnesqui ont assisté à ce concile.
Le Collect super magnificiat de J. Gerson, imprimé à Esslingen par Conrad Fyner, en 1475, est le premier livre, après le Psautier de SchœfFer, qui contienne des notes de musique imprimées.
Le plus beau produit de la typographie du XV" siècle est un Euclide publié à Venise en 1482, par Erard Ratdolt. La dédicace au doge Giovanni Mocenigo est imprimée en or, premier exemple de ce genre d'impression. H est , en outre , le premier livre typographique qui contienne des figures géométriques et mathématiques.
La cosmographie de Ptolémée, imprimée à Ulm en 1482, par Lienhard Holl, avec des caractères romains et des initiales ornées d'arabesques, offre le premier exemple de cartes géographiques sur bois. Toutes les planches de ce curieux ouvrage ont été gravées par Jean Schnitzer d'Arnsheim, qui a employé pour les cartes un procédé particulier. Au lieu de graver les légendes ou nom de villes, etc., comme les autres figures sur la planche de bois, il a percé des trous à la place qu'ils doivent occuper, et il a mis des lettres mobiles formant ces noms; de manière que les lettres et les figures s'imprimaient à la fois, d'un seul coup de presse. Sweynheim, à Rome, avait déjà en 1478 publié le même ouvrage; mais, au lieu de graver les cartes géographiques sur du bois, il les gravait en creux sur du cuivre ; et comme il n'était pas assez habile pour graver également la lettre, il les imprimait dans la planche en creux au moyen d'un poinçon eu relief.
Une année avant cette publication, c'est-à-dire en 1477, paraissait à Florence le premier livre imprimé orné de gravures sur cuivre. Il a pour titre : Il monte sancto di Dio, d'Antonio Bettini, chez Nicolo di Lorenzo délia Magna.
Cependant J.-C. Volta nous parle d'un livre imprimé à Mantoue en 1472, dont le premier feuillet est décoré de plusieurs initiales gravées sur cuivre. C'est le Petrus de Abano de Yenenis.
Le Breviarum Diocer. Herbipolensis, imprimé à Wurtzbourg en 1479, par George Reyser, offre le premier exemple de remploi de la chalcographie dans les livres imprimés en Allemagne.
Pierre Schœffer avait introduit le point dans la typographie ; Aide Manuce, en 1494, mit la virgule et le point-virgule, et Kœlhof à Cologne employa pour la première fois en 1472 les signatures des feuilles; Zarota à Parme les introduisit en Italie vers 1476 ; et Bartholomée Rembold à Paris se servait à cet effet de lettres numérales, en ajoutant à la lettre alphabétique un chiffre arabe.
Le premier livre imprimé en Suisse , et le premier aussi dans lequel on a employé des chiffres arabes, qui n'avaient pas encore figuré parmi les signes typographiques, quoique depuis longtemps en usage dans l'écriture, est le Mammotrectus , imprimé à Munster, en Argovie, par Hélie de Lauffen, en 1470.
Rot, à Rome, se servait en 1471 des diphthongues pour les sons composés.
La plupart des imprimeurs du XVe siècle cherchaient surtout à reproduire et à multiplier les œuvres des auteurs classiques de l'antiquité, et ils mettaient à ces éditions prineeps un soin tout particulier. On doit à Manuce I vingt-huit éditions premières de classiques grecs, et de beaucoup d'auteurs romains. Ses éditions se distinguent principalement par la simplicité et la correction, et par la belle forme des caractères ; l'encre et le papier en sont parfaits. Aldus fut le premier qui imprima séparément quelques exemplaires d'une édition sur du papier plus fin et plus solide , et quelques-uns même sur du papier bleu pour les distinguer des autres. Les impressions sur parchemin, dont l'usage devenait toujours plus rare dans l'imprimerie, sont surtout estimées. Les éditions de Philippo Giunta de Florence, depuis 1497, sont aussi célèbres que celles des Aides, et reçurent des bibliophiles le nom Méditions Juntines.
On imprimait dans le XVe siècle déjà en un grand nombre d'idiomes, et l'on posait ainsi la base de l'imprimerie polyglotte, qui s'est tant augmentée de nos jours. Outre le latin, par lequel on
commençait généralement, on imprimait eu allemand et en ses divers dialectes; en français et en italien. Le plus ancien livre imprimé en anglais l'a été chez le premier imprimeur de Cologne, Ulric Zell de Hanau, par "VYillam Caxton, en 1471. Caxton introduisit, en 1474, l'imprimerie en Angleterre. A Valence, en Espagne, en 1474, on imprimait un recueil de poésies en l'honneur de la Vierge, en castillan, en italien et en limousin, idiomes alors en usage à Valence. Pedro Posa publiait en 1477, à Barcelone, la traduction en espagnol de Curzio Ruffo. A Pilsen, en Bohême, on imprimait en 1475 le Nouveau Testament ; à Prague, en 1487, les Psaumes et en 1488 la Bible de J. Pitlick et Severin Kramarz, en langue bohème.
Dans cette dernière ville on publiait, en 1487, les fables d?Esope en idiome slavon. A Copenhague paraissait, en 1495, le premier livre en langue danoise : Den Danske Riim Krâncke, imprimé par Got de Ghemen. La traduction en polonais du Octœchos de Jean de Damaskus fut imprimée à Cracovie en 1491, par Swaybold Frank. C'est là aussi que s'imprimèrent plus tard les premiers livres russes. A Tschernigow, en Russie, siège d'un métropolitain grec, on imprimait déjà en 1493 le même livre de Jean Damasque en illyrien, mais avec des caractères cyrilliques par George Czernœwic.
On imprimait dans toutes ces langues avec des caractères gothiques jusqu'à ce qu'on eût introduit des caractères romains, puis peu à peu ceux qui étaient propres à chaque nation. Avec des caractères grecs et hébreux on imprimait presque partout, mais, pour ce dernier, c'était surtout des typographes juifs établis à Soncino, dans le Crémonais, de 1485 à 1490, connus sous le nom Hebraei Soncinates.
Enfin, à la fin du siècle, c'est-à-dire en l'an 1500, il y avait plus de mille typographes répandus dans toutes les parties de l'Europe, dont les noms et les œuvres sont parfaitement connus et constatés, sans compter les ouvriers inférieurs et ceux qui sont inconnus.
L'invention de l'imprimerie exerça une grande influence sur le commerce des livres ; elle lui donna une forme nouvelle ; elle s'agrandit et s'étendit en lui ouvrant un champ plus vaste pour la spéculation.
Au moyen âge, les marchands de livres écrits, qui étaient en même temps aussi écrivains et copistes, lurent appelés Bifoliatores ou stationani, et, s'ils avaient fait des études, clerici. Le libraire qui vend des livres imprimés est nommé dans les imprimés de Ferrare de 1474 et de 1475, et dans ceux de Junte de 1500? Bibliopola; et Librarim dans les éditions de Bologne de 1477, et de Trévise de 1480. Les imprimeurs étaient alors aussi souvent libraires. Fust faisait déjà le commerce de livres imprimés à Paris. Pierre Schoeffer, après la mort du précédent, continua rétablissement à Paris, et en fonda un autre à Francfort-sur-le-Mein. Ant. Koberger à Nuremberg avait, en 1473, des dépôts de livres dans 17 villes différentes: même à Venise, à Lyon et à Amsterdam. Mais en 1 480 nous rencontrons à Ulm de véritables libraires, qui ne faisaient que le commerce des livres imprimés : c'est Jean Harscher, Erhart Ruwinger et Berthold Ofener. A Francfort-surle-Mein se tenait déjà depuis 1479 un marché ou foire de livres imprimés , qui était très-florissant. Il y a encore aujourd'hui dans cette ville une rue qui porte le nom de rue des Livres (Buchgasse). Jean Bœmler à Augsbourg en 1472, et J. Mentellin à Strasbourg en 1470, avaient publié les premiers catalogues ou listes de livres de fonds. D'autre part, les annonces de livres imprimés du couvent de Saint-Ulric et Afra à Augsbourg, paraissent être les précurseurs et les premiers modèles des listes de souscriptions, des prospectus et des programmes si pompeusement répandus dans le public de nos jours. Avec la grande extension de l'imprimerie naissaient aussi des lois prohibitives et restrictives et la censure. La plus ancienne loi de ce genre est celle de l'archevêque et électeur Berthold de Mayence, de l'année 1486, sans parler de celles qui existaient déjà depuis longtemps à Rome.
Si maintenant nous jetons un coup d'œil général dans le domaine de la typographie , sur les travaux des 36 années écoulées depuis la première apparition d'une imprimerie hors de Mayence, à Bamberg en 1462, jusqu'au déclin du siècle, on est frappé d'étonnement et d'admiration à la vue de l'activité et de la vie qui régnèrent dans cet art à peine inventé. Si nous comparons ce court espace de temps aux siècles qui ont précédé cette glorieuse dé-
couverte, que! contraste : Ici un spectacle magnifique , du mouvement, de l'enthousiasme; l'industrie, l'art et l'étude en pleine activité , et pour résultats , le commerce et le bien-être. Là, au contraire, l'inertie, les ténèbres, l'ignorance , un malaise général. Du Ve siècle à l'an mil on savait à peine écrire, par conséquent il n'y avait point de littérature. Même quelques siècles plus tard le papier et les livres étaient extrêmement rares ; « il n'y avait que < les princes et les grands seigneurs qui puissent former des «bibliothèques et récompenser la peine des écrivains, » nous dit l'historien de Charles VI. Le prix moyen d'un livre simple, tenant le milieu entre les simples opuscules ou manuels et les volumes surchargés de peintures et d'ornements, pouvait, suivant M. Daunon, équivalo.'r au XIIIe siècle à ce qui coûterait aujourd'hui 4 à 5,000 francs. Villaret nous dit qu'au XIVe siècle un seul livre d'heures, sans fermoir d'or, sans pierreries, de la bibliothèque du duc de Berry, frère de Charles V, monta à la somme de 875 livres, représentant une valeur d'environ 6,250 francs de notre monnaie. Et au XVe siècle encore, avant la découverte de l'imprimerie, un roi de France, Louis XI, voulant emprunter un livre à la Faculté de médecine pour le faire transcrire, fut obligé de se soumettre à des conditions de garantie, et de donner pour caution cent écus d'or et douze marcs de vaisselle d'argent « qu'il nous a baillés en sûreté de « nous le rendre , ainsi que selon les statuts de notre Faculté « faire le doit. *
Les livres avaient une telle valeur, qu'on les regardait comme la plus belle partie de la propriété : on en disposait dans les legs, et il n'était pas rare qu'on prescrivit dans les testaments l'obligation de les conserver enfermés dans une armoire à part et fixés par une chaîne, de ne jamais les prêter ni les vendre.
Mais déjà la presse était en mouvement : imprimit Me die quantum non scribitur in anm; et Jehan Molinetf), dans sa Recollection des merveille* advenues en nostre siècle, pouvait s'écrier :
il) Mémoires de la Société royale des antiquaires de France, volume XJ11, 1838.
J'ai veu grant multitude De livres imprimez, Pour tirer en estudes Povers mal argentez Par ces nouvelles modes,.
Aura maint escollier Décret, Bibles et Codes, Sans grant argent bailler.
Il n'y avait pas 60 ans que le premier livre avait été imprimé à Mayence, que déjà toutes les grandes villes de l'Europe possédaient des établissements typographiques ; et à la fin du XVe siècle la propagation des livres imprimés était générale.
Suivant M. Taillandier le nombre des exemplaires de chaque édition des premiers imprimeurs était de 275; après 1472 les tirages dépassaient ordinairement ce nombre et même celui de 800. Les calculs les plus modérés établissent que Pimpriinerie avant 1501, c'est-à-dire dans le premier demi-siècle de son existence, avait exécuté plus 1,300 éditions ('), et répandu en Europe plus de 4 millions de volumes.
Nous ne quitterons pas le XVe siècle, époque de la naissance de rimprimerie, sans dire quelques mots sur l'état de cet art à Genève (»).
Genève, qui, suivant Senebier, avait reçu l'imprimerie en 1478, d'Adam Stei-nschawer de Schweinfourt, a pris une part active dans ce mouvement général. On connaît trente-six éditions imprimées dans cette ville depuis cette époque jusqu'à 1500, et les noms de cinq imprimeurs qui y ont travaillé.
M. Favre-Bertrand, dans une excellente notice sur les livres imprimés à Genève pendant cette époque, nous apprend que le
(1) On appelle Incunables, les éditions qui ont paru dans le XV' siècle; du latin incunabulum, berceau (temps où l'imprimerie était encore à son berceau).
(2) Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Genève, t. I»r. — His>t- et description de la Bibliothèque publique de Genève, par M. E.-H. Gaullieur, professeur; Neuchâtel, 1853. — Études sur la typographie genevoise par M. Gaullieur; Genève, 1855. — Mémoire sur l'état matériel de Genève pendant la seconde moitié do XV- siècle par M. le doct. Chaponnière, 1853. - Guerbin de Cruse demeurait dan$ la rue de la Cité ou des Cordonniers (de Civitate seu Sutorum), au coin de la rue de la Tour de Buel.
premier livre sorti des presses genevoises était : I. (*) Le Livre des Saints Anges, imprimé en 1478 en langue française, et avec des caractères gothiques. Cette première publication fut suivie de près de plusieurs autres, savoir : IL Le Roman de Mélusine, avec des gravures sur bois; III. Le livre de Sapience,
IV. Le Roman de Fierabras le Géant; tous les trois du même imprimeur que le premier; le livre intitulé : Le nouble roy Ponthus (XXIX), qui est sans nom d'imprimeur et sans date, est supposé de 1479, et attribué à Steinschawcr. Viennent ensuite :
V. Le Liber qui Manipuhis Curatorum, etc., etc., de 1480, et VL LegencUe sanctorum , de la même année ; tous les deux signés du nom d'Adam Steynschauwer de Suinfordia.
Depuis 1481 apparaît un imprimeur du pays, Lovys Orme, qui se nomme aussi Ludovicum Cruse alias Garbini, Garbin ou Guerbin, fils d'un docteur en médecine. On connaît de lui : VIL Thomas de Aquino, Tract, de 1481, avec des initiales ornées; IX. Le doctrinal de Sapience, imprimé à Promentour en 1482; XL Le Roman de Fierabras, de 1483; XII. Un Wcabulaire latin-français, de 1487; XXII. Les fleurs et les manières des temps passés, etc., de 1495, orné de gravures sur bois. On lui attribue encore l'impression de XXXVI. La danse des Aveugles, et XXXV. Le Livre des bonnes mœurs (entre 1488 et 1489).
En 1490 parurent les deux seuls livres que Jacques Arnollet , ait imprimé à Genève : XIV. Passionale Christi, avec figures et XV. Les sept sages de Rome.
Jean Fabri de Langres publia, en 1491, XVI. Le Missale ad usum Gebennensis dyocesùt, orné d'une vignette.
XXTV. Le Kalendrier des Bergiers porte la date de 1497. et la marque de l'imprimeur, J. B., surmonté d'un R., qui est Jean Belot, originaire de Rouen. XXXIV. Le Missale ad usum Gebennensis de 1498 et Le Missale ail usum Lausannem de 1500, sont également imprimé par lui.
D'autres livres imprimés à Genève pendant le XV- siècle, mais dépourvus ou du nom de l'imprimeur, ou de la date, sont :
\i> Les chiffres romains sont les numéros d'ordre de M. r «tvre.
VIII. L'histoire d Olivier de (JasUlle, de 1482. X. Le livre des sept sages de Ryme, de 1483, et XIII. Le même de 1492. XVIII. ConstitiUiones synodales, etc., de 1403, avec quelques capitales gravées sur bois. XX. Le Doctrinale de Sapience, de 1493. XXI. Encore une édition des Sept sages de Rome (la 4,nB depuis 1483 ), de 1404, ornée de ligures sur bois. XXIII. Fasciculus Temporum en françoys ( c'est le Fardelet historical). île 1495, orné de gravures. XXXIII. ProgmstU'on de Comète, tiui anno M.CCCCC, etc., qu'on suppose être imprimé en 1500. XIX. Statuta eeclesiœ Gebennensis , sans date, paraît être de 1493. XXXÏI. Le roman de Fierabras le Géant, dépourvu de date, mais signé Simon du Jardin, à Genève, paraît, selon M. Gaullieur, être dû à Louis Garbin, du Jardin n'étant pas connu comme imprimeur. XXXI. Une seconde édition de l'histoire d'Olivier de Castille, sans date . mais signée de Louis Garbin. XXVIII. Quatuor norissimarum Liber, etc. (connu sous le nom de Cordiale), sans date, ni nom d'imprimeur. XXX. La chronique et Vhysioire de Apollin de Thyr, imprimée par Garbin (entre 1481-1490). XXXIV. Manuale ad usum Geb. porte les lettres J. B., Jean Belot, mais point de date ni lieu d'impression.— Du XVIe siècle , Missale ad usum écoles. Laus., sans date ni lieu d'impression. La grande Danse Macabre des hommes et des femmes, de 1503, avec des gravures sur bois.— Hore Bte Marie Virginis secundum cccles. Geben.(*).X\ll. Breviarnm ad usum Ge ben. avec gravures sur bois , et des caractères ronges et noires . est imprimé pur Louis Garbin, en 1487.
Ce sont là les éditions connues qui furent imprimées en caractères gothiques à Genève dans le XVe siècle.
Au commencement du XVI" siècle, il y avait à Genève, entre autres imprimeurs, Jacques Vivier (1517), et Wigand Koln (1523 '.
