GRAVURE EN RELIEF
LA XYLOGRAPHIE (') (du grec xylon, bois) ou gravure sur bois, est l'art de graver des planches de bois destinées à multiplier un dessin au moyen de l'impression. On l'appelle aussi gravure en taille d'épargne, parce qu'on épargne les parties du bois qui doivent représenter le dessin, c'està-dire qu'en gravant on conserve en relief tous les traits, toutes les ombres, toutes les parties noires d'un dessin, tandis qu'on creuse, qu'on enlève toutes les parties blanches , les lumières , qui représentent le papier blanc. C'est par conséquent sur les parties épargnées ou laissées en relief, qu'on dépose l'encre d'imprimeur, lorsqu'on veut tirer les épreuves. On nomme encore cet art, gravure en relief, ou en taille de relief, en ne considérant que la manière de graver, et non la matière qui sert à cet effet; celle-ci alors peut être du métal, du bois ou de la pierre.
En recherchant l'origine de l'imprimerie, nous avons vu celle de la xylographie, qui y est si intimement liée . et nous en connaissons aussi les premiers produits, savoir les cartes à jouer, les images de saints, les livres à images et les livres xilographiques.
Cest là la première époque de cet art (de 1300 • 1500)$ nous n'avons plus à y ajouter que quelques considérations générales.
il) Voyes sur tout ce qui regarde la Xylographie: Sotzmann, Passavant, Falkeo- ^n, Rumohr, déjà cités. — J. Heller, Geschichte der Holzschnpidckunst; Bamberg, •I etc.
L'invention de Pimprimerie exerça dès l'abord une grande influence sur la gravure sur bois , ces deux arts se servant mutuellement d'auxiliaire ; et quoiqu'il parût exister au commencement quelques obstacles à leur union , néanmoins nous les verrons presque toujours marcher ensemble.
Les premiers typographes , désirant vendre leurs impressions pour des manuscrits , cherchaient à éviter tout ce qui aurait pu y donner l'apparence d'une impression ou d'un travail de tailleurs de moules , en les rendant autant que possible semblables aux livres écrits. De là le manque de gravures sur bois dans la plupart des impressions de Mayence des premiers temps, et leur aspect sévère et simple.
Cependant l'embellissement des livres par des images et des ornements peints était tellement goûté et répandu, la gravure sur bois ressemblait si bien à l'impression des livres par le procédé employé, répondant en cela aux exigences de l'époque, que la gravure sur bois fut bientôt adoptée et pratiquée assez généralement.
H arriva donc pendant quelque temps que la gravure sur bois et l'imprimerie furent à peu près confondues; mais elles se séparèrent dans les dix dernières années du XVe siècle. Dès lors la xylographie , pouvant être considérée comme un art indépendant , se développa librement en tous sens , et fut pratiquée par des artistes spéciaux. Il convient par conséquent d'en suivre le développement et les applications diverses depuis ce moment.
Bientôt toutes les publications en furent envahies : les livres sérieux et savants, même ceux qui n'offraient pas de sujets à représenter, furent ornés au moins d'entourages ou d'encadrements, d'initiales décorées de figures, de rinceaux et de feuillages dans le genre des manuscrits peints. Les titres, qui manquaient presque toujours aux livres des premiers temps de l'imprimerie, furent introduits vers la fin du XVe siècle et reçurent, gravés sur bois, des enjolivements représentant souvent des sujets empruntés au texte, ou figurant l'auteur lui-même écrivant ou enseignant. La première page du texte était ornée parfois d'un entourage ou d'un cadre, imité des beaux manuscrits français , surtout dans les Heures de l'imprimerie parisienne. On les gra-
vait alors sur métal avec une grande délicatesse. Ces ornements se trouvaient presque autour de chaque page du texte, et représentaient ordinairement des danses macabres ou des sujets analogues. Souvent aussi la dédicace était ornée et gravée sur bois.
L'usage de placer dans les livres les gravures d'armoiries, des emblèmes, des monogrammes ou des noms en rébus des imprimeurs, usage qui venait originairement de l'habitude des notaires de signer les diplômes et autres actes de leur profession du monogramme de leur nom ou d'une marque particulière, pour les légitimer, était alors très-répandu, et s'est même conservé jusqu'à nos jours.
Les marques particulières des imprimeurs français et néerlandais du XVe siècle se distinguaient principalement par la richesse et la variété. Elles offrent en petit le tableau des variations qu'a soulevées le goût dans la gravure sur bois pendant les périodes de progrès , de perfection et <Je décadence ; fait historique d'autant plus intéressant, que ces objets ne laissent aucun doute sur leur véritable origine, du moins quant au lieu et au temps ou à l'époque.
Les images gravées sur bois dans les livres imprimés du XVe siècle, servaient plutôt à l'explication du texte qu'à l'ornementation. Elles se trouvaient plus particulièrement dans les ouvrages destinés au peuple, dans les livres d'heures, de prières, dans les traductions de la Bible et des classiques , dans les œuvres de poésie, les romans , les chroniques. Le nombre des livres et des gravures est considérable, nous en avons cité une grande quantité en parlant de l'imprimerie.
Ces gravures quoique dépourvues généralement de mérite artistique et offrant plutôt des compositions idéales, conventionnelles, que des copies fidèles, exercèrent néanmoins une influence salutaire sur la vie intellectuelle de cette époque , et favorisèrent l'exercice des beaux-arts et leur perfectionnement. Ils nous présentent une image instructive et intéressante de la vie et des mœurs de toutes les conditions de l'homme de ces temps.
Le dessin jusqu'à Albert Durer consistait en simples traits ou contours, à ombres maigres obtenues par des lignes parallèles, rarement par des hachures croisées. En général on mettait peu
d'ombre, parce que les gravures but bois étaient alors destinées à être coloriées par les peintres de lettres. Les planches phis précieuses, celles des livres de liturgie et de poésie, furent imprimées sur parchemin, peintes à la gouache et rehaussées d'or, comme les miniatures.
On voit souvent dans cette époque des gravures xylograpinques avec des fonds, c'est-à-dire avec certaines parties épargnées, et par conséquent imprimées en noir. Parfois ces fonds sont pointillés en blanc, surtout dans les gravures françaises sur métal. On leur donne le nom de fonds criblés ('). On en rencontre aussi quelques-unes avec des fonds à ornements semblables aux tapisseries. Un Saint-Bernardin de 1454 conservé à Paris, ainsi qu'un Ecce homo qui se trouve dans un confessionnal, décrit par Heller et Falkenstein, sont dans ce genre* Les figures et les draperies de cette époque sont roides, les proportions négligées; la composition est pauvre; la perspective manque généralement, lie style est en rapport dans chaque pays avec le degré de perfection qu'y ont atteint la peinture et les autres arts.
Dans les dessins italiens, quoique gravés en grande partie par des Allemands, on reconnaît l'influence des bonnes écoles de Venise et de Florence, les formes nobles et élégantes des peintures de ce temps. Les gravures françaises trahissent souvent le stylo de l'école de Van Eyck, celui qui s'était maintenu le plus longtemps dans les peintures et miniatures. Dans les pays où la gravure sur bois avait été le plus anciennement pratiquée , et avec le plus d'activité , en Hollande et en Allemagne, cet art était le moins perfectionné , et ne pouvait se défaire d'une certaine roideur, même dans les bonnes pages.
On gravait généralement sur bois ; mais on se servait aussi de métal, surtout en France. Dans la première moitié du XVe siècle les gravures n'étaient imprimées que d'un côté du papier, et au moyen de la brosse et du frotton. Plus tard on les imprima aussi des deux côtés, du moins dans les livres.
Nous ne connaissons que peu de noms de graveurs sur bois.
(1) Voyez Chalcographie.
quoiqu'il y en eût un très-grand nombre ; mais ils ne signaient que rarement de leur nom leurs produits ; ils n'ajoutaient que le monogramme de leur nom , ou des marques le plus souvent indéchiffrables. Ces graveurs, pour la plupart étaient des peintres de lettres, les imprimeurs eux-mêmes, ou des tailleurs de moules. Les plus renommés d'entre eux étaient Nicolas Vink à Nuremberg, entre 1473 et 1482; Jean Schnitzer d'Arnsheim en 1482: Oeorg Glockenton , coloriste et graveur, qui mourut en 1514 à Nuremberg; Wolfgang Hamer de la même ville; Michel Wohlgemuth et Jean Pleydenwurf , tous les deux de Nuremberg, qui jouissaient d'une grande renommée, et à qui l'on attribue les gravures de la Bible de 1483, et celles de la Chronique de Hartmann Schedel, publiée par Koberger. Ces deux ouvrages ne contenaient pas moins de 2,357 gravures sur bois, dont quelques-unes à double.