PROPAGATION DE LA TYPOGRAPHIE DANS LE XVIe SIÈCLE. L'imprimerie au moyen de lettres mobiles, ou la typographie, inventée dans la seconde moitié du XVe
ii) Dont M le professeur Adert possède un fragment. Voyez M. Gaullieur, Études, etc. p. 5*t
siècle, s'était donc solidement établie, et florissait déjà chez presque toutes les nations de l'Europe à la fin de ce même siècle. Il nous reste à dire ses progrès dans les temps postérieurs jusqu'à nos jours, à faire ressortir surtout ses perfectionnements dans la pratique, et ses diverses applications aux arts et aux sciences.
Dès le commencement du XVIe siècle nous voyons l'imprimerie se répandre aussi dans les parties extrêmes de l'Europe, et sur les continents et les iles du reste de la terre. En Islande nous rencontrons déjà en 1531 une imprimerie, et en 1584 on y imprimait la première Bible en islandais, Bible dont les gravures sur hois avaient été faites par l'évêque Jens Areson lui-même.
Ostrogue, en Volhynie, est le lieu où fut imprimée en 1581 la première Bible en ancien russe; les caractères sont exactement imités de ceux des manuscrits slavons. La première imprimerie en Russie fut celle de Moscou, établie en 1553; St-Pétersbonrg n'en eut une qu'en 1711. On imprimait depuis 1794 en Arménie. Constantinople n'eut une imprimerie publique qu'en 1726, et la Grèce ne l'eut qu'après avoir recouvré son indépendance, vers 1822.
La Chine , le Japon et les divers pays de l'Inde orientale connaissaient depuis des siècles déjà l'art d'imprimer au moyeu de planches de bois; mais ils ne paraissent pas avoir fait jusqu'ici des progrès sensibles dans l'imprimerie. Les missionnaires ont introduit dans le XVIe siècle la typographie à Goa, sur la côte nordouest du Décan. La Perse n'en a été doté qu'en 1820. Les moines du mont Liban imprimaient déjà ru 1610.
L'art de Gutenberg fut introduit à Batavia depuis 1707; à Ceylan en 1737; mais dans les iles Philippines ce fut déjà en
Les pays qui les premiers eurent une imprimerie dans les deux Amériques, furent le Mexique, en 1549, et Lima en 1586. Mais les Massachusets de l'Amérique du Nord n'en eurent une qu'eu 1639; la Pensylvanie qu'en 1686, florissante surtout sous Franklin en 1726; et New- York qu'en 1693.
L'Egypte reçut l'imprimerie par l'expédition française on 1799; le Cap en 1806.
Les îles Sandwich possèdent cet art depuis 1821, et ou y publie même un journal depuis 1835.
La réformation , considérablement préparée et secondée, sinon provoquée par l'imprimerie, fournit à son tour dans le XVIe siècle de nouvelles et abondantes matières à cet art encore nouveau. Une quantité de presses et de bras étaient en mouvement pour alimenter et soutenir le zèle du nouvel enseignement. Ce fut surtout Wittemberg, le berceau de la réforme, qui contribua le plus à la propagation de l'Evangile. Outre Melchior Lotther, qui y imprimait en 1519 la traduction du Nouveau Testament de Luther, avec des caractères de Froben à Bâle; et Georges Rhaw,qui publiait entre 1520 et 1548 les petits écrits et le catéchisme de Luther, ainsi que les œuvres de Melanchthon ; il y avait principalement Hans Lufft, imprimeur ambulant, qui, s'étant fixé dans cette ville depuis 1526 jusqu'à 1584, y imprimait spécialement la Bible de Luther. Les deux presses qu'il possédait étaient continuellement en activité, et l'on porte à 100,000 le nombre des exemplaires de la Bible qu'il a imprimés dans l'espace de 50 ans ; aussi l'appelait-on l'imprimeur de la Bible.
Urach et Tubingue, dans le Wurtemberg, ne sont pas moins célèbres que Wittemberg. Le zélé luthérien Primus Truber de Carinthio, réfugié, fondait dans ce pays, en 1550, une typographie avec laquelle on imprimait des ouvrages religieux en idiomes croate, vandale (wendisch) etdalmatien, avec des caractères glagoliques ou croates, et cyrilliques (Cyruliza). Lespoinçoins-reliefs pour faire ces caractères furent exécutés en 1560 par l'habile graveur de lettres Jean Hartwach, et moulées ensuite par Simon Auer, fondeur en caractères; tous les deux à Nuremberg. Mais en 1564, après la bataille de Nordlingue, ces caractères furent soustraits par les troupes impériales et devinrent plus tard la possession du collège de la propagande à Rome.
A Paris florissaient principalement dans le XVIe siècle les Étienne (ou Stephanus, en traduisant le nom en latin, suivant l'usage de l'époque), célèbre famille de typographes, qui pratiquèrent pendant l'espace de 170 ans, de 1519 à 1674.
Robert Stephanus I, le plus distingué, homme très -savant, s'était fait protestant. Pour se soustraire aux difficultés qu'on lui suscitait, il se rendit en 1552 à Genève, où il fut reçu gratuitement bourgeois, et y publia un Nouveau Testament en français.
Ses éditions sont très-estimées , surtout à cause de leur correction. Il avait l'habitude d'exposer à la vue du public les épreuves des livres qu'il imprimait, et de donner une récompense à quiconque lui signalait des fautes.
Les Wechel, excellents typographes de Paris, étaient aussi protestants, et furent obligés de quitter cette ville; ils s'établirent entre 1522 et 1600, à Francfort-sur-le-Mein et à Hanau.
Nous devons mentionner encore comme typographes distingués en France dans le XVIe siècle, les Badius à Paris, de 1498 à 1549; Michel Vascason, de 1530 à 1576 (il est un des premiers qui employèrent de préférence le caractère romain au lieu du gothique, alors généralement en usage; on connaît de lui plus de 297 éditions); Guillaume Morel , à Paris , de 1547 à 1564; et une autre famille Morel, de 1571 à 1630. Les Morel fleurirent à Paris pendant près d'un siècle. Une femme aussi s'est distinguée dans l'imprimerie, Charlotte Gvillard, qui exerçait cet art à Paris en 1538.
L'art typographique continua à être pratiqué avec succès en Italie pendant le XVe siècle. Outre les Aide et les Giunta, qui imprimèrent, les uns jusqu'à 1538, les autres jusqu'à 1597, il y en avait encore un grand nombre d'autres , parmi lesquels nous ne remarquerons que Paganini de Brescia. H publia en 1518 à Venise l'édition princeps du Coran en arabe. On imprima dans la même ville, pendant ce siècle, plusieurs ouvrages en slavon, en russe et en croate.
Le plus ancien produit de la typographie de Zurich est une annonce d'un tir à l'arbalète, du 6 janvier 1504. Les premiers imprimeurs connus de cette ville sont Hans Amwasen, en 1508, et Hans Hager, qui imprima de 1520 à 1530 plusieurs ouvrages de Zwingle; mais son plus célèbre typographe était Christophe Froschawer, qui de 1519 à 1564 publia, outre beaucoup d'autres ouvrages, jusqu'à 21 éditions diverses de la Bible. D imprima aussi en 1535 la première Bible anglaise , ornée de gravures gor bois par Sebald Beham.
La Bible connue sous le nom de Bible de Serrières reçut cette désignation parce qu'elle fut imprimée dans le village de ce nom du canton de Neuchàtel, par Pierre de Vincle dict Pirotpicart, en 1535.
Digitiz
Bàle possédait dans ce siècle entre autres, un imprimeur de réputation, Jean Oporinus (Herbst), dont le principal ouvrage, Andreœ Vesalii de humani corporis fabrica, lib. VIII, 1554, est imprimé avec de beaux caractères, des initiales gravées en bois spécialement pour ce livre, et orné de beaux dessins anatoraiques. Oporinus avait écrit lui-même plusieurs ouvrages, et fait les traductions et annotations des classiques grecs qu'il imprimait
L'Allemagne possédait dans ce siècle un grand nombre de typographes renommés, dont quelques-uns nous sont déjà connus. Nous n'ajouterons que J. Petrejus à Nuremberg, de 1526 à 1550; André Wingler à Breslau, de 1538 à 1555; Ernest Voegelin à Constance, de 1559 à 1578; et H. Commelinus à Heidelberg, de 1587 à 1597, duquel les éditions des classiques grecs et romains sont très-estimées.
Ce que les Aide et les Giunta étaient pour l'Italie , les Étienne pour la France, Christophe Plantin l'était pour les Pays-Bas; il florissait à Anvers de 1555 à 1589. Ses nombreuses éditions sont encore aujourd'hui regardées comme des chefs-d'œuvre de typographie, et se distinguent surtout par l'élégance des types et de l'impression, et par la plus parfaite exactitude. Plantin avait, comme Robert Étienne, l'habitude de récompenser ceux qui trouvaient des fautes dans ses livres imprimés.
L'Angleterre n'est pas restée en ai ri ère dans le XVIe siècle, et offre également des imprimeurs tïe mérite. Wynkin de Worde perfectionna, de 1491 à 1534, les caractères; il les faisait de grandeur diverses et graduées. John Day fut le premier qui imprima avec le caractère appelé caractère stueon. Il ornait ses livres de belles figures mathématiques et de cartes géographiqués, surtout remarquables dans ses Acts and monuments, ou Fox's Book of Martvrs II exerçait son art de 1544 à 1583.
Richard Grafton imprima en 1540 la Bible de Cranmer, avec de remarquables initiales, richement ornées. Cependant un des plus singuliers produits de la typographie de cette époque est le Genealogy of the kings of England, imprimé en 1560 par Gylles Godet. Il est composé des effigies des rois fabuleux de la blanche Albion, depuis Brutus jusqu'à Elisabeth; les figures ont six
pouces de haut et sotit gravées sur bois. Le tout, fait en forme de tapisserie, fut conservé jadis dans un étui sur un rouleau mouvant et paraît avoir servi à décorer les murs de quelque château en guise de tenture.
PROPAGATION DE LA TYPOGRAPHIE DE- PUIS IiE XVIe SIÈCLE. Le XVIIe siècle , temps de guerres, de désordres et de calamités de tout genre, avait produit cependant de grands hommes et vu éclore de précieuses découvertes; mais il n'était pas propice pour l'art typographique: au contraire, cette époque agitée était un obstacle aux progrès de l'imprimerie ; elle comprimait son essor et la conduisait presque à sa décadence. Ce ralentissement s'étendit plus ou moins sur tous les pays, et se prolongea dans quelques-uns jusqu'à la moitié du XVIIIe siècle. Dès lors il se manifesta dans la typographie une nouvelle activité , et , malgré les troubles de la révolution française et les longues guerres qui la suivirent, elle n'a cessé de faire des progrès et de se perfectionner.
La Hollande est peut-être l'unique pays où l'ancien lustre de l'imprimerie ne s'était pas tout à fait éteint. Les Elzévir, non moins célèbres que les Aide et les Etienne, florissaient à Amsterdam de 1592 à 1680, et imprimaient un grand nombre d'ouvrages placés parmi les plus parfaits , et recherchés encore aujourd'hui. Janson Blseu, ami de Tycho Brahé, et ses fils sont aussi célèbres que les précédents. On remarque surtout son Atlas en 12 vol. gr. in-fol, et son Novum Theat. urb. Belgicje regiac, de 1649, avec des cartes et des gravures. — Le plus remarquable ouvrage de la typographie hollandaise de cette époque est la Bible de Dordrecht . imprimée in-folio en 1686.
Jean Andreae avait fondé en 1667, à Francfort-sur-le-Mem, un établissement typographique qui existe encore aujourd'hui.
Stockholm avait dans le XVIIe siècle un habile graveur sur bois et sur cuivre (Fornischnidare och Kopparstichare), Henri Keyser. qui était aussi typographe. Il avait servi sous Gustave- Adolphe, et reçut de lui un appareil d'imprimeur pris sur l'ennemi.
L'Italie vit paraître dans le XVIII0 siècle un des premiers restaurateurs de Fart typographique, Giambattista Bodoni, le plus
Dans le plus grand sont trente fondeurs de caractères, six fondeurs de stéréotypie, cent soixante compositeurs et autant d'imprimeurs, sept ouvriers pour humecter le papier. Deux machines à vapeur mettent en mouvement dix-neuf presses accélérées, dont chacune imprime 700 à 1,000 feuilles par heure; il y a en outre cinq presses hydrauliques du poids de 260 tonnes chacune, pour préparer le prp'er; quinze presses en fonte de fer pour les éditions de luxe. On emploie dans cet établissement 2000 rames de papier par semaine. La stéréotypie produit plus de mille ouvrages, dont 72 Bibles; les planches stéréotypiques qui servent à ces impressions ont une valeur de 400,000 livres sterling.
Cette imprimerie possède plus de 50,000 planches gravées en bois, dont on expédie les clichés dans toutes les parties de l'Europe et de PAmérique.
L'imprimerie du journal the Times offre également un exemple du grandiose des entreprises anglaises dans ce genre ; l'impression des 24 colonnes dont est composé ce journal, un des plus grands de l'Europe, occupe environ 100 ouvriers, dont 50 compositeurs ^mettent en œuvre le travail de 12 sténographes des séances du parlement; des presses mécaniques de grandeur énorme impriment 4,000 épreuves par heure et 12,000 en six heures de temps; de manière qu'à Londres on peut lire le matin, et dans les provinces avant raidi, ce qui se débattait au parlement encore à minuit.
Le plus remarquable exemple de célérité dans rimprimerie a été fourni ces dernjères aimées par l'Angleterre. D s'agissait de l'impression des voyages en Afrique de Damberger. Les éditeurs (MM. Darton et Clarkes) reçurent le volume original, écrit en allemand, un mercredi à 11 heures du matin. L'ouvrage en 36 feuilles
de texte , a été traduit en anglais , accompagné d'une préface critique, de trois gravures et d'une carte coloriée , ensuite imprimé, broché, expédié aux libraires , et le samedi soir à 6 heures et demie, il ne restait plus un seul exemplaire à l'éditeur.
Un des premiers restaurateurs de l'art typographique en France fut Charles Crapelet le père, qui imprimait de 1789 à 1809. II chercha à bannir de l'imprimerie les ornements de mauvais goût
qui surchargeaient les imprimés de ce temps , et il s'efforça d'unir l'élégance à la plus grande simplicité. Ses éditions sont aussi correctes que belles. On possède de lui un magn fique ouvrage, l'Histoire naturelle des oiseaux de paradis, in-folio , imprime en <>r. Le fils, A.-G. Crapelet, surpasse encore le père: son édition de La Fontaine de 1814, celles de Montesquieu, de Rousseau, de Voltaire et d'autres, sont de véritables éditions de luxe et jouissent d'une grande réputation.
Les Didot ont acquis une célébrité universelle méritée, et qui leur restera toujours. Le principal mérite de François- Ambroise Didot (né en 1730, mort en 1804) consiste dans la gravure des lettres; son caractère romain est magnifique.il inventa la typométrie, et il fut le premier qui imprimât sur du papier vélin, fabriqué d'après ses conseils à Annonay. Son frère Pierre-François s'est également distingué.
Pierre Didot, fils de François- Ambroise, né en 1761, eut le courage d'entreprendre, au milieu des désordres de la révolution, l'impression des classiques anciens et modernes; son Virgile de 1 798, son Horace de 1799, et surtout ses œuvres de Piacine de 1801 à 1805 furent déclarés par un jury spécial les plus beaux produits de l'art typographique de tous les temps et de tous les pays. On lui doit dix-huit genres de caractères.
Firmin Didot, frère du précédent, s'était surtout distingué dans la gravure et le moulage des lettres, dans la stéréotypie et la typométrie ; mais il était aussi habile imprimeur. Il mourut en 1836, généralement regretté.
Henri Didot, fils de Pierre-François, est l'inventeur de la fonderie polyamatype ; il a imprimé le De imitatione ChriMi en
Jules Didot, fils de Pierre, est principalement célèbre par ses éditions de luxe, connues partout.
Parmi les imprimeurs moderne, Duverger est celui dont l'établissement grandiose peut le mieux rivaliser avec ceux d'Angleterre ; Evrart, dont les éditions illustrées ont une grande réputation. L'imprimerie impériale est le plus grand et le plus remarquable Établissement de ce genre.
Enfin, et comme résumé, en janvier 1854 il y avait à Paris
plus de quatre mille ouvriers imprimeurs ( dont 67 femmes compositeurs) qui étaient occupés à 572 presses et 276 machines. Le nombre des imprimeries dans toute la France était alors de 1,024. On y publiait 1,114 journaux, et l'on porte à 7,992, dont 4,700 à Paris, le nombre des ouvrages nouveaux qui ont paru dans l'année 1853; en 1817 ce nombre n'avait été que de 2,126.
En Angleterre , à Londres , il n'avait été publié en 1828 que 842 ouvrages nouveaux; mais, en 1850, ce nombre était arrivé à 4,400. D'après un rapport officiel du 9 juin 1851, il a été imprimé pendant les trois dernières aimées, entre Londres, Oxford et Cambridge, 3,927,750 exemplaires des Saintes Ecritures.
En Allemagne, le mouvement de la librairie et de rimprimerie ust encore plus remarquable. En 1546, année où il existait déjà un catalogue de la foire de Leipzig, il s'était publié 256 nouveautés littéraires; — en 1601 déjà 1,137; — en 1830, 5,920; — en 1841 ce chiffre montait à 11,090;— en 1850, il était de 8,737. fi y avait alors dans ce pays 2,000 libraires, parmi lesquels 400 éditeurs et 1200 teneurs d'assortiments.
L'Amérique du Nord, qui n'avait en 1655 que deux ou trois imprimeries, en compte aujourd'hui 4,000.
Ces quelques indications et rapprochements suffiront sans doute pour montrer quelle extension prodigieuse a prise dans notre siècle l'art typographique.
L'excellence et l'utilité de la typographie, le bien et les avantages qu'elle procure, étaient reconnus généralement, et dès les premiers temps un grand nombre d'auteurs s'empressaient de faire valoir ses qualités.
Le Fardelet historical, de l'an 1554, contient le passage suivant sur l'imprimerie : « La impression des liures qui est une « science tressubtile et ung art qui iamais navoyt este veu fut
< trouve enuiron ce temps en la cite de Magonce (*). Ceste science
< est art des arts, science des sciences , la quelle pour la célérité
(1) L'ouvrage latin intitulé: Fasciculus lemporum auctore quodem devoto Carthasiensi, imprimé pour la première fois à Cologne, en 1474, in-folio, a été traduit en français par Pierre Farget (Fergel, Sarget) et il est connu sons le nom du Fardelet historical. Il y a une édition de Lyon, 1483, une de Genève, 1495, etc. (M. Favre- Bertrand, Notice, etc.)
« de son exercite est ung trésor désirable de sapience.... Car la « vertu infinie des liures... a maintenant este manifestée aux
< poures indigens estudians, escoliers : reste multitude est « diuulgee entre tous peuples langues et nations tellement que « vrayemeut nous pouvons regarder et dire ce qui est escript
< au premier chapitre des proverbes. Sabientia foris prœdi-
< cat »
Un écrivain trace ainsi, dans le journal La Presse du 25 février 1837, les diverses phases de l'imprimerie : « Durant le premier siècle qui en a suivi la découverte, l'imprimerie apparaît sous la forme d'un missel; sous la forme d'un pamphlet le siècle suivant ; plus tard, elle a été petit livre bien libertin, et in-folio bien lourd ; un journal à cette heure en est le symbole. » M. Crapelet ajoute : « Ne pourrait-on pas dire aussi , avec plus de justesse peut-être, que l'imprimerie a été religieuse à sa naissance ; religieuse et littéraire dans sa jeunesse; littéraire et politique dans sa maturité; et que, politique et industrielle maintenant, elle est parvenue à sa décrépitude , jusqu'à ce que les lettres, reprenant force et vigueur, lui rendent à leur tour une vie nouvelle. »
Enfin, M. de Lamartine s'exprime de la sorte : « L'imprimerie est le télescope de l'âme. De même que cet instrument d'optique, appelé télescope, rapproche de l'œil, en les grossissant, tous les objets de la création, les atomes et les astres mêmes de l'univers visible, de même l'imprimerie rapproche et met en communication immédiate, continue, perpétuelle, la pensée de l'homme isolé avec toutes les pensées du monde invisible, dans le passé, dans le présent et dans l'avenir.
« On a dit que les chemins de fer et la vapeur supprimaient la distance; on peut dire aussi que l'imprimerie a supprimé le temps; grâce à elle, nous sommes tous contemporains. »
PRESSES ET MACHINES D IMPRIMERIE. On
se rappelle que la presse à tirer des épreuves dont se servait Gutenberg avait à peu près la forme d'un pressoir. La presse ainsi construite, peut-être un peu modifiée, est restée en usage pendant plus d'un siècle. Léonard Danner h Nuremberg, vers le milieu du XVIe siècle, fut un des premiers qui y introduisirent quelque per-
fectionnement; il remplaça les vis de bois par des vis de laiton. En 1620, W. Janson Blaeu avait essayé de construire plusieurs presses de différents systèmes, qui furent alors adoptées dans les Pays- Bas et plus tard aussi à l'étranger. Mais ce n'est que vers la fin du XVIIIe siècle que Ton commença à s'occuper sérieusement d'améliorer le mécanisme des presses typographiques. W. Haas père, à Baie, en 1772, et J.-G. Freitag, à Géra, en 1705, donnèrent la première impulsion. Dès lors les inventions se succédèrent avec une telle rapidité et une telle abondance, qu'il nous est impossible de les suivre en détail. Nous ne mentionnerons que les changements les plus saillants et les inventeurs les plus renommés. Ce sont d'abord Franç.-Ambr. Didot, Anisson, Gaveaux, Thonnelier, Villebois, Frapié en France ; les Anglais Roworth, Medhurst, Hope, Russel, Stafford, Hoe, Rowland Ilill, Proner, Brown. Les presses à cylindre de Sehuttleworth à Londres, Strauss à Vienne, et Burks à Paris, ont eu des succès. Dans les presses en fer, nous remarquerons celles de Stanhope et Walker, de 1816; celle de John Ruthen, de 1813. Georges Clymer à Philadelphie inventa, en 1818, la célèbre Col umbian- Press. En même temps, il y avait celle de Moore en Angleterre, et celle de Rugglc à Philadelphie. On remarque encore les presses de Daniel Treadwell : la Botary standard press de Barcley; la Albion press de Diurne, celles de Cope, de Well, de Hawking; celle de Hagar à New- York, celle de Koch, perfectionnée par Stieber et Gross. Dans les presses mécaniques se distinguent les suivantes : La presse de Hinsley du Connecticut, inventée au commencement du siècle, a l'avantage de poser et d'encrer 2 feuilles à la fois, ce qui lui permet de livrer deux mille épreuves en une heure. La presse remarquable, mue par la vapeur, de Frédéric Konig d'Eisleben, associé en 1812 avec Bauer, produisait le 28 novembre 1814 la première épreuve typographique imprimée au moyen de la vapeur. C'était le journal ilw Times. Elle livre mille exemplaires par heure imprimés des deux côtés de la feuille. La presse accélérée de l'ingénieur Applegath, à cylindres verticaux imprime par heure et avec une admirable perfection dix mille exemplaires de l'immense journal, the Times. Thomas French en Amérique a établi une presse qui est en rapport avec une papeterie dont les feuilles, à peine fabriquées,
sont amenées d'elles-mêmes sous la presse, imprimées des deux côtés à la fois et séchées. On y a imprimé le Juvenil Reader, ouvrage composé de 216 pages, sur une seule feuille de soixante et dix pieds de longueur.
Thuvien à Paris a inventé une presse colossale pour imprimer des affiches de 8 pieds de haut sur 10 de large. MM. Hoe de New- York ont exécuté une immense presse pour imprimer le journal New-York-Sun, qui est tiré à cinquante mille exemplaires. Son format est de soixante-cinq centimètres de hauteur, sur quarantecinq de largeur; chaque page est composée de huit colonnes de deux cents lignes, ayant quarante lettres chacune. Le diamètre du cylindre, auquel s'applique la forme contenant les caractères, est d'environ six mètres. Huit autres cylindres, se chargeant successivement du papier, prennent l'impression en huit endroits différents , de sorte qu'on obtient de seize à vingt mille épreuves par heure. L'appareil a près de quatorze mètres de long, et la machine a deux étages de hauteur. En une heure, et à l'aide de seize personnes, cette presse exécute ce qui, dans un même espace de temps, aurait exigé le travail de trois à quatre cents pressiers.
Les anciennes presses à bras, presque complètement en bois, nécessitaient pour la plupart deux coups de barreau pour imprimer une feuille ; l'encre se posait avec des balles faites de peau de chien on de veau. Les nouvelles presses à bras n'ont que le pied en bois ; le corps de la presse et les autres parties sont en fonte ou en fer forgé ; l'encre se distribue avec le rouleau. MM. Firmin 1 >idot nous apprennent que l'invention des rouleaux dits gélatineux est due à M. Gannal; il les composa en 1819 d'une combinaison de sucre et de gélatine ou colle forte. Les rouleaux élastiques remplacèrent aussitôt avec avantage, pour l'impression, les rouleaux en peau de veau. L'usage en devint général en France, en Angleterre et dans les autres pays.
CARACTERES D'IMPRIMERIE. L'immense diversité de genres et de formes des caractères qui furent employés dans l'art typographique , ou qui sont encore en usage. ( ) Le
(1) Encyclopédie moderne, publiée par Firmin Didot frères, Paris in-8° 4851, t. 2f>, article Typographie.— l.a Typographie, poëme par M. L. Pelletier, Genève 18Hi. in-8.
grand nombre de graveurs et de fondeurs en lettres qui ont existé, et qui, presque tous, ont apporté quelque innovation, nous forcent à borner nos observations, et de les resserrer dans un cadre plus étroit que ne mériterait un tel sujet. La calligraphie a puissamment contribué au perfectionnement des lettres d'imprimerie. Les premiers typographes imitaient exactement récriture des manuscrits de leur époque. Plus tard, les maîtres d'écriture publièrent des modèles de lettres dans des recueils spéciaux. Au commencement , c'était principalement les peintres qui s'occupaient de la calligraphie, ensuite ce furent les Modisteny nom donné en Allemagne aux calligrapbes.
Albert Durer fut un des premiers qui publièrent des règles de construction pour les lettres majuscules et minuscules. 11 fut bientôt suivi de beaucoup d'autres en divers pays; nous ne mentionnerons que ceux qui ont joui de plus de vogue. C'étaient, à Nuremberg, Jean Neudôrffer l'aîné, en 1538; Henri Vogthers de Strasbourg, en 1546; Urbain Wyss à Zurich, en 1549; Théodore de Bry à Francfort-sur-le-Mein, en 1570, et 1596; Jacques Jacobelle à Heidelberg, en 1575; Sigismondo Faute à Florence, en 1529; Giov.-Batt. Palantino à Rome, en 1540; Giov.-Ant Tagliente à Venise, en 1545; Giov. Cresci. Milanese, en 1575 ; Juan Yciar, Vizcayno,Escriptor de libros, en 1529; Pedro de Madaria de Valence, en 1565; Francisco Lucas, Vezino de Levilla, en 1580; Geofroy Tory de Bourges, en 1529 ; Jean Richard à Anvers, en 1549; Clera. Parrati à Bruxelles, eu 1596; et beaucoup d'autres.
Ce genre de publications, commencé dans le XVI* siècle, continué dans les siècles suivants, est devenu de nos jours extrêmement nombreux. Ces recueils d'écriture, composés d'alphabets de lettres de tousgenres, servaient, au XVIe et au XVIIe siècle surtout, de modèles aux graveurs en lettres, et exerçaient ainsi une grande influence sur la tournure et la forme des caractères d'imprimerie.
- Falkenstein, déjà cité, p. 3G0 et suiv.— Précis hist. sur l'imprimerie royale par F. A.Duprat; Paris, 1848, in-8*— Gutenbcrgoder Geschichte der Buchdruckerkunst, Ot. Aug. Schulz; Leipz. 1840, in-8°. — Études pratiques et littéraires sur la Typographie, par G.-A. Crapelet ; Paris, 4837, in-8*. — Histoire de l'Imprimerie, etc., par Paul Lacroix (Bibliophile Jacob), Ed. Fournier et Ferd. Seré; Paris, 4852, grand in-8-.
Nous y pouvons remarquer quatre époques différentes et successives qui, pour être exactes, ne doivent cependant pas être regardées comme absolument indépendantes, mais comme s'enchaînant: Tune servant de complément à l'autre.
La première époque nous la connaissons déjà, c'est celle du XVe siècle, celle de l'invention première. Nous pouvons l'appeler aussi l'époque gothique, parce que le caractère gothique y dominait. « On ne saurait se figurer, nous dit M. Bernard, jusqu'où alla, à un certain moment, l'engoue/nent du public pour le caractère gothique. Quelques auteurs, dans leur enthousiasme, le qualifient même de divin. »
Cette époque commence avec Gutenberg, qui avait introduit diverses grandeurs de lettres imitées des missels manuscrits. Ces lettres, que les Allemands appellent Myssaltype , les Anglais Blaek-lettres , les Flamands lettres Saint-Pierre , et les imprimeurs plus modernes lettres bourgeoises, servirent, surtout en France, à l'impression des livres scolastiques, entre autres à la Somme de Saint- Thomas, ce qui leur fit donner, selon Fournier, le nom de lettres de somme. (!) Pierre Schœffer les a perfectionnées et variées ; il y a ajouté le caractère dit Schicabacher% et les lettres grecques.
Sweynheim et Pannartz à Rome introduisirent, en 1465, le caractère romain, imité de l'écriture du pays ; il est encore un peu gothique, et a 15 points typographiques. Ce caractère fut perfectionné par Ulric Han, Jean de Spire, Gunther Zainer, et Mentelin. Ulric Han imprima en 1468, à Rome, les Epîtres familières de Oicéron, in-folio; et le caractère qu'il employa retint le nom du prince des orateurs de l'ancienne Rome. Ce caractère, appelé Cicéron, n'avait que 12 points. Dans la même année, le même imprimeur publia le livre de La Cité de Dieu de saint Augustin, et le nom de l'auteur resta également attaché aux lettres qui avaient servi à l'impression de ce volume. Le Saint- Augustin correspond à 13 points. Le caractère romain de Jenson à Venise, 1471, a en-
tl) Le* expressions de lettres moulées, jeter en moule, mettre en mole ou molle, que l'on rencontre si souvent dans les anciens auteurs, ne désignent autre chose que l'impression typographique, c'est-à-dire des caractères coulés dans un moule. (Bernard, 1, p. 100.)
viron 14 points et demi. La fin me de ces caractères, appelés alors Caracterfbus Vendus, est celle que nous avons encore aujourd'hui, sauf de légers changements introduits par la mode, mais qui ne touchent pas au fond i !).
Pendant que Zarotus et Dionysius Paravissinus à Milan (*). Bernardin Xcrlius et Loi enzo Francesco de Alopa à Florence, amélioraient les lettres grecques, Conrad Fyner à Esslingue, et Abraham Konath à Mantouc créèrent le caractère hébreu.
Le XVIe siècle nous introduit dans une nouvelle époque de la gravure de lettres: les perfectionnements se multiplient; «le gothique est encore en grand usage, mais il est peu à peu remplacé par le romain, et surtout par le caractère cursif ou italique, inventé par Aide Manuce, et fondu par Francesco de Bologne.
Ce que les Aide et les Giunta étaient pour l'Italie, les Plan tin. les Elzévir et les Bleau Tétaient pour les Pays-Bas; les Auerbach et les Froben pour la Suisse, les Egenolph, les Petrejus, Peypus, et Fuhrmann à Nuremberg pour l'Allemagne. Sabon, àFrancfortsur-le-Meiu avait créé en 1550 un caractère qui porte son nom (Sabon, ou grobe Fraktur). Albert Durer, à l'aide de figures quadrangulaires, avait posé les règles de la forme fondamentale du caractère allemand (Deutsche Fraktur), que Hieronymus Hœlzel avait gravé, et dont le prototype se voit dans l'Apocalypse de 1498. Hieronymus Rœseh a gravé et fondu des caractères d'après le manuscrit le Iheuerdank, écrit suivant la méthode de Durer par Vincent Bockner, secrétaire de l'empereur Maximilien Ier.
Mais le perfectionnement de ce caractère est dû à Johann Neudorfer, l'ainé, célèbre calligraphe de Nuremberg; il introduisit en 1557 et mit en usage les lettres cursives allemandes (Camleischrift ).
(i) On appelait antique, le r:n-artére. romain, et gothique, le caractère moderne , quoique ce dernier ait précédé le romain eu typographie. 1/écrilure en lettres gothiques est en effet plus moderne que récriture romaine.
(à) Son édition de la Grammaire grecque de Lascaris, in- 4", t47fl, est le premier livre entièrement exécuté en caractères grecs. Avant cette époque, et à cause des accents, on laissait souvent en blanc les mots de cette langue. Le Lactance de Sweynheim, 14H5, offre déjà l'exemple de caractères grecs mobile* et fondu*; c* sont les premiers de ce genre, car ceux de Schœffer, dans l'édition des Offices de Ciréron imprimés la même année, furent simplement gravé*.
Xous avons déjà mentionné le mérite des Etienne et dos Morelli en France. Vers 1520, Claude Garamond, renonçant au caractère gothique et semi-gothique, grava d'après les belles formes vénitiennes de Jenson et de Manuce, les caractères romains et italiques qui furent généralement adoptés. Ces lettres se propagèrent dans les pays étrangers, soit par les fontes qu'il y envoyait, soit par les matrices qu'il y vendait. Ses élèves, Jacques Sanlecque et Guillaume le Bé 1er suivirent son exemple. Ce dernier a été chargé, en 1523, par François Ier, de graver les caractères en langue orientale dont se servait Robert Etienne. Robert Granjon, élève de Garamond, appelé en 1578 par le pape Grégoire XIII, établit une fonderie de caractères à Rome, dans le Vatican, où il travailla, sous les ordres du cardinal de Médicis, à plusieurs caractères romains, droits, latins, arabes, syriaques, arméniens, illyriens et moscovites. Il est l'inventeur d'un caractère cursif particulier, et des lettres bâtardes qu'on appelle lettres de règles de civilité, nom qu'elles reçurent d'un petit ouvrage très-estimé alors, intitulé « La civilité puérile et honmtte pour l'instruction des enfants. »
En 1528 se distinguaient comme habiles graveurs et fondeurs • en lettres, François et Sébastien Gryphe, d'origine allemande, l'un à Paris, l'autre à Lyon. Les principales preuves de ce que les arts de la gravure et de la fonte des caractères savaient produire dans le XVIe siècle, en France, se trouvent réunies dans l'ouvrage de Godefroy Tory, publié à Paris en 1528, in-4°, sous le titre Champ Fleury, auquel est contenu Lart et Science de la deue et vraye proportion des lettres antiques et proportionnées selon le corps et visage humain,
Le XVLP siècle offre une époque, sinon de décadence, du moins stationnaire. Il y avait à Paris Samuel Thiboust en 1612, libraire, imprimeur, graveur et fondeur, Guillaume le BélI, en 1625, et Jacques Langlois, en 1633. Pierre Moreau, maître écrivain, puis en 1640 imprimeur, présenta à Louis XIII des épreuves d'un caractère qu'il avait fait graver, et qui imitait l'écriture ronde. 11 exécuta ensuite une bâtarde brisée, et plusieurs autres caractères qui sont connus sous le nom de financiers. Jean Jannon à Sédan avait acquis une certaine réputation à cause des petits caractères qu'il
employait dans ses impressions, et qui reçurent le nom de lettres sédanoises.