De m 1 GOO. On le voit le besoin existait , l'avan-
tage de la gravure sur bois était reconnu, l'élan était donné ; sa riule, la chalcographie n'était point encore en état de l'écarter. Les phis habiles peintres eux-mêmes commencèrent à pratiquer cet art tant recherché , et contribuèrent ainsi à son perfectionnement et à ses progrès. Ajoutons encore l'influence manifeste du goût éclairé de l'empereur Maximilieu Ier, qui, guidé par les conseils intelligents du célèbre Conrad Peutinger, favorisa et protégea généreusement les arts. Aussi le XVI' siècle est-il l'époque à laquelle la xylographie atteignait son plus haut degré de perfectionnement, et cela dans tous les pays. Elle florissait dans la première moitié de ce siècle surtout en Allemagne et en Hollande. Les Italiens commencèrent aussi à cette époque à cultiver eux-mêmes cet art, qui leur avait été apporté tT Allemagne. Ils y mettaient tout le goût artistique qui les distingue ; ils employaient Moins souvent les hachures croisées que les Allemands, ils cherchaient préférabkment à imiter plus directement les dessins. La biographie n'eut pas un développement aussi heureux en France que dans les pays que nous venons de nommer. On ne s'en serait généralement que pour décorer les livres. Les artistes francs cependant excellaient dans la finesse et la délicatesse des tailles , ce qui provenait sans doute de ce qu'ils gravaient beau-
coup sur métal. Nous verrons plus loin que le métal a généralement prévalu en France.
Le style et la manière des gravures sur bois s'était considérablement améliorés; le dessin en était devenu plus correct, la composition mieux ordonnée ; les lumières et les ombres étaient plus convenablement disposées et dégradées. On y employait plus souvent la perspective, mais on continuait encore à les colorier. La quantité des gravures qu'on exécutait alors était innombrable ; on en décorait non-seulement les livres, mais encore on en tirait un grand nombre sur des feuilles à part
Malheureusement la fin du siècle ne répondit pas à un commencement aussi brillant Des éditeurs avides profitèrent du goût du jour pour lancer dans le commerce une profusion de gravures médiocres; il en parut une quantité d'autres à sujets satiriques, provoquées par les querelles religieuses qui suivirent la réformation ; d'un autre côté la gravure sur cuivre, plus facile à exécuter, commençant à se répandre davantage, les artistes abandonnaient peu à peu la xylographie, et ne se chargeaient plus que de livrer les dessins, qui étaient souvent mal exécutés par les graveurs inexpérimentés ; enfin tous les signes d'une décadence prochaine se manifestaient dans les dernières années du XVIe siècle.
Citons les principaux graveurs et les plus remarquables de leurs travaux, la plupart nous étant connus.
A la tête de tous les graveurs de l'Allemagne nous devons mettre Albert Durer (né en 1471, mort en 1528), élève de son père, qui était orfèvre, et de Michel Wohlgemuth, qui lui enseigna les sécrets de la gravure sur bois. On lui attribue un très-grand nombre de gravures, qui probablement n'ont pas été toutes exécutées par lui-même, mais par d'autres d'après ses dessins.
Les plus remarquables sont les planches de l'Apocalypse, publiées en 1498 ; les trois grandes et belles séries de La vie de Marie, de la grande et de la petite Passion de notre Seigneur ; la Sainte-Trinité de 1511 ; et plusieurs Saintes Familles. Le portrait d'Ulric Varnbuler, exécuté en 1522, est un des chefs-d'œuvre de gravure sur bois de ce maître ; il a 16 pouces de haut sur 12 de large.
La plupart des gravures d'Albert Durer servirent de modèles aux graveurs qui désiraient se former à cette bonne école.
C'est dans ce siècle que parurent ou furent commencés des ouvrages remarquables qui, par le nombre et surtout la bonté des planches qui les ornent, permettent de juger à quelle perfection la gravure sur bois était parvenue.
Les œuvres xylographiques les plus distinguées sont celles des écoles de Nuremberg, d'Augsbourg, de Wittemberg et de Bàle, exécutées sous l'influence directe ou indirecte de l'empereur Maximilien Pr, protecteur éclairé des arts et des lettres, et des savants distingués tels que Peutinger , Wilibald Pirckheimer, Celtes, Stabius et d'autres. Ces œuvres sont principalement : les Patrons de la maison impériale d'Autriche, la Généalogie de l'empereur, le Weisskunig, le Theuerdanck, le Triomphe, la Porte triomphale et le Livre de prières de Maximilien I".
Tous ces ouvrages avaient été commandés par l'empereur, qui en confia la direction à Peutinger, et l'impression àJeanSchœnsperger d'Augsbourg.