Pierre Lepetit était fondeur en lettres en 1643. Claude-Louis Thiboust, en 1694, graveur et fondeur, avait composé et imprimé un poëmo latin, de Typographie Excellentia.
Joseph Maxton, de 1659 à 1683, fut le premier en Angleterre qui exerça l'art suivant certaines règles mathématiques. Walton publia en 1657 sa Polyglotte. Ce fut le premier livre publié par souscription. En Allemagne, il y avait Wolfgang Endter mort on 1659, Lowinger et Baumann.
Dans le XVIIIe siècle commence l'époque que l'on pourrait appeler le temps de la renaissance, et qui s'est prolongé jusqu'à nos jours. C'est l'époque des Bodoni, des Fournier, des Didot, des Baskerville, des Breitkopf, des Tauchnitz et des Hœnel.
Bodoni en Italie, parmi les typographes du XVIIIe siècle, était le plus habile et le plus dévoué de son art ; il réunissait tous les talents d'un véritable typographe; son Manu aie tipografico contient la plus riche variété de caractères que l'on connaisse. On y trouve d'abord les alphabets de toutes les langues vivantes de l'Europe, 291 latins, 102 grecs, 8 hébreux, 3 rabbiniques, 6 syriaques, 71 russes, 3 samaritains, 2 arabes, 2 cophtes, 2 phéniciens, 2 armé- . niens et 2 thibétains. En Angleterre fleurirent William Gaston de 1755 à 1765, et surtout John Baskerville. Ce dernier, peu satisfait du mauvais goftt des caractères d'alors, résolut d'en graver de nouveaux, et il y réussit à force de patience et d'habileté. Ses caractères sont élégants, quoique un peu maigres. Son Virgile, publié en 1757, excita l'enthousiasme général, et fut regardé comme un chefd'œuvre. Après Baskerville vinrent Figgins, Barton, Fry, Harvey, Jackson, Livremoore, Towkins, Martin, Thorne, Ashby, Wilson. Pouché, Wood et Charwood. Thorowgood inventa le caractère Egyptien de nos jours. Le célèbre Bulmer avait déjà en 1795 publié ses éditions miniatures, parmi lesquelles on remarque surtout les œuvres de Shakspeare ; ce chef-d'œuvre fît donner à son imprimerie le nom de Shakspeare Press. L'Ecosse possédait à cette époque comme graveurs et fondeurs Miller, Mathewson, Bower et Barcon.
La France ne pouvait non plus rester en arrière du progrès
universel qui s'opérait alors dans l'art typographique, ce puissant auxiliaire des lettres. Louis XIV, nous dit M. Duprat('), ordonna en 1692 qu'une typographie spéciale fût gravée pour le service de son imprimerie. L'Académie des sciences, consultée sur la forme qu'il conviendrait de donner aux nouveaux types , désigna à cet effet MM. Jaugeon (*), Filleau des Billettes, et le P. Séb. Truchet , qui composèrent à cette occasion un traité de typographie , dans lequel ils réunirent , indépendamment des modèles de gravure des caractères romains , les alphabets de toutes les langues ou idiomes connus, expliqués par de savantes notices sur leur origine. Ce traité contient des règles sur la grandeur, les contours, les pleins et les déliés, les empâtements et les espaces des caractères. Ces règles consistent en un carré divisé en soixante-quatre parties , subdivisées chacune en trente-six autres; ce qui forme ime quantité de deux mille trois cent quatre petits carrés pour les capitales romaines. Les lettres italiques sont figurées par un autre carré oblong et penché ou parallélogramme, qui comporte encore plus de subdivision. Il faut ajouter à tous ces détails les cercles faits au compas, pour former les parties rondes des lettres et leur empâtements. Philippe Grandjean, premier graveur du roi depuis 1694, fut chargé de la gravure des nouveaux types. En 1702 l'Imprimerie royale fit paraître les premiers corps des types gravés sous Louis XIV. C'est le Saint- Augustin gravé par Grandjean.
Jean-Alexandre, son élève, lui succéda en 1723. Le troisième graveur du roi fut Louis Luce, gendre d'Alexandre, qui lui avait succédé en 1740. Luce avait exécuté des lettres si petites que l'on ne pouvait les lire sans microscope , . et il les appelait le premier alphabet. Plus tard il fit encore un autre alphabet en italique, plus petit que le premier. Il avait aussi exécuté une ronde et une bâtarde dite du Louvre, mais ses caractères ne sont pas estimés, excepté un caractère d'écriture bâtarde gravé sur 96 points.
il; i'iécis historique .sur l'Imprimerie nationale, cit., par M. K.-A. Dupral, Pans, \m, grand in-8°. *
(i) Des arts de construire les caractères, de graver les poinçons de lettres, de fondre Ifs lettres, d'imprimer les lettres, etc., formant le 4*' vol. des Descriptions et perfections des arts et métiers, par Jaugeon (1701».
Cependant Pierre-Simon Fournier est celui qui peut être regardé à juste titre comme le restaurateur de la typographie en France. Il fut d'abord excellent graveur sur bois; il s'occupa ensuite de la gravure des poinçons et de la fonte des caractères. C'est de lui que date la régularité des types, et il montra la route à suivre pour la taille des lettres agréables à l'œil 11 a composé plusieurs ouvrages d'un grand intérêt sur la gravure en bois et sur celle des caractères. Il était né en 1712, il mourut en 1768.
François- Ambroise Didot n'avait pas moins de mérite. Il lit graver et foudre chez lui par Watiard, dont il forma le goût , les premiers types de son imprimerie. Son fils , Firmin Didot , surpassa bientôt Wafiard, et grava la plupart des caractères de l'imprimerie de son père. François-Ambroise Didot imagina les garnitures en fonte, inventa la presse à un seul coup, ainsi que l'échelle des points typographiques, en divisant la ligue de pied de roi en six points ; système qui fut généralement adopté, et qui mit un terme à la confusion qui était devenue telle , que les corps de caractères dans aucune imprimerie n'étaient en rapport les uns avec les autres. Henri Didot était habile graveur et fondeur en lettres ; il inventa le moule polyamatype.
De 1715 à 1742, on avait essayé dans l'Imprimerie royale de graver un corps de caractères chinois ou idéographiques , mais la gravure fut suspendue en 1742. On ignore le nom du graveur qui commença ces caractères, dont les poinçons sont en bois; ce sont les prejniers types cliinois gravés en Europe. Villeneuve grava en 1722 quatre corps de types hébraïques, pour l'Imprimerie royale. Quant à la collection des ornements de cet établissement, elle fut augmentée de culs-de-lampe et autres vignettes, gravés par le célèbre Papillon. Mais, quel que fut le talent de cet artiste , l'art de la xylographie était encore à son berceau sous Louis XV, et tous ces ornements , ainsi que ceux de Luce, laissent en outre trop apercevoir dans le dessin la sécheresse et le peu d'élégance du style qui dominait alors (').
,lj l'apilluii a i\pu>e dans un traite hisl. cl pratique de lu gravure sur bois les principe;» de cet art ; l'an», 17*30.
Sous la république on trouve Fagniou , graveur, et Launier, fondeur en caractères, attachés à l'Imprimerie nationale.
Pierre Didot l'aîné, fils de François- Ambroise, consacra toute sa vie à l'amélioration des types. Il avait gravé de très-beaux caractères au commencement de notre siècle ; plus tard il se faisait aider par Vibert. Firmin Didot , son frère , s'est distingué comme graveur et fondeur. Il fit paraître eu 1806 des caractères imitant l'écriture cursive, gravés par lui d'après un procédé dont il était l'inventeur ; on appelle ces lettres anglaises. De 1812 à 1815 il grava pour l'Imprimerie impériale, d'après le système métrique, une typographie dite millimétrique, composée de treize corps de caractères. Le système millimétrique fut abandonné en 1814. En 1818, Jacquemin grava plusieurs corps de caractères d'après des modèles empruntés à l'Angleterre.
En 1819, Ambroise-Firmin Didot et Hyacinthe Didot, fils de Firmin, se distinguèrent également dans la gravure et la tonte des caractères. Mollé, habile fondeur, a coopéré à la rénovation de la typographie. Il publia en 1819 une série considérable de caractères gravés par lui. En 1834 il exposa des essais d'un caractère chinois, dont il avait le courage d'entreprendre la gravure à lui seul; pour éviter la confection de 30,000 types, il les décomposa en 9,000 poinçons nécessaires.
En 1822, Pinard publiait ses lettres ombrées, et Lombardat ses italiques. Jules Didot, eu 1823, imprimait sur satin une édition in-folio des Fables de Phèdre avec de nouveaux caractères.
En 1825, Marcellin Legrand, graveur en titre de l'Imprimerie royale, était chargé de la gravure d'une nouvelle typographie composée de seize corps de caractères. En 1827 paraissaient, pour la première fois, dans l'édition des Maximes de La Rochefoucauld, in-64* les caractères appelés microscopiques ou myopes, gravés et fondus par Henri Didot, à l'âge de 70 ans. Jamais, dans aucun pays, rien de semblable n'avait été exécuté, à beaucoup près. C'est un chef-d'œuvre de gravure, et la perfection de la fonte de ce caractère, qui n'a que deux points et deim\ est due au moule polyamatype de l'invention de Henri Didot.
Depuis 1830 environ, Marcellin Legrand a gravé pour l'Imprimerie impériale une série de corps de caractères, dont voici les noms : anglo-saxon , arabe d'Afrique ou maghrébin , bougui, deux corps de grec archaïque, guzurati, trois corps d'hébreu, himyarite, javanais, pehlvi, deux corps de persépolitain, ninivite ou assyrien, tamoul, télinga, deux corps de tibétains, et deux de zend.
M. Delafond a gravé pour la même imprimerie : quatre corps de caractères d'arménien, un barman, un chinois, quatre géorgiens, un magadha, un pâlé, deux de sanscrits, et un corps d'hiéroglyphes qui est le premier caractère égyptien gravé sur acier, et le seul aussi complet; il se compose de deux mille poinçons, représentant un nombre égal de signes.
M. Ramé a gravé quatre corps de grec, un de phénicien et un de punique. M. Lœuillet de son côté, trois corps de slavon et de russe. Enfin, l'Imprimerie royale, pour compléter la collection des caractères de langues étrangères , a fait venir de la Chine elle-même deux corps complets de ses caractères. De plus, elle a fait l'acquisition de deux corps de caractères étrusques, de trois de grec archaïque, gravés par M. Léger- Didot, et de huit corps de caractères allemands, gravés par MM. Dressler et Rost-Fingerlin de Francfort. MM. Laurent et de Berny ont livré des frappes de quatre corps de caractères gothiques.
En 1849, MM. Laurent et de Berny publièrent une charmante édition, dite miniature, des Fables de La Fontaine. Le caractère, fondu sur deux points et demi, comme celui de Henri Didot, est un peu plus gros d'œil; la gravure en est très-nette. L'établissement de ces Messieurs est surtout renommé pour les lettres ornées , les lettres allongées et raccourcies, et les lettres d'affiches, qui augmentent jusqu'à la grandeur de seize pouces. 11 occupe dix fours pour la fonte et possède une grande collection de caractères, qui se compose de plus de cent genres différents.
Nous devons remarquer encore la Fonderie générale formée par la réunion des fonderies de Firmin Didot, celles de Molé et E. Tarbé, celles de Crosnier et Everat, celle de Lion et
Laboulaye frères, et qui, sous la direction de MM. Biesta, Laboulaye et Comp. était en 1843 la plus considérable après celle de l'Imprimerie royale. Nous citerons encore les graveurs et fondeurs de caractères suivants: MM. Levrault, Rignoux, Cornouailles, Grillé, Cranier, Delalain, Thuvier, Douiller, Gando, Gallay,Gromort, Aubert, Chevalier, Audier et Judas, Bara et Gérard, Deschamps, Beaujoint, Dubout et Renault, Lebègue, Ch. Derriey, Gonel , Léger, Perlot , Saumier, Lacoste père et fils, H. Porret, Dacheur, Dupuy-Dumont , F. Locquin, etc.
Depuis 1820 environ se répandit de nouveau dans la typographie le goût, déjà dominant dans le XVIe siècle, de décorer les livres de vignettes, de fleurons, de filets, de culs-de-lampe; d'orner les initiales, les capitales et même les lettres qui servaient pour les titres et les annonces. M. Crapelet blâme le mauvais goût qui s'est introduit dans la typographie par l'imitation des caractères qui viennent des artistes d'outre-mer. On copie tout le baroque et le singulier de leurs travaux. Les lettres gothiques dominaient surtout. On voyait alors les vignettes et les caractères ornés inventés par MM. Deschamps et Petitbon, imitant les dessins variés du kaléidoscope, que Ton dit d'origine anglaise. On se servait de lettres de fantaisie sous des noms très-divers, et souvent peu en harmonie avec leur origine ou leur forme; ainsi il y avait des lettres égyptiennes, italiennes, toscanes, vénitiennes, milanaises, lombardes, génoises, italianhand, lyonnaises, normandes, bretonnes, écossaises, algériennes, mauresques, polonaises, druidiques, pompadour, gothiques oruées et perlées, gothiques renaissance, express, initiales maigres et demi-maigres , grasses ou demi-grasses, capillaires, noires ou blanches, ombrées ou éclairées, grises, azurées, rayées, ossuaires, perspectives, penchées, écrasées, originales, allongées, raccourcies, fleuronnées, renversées, serrées, ornées fond noir, ou fond prismatique, vignettes géométriques, allemandes, et beaucoup d'autres.
Cependant, depuis dix ans à peu près, on cherche à ramener dans la typographie l'antique simplicité et c'est elle qui prédomine maintenant, surtout dans les ouvrages classiques, quoique le goût pour les lettres de fantaisie ne soit pas totalement passé.
Aux éditions miniatures, microscopiques ou myopes , succédèrent en Angleterre, et aussi dans d'autres pays, les livres d'une dimension colossale. On fit à Londres, en 1832, un livre intitulé le Panthéon des liéros anglais, dont chaque page* avait quatre toises de hauteur sur deux de largeur, les lettres étan^ de la grandeur d'un demi-pied. Il avait fallu confectionner une . mécanique exprès pour la fabrication du papier. L'impression de cette œuvre gigantesque s'est faite au moyeu d'une machine à vapeur, et, au lieu d'encre noire, on employa un vernis d'or. On n'en a tiré que cent exemplaires destinés à servir d'ornement aux principales bibliothèques d'Angleterre.
L'Allemagne, le berceau de la typographie, le pays de la pensée et du labeur, a également produit des hommes distingués dans la gravure et la fonte des caractères d'imprimerie. On remarque parmi eux Meyer et Fleischmann à Nuremberg. Le premier qui s'occupa de la gravure de lettres à Leipzig fut J.-Gaspard Millier. Zinc acquit une réputation par les caractères qu'il imitait des types hollaudais. Hans Richter florissait à Wittemberg. Mais Breitkopf les surpassa tous.
Jean-Gottiieb-Immanuel Breitkopf, né à Leipzig en 171(J, mourut en 1794. Ce fut uu vrai restaurateur de l'art. Sun érudition se porta toute sur la typographie, qu'il explora sous toutes les faces. Il corrigea et régularisa l'œil des types, en donnant à sa fonte une dureté que les autres n'avaient pas- L'habileté de Breitkopf se montra dans la gravure des caractères chinois pour imprimer des livres. Avant lui on se servait de tables de bois , sur lesquelles on gravait les caractères. La cour de Rome le félicita de cette invention , et l'Académie des Inscriptions lui en témoigna sa satisfaction et lui en demanda une épreuve. L'établissement de Breitkopf, dans lequel travaillaient les habiles artistes, Artopams , Schmidt, Knauxdorf et Bankow, était un vaste musée, où l'on voyait les poinçons et les matrices de plus de quatre cents caractères qu'il avait gravés. L'infatigable Bodoni pouvait seul rivaliser avec une telle richesse.
Après Breitkopf, c'est surtout K.-Chr.-T. Tauchnitz qui s'est rendu célèbre dans cette branche de la typographie. Son fils
Charles Tauchnitz le suit avec succès. De nos jours se distinguent MM. Schelter, Giesecke et G.-B. Teubner à Leipzig.
Frédéric Nies est le premier de l'Allemagne qui ait gravé des caractères hiéroglyphiques, en 1840.
A Francfort-sur-le-Mein existaient, vers le milieu du siècle passé, les fonderies de Luther et de Wust, et maintenant il y a Andreae, Bauer, Brœnner, Nies, Dressler et Rost-Fingerlin A Berlin on remarque Unger, Decker, Lehmanu, Mohr, Mannsfeld, et surtout Hamel, qui jouit maintenant d'une grande réputation. En 1851, M Auguste Beyerhaus a perfectionné le caractère chinois et égyptien, ce dernier d'après les conseils de M. Bunsen. A Bâle, ce sont MM. Haas, père et fils; à Weimar, Walbaum père et fils, et maintenant Brockhaus, Tœpfer et Kahle ; à Prague, G. Haase fils ; Pfnorr à Darmstadt ; Riess à Magdebourg; Schmitz, Blender et Hilgers à Cologne ; Grass, Barth et Comp., à Breslau. Ce dernier a employé des caractères allemands et latins de cinq pouces de grandeur, dans le Monumentum paces et dans God save the King. A Errarth il y a MM. Lossius et Seytarth; M. Kupferberg àMayence ; Graberg à Zurich; MM. Metzler, Cotta et Kienzle à Stuttgard; Lorentz à Munich; Gebauer ou Schwetschke et fils à Halle; à Vienne il y a Schade, Strauss, Sollinger, Schiel, De Haykul, et surtout l'Imprimerie impériale sous la savante et habile direction de M. le conseiller Aloïs Auer. Elle occupe un grand nombre d'artistes dans toutes les branches des arts graphiques, et possède plus de huit cents genres et grandeurs de caractères, dont 122 alphabets et 14,000 poinçons de caractères appartenant aux langues étrangères. Le nombre des matrices est de 80,000.
POIiYTTP AGE 9 STÉREOT YPKB , CLICHES.
L'invention si ingénieuse et si éminemment utile des types mobiles ('), faite par Gutenberg, perfectionnée par Schœffer et par bien d'autres, à travers des siècles, et encore de nos jours,
(1) Baron van Wcstieeneu van Tillaiidt. Verslag van de iiasponngen omirent de oorsproubeJyke uitvinding en liet vroegste gebruik der stereotypische drukwyse. S'-Gravenhagc, 1833, ta-8#- DreveU d'inventions publiés, t. II, p. 1*3 et suiv.
cette invention, dis-je, ne satisfaisait cependant pas entièrement au besoin toujours croissant de moyens plus expéditifs dans l'imprimerie. On cherchait depuis longtemps, principalement pour les productions littéraires d'un emploi général, comme les dictionnaires, les livres encyclopédiques, ou les œuvres d'auteurs en vogue, enfin pour tout ouvrage demandant un grand nombre d'éditions, un moyen de multiplication plus accéléré et surtout meilleur marché que ceux qu'on avait pratiqués jusqu'alors. Pour arriver à ce résultat, on a cherché à transformer en planches solides les^formes composées de caractères mobiles. Jean Muller, pasteur de l'église évangélique allemande de Leide, eut le premier l'idée de lier ou de fixer ensemble les colonnes de caractères mobiles, en les soudant les uns aux autres à leurs parties inférieures pour en former une planche solide. Il exécuta cette idée de compagnie avec son fils et un certain Van der May, entre 1700 et 1711. Ils se servirent d'abord de mastic, et ensuite de plâtre. Le premier livre imprimé avec des formes solides fut la Bible hollandaise. Ce procédé, bien imparfait encore, n'eut pas de suite et ne paraît pas avoir été perfectionné davantage par l'inventeur, quoique Westreeneu van Tillandt prétend que Jean van der May a connu la stéréotypie comme elle est pratiquée aujourd'hui.
C'est à l'orfèvre William Ged,J,à Edimbourg, que revient l'honneur d'avoir le premier fondu des planches solides sur des moules obtenus de formes composées de lettres mobiles. Ged s'associa Fenuer et James à Londres , et ils publièrent ensemble des éditions stéréotypes de la Bible et de livres de prières, -de 1729 à 1730. Cependant le Salluste, imprimé par Ged seul, en 1744, sur des planches fondues en cuivre, «nontypis mobilibus, ut vuigo fieri dolet, sed tabellis seu laminis fusis, » comme il est dit à la fin de cette édition, n'offre que des caractères dont l'œil manque de netteté. Gabriel Valleyre, libraire et imprimeur à Paris, fit paraître en 1735 un calendrier imprimé sur un relief en cuivre qu'il avait obtenu d'un moule en plâtre ou en sable, dans lequel il avait enfoncé les pages de caractères mobiles. Ces planches , qui se sont conserv ées jusque dans ces derniers temps , démontrent que ce procédé, pas plus que celui
à peu près semblable de l'Écossais Ged, n'avait pu donner encore de bons résultats. Beaucoup d'autres essais furent faits : Benjamin Mecom à Philadelphie, en 1770, en fit plusieurs, mais sans réussir. Alexandre Tilloch à Glasgow, en 1780, fut plus heureux; il imprima, en compagnie de l'imprimeur Foulis, l'Anabasis de Xéuophon au moyen de planches solides. Une invention faite en 1780 par Fr.-Joseph-Ig. Hoffmann à Schélestadt faisait alors grand bruit : ce procédé, appelé par son auteur Polytypie et Logotypie, consistait à prendre l'empreinte d'une page de caractères dans une pâte composée de plâtre et d'une colle gélatineuse, formée de gomme et de fécules de pommes de terre ; dans ce moule il faisait pénétrer un alliage métallique très-fusible, au moment où ce mélange était sur le point de se figer. C'est sur des reliefs obtenus ainsi qu'il a imprimé les Becherches historiques sur les Maures, de Chénier, 3 vol. in-8°.
Mais la pratique montra bientôt l'imperfection de ce procédé, qui fut abandonné, ainsi que celui que Carez de Toul avait inventé en 1785. Carez faisait ses moules en terre de porcelaine et appelait son procédé homotypie.
Enfin, en 1795, FirminDidot inventa un procédé de stéréotypage qu'il appliqua aux Tables des logarithmes de Callet, pour éviter les chances de fautes que les réimpressions occasionnent. Ce procédé avait beaucoup de rapport avec celui de Jean Muller de Leyde, c'est que les pages composées de caractères mobiles étaient soudées à leur revers. En 1796, Firmin Didot eut l'idée de fondre en un alliage très-dur, composé de plomb, de cuivre et d'étain, des lettres moins hautes que celles qui sont ordinairement en usage, puis à enfoncer au balancier les pages composées avec ces caractères dans une plaque de plomb, d'où l'on tirait un cliché sur lequel on imprimait. H nomma son procédé stéréotypie (de stéréos, solide, et typos, type, caractère), nom qui a été généralement adopté.
Dans la même année, Héran à Paris imagina au lieu de composer les lettres, de se servir de matrices en cuivre parfaitement justifiées et mises d'approche, en sorte que la page se trouvait composée par la réunion de ces matrices ou lettres en creux, d'où l'on retirait, au moyen du clichage, une page entière sur laquelle on
imprimait Le principal inconvénient de ce procédé dispendieux* qui exigeait un matériel considérable en matrices justifiées, c'est que, malgré le soin apporté à la justification de ces matrices, les interstices, aux points de jonction, laissent pénétrer la matière en fusion lors du cliehage, d'où résultaient des barbes qu'il fallait enlever entre les lettres. Les matrices étaient faites par Errand et Kenouard, secondés des conseils du comte de Schlabrendorf. Héran appelait son procédé Monotypie.
Cependant ce ne fut qu'en 1804 que la stéréotypie reçut son plus grand perfectionnement de lord Charles Stanhope, qui, conjointement avec les imprimeurs Tilloch et Wilson, se servit du moulage en plâtre. Ce procédé, qui n'a rien de supérieur, pour la netteté des empreintes, à ceux de Firmin Didot et de Héran, est cependant moins dispendieux et d'un usage plus facile, avantages très-appréciables qui l'ont fait généralement adopter. On l'introduisit en France en 1818. John et William Watto le propagèrent à Vienne; Falka en fit autant à Pesth; Tauchnitz à Leipzig; Hrœnner à Frankfort, etc. Il se répandit aussi très-vite en Amérique. Daus les derniers temps, ce sont MM. Genoux, Daulé et Bauerkeller à Paris, Watson en Angleterre, et Edouard liainel à Magdebourg, qui se sont le plus appliqués à perfectionner les procédés du stéréotypée.
En 1846, on a tenté de substituer au plâtre des moules composés de deux feuilles de papier entre lesquelles est étendue une couche de blanc d'Espagne. Ces moules ou flancs s'enfoncent sur l'œil des lettres d'une page au moyeu d'un frappage avec une brosse. Lorsque ces flancs ont été séchés sur la page même dont ils ont pris l'empreinte, ils sont placés dans une boîte que l'on plonge ensuite dans une chaudière où le métal est en fusion. Mais le cliché qu'on eu retire est moins parfait que par le moulage en plâtre.
Cependant le résultat le plus parfait, à côte de ceux que donne la galvanoplastie , dont nous parlerons en son lieu , sont les planches stéréotypes sorties de la fonderie ducale de Rubelande en Thuringe, où le phosphate de fer est d'une telle pureté qu'il permet d'obtenir en fonte de fer la reproduction des déliés des lettres, ainsi que le prouvent les pages et l'exemplaire de la hui-
tième édition de la Bible imprimée à Nordhausen en 1848 par MM. Huiler.
Quant à la stéréotypie électrotypique, nous en parlerons en traitant des applications de la galvanoplastie.
L'imprimerie est donc revenu, après plusieurs siècles, à son point de départ, et la stéréotypie en est l'alpha et l'oméga. En effet, cet art, commençant avec des planches de bois gravées, plus tard les divisant en lettres mobiles,* a adopté de nouveau les planches soudes, mais composées cette fois de lettres mobiles, fixées entre elles en forme compacte.
Pendant que plusieurs typographes iaisaient des essais de stéréotypage, d'autres recherchaient des moyens plus faciles pour la composition, ou des procédés de gravure en relief sur métal, ou des matières plus solides pour la fonte des caractères. C'est ainsi que l'on vit apparaître successivement ou simultanément la logogeaphie de Henri Jolinsou et Walter, en 1778, qui consiste à fondre des syllabes ou des mots entiers au heu de lettres mobiles, système ayant quelque rapport avec celui qu'avait inventé en 1774 Madame de Barletti de Saint-Paul, mais qui n'avait jamais été pratiqué; Pamapoli-grammatique inventée par Vinçard en 1804; les totypes de Guillaume et Lamarre en 1805, et la stéréoaw-typographie de Boileau et Duplat en 1807, qui n'eurent pas non plus d'emploi général.
M. Henri Didot inventa en 1806 son moule à refouloir, qui, appliqué ensuite au procédé de fonderie polyamatype (polus, plusieurs, et ama, ensemble, typos, type, caractère) de son invention, lui permit d'obtenir cent soixante lettres à la fois: procédé avantageux et employé avec succès.
M. Firrain Didot père avait remplacé l'ancien alliage du métal de lettres, composé de 50 kilogrammes de plomb et de 18 de régule d'antimoine , par un nouveau contenant 20 kilogrammes de cuivre, 30 d'étain et 50 de régule d'antimoine. Quoique ces caractères avaient déjà une grande dureté , M. Colson de Clermont, en 1839, tripla leur dureté par l'addition du fer à l'alliage.
Mais en 1849, M. Petyt exposa à Paris une machine destinée à fabriquer des caractères en cuivre, étirés et estampés à froid, au lieu d'être coulés. Cette machine pouvait façonner trente-six
mille lettres par jour et remplacer le travail de dix ouvriers, en sorte que les caractères, dits apyrotypes, coûteraient inoins de main-d'œuvre que ceux qui sont fondus à la main.
En 1850, M. Vander Van-Newton, en Amérique, imagina de recouvrir de cuivre les caractères mobiles, en se servant de la galvanoplastie; et en 1855 on rit à l'Exposition de Paris des caractères galvanoplastiques dus à M. Sirasse, dont l'œil est entièrement en cuivre, la tigeseulemeut est en plomb.
La même année, M. Cardon, de Troyes, inventa la Presse typogène, par laquelle il fabrique des caractères mixtes à corps en alliage fusible et à œil en cuivre.
N'oublions pas non plus de mentionner le Moule multiplicateur de M. Marcellin Legrand, au moyen duquel on peut fondre 120 à 160 lettres d'un seul coup, ce qui porte le travail de deux ouvriers à 48,000 par jour.
On a cherché aussi à faciliter le travail des compositeurs en les remplaçant par des Machines à composer. A l'exposition de 1855 on en vit figurer trois : le Piano-type de M. Adrien Delcambre, de Paris, devant opérer 60,000 levés en un jour ; la machine à composer de M. H. Delcambre de Bruxelles, basée sur le même système de la précédente , et celle de M. Sorensen , de Copenhague, dont la distribution et la composition se font en même temps, mais qui (îemande un caractère de forme spéciale.
Nous ferons remarquer encore une invention due à M. Derriey, graveur habile à Paris. Il exposa en 1849 des vignettes remarquables obtenues par le procédé ingénieux de Moules à noyaux adaptés à la matrice; ce qui permet d'insérer des textes dans ces vignettes, en suivant les courbures et les inclinaisons des traits de plume, qu'elles représentent avec une grande perfection.
Nous avons déjà dit que les initiales ornées du Psautier de Schœffer étaient gravées sur bois ; cet usage s'est maintenu : on emploie encore aujourd'hui la gravure sur bois pour les grandes lettres d'affiches et d'annonces ; on fait même des caractères taillés en argile, qu'on dit d'un bon service.
Pour ce qui concerne les tentatives faites pour la gravure en relief sur métaux, nous nous en occuperons en parlant de la Xylographie, qu'elle devait remplacer.
En 1806, M. Jean-Pierre-Joseph Darcet (*), préposé à la monnaie de Paris, a grandement contribué à l'avancement de l'imprimerie en inventant la Polytypie, ou. art de tirer avec du spath d'Allemagne, du plâtre ou d'autres substances analogues, l'empreinte d'une forme d'imprimerie composée de lettres, ou l'empreinte d'une vignette, pour en former une matrice, dans laquelle on coule ou on presse de la matière qui répète et multiplie la même empreinte et donne par conséquent des planches solides. On appelle cette opération le clicJiage, et les planches métalliques obtenues des clichés.
Cette méthode, suivant M. A.-G. Camus (*), ne devint d'un usage im peu général que depuis la fabrication des assignats ; auparavant elle était peu connue. Ce mot dérive probablement de l'allemand klatschen , qui a la même signification, c'est-à-dire qu'il désigne l'action de faire tomber perpendiculairement et avec force une matrice sur du métal en fusion, pour retirer une empreinte de la matrice. Le clichage , soit qu'il ait été exécuté suivant la méthode de Darcet , soit suivant un autre procédé inconnu à nous, était déjà pratiqué dans les premiers temps de l'imprimerie; il était employé au moulage des caractères, des ornements typographiques et des vignettes.
L'examen attentif qu'a fait M. Firmin Didot (5) des deux exemplaires du Psautier de 1457, appartenant l'un à la Bibliothèque impériale, l'autre au British Muséum, lui a donné heu de croire que l'exécution de ce livre, le premier imprimé avec date , est due au procédé inventé par Gutenberg après son association avec Dritzehen, et dont M. Firmin Didot lui-même a fait souvent usage. Ce procédé consiste à enfoncer des caractères gravés en bois dans du plomb au moment où, liquéfié par la chaleur , il est prêt à se figer. Ces matrices en plomb sont régularisées ensuite pour l'alignement et la hauteur comme les matrices ordinaires; puis» au moyen du clichage à la main, on retire de la matrice une
il) Mémoire sur le moyen d'obtenir des clichés avec des moules en plâtre, souffre cl cire à cacheter, par M. Darcet ; Paris 1806, grand in-4*. — Bulletin de la Société d'encouragement pour l'Industrie nationale, n° XX, p. 203 et suiv.
i3) Mémoires de l'Académie de l'Institut national; Paris, an IX, grand in-4\ p. 4M.
i.3) Encyclopédie moderne, Firmin Didot déjù cité, p. 007.
empreinte en métal , laquelle , après avoir été dégagée des bavures, est replacée dans la matière en plomb que Ton adapte à un moule. Le métal en fusion versé ensuite dans ce moule, tout en formant le corps de la lettre , se soude au cliché qui en forme l'œil. On retire ainsi de la matrice en plomb une lettre aussi parfaite que celle que nous obtenons par le procédé ordinaire.
« Mais ces matrices en plomb ne peuvent produire qu'un nombre bmité de clichés, ce qui explique pourquoi, dans le Psautier de Mayence, les capitales, par exemple, sont toujours parfaitement identiques ; en effet , l'emploi n'en étant pas fréquent, la même matrice pouvait sans s'altérer en produire le nombre nécessaire. Si l'on a soin de laisser refroidir de temps en temps une matrice en plomb, on peut obtenir aisément soixante à quatre-vingts lettres, sans être obligé de renfoncer le poinçon eu bois dans la matrice, ou de faire une nouvelle matrice avec le même poinçon de bois. Mais pour les voyelles et les lettres qui reviennent fréquemment, il fallait nécessairement multiplier les matrices. Or, chaque fois qu'on était obligé de renfoncer les poinçons de bois dans les matrices, ou d'en taire de nouvelles, la forme du point 11 s'altérait par l'effet de la pression et de la chaleur ; souvent môme il était brûlé, pour peu que le métal fût trop chaud. JQ fallait donc regraver souvent de nouveaux poinçons de bois; de là différences que l'on remarque dans les lettres dont l'usage est fréquent. »
« La page 141 du Psautier nous prouve que les ornements qui accompagnent les grandes lettres (voyez page 67), et qui sont évidemment gravés sur bois, ont été aussi fondus dans une seule * et même matrice et multipliés par le clichage et la fonte , ainsi qu'il vient d'être dit. Dans cette page se trouvent deux Œ ornés et deux © également ornés. Or on remarque dans l'ornement de l'un des © quelques cassures et écrasements qui n'existent pas dans l'autre : preuve évidente que ce ne peut être le même ornement qui, ayant d'abord servi pour l'impression eu rouge , aurait ensuite été repris pour servir à l'impression en bleu. D'ailleurs, dans cette même page, l'un des © est imprimé en rouge et l'ornement en bleu; tandis que l'autre est imprimé en bleu et l'ornement en rouge. H en est de même pour la lettre »
M. de Rumohr (') constate également des traces multipliées de clichage dans un autre imprimé de Schœffer, le 2?u**e %fcrotecke fcer Sasoen, de l'an 1482 ou 1492. Il indique en outre un «rrand nombre d'ouvrages imprimés dans le XV0 et le XVIe siècle . où il a remarqué un emploi fréquent du clichage pour multiplier les caractères et les gravures. Les plus anciens livres dont les gravures soient imprimées au moyeu de clichés sont, suivant M. Falkenstein, le Rudimentum novwiorum; Lubecque 1475; — Die Biblie mit olitigher achUnge; Lub. 1494; — Barbarossa; Strasbourg, 1515; — Die Crotiyke vanHollandt; Leyde, 1517; — Passionel ; Lub. 1507 ; — Der Ritter von Sachsenheim ; Worms, 1538; — Thucydides de Stayner de 1538, etc.