Es devaient être décorés d'un grand nombre de xylographies ; Albert Durer, Burgkmair et Scheuflin furent choisis pour en faire les dessins, et Josse Dienecker, secondé de douze graveurs, pour exécuter les planches de bois.
Mais, malheureusement, l'exécution a été partiellement interrompue par la mort de l'empereur, survenue en 1519. Cependant ce qui en a été terminé et ce qui existe encore mérite d'être mentionné.
L'œuvre dit Les Patrons de la, maison impériale d? Autriche, composée de 150 planches de bois, dont 122 sont encore conser- Tés à la Bibliothèque impériale de Vienne ('), est due au peintre Hans Burgkmair d'Augsbourg, secondé d'autres graveurs desquels nous parlerons plus bas.
Le Weiskunig (le roi blanc) contient l'histoire romanesque et les exploits de Maximilien Ier, dictés par lui-même et mis en ordre par son secrétaire Max. Treitzsaurwein, en 1514. Ce livre est orné de 237 planches par Burgkmair, toutes conservées encore (').
Les Greuerlichkeiten , etc. des Helds Herrn Tewrdanncks \*)
(1) \\9 de ces planches furent réimprimées en 4799. (î) Réimprimées en 1775.
(3) Teuerdanck est le nom qu'on donne au héros qui n'est autre que l'empereur luimfcne. par allusion a ses pensées aventureuses (abenthenerlich).
poëme très-médiocre de Melchior Pfinzing, dont le sujet principal est composé des obstacles que rencontrait l'empereur dans sa demande en mariage de Marie de Bourgogne, obstacles qui tous sont représentés allégoriquement en 118 planches par le peintre Hans Scheuflin; ce livre tut publié à Nuremberg, en 1517.
La Généalogie de Pempereur Maximilien Ier est ornée de 77 planches par H. Burgkmair.
Le même artiste a décoré encore le Triomphe, ou le Char de triomphe de cet empereur. Les 135 planches, encore existantes, ne paraissent cependant former que les deux tiers de l'ouvrage entier. Les originaux peints en miniature sur vélin en 109 feuilles, chacune 34 pouces de large, sont également conservés à Vienne.
Burgkmair a représenté dans ce livre tout ce qui avait rapport à la cour et la vie chevaleresque de cet empereur : la noble vénerie, les tournois, la musique, les mascarades, les noces , les banquets, et les scènes de la vie telle qu'elle existait alors.
Dans la Porte triomphale, qui ne devait former qu'une seule feuille de 11 pied et demi de haut, sur 9 de large, composée de 92 grandes planches, Albert Durer, son auteur, la composa d'architecture et d'ornements entremêlés de la monographie figurée de Maximilien, par laquelle ont été représentés ses exploits guerriers, sa vie privée et publique; elle contenait en outre des figures blasonnées des princes alliés ou voisins , enfin tout ce qui pouvait illustrer et faire ressortir la pompe et la grandeur de ce monarque.
Les graveurs qui ont exécutés les ouvrages que nous venons de nommer, et dont les noms se trouvent gravés sur les planches ou écrits sur leurs revers, sont Hans (Luetzelburger) dit Frank, Cornélius Liefrink, Alexis Lindt, Johann von Bonn, Hieronymns André, S. German, Vincenz Pfarbecher, Jacob Rupp, Jacob Taberith, Wolfgang Resch, Fosse Negker d'Augsbourg, et surtout les peintres célèbres Albert Durer, Hans Scheuflin, Hans Burgkmair, et le graveur Joseph ( Josse) Dienecker d'Augsbourg.
Enfin, pour clore cette série d'ouvrages, mentionnons encore Le livre de prières pour la composition duquel Maximilien avait fait lui-même le choix du Psaume qu'il devait contenir, et qui est orné de 45 planches de sujets et d'encadrements des plus gracieux faits
par Durer, et de 8 planches de Lucas Cranach. D porte la date de 1515, mais n'a pas été terminé.
La xylographie offrait un moyen très-convenable, et dont on avait été dépourvu jusqu'alors, pour multiplier cette foule de représentations allégoriques tant répandues et estimées, qui, depuis le XIVe siècle, et surtout dans le XVIe, se trouvaient tant en prose qu'en vers dans les livres, peintes en miniature dans les manuscrits, ou en fresque sur les murs, et même sculptés en pierre et en bois.
La danse macabre était un des sujets allégoriques favoris, représentant la mort dans des accoutrements et des poses très-variées, jouant un instrument, menant le branle, ou dansant avec des personnes de tous les rangs. Cette danse est ainsi nommée du poëte allemand Exemius