Le livre de botanique, Macerfloridus , de vi/rïbus herbarum, qu'on dit imprimé en 1506, par Bernardum Venetum de Vitellben, à Venise, contient, outre des gravures xylographiques de plantes assez reconnaissables, trois gravures de sujets qui sont identiquement les mômes, et qui paraissent multipliées par le clichage. Cet ouvrage est conservé dans la Bibliothèque de M. le professeur de Candolle à Genève.
Les rentrées si parfaitement exactes des deux couleurs dont sont imprimées les initiales du Psautier de Schœffer , nous conduisent à parler de plusieurs genres d'impressions qui n'ont irouvé leurs applications générales que de nos jours, quoique existant déjà dans le plus ancien monument de la typographie : cest l'impression polychrome, l'impression en camaïeu et l'impression à la congrève , auxquelles nous joindrons l'impression en or, en argent et en bronze.
IMPRESSION POLYCHROME. L'impression polychrome , suivant l'étymologie de ce dernier mot ( du grec polus, plusieurs , et chroma couleur) , consiste à imprimer en plusieurs couleurs. C'est une imitation des anciens manuscrits ornés de peintures dont Pierre Schœffer a livré le premier exemple.
Dans l'édition de Ptolémée publiée par J. Schott à Strasbourg, eu 1513, on remarque la carte de la Lorraine imprimée en trois
il) Zur GfschicUlc mitl Théorie der Konuscliiiuidukuiisl ; C. r'r. v. Huuiulur. Leipzig, ui-a-, 1837, p. 9G à 120.
couleurs différentes, ainsi que le blason qui a ses couleurs héraldiques.
Dans le XVI* siècle surtout, aussi bien en Allemagne qu'eu Italie et dans les Pays-Bas, l'impression polychrome fut principalement employée pour les sujets artistiques, sous le nom de chiaro-oscuro , clair-obscur, et de camaïeu. C'est une imitation des dessins faits sur papier teinté rehaussé de blanc, dont nous parlerons plus loin.
Dans la polychromie on procède généralement de deux ma- . mères différentes : ou par juxtaposition des couleurs, ou par sujjerpositton.
La juxtaposition des couleurs au moyen de planches de bois, dont chacune sert à l'impression d'une couleur différente , était le procédé employé par Schœffer pour les initiales du Psautier de 1457. Ces rentrées des deux couleurs sont faites avec une régularité qui surprend , nous dit M. Firmin Didot , surtout lors- • qu'on songe que l'impression se faisait sur parchemin , matière qui doit être fortement humectée avant de pouvoir être mise sous presse. Or le degré d'humidité, variant nécessairement pendant le cours des trois tirages successifs, noir, rouge et bleu, devait pro- . duire un retrait dans le parchemin et accroître les difficulté*, auxquelles s'ajoutaient sans doute les imperfections de la presse.
Cette régularité si merveilleuse a occasionné de nos jours la découverte du procédé d'impression à plusieurs couleurs qui porte le nom de congrève.
« Le célèbre imprimeur, M. Beusley, montrait un jour à M. Congrève comme un phénomène typographique la grande lettre B. qui est la première du Psautier , et dont les ornements en bleu et en rouge rentrent si parfaitement les uns dans les autres; l'examen attentif qu'en fit M. Congrève lui fit découvrir qu'une pareille régularité ne pouvait être obtenue par des impressions successives , et que le tout avait dû être imprimé d'un seul coup de presse au moyen de deux parties gravées séparément et s'adaptant l'une dans l'autre après avoir été couvertes séparément, l'une de l'encre bleue, l'autre de l'encre rouge. C'est aussi de cette manière qu'on procède maintenant dans l'impression à la congrève. Ainsi ce procédé, employé il y a quatre siècles par
Schœffer, ne fut deviné que de nos jours et devint l'objet d'un brevet d'invention , dont l'importance fut jugée telle par le gouvernement anglais , qu'il confia à M. Congrève des impressions en nombre considérable et qui exigeaient une garantie contre la contrefaçon , ce qu'on crut pouvoir obtenir par la perfection de ce procédé. »
Le gaufrage et le guilloché sont des auxiliaires de l'impression à la congrève. Le gaufrage, employé déjà par les relieurs du XVI* siècle à la décoration des couvertures des livres en peau ou en parchemin, consiste à graver en creux des lettres, des ornements et même des figures, dans une planche de bois ou de métal ; à encrer ensuite la surface plane de la planche, de mauière qu'après l'impression les sujets ou les ornements se détachent en relief et en blanc sur un fond de couleur. Dans les impressions à la congrève à gaufrures, on Obtient des fonds polychromes sur lesquels les ornements ressortent en relief et en blanc , ce qui fait un très-bel effet. Les Anglais ont été les premiers à remettre en vogue le gaufrage. Les frères Bauerkeller à Carlsruhe l'ont appliqué en 1834 à la typographie. Plus tard, ils se sont fixés à Paris, où ils l'ont introduit en y établissant, de compagnie avec M. Gutsch, une fabrique de gaufrages en couleur. Ils ont livré dans le commerce un grand nombre d'iuipressions de ce genre, telles que des cachepots, des abat-jour, des couvertures de carnets, des étuis de cigares et d'autres objets de luxe. Ils ont imprimé entre autres la belle couverture pour Paul et Virginie d'Everat,
Le relief de ces gaufrures, dit embossage sur carton ou sur papier s'opère, selon M. Jobert (!), au moyen d'une certaine quantité de cire, fixée au tympan de la presse typographique et recouverte d'un léger papier. L'art des Embossers a longtemps été tenu secret en Angleterre, quoique rien ne fût plus simple.
Le guilloché (voyez plus loin, Chalcographie), qui était déjà en usage dans le XVIIIe siècle pour décorer les tabatières en or et d'autres bijoux, fut appliqué plus tard à l'impression à la congrève, pour rompre la monotonie des fonds de coleur unis. A l'aide du tour à guillocher, augmenté de la Ligne-droite, de Vovale, de la
•1) Rapport sur l'exposition française de 1839, p. 321.
machine èpicycMde, du tow à portrait, on trace sur la surfoce des planches des lignes droites ou courbes, très-deliées, se croisant et s'entrelaçant de mille manières, formant ainsi des dessins délicats et d'une grande variété , lesquels restent blancs sur un fond de couleur , lorsqu'on a encré la surface de la planche et qu'on l'a imprimée sur la presse typographique. On se sert à cet effet généralement de planches de métal, au heu de bois, à cause de la supériorité du métal pour rajustement des différentes planches les unes dans les autres.
L'impression à la congrève, complétée par les gaufrures et les guillochés, a été appliquée, d'abord en Angleterre, surtout à l'impression des bank-notes, des étiquettes de marchandises, des annonces et des couvertures de livres. On s'en est cependant aussi servi pour des objets plus considérables: telle a été, entre autres, la grande planche de l'Oraison dominicale publiée par M. Schîeffer à Francfort.
Après les Anglais, ce furent principalement les Allemands, MM. Naumann à Francfort; Hœnel à Magdebourg; Haase et fils à Prague ; Teubner et Hirschfeld à Leipzig ; Hasper à Carlsruhe, et Zabern à Mayence, qui ont livré les meilleures impressions. A Paris, MM. Didot frères, et Gauchard sont les premiers qui aient établi une imprimerie polychrome ; mais, ainsi que les autres typographes de cette ville, ils faisaient venir de l'Allemagne leurs planches et ornements pour l'impression à la congrève.
Elle a été importée en Belgique en 1838 environ.
Quant à l'impression polychrome par superposition des couleurs, elle consiste à imprimer successivement avec plusieurs planches, couvertes chacune d'une couleur différente, de manière que l'une couvre l'autre, ou totalement, ou en partie, en formant de nouvelles teintes, des gradations, des lumières et des ombres du dessin que l'on veut imprimer. Ce procédé exige une connaissance exacte de la palette , c'est-à-dire du mélange des couleurs et de leur transparence ou de leur opacité, pour obtenir par superposition les nuances voulues. Pour pouvoir remettre la feuille à imprimer toujours à la même place pendant le cours des divers tirages, on se sert d'un système d'ajustement par des cadres, des repères ou des pointures.
Williani Savage est un de ceux à qui l'impression polychrome par superposition doit le plus ; il a publié sur la pratique de cet art un magnifique ouvrage intitulé : Pratical hints of Décorative Printing, with illustrations engraved on Wood, and printed in colours at the type press ; London, 1823, grand in-folio.
Savage a étendu les limites de ce procédé jusqu'à la reproduction de sujets peints, etasurpassé ainsi Edward Kirkell, John Batiste Jackson et George Skippe, qui Pavaient déjà perfectionné en 1783. H a produit dans son livre des impressions en couleurs très-diverses et parfaitement réussies. On y voit des titres ornés, des fac-similé ; le Rinaldo et PArmide par Nesbit d'après Thurston, en huit couleurs; plusieurs antiques, tels que statues, bustes, vases étrusques, mosaïques ; des armoiries ; des objets d'histoire naturelle , dont deux œillets , un papillon sur une tige, un perroquet, un tigre qui s'élance sur un renard; des paysages et des marines. Tout cela gravé sur bois, présente la plus grande vérité pour la forme, comme pour les nuances.
Hais George Baxter, dans son Pictoral Album, or cabinet of paintings, London, 1837, in 4°, adonné par un procédé nouveau, des reproductions de peintures qui les imitent si parfaitement qu'on a de la peine à les distinguer de Poriginal. Nous donnerons plus bas le procédé de M. Baxter, en parlant de la gravure, parce qu'il n'est pas exclusivement typographique.
Comme il faut, pour le tirage des épreuves en couleurs, souvent dix à douzes planches et autant d'impressions successives, M. Knight, le fondateur et l'éditeur du Penny Magazine , a imaginé une machine à imprimer qui offre au moins l'avantage du bon marché. Il range toutes les planches qui servent à l'impression d'une feuille sur un disque tournant, le papier sur lequel on veut imprimer est fixe , et il y a autant de feuilles que de planches, de manière qu'en imprimant, et lorsqu'on tourne le disque, il y a toujours quatre feuilles de terminées à la fois.
Le repérage dans l'impression polychrome, ainsi que le mélange convenable des couleurs offrent de grandes difficultés et ont été le sujet de recherches nombreuses. M. Silbermann , habile typographe à Strasbourg, avait fait en 1839 divers essais d'impression en couleurs. En 1844 il présenta des épreuves à
seul, on a employé encore le bleu, le vert, le brun, le rose, et Ton voit depuis plusieurs années des affiches, des circulaires, des cartes de commerce ou d'adresse , des prospectus , des almanachs, des calendriers, et même des livres dont les lettres et les ornements sont imprimes en couleurs variées.
Ce genre d'impression offre toujours une certaine difficulté d'exécution, tant pour l'encrage que pour le tirage, aussi la machine que M.Dutartre, de Paris, a exposé en 1855 est-elle venue à propos , puisqu'elle résout un problème intéressant pour l'imprimerie, celui du tirage simultané de deux couleurs différentes.
A l'exposition de 1855, M. Hanicq, deMalines, réputé pour ses livres de liturgie, a produit des impressions en rouge et en noir, qui forment sa spécialité. M. Toovey, de Londres, avait présenté le Brevarium Aberdonense, imprimé en deux couleurs, rouge et noir, etc.
A ces différents genres d'impression polychrome se lie naturellement l'impression en or, en argent ou en bronze,
par laquelle on cherche à imiter le travail précieux des chrysographes du moyen âge , dont le procédé d'écrire en or n'a pas encore été retrouvé. Pour imprimer en or on procède de différentes manières ; les plus répandues sont les suivantes : Sur papier lisse et sur peau, on emploie du blanc d'œuf réduit en poudre, que l'on répand sur l'objet à imprimer , et sur lequel on pose une feuille dor ou d'argent; le tout est placé sur une feuille de papier humectée ; la forme ou la planche gravée , légèrement chauffée , est ensuite pressée dessus ; après quoi on ôte le surplus de l'or avec du coton non filé ou avec un pinceau de blaireau. Pour imprimer sur satin , sur velours , sur papier glacé ou sablé, on se sert d'une encre composée d'ocre brûlée ou de jaune de chrome broyé avec de la térébenthine double. Lorsqu'on a imprimé avec cette encre, on pose la feuille d'or dessus , ou , sj l'on veut obtenir de l'or mat, on saupoudre au moyen de la poudre d'or, d'argent ou de bronze, on laisse sécher, et Ton ôte le reste comme on l'a déjà indiqué.
Le plus ancien exemple de ce genre d'impression de luxe se trouve dans l'Euclide, imprimé à Venise par Radolt en 1482.
dont le titre et les initiales sont en or , dans quelques exemplaires du moins. En 1507 on imprimait à Augsbourg en or et en argent sur parchemin avec des planches xylographiques, comme il est clairement exprimé dans une lettre écrite à l'empereur Maximilien par le Dr. Peutinger, et que M. Théodore Herberger(') a trouvée dans les archives de cette ville. Il parait que ce procédé avait été apporté de Wittenberg à Augsbourg, car il existait à cette époque un commerce très-actif entre ces deux villes. Du reste on trouve assez souvent dans les éditions du XVIe siècle, et plus tard, des grandes lettres, des noms, des titres ou des suscriptions imprimés en or ou en argent, comme c'est le cas , par exemple, dans V Explication des Evangiles de J. Brcntzen , traduite en allemand par Jacobum Grettern , imprimée à Francfort par Pierre Braubach , en 1 556 , in-folio, et dont le titre, les initiales et les capitales sont les unes en or, les autres en argent; mais on trouve rarement des livres entièrement imprimés de cette manière. Un exemple de ces derniers est le Auserlesene und vollstàndige Gesanghuch, imprimé à Dresde chez J. Nicolas Gerlachen, en 1734, in-8°; il se compose de 920 pages totalement imprimées en or. Le typographe Hirschfeld à Leipzig a publié en 1839 un ouvrage remarquable tout imprimé en or, intitulé Dux, das ewige Versôhnungsopfcr ; c'est le plus beau produit de la presse allemande.
Il serait intéressant de connaître au moins quelques-uns des ouvrages les plus remarquables réunissant à la fois, ou en partie, les différents procédés et genres de luxe dont dispose la typographie. Nous mettrons à la tête de cette petite liste un véritable chef-dœuvre sorti des presses de M. Crapelet, sous le titre général: des Oiseaux dorés, qui a paru à Paris en 1802, in-folio, ot dont douze exemplaires ont été richement imprimés en or.
MM. Bossange , Masson et Besson imprimèrent en 1809 la traduction française de V Iliade, par Ch.- Frédéric Lebrun, qui contenait 34 planches in-folio et im titre en or. L'édition de luxe de l'Album de l'Imprimerie royale de Paris,
il) Conrad Peutinger in seinem Verhaltnisse zum Kaiser Maximilian, etc.vonTheo- <tor Herberger, Archiviste derStadt Augsburg ; in-V, 1854.-nentsches Knnstblalt, 1851, n- 5t.
Digitiz
bu
publiée pour l'année 1830. outre lagrande quantité et variété de caractères dont le fonds de l'établissement se compose (16,600 poinçons en relief et 20,000 matrices) , se distingue encore par de magnifiques impressions en or , en argent, en bronze et en couleurs diverses. Le plus beau produit de cette imprimerie dans ce genre est la Collection orientale, dont on a imprimé quelques exemplaires pour le roi Louis-Philippe en 1836 et en 1840. Ces exemplaires sont décorés de cadres et d'entourages dans le goût oriental, gravés sur bois par Brevière d'après les dessins deCheuavard, et imprimés en or , en carmin et en outremer , dans les nuances les plus variées.
H a fallu imprimer à sec ces ornements, parce que la plupart des feuilles durent supporter huit à dix impressions successives.
Les Français rivalisent dignement avec les Anglais dans les impressions de luxe. M. Evrat a publié des éditions d'un grand bon goût, ainsi que M. Lacrampe et Comp. On remarque surtout les ornements du Paradis perdu, édité par Opigez ; il y a en tête du quatrième chant une feuille merveilleuse : elle est imprimée en sept couleurs nuancées par vingt^quatre teintes obtenues seulement par deux planches.
Des livres arabes, ornés dans le goût oriental d'arabesques imprimées eu or et en couleurs, ont été publiés par M. Bastide, d'Alger, en 1855.
M. Ernest Meyer. de Paris, a exposé des modèles de tapisserie, avec toutes leurs couleurs, imprimés typographiquement , ainsi que des blasons de villes, en or, argent et couleurs, etc.
La Hollande s'est aussi distinguée dans ce genre. De 1707 * J 710, on a publié à Amsterdam, par ordre du somptueux Frédéric-Auguste Ier, roi de Pologne et électeur de Saxe , le fameux Atlas Royal en dix-neuf volumes in-folio. Cet ouvrage, pour lequel le monarque a dépensé la sonune de 19,000 thalers, a été exécuté par les plus habiles géographes , peintres , dessinateurs et graveurs. Chacun des dix-neuf volumes est décoré de trois magnifiques titres et d'une table des matières dorée. Les inscriptions des cartes géographiques sont imprimées en or. Le tout est orné en profusion avec de l'or et les couleurs les plus brillantes, dans le goût du siècle de Louis XIV.
W typographe C. BtomendMi de Rotterdam a également publié plusieurs ouvrages imprimés en or; un, entre antres sur le mgt-cinquième anniversaire du règne du roi de Hollande, en
L'habileté des Anglais dans ce genre d'impression est généralement connue, et nous avons déjà cité plusieurs de leurs beaux produits. Nous devons en indiquer encore d'autres- En 1616, le relieur et typographe John Whittaker, à Londres, publia une magnifique édition princeps de la Màgna Chairta Êtgis Johanni* XV, die Jun. Anno Regni 17. A. D. M. CXV, dont Poriginal est conservé au Musée Britannique. Les exemplaires sont tirés sur satin pourpre et sur parchemin. Whittaker a employé un procédé uonveau de son invention, pour donner à l'or un lustre parfait, tel que les caractères ont l'apparence de lames d'or découpées et polies. Une autre publication du même imprimeur n'est pas moins remarquable , c'est The august ceivmonial of the coronaUon of George IV, de 1820. Le texte de ce livre est imprimé en or. Le titre représente le trône royal richement orné. Le tout est tiré sur 'lu satin blanc, du velours et du parchemin.
Le calendrier pour l'année 1828 fut imprimé par les typographes Howlath et Brimmer sous le titre de National golden Aîma- Nojfc, sur une feuille de papier vernie en blanc, avec des lettres 'l'or et rouge brillant. Le hbraire Haas à Londres avait déjà publié uu recueil de poésies en quatre langues, en anglais, en allemand, en français et en italien, sous le titre de The golden Lyre. ft qui était imprimé sur du papier blanc glacé, avec des lettres d'or et des encadrements du même genre.
M:Murgo Young, l'imprimeur du journal The Sun, a publié pour iejeur du couronnement de la reine, le 28 juin 1838, une feuille <le format colossal tout imprimée en or. Cette feuille contient la description des couronnements de tous les souverains de l'Angleterre depuis GuiUaiune le Conquérant jusqu'à Guillaume IV et la reine Adélaïde ; le portrait de la reine Victoria; les armoiries britanniques; les insignes du couronnement, et plusieurs poésies. Le titre The Sun est imprimé avec des caractères gothiques modernes d'un pouce de haut
Mi Austin, d'Hertford, exposa en 186» un magnifique livre :
Sakoaniala or the lost ring, imprimé avec un grand luxe de dorures, de couleurs et d'illustrations.
L'ouvrage le plus remarquable publié en Allemagne est le Szafjieddini Helîenensis ad Sultanum Elmelik, etc.; Carmen arabictm, etc., imprimé à Leipzig, in-folio, en 1816, par Tauchnitz. Cette édition de luxe est imprimée sur du papier vélin anglais lissé, avec de l'or et des filets en couleur.
L'Imprimerie impériale de Vienne a exposé, en 1855, le Recueil des documents pour l'histoire du couvent de Saint-Benoît, à Kreutzmunster, ouvrage fort curieux par la richesse des lettres ornées et des impressions en couleur qu'il renferme.
Le système de la mobilité des lettres n'est pas seulement employé pour la composition du texte, mais il a plusieurs autres applications très-remarquables dans les arts et les sciences, quoique comparativement peu pratiquées. Nous avons déjà mentionné les signes figuratifs de certains idiomes, comme les hiéroglyphes, les lettres chinoises, les figures de la passigraphie, dont les caractères sont composés d'un certain nombre de types mobiles. Il nous reste à parler de l'impression des notes de musique, de la typométrie et de l'ectypographie.
IMPRESSION DE LA MUSIQUE. Les signes musicaux qu'on rencontre dans les plus anciens incunables n'étaient point faits au moyen de types mobiles, mais on les écrivait à la plume, comme c'est le cas dans le Psaltérion de Schœffer, ce prototype de presque toutes les branches de la typographie. Dans le Lilium Musicœ Plana de Michel Kiensbeck, imprimé à Augsbourg par J. Froschawer, en 1500, les notes de musique étaient gravées séparément sur des blocs de bois et intercalées dans le texte composé de caractères mobiles. Les planches xylographiques furent bientôt remplacées par des planches de métal, sur lesquelles on gravait en creux, surtout en Italie. Les Italiens prétendent même que ce fut dans leur pays, et déjà pendant les premières années du XVIe siècle, qu'on s'est servi de types mobiles fondus pour l'impression de la musique, et ils nomment Octavio Petrucci comme en étant l'inventeur. D'un autre côté, M. Herber-
ger (') nous apprend que le typographe impérial Erhard Oeglin (Ocellus) à Augsbourg , au commencement du XVIe siècle, avait inventé les types mobiles pour imprimer les notes de musique, et que, grâce à cette invention, le docteur Sigismund Grimm et Marx Wirsœng, qui possédaient une grande imprimerie dans cette ville, purent publier un des plus beaux et des plus considérables ouvrages en musique.
Le typographe Ulhard de cette ville imprima de cette manière les cantiques de Salminger, qui étaient dédiés à la reine Marie de Hongrie, et aux célèbres Fugger.
Les Français au contraire attribuent Phonnenr de cette invention à leur compatriote Pierre Hautinv qui vivait vers 1525. Suivant M. Firmin Didot, ce fut lui qui inventa les notes à forme lozange. Il grava d'une seule pièce chaque note avec les cinq portées adhérentes à chaque côté. Ottavio Petrucci, à Venise, en 1503, imprima pour la première fois dans ce système un recueil de chansons françaises. Plus tard, en 1530, Pierre Attaignant, à Paris, employa ces notes à l'impression de 29 chansons en quatre parties.
Guillaume Lebé grava séparément les portées et les notes; la musique imprimée en 1552, par Adrien Leroy et Robert Ballard, est exécutée de cette manière.
On attribue au Français Robert Granjon, célèbre graveur de lettres, en 1559, les notes de forme arrondie. Depuis 1639, Jacques de Sanlecque (né en 1558, mort en 1648), élève de Lebé, obtint des lettres patentes de Louis XIII pour imprimer seul, pendant dix ans , le plain-chant , au moyen d'un nouveau mécanisme de son invention. Ses types restèrent en usage pendant quelques siècles sans subir de modifications notables.
Enfin, vers 1754, le célèbre imprimeur et libraire J.-G.-J. Breitkopf à Leipzig, qui avait déjà tant mérité de la typographie, travaillait à améliorer aussi les types des notes de musique. Après plusieurs essais, il réussit enfin à établir un système de types mobiles, propres à tous les genres de musique et qui a servi de base aux travaux de ses successeurs. Les types de Breitkopf étaient
il) Augsburg und seine frùhere Industrie, von Th. Herberger. Augsb. 1852, p. 38
meilleurs et d'une plus belle l'orme que ceux de Fuuruier et de Gando. En France, on s'est beaucoup occupé de cette branche particulière de la typographie : surtout M. C. Duverger, l'habile imprimeur qui a publié en 1826 dans la Revue musicale les premiers résultats de ses laborieuses recherches. En 1829, il exposa ses premiers essais du polytypage appliqué â l'exécution de la musique. Ce procédé nouveau consiste à moider dans le plâtre les pages composées en caractères mobiles qui ne contiennent que les notes et les portées. Le tracé des lignes est fait ensuite dans ce moule en plâtre par un procédé mécanique, en sorte que le cliché qu'on retire du moule ainsi complété donne à la fois réunis les notes, les portées et les lignes exemptes delà brisure qui se fait toujours remarquer dans la musique imprimée par les anciens procédés. Après M. Duverger méritent d'être mentionnés ses élèves, Tantenstein et Cordel, et MM. Brun, Saindair, d'Edimbourg, Derriey, de Paris.
Pour F Allemagne, c'est toujours la maison Breitkopf et Hsertel à Leipzig qui se distingue le plus à cet égard. M. W. Tauchnitz est le premier qui ait appliqué avec succès dans ce pays la stéréotypie à l'impression de la musique.
TYPOMETRIE. On comprend sous le nom collectif et générique de typométrie l'art de composer et d'imprimer , au moyen de types mobiles, les cartes géographiques, les dessins mathématiques et géométriques, ceux de plans de machines et de constructions , d'objets d'histoire naturelle, et même des portraits.
Les plus anciennes cartes géographiques étaient gravées sur métal ou sur bois pour être multipliées au moyen de l'impression. Ainsi celles qui figuraient dans la cosmograplue latine de Ptolémée, imprimée eu 1478 par Conrad Sweynheim à Rome, avaient été gravées en creux sur des planches de métal, sauf les lettres et le* noms qui avaient été frappés au moyen de poinçons en relief et du marteau.
Les cartes qu'on voit dans l'édition allemande du même ouvrage, imprimée par Léonard Hol à Ulm, en 1482, avaient été gravées sur bois par Johann Schnitzer d'Arnsheim. Pour les let-
très, cependant, on avait ménagé des trous, dans lesquelles on plaçait des caractères mobiles à la même hauteur que la surface de la planche, de manière qu'on pouvait tirer des épreuves d'un seul coup de presse. L'édition de Ptolémée, publiée à Venise en 1511 par Jacques-Pierre de Lencho, contient des cartes du même genre.
La gravure sur bois , principalement dans le XVIe siècle , et la gravure sur métal, sont restées d'un usage général et exclusif pendant plus de deux siècles. Dès lors on a cherché à y substituer d'autres procédés plus ou moins convenables; néanmoins il n'y a que la lithographie et la gravure sur métal qui aient prévalu jusqu'à présent.
Les premiers essais pour imprimer les cartes géographiques au moyen de types mobiles furent faits de 1770 à 1775 par deux Allemands, et à deux endroits différents à la fois (!): Wilhelm Haas, l'habile fondeur de caractères à Bàle, à qui le diacre Preuschen de Carlsruhe en avait suggéré l'idée, publia le premier le résultat de ses recherches. Mais J.-G.-J. Breitkopf, de Leipzig, ce typographe savant et distingué, a prouvé qu'il s'était déjà occupé depuis plusieurs années de ce genre d'impression, mais qu'il n'avait pas rendfu publics ses essais, n'étant pas encore assez satisfait des résultats. Haas avait imprimé la carte du canton de Bàle avec des types mobiles, et Breitkopf avait choisi les environs de Leipzig ; cependant ni l'une ni l'autre de ces cartes , ni les procédés employés ne paraissaient remplir les conditions désirées, de manière que cette méthode d'imprimer n'eut pas de suite alors. C'est le diacre Preuschen qui a donné le nom de typométrie à ce procédé, qu'il avait appelé premièrement Ingénieurie d'estampes.
Les essais faits par le célèbre imprimeur Firmin Didot, entre 1818 et 1830, pour les cartes imprimées typographiquement, et
<|i Grundriss der tvpouietrisctien Geschiclite von Aug. Gotllieb l'rcusclmii ; Bascl. 17TO, in-8'— lTeber den Druck geogr. Karten, J -G.-J. Breitkopf, Leip. 1774, in-4". -Beschreibung des Reiches der Liebe, 1777, et Quell der Wunscbc,1779, du même- -A. G. Camus, Mémoire sur l'impression des cartes géographiques, dans les mémoires de l'Institut, p. 416. — Ritschel de Hartenbacb, Neues System geogr. Karten mit inrem GoJorit durch die Buchdruckerpresse berzustellen; Leipz. 1840, in-8-.
qu'il nommait cartes typo-géographiques, n'aboutirent pas bob plus, quoiqu'il y ait dépensé plus de 50,000 francs. Quelques essais typo-métriques furent faits aussi par le typographe Wegener cadet, à Berlin, mais sans beaucoup plus de bonheur.
Enfin, dans l'année 1839, parut à Vienne la carte postale de l'empire d'Autriche, imprimée avec des types mobiles par Raffelsperger, qui depuis longtemps, et sans connaître les travaux de ses devanciers, était à la recherche d'un procédé typométrique pour l'impression des cartes. Il avait complètement réussi, et à un tel point qu'on lui décerna la grande médaille d'or, lors de l'exposition industrielle qui eut lieu cette année-là à Vienne.
Le système typométrique de Raffelsperger se compose de types mobiles qui, établis comme les autres caractères par les moyens les plus simples et à peu de frais , permettent d'imiter toutes les courbes et sinuosités des montagnes, des lacs, des fleuves, des routes, des frontières; tous les tracés topographiques, mathématiques, géométriques, mécaniques, stéréométriques et architectoniques, et toutes les formes d'animaux, de minéraux et de végétaux. Il y a joint des signes particuliers pour désigner les villes, les villages, les forts, les forêts, les parcs et les marais; et il a fait graver et fondre pour ses cartes typométriques cinq corps de caractères différents, ou alphabets géographiques, qui se distinguent par leur délicatesse et leur forme moelleuse et facile à lire. Il les a fait exécuter en allemand, en français, en italien, en anglais, en hongrois, en polonais, en russe et en grec moderne.
Raffelsberger a lié à son procédé typométrique la polychromie : il imprime par conséquent tous les objets avec leur coloris propre ; ainsi , dans les çartes géographiques, tout ce qui représente l'eau est imprimé en bleu; les routes, les habitations, les limites sont en rouge ; les extrêmes frontières en brun ; les bois, les marais, les parcs en vert; les montagnes en gris, et les inscriptions en noir. Dans les dessins mathématiques ou de constructions on fait les murs rouge-tuile ou bruns ; les fers gris , le laiton jaune; le bois brun jaunâtre; et dans les objets d'histoire naturelle toutes les parties reçoivent leurs couleurs et nuances particulières.
La «ypométrie de Raffelsberger offre plusieurs avantages réels : d'àbôrd le bon marché, ce qui est précieux pour les ouvrages employés dans les écoles; ensuite de pouvoir donner aux planches le coloris voulu, et le texte dans les langues désirées; en- „ fin, ce qui est très-important , de pouvoir diminuer ou augmenter la grandeur de ces planches à volonté , et faire les corrections nécessaires sans de trop grandes difficultés.
Pour satisfaire aux demandes universelles et réitérées qui lui étaient faites , Raffelsberger avait établi en 1840, à Vienne, une imprimerie typométrique , qui a livré au public un grand nombre d'ouvrages remarquables : entre autres la carte générale des postes de l'empire d'Autriche en quatre langues et en quatre couleurs; les cartes de la Bohème, de la Styrie, de l'Illyrie, pour l'enseignement dans les écoles; les environs de Paris, de Varsovie, de Bade, de Peste et de Vienne, en six langues; et plusieurs planches de dessins de mécaniques et de mathématiques.
En 1823, M. Firmin Didotf) exposa des cartes géographiques d'une exécution parfaite , d'après un système nouveau. Au moyen de sept planches gravées en relief , et qui chacune apportait successivement une couleur différente sur le papier, il établit des distinctions dont la vue fut frappée par ces sept couleurs, affectées à l'indication de divers ordres de choses. La planche des noms de ville était seule composée en caractères mobiles et imprimée en noir.
Le procédé d'impression typographique des cartes géographiques inventé par M. E. Duverger, de Paris, et qui lui a fait obtenir la médaille d'or à l'exposition de 1844, consiste à incruster dans une table de plomb des filets très-minces en cuivre , avec lesquels on dessine les contours des rivages et des fleuves; puis à appliquer là où il convient de petites pièces clichées et décomposées, portant les noms des villes et des pays. Ces mots, qu'on peut ployer , ne tiennent pas plus de place qu'ils n'en occuperaient sur la planche eu taille-douce. On les soude ensuite sur ces tables de plomb, qui peuvent s'imprimer à la presse mécanique.
il) Rapport de M. Firmin Didot, déjà cité, y, H,
Quoiqu'il soit connu que les impressions obtenues au moyen de filets typographiques, diversement ajustés, n'offrent rien de pratique, et que le seul mérite de ce travail gît dans la difficulté vaincue de l'assemblage , néanmoins il y a des imprimeurs qui ne craignent point d'entreprendre des ouvrages de ce genre. L'Exposition de 1855 présentait plusieurs exemples ('): M.Victor Moulinet, compositeur, avait reproduit la statue de Gutenberg, d'après David d'Angers ; M. Montpied, prote, avait exposé tout un Album de gravures en filets typographiques ; et MM. Castro frères, de Lisbonne, au moyen de lames de zinc, avaient exécuté avec adresse des figures géométriques et des dessins d'ornements.
ECTYPOGRAPHIE, ou impression à l'usage des aveugles* Le genre d'impression qu'on appelle Ectypographie (du grec ek , en dehors , relief) produit des épreuves sur lesquelles les caractères sont imprimés en relief, ou en saillie, au lieu d'être imprimés avec de la couleur. Il a pour but de permettre aux personnes privées de la vue de lire au moyen du toucher.
L'inventeur des caractères mobiles particuliers à l'Ectypographie est Valentin Hauy, né à Paris en 1745 (*) et mort en 1822, frère du célèbre minéralogiste de ce nom. L'idée de cette invention lui est venue en voyant une personne aveugle faire fonctionner une petite imprimerie. Marie-Thérèse Paradies, à Vienne, devenue aveugle par accident, habile musicienne et même compositeur, entretenait une correspondance avec Wolfgang von Kempelen de Presbourg, le célèbre inventeur de l'automate joueur d'échecs, de la machine parlante, et l'auteur de l'ouvrage renommé sur le mécanisme du langage humain. Elle imprimait ellemême ses lettres avec des caractères mobiles et avec de l'encre.
(4) Notes sur les principaux produits exposés de l'imprimerie, par Henri Madinier ; Paris 4855.
(2) V. Hauy, Essai sur l'éducation des aveugles; Paris, 17»), in-8. — Notice historique sur l'instruction des jeunes aveugles, par Guillé; Paris 1849, in-4*.— Lchrbuch des Blindenunterrichts ; Leipz. 1849 etGeschichte des Blindenunterrichts von Klein, 4837, in-8-.— Freisauff von Neudegg, Beschreib. der Ektypographie fUr Blinde, etc. Wien 1837, iu-4-.
Haûy, avantageusement connu déjà par les soins qu'il donnait à l'éducation des enfants aveugles, introduisit en 1784 à l'institution des aveugles de Paris , fondée par des philanthropes , une nouvelle méthode d'apprendre à lire. A cet effet il employait des caractères particuliers, en les imprimant en relief sur le papier: ce qui permettait à ses élèves atteints de cécité de lire à l'aide du toucher les livres ainsi imprimés. H réussit encore à les faire composer par les élèves eux-mêmes.
Plus tard, cette méthode fut perfectionnée par Guillé, successeur de Hatty comme directeur général de cet établissement, devenu une institution royale depuis 1815.
La méthode de Haiiy fut suivie en France jusqu'en 1838. Ce système d'impression donnait 365 lettres pour une surface de cinquante pouces carrés.
Depuis lors des perfectionnements et des innovations ont été introduits dans ce genre d'impression, entre autres par MM. Dufaud, Barbier, et surtout par M. Laas d'Aguen(i), surveillant à l'institution des Jeunes Aveugles de Paris. Déjà un élève de Hatiy, M. Fouriiier, avait tenté, mais sans succès, un essai analogue à celui de M. Laas d'Aguen. Voici le procédé de ce dernier : Il sesertde feuilles de cuivre très-minces , sur lesquelles il perce de petits trous ou enfoncements coniques à l'aide d'un simple stylet ; il remplit ensuite les cavités avec de l'étain , puis on imprime avec ce nouveau cliché; ces petits trous représentent autant de points, et par conséquent de lettres suivant le système de l'écriture ponctuée de M. Barbier , amélioré par M. Braille.
M. Charles Barbier (•) avait proposé en 1831 une notation formée de points ayant une valeur de position ; chaque son de la langue était représenté par un nombre de points en rapport avec le rang qu'il occupait dans un tableau à double entrée. L'aveugle pouvait écrire tous les mots (d'après leur prononciation) à l'aide d'une planchette en bois, d'une plaque en fer-blanc et d'un poinçon arrondi. En 1849, M. Braille, jeune professeur de l'institution de Paris, aveugle lui-même, a conservé l'idée de la uo-
1) Bulletin de la société d'encouragement pour l'industrie nationale; Paris, m-*", '«1.48, 4849. p. 137. 209, vol. 49, 1850, p. **Î4. Bulletin, etc. vol. 48, p. HO.
tation ponctuée, mais il a donné aux signes la valeur de lettres et non de sons, afin de conserver l'orthographe. H n'y a jamais plus de six points pour exprimer une lettre , tandis qu'il en fallait douze dans la méthode Barbier , et le procédé s'applique à la ponctuation, aux chiffres et à l'écriture musicale. Déjà plusieurs livres ont été imprimés ainsi , de même que les études de piano de Kalkbrenner.
M. Victor Ballu («), élève de l'institution des Jeunes Aveugles de Paris, a ajouté en 1851 encore un avantage au mode qui vient d'être décrit. 11 a imaginé un petit mécanisme consistant en un double châssis, un chariot ou porte-poinçon, et un levier agissant sur des crémaillères. La feuille de cuivre est placée entre les deux châssis dans toute sa longueur pour recevoir la marque des points significatifs.
Longtemps auparavant on s'était préoccupé de venir au secours des aveugles par différents systèmes d'écriture. En 1775, le Dr. Franklin (*) se servait de feuilles d'ivoire particulièrement disposées, pour écrire sans lumière pendant la nuit.
M. Pingeron a publié vers 1780 un instrument dont le conducteur des lignes se fixait dans diverses échancrures pratiquées à droite et à gauche d'un châssis. On ht dans la Bibliothèque physico-économique, de 1784,1a description d'une machine à peu près semblable à la précédente, et de l'invention de M. Lhermina de Paris.
M. Bérard, devenu aveugle à l'âge de 23 ans, proposa en 1801 deux moyens pour écrire. Le premier consiste dans l'emploi d'un stylet de fer , avec lequel on obtient une écriture noire, en posant sur le papier à écrire une feuille enduite d'un mélange de saindoux et de noir d'ivoire , et recouverte par une autre sur laquelle on trace les lettres. Le second moyen consiste dans une planche ayant dans le sens de sa longueur une coulisse où se meut une règle conductrice des lignes à écrire, lignes qui sont également espacées à l'aide de crans que l'on reconnaît par le tact.
tl) Bulletin, etc. vol, 50. 1851, p. m.
(2) Bulletin, etc. vol. 16. 1817. p. 275 eV nh .
ia*
On prend de l'encre à la fin de chaque ligne, dans un vase large et plat, avec une plume de métal taillée à l'ordinaire.
M, Julien Leroy, en 1817, a imaginé une machine qu'il a nommée nitographe. Elle se compose principalement de deux cordons de soie, fortement tendus au-dessus d'une feuille de papier encadrée, et sur laquelle on écrit avec un crayon que l'on fait passer dans l'intervalle des fils. Ceux-ci forment un assemblage mobile, qui monte et descend par le moyen de la pression que la main opère sur une tringle liée au dit assemblage à l'aide d'un ressort caché, ainsi que la crémaillère sur laquelle il agit, dans le cadre de la machine. Cette machine fut plus tard modifiée par son auteur, d'après une observation de M. de Bataille, affligé de la perte de la vue, lequel s'en était servi avec avantage. H pensait qu'il serait plus commode de rendre la règle fixe, et de placer le papier sur un cadre qui serait mû par le moyen d'une roue dentée , qui le ferait avancer graduellement. La machine ainsi modifiée fut appelée Cœcographe.
M. Ferdinand Saint-Léger (*) inventa en mars 1838 des tablettes à l'usage des aveugles, pour faciliter l'écriture. Il les perfectionna en 1851, et reçut l'approbation de la Société d'encouragement de l'industrie nationale.
M. Foucauld (*), aveugle-né, membre des Quinze-Vingts, est l'auteur (184 3) d'une machine à écrire qui est généralement en usage. Elle consiste en dix touches soutenues par des ressorts en spirale , portant chacune à son extrémité un poinçon terminé ou par une pointe ou par un crayon. On joue sur ces dix touches comme sur un clavier. Ainsi, pour faire un E, on pose les doigts les touches 1. 7, puis on fait au moyen d'une vis reculer le papier à une certaine distance ; on place les doigts sur les touches 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7, puis on fait de nouveau, au moyen de la tis, reculer le papier à la même distance que précédemment: et ainsi de suite pour les diverses lettres qui doivent successivement entrer dans la ligne. Un aveugle qui est exercé peut écrire puante vers alexandrins dans une heure et demie. Par cette 'nachine ingénieuse on produit des lettres de petite dimension.
(1) Bulletin, etc. vol. 2H, p. 310, et vol. 50, p. 690. Bulletin, etc. vol. 42, p.î66, 343, vol.49, p. 410.
de la grandeur du caractère cicéro; mais cette écriture n'est lisible que pour les voyants , et ne peut pas être corrigée par les aveugles. Pour obvier à cet inconvénient, M. Foucauld a imaginé une machine très-compliquée et qui s'adapte à la première, avec laquelle l'aveugle imprime en même temps les mêmes lettres comme avec un pantographe, mais en relief. Ces deux machines ont été construites par un aveugle-né, M. Jackarie, à qui M. Foucauld avait communiqué son plan.
M.Laasd'Aguen(') s'est attaché en 1849 à réaliser un vœu que M. Dufaud avait émis dix ans auparavant. En parlant de l'enseignement de la géographie aux aveugles, M. Dufaud disait qu'il ne serait pas impossible de produire des cartes qui serviraient à la fois pour les yeux des voyants et pour les doigts des aveugles.
Après plusieurs essais, M. Laas d'Aguen s'est arrêté à un procédé que lui ont suggéré les planches en relief deM.Bauerkeller. Ce procédé consiste à graver en creux sur métal les différentes parties de la carte, savoir les méridiens et les parallèles exprimés par des filets très-fins , les frontières par des points , les fleuves et les rivières par des points moitié moins forts , les chaînes de montagnes par des points ovales ou par de fortes ondulations, les mers et les lacs par des stries légères, mais sensibles pour le tact si délicat des aveugles; enfin la nomenclature par le système de points en usage dans l'institution. Après la gravure, la planche est recouverte d'une feuille de papier trempé , puis placée sous une presse en taille-douce et garnie de 12 à 15 molletons. Quand on a pressé, on place une seconde feuille sur la première, et l'on presse de nouveau , et ainsi de suite jusqu'à ce qu'on ait formé un carton assez consistant pour l'usage. Ces cartes ont le grand avantage de pouvoir être multipliées indéfiniment.
En 1849, il avait ainsi exécuté cinq cartes: la mappemonde. l'Europe, l'Asie, la France et la Palestine.
En Allemagne aussi plusieurs personnes ont fait des essais heureux dans l'ectypographie : MM. Klein à Leipzig ; François Muller à Frybourg; Stuber à Freising, et Zeune à Berlin; M. le Dr. W. Lachmann , directeur de l'institution des aveugles à Bruns-
<i; BuJleUo. etc. vol. 47, 410. vol. 4», *J4,
wick. et le capitaine Freisauff die Neudegg à Vienne , ont beau- <<»uj) contribué au perfectionnement de l'invention de Hauy. Le premier ne s'est pas seulement tenu aux caractères alphabétiques, mais il a imaginé une écriture figurative, composée d'étoiles, de points, de lignes et de fractions de cercles. Le second a étendu l'emploi des types mobiles pour pouvoir en composer toutes sortes de ligures et de dessins.
XL Gall à Edimbourg se servait en 1827 des capitales du caractère romain ordinaire pour imprimer sur du papier fort, et assez profondément pour donner un relief suffisant. Le premier livre imprimé de cette sorte fut l'Évangile selon saint Jean. M. . Alston à Glasgow a beaucoup simplifié et perfectionné le procédé «.iall. Les caractères de Glasgow sont une modification des caractères employés en 1840 dans l'institution des Jeunes Aveugles de Paris et créés par M. Dufaud ; ils donnent 526 lettres sur «inquante pouces carrés.
En novembre 1840, le gouvernement anglais (*) promettait la somme de 10,000 fr. pour la publication d'une Bible complète à l'usage des aveugles ; elle devait se composer de 15 volumes fii format atlantique, et contenir 2,470 feuillets. L'impression et la distribution en étaient placées sous les auspices de la Société biblique de Glasgow.
Toutefois ce sont les Américains qui ont le plus avancé l'art •l'imprimer eu relief. M. Hirzel (*), directeur de l'asile des aveugles «1b Lausanne (Suisse) nous apprend que c'est principalement M. le to. Howe à Boston qui a tenté de réaliser la pensée de Haiïy sur une grande échelle. « Le Dr. Howe, en 1831, fit imprimer ^ relief sur papier une carte de la Nouvelle-Hollande. Ce trav*il, imparfait encore, est curieux comme premier essai de ce tfenre, et important comme point de départ d'une série d'essais • d'expériences typographiques qui ont conduit dans l'impressiou en relief à de superbes résultats. »
< En 1833 et 1834, Philadelphie et Boston commencèrent à
i'i L'Écho du monde savant, H Déc. IKU).
fi) Rapport sur l'asile des aveugles de Lausanne, uar le directeur M. H. Hirzel, IH52 i duquel est extrait tout ce qui regarde l'Amérique et Lausanne. - Des l'oôU. 1651 el 1*5-2.
s'occuper de l'impression en relief. Le système suivi par Philadelphie ne donna que 290 lettres et fut abandonné.
c La méthode Ho we de Boston donna 702 lettres sur cinquante pouces carrés. Avec ce type vingt et une éditions d'ouvrages furent imprimées dans l'espace de quatre ans , avec une dépense de 42,000 francs, que M. Howe avait collectés lui-même dans ce but.
* En 1636 et 1837, Philadelphie et Glasgow firent de nouveaux efforts. Pour cette fois , l'impression de Philadelphie renfermait 826 lettres dans- les cinquante pouces carrés; celle de . Glasgow, 891.
« En 1838, Boston réduisit de nouveau le type et obtint 1067 lettres sur 50 pouces carrés.
« Enfin, en 1839, l'institution de Philadelphie produisit un type de musique, et elle atteignit dans l'imprimerie en général une perfection qu'on ne se lasse d'admirer.
« La France a suivi l'impulsion donnée par l'Amérique et l'Angleterre, et a cherché à diminuer encore la dimension des lettres; mais, pour les doigts comme pour l'œil, il y a des limites qui ne doivent pas être dépassées, et l'on paraît avoir atteint le dernier degré de réduction.
i Le type inventé par le directeur de l'Asile de Massachusets, appelé type de Boston , est basé sur ce principe , que la lettre destinée à l'aveugle doit offrir la plus grande variété de formes, et cependant être dépouillée de tout ce qui est inutile au tact M. Friedlœnder, premier directeur de l'Asile des aveugles de Philadelpliie, de son côté, maintenait en théorie et en pratique qu'on devait s'en tenir à la lettre romaine simplifiée. Quoi qu'il en soit, l'impression américaine est en somme supérieure à ce que l'Allemagne, la France et l'Angleterre ont produit de meilleur jusqu'à présent dans ce genre. La Société biblique des Etats-Unis a fait imprimer une belle édition de la Bible en six volumes à l'Asile des aveugles de Sud-Boston. L'institut de Philadelphie a publié pendant quelque temps une revue périodique en relief. Outre ces deux presses , on en a établi une troisième à Staunton dans la Virginie. New- York fait des essais dans le même but L'institution de Perkins possède de magni-
tiques éditions stéréotypes de la Bible, d'ouvrages historiques et géographiques , de géométrie et de chimie avec des figures tangibles dans le texte même, d'excellents atlas en relief, une encyclopédie, et beaucoup d'autres. »
Pour renseignement de la géographie, les instituts d'aveugles de Berlin , de Glasgow, de Boston, d'Indianopolis et d'autres , possèdent des globes terrestres en relief de trois à quatre pieds de diamètre.
D'après une notice publiée en 1842, Glasgow avait jusqu'à cette époque imprimé en caractères reliefs 13,460 exemplaires d'ouvrages divers.
M. H. Hirzel, l'intelligent et zélé directeur de l'Asile des aveugles de Lausanne, s'est acquis un nouveau mérite en inventant deux machines très-ingénieuses et pratiques pour l'impression en relief. Sur l'une, qui date de 1844, l'aveugle peut imprimer environ vingt-trois lettres par minute. Les lettres ne font pas partie de' la presse. Près de cent volumes sont sortis de cette petite presse, sans que l'usure nuise à la régularité de sa marche. L'autre presse, inventée en 1845 (4), est beaucoup plus compliquée : elle contient toutes les lettres de l'alphabet fixées sur un disque qui tourne à mesure qu'on en a imprimé une. Un aveugle exercé peut imprimer en relief jusqu'à trente-sept lettres par minute. Pour l'écriture au crayon, M. Hirzel a introduit dans l'Asile un carton gaufré marqué de lignes et d'entrelignes, et qui, placé sous la feuille de papier, guide le crayon. Ce carton sort de l'Asile des aveugles de Boston. Pour marquer les lettres en relief, on a fait graver un alphabet de cachets, lesquels produisent un caractère dont la saillie est en biseau, affectant promptement le doigt, sans cependant s'émousser, caractère par conséquent facile à lire. La substance la meilleure à tous égards pour former ces lettres, est la gomme laque , parce qu'elle est à la fois dure et agréable au toucher.
Le directeur actuel de l'Imprimerie impériale de Vienne, M. Aloïs Auer(*), a montré aussi un grand mérite dans cette
(1) Et construite avec le secours de M. Louis Hichard, habile horloger au Locle iSnisse).
(2) Der polygraphische Apparat der K. K. Hof- und Staatsdruckcrei zu VVien.von
branche de la typographie, en faisant graver et fondre des caractères ectypographiques perfectionnés pour toutes les langues septentrionales et orientales, tant vivantes que mortes, ainsi que pour la musique. Cet admirable établissement emploie, depuis 1850 environ, deux genres de caractères différents dans les impressions ectypographiques. L'un de ces caractères ( les lettres romaines), que M. Auer appelle le caractère hérissonné, est formé de petites bosses en relief et sert aux aveugles pour écrire ou pour composer leur correspondance de la manière suivante : au fond d'une petite boîte carrée, divisée en compartiments transversaux par des fils de laiton, semblablement à une feuille réglée, on place une feuille de papier sur une espèce de coussinet en papier mou, et l?on pose, Tune après l'autre, les lettres entre les fils d'alignement, de manière qu'en appuyant légèrement dessus, on imprime les pointes saillantes des lettres dans le papier, ce qui a pour effet de les fixer et de les empêcher de tomber avant qu'on ait placé une autre lettre à la< suite de la précédente. L'autre genre de caractère, également' romain, est à surface en biseau et sert à l'impression ordinaire. Tous les deux sont parfaits et ne laissent rien à désirer. De cet établissement est sorti aussi le Calendrier des Aveugles, par Doleaalek.
Les autres procédés typographiques, où plusieurs arts concourent simultanément ou successivement à la mise en, œuvre, et qui ne se composent pas seulement de la gravure typographique et de l'impression, mais dans lesquels il y a mélange d'arts anciens et d'arts récemment inventés , tels que la chalcographie, la lithographie, Pélectrotypie et la photographie , ces procédés dis-je, d'un genre mixte, trouveront leur place dans les articles qui concernent ces arts.
Nous pouvons donc clore ici cet aperçu sur l'imprimerie et la typographie, qui , quoique plus étendu que nous ne le désirions, ne donne cependant que l'essentiel. L'art de rimprimerie étant le plus important des arts de reproduction et de multiplication*
rient 0. M. Alois Auer, Direct, der genannten Anslalt in dern Sitznngsbericute <ler K. Académie der Wissensdiaflen. Mathem. Natunviss. Classe, B. IX, Jahrg. 1852; Flrtl V, p. 87*
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cehti auquel tous les autres doivent recourir, il était «mena- Me d6 lui ménager une place proportionnée à son importance.
Il y a une branche de la typographie dont nous n'avons pa* parlé spécialement, c'est la xylotypographie, ainsi nommée parce qoie la xylographie joue un grand rôle dans les publications de ce genre. Cette branche trouvera naturellement sa place dans la xylographie dont nous allons nous occuper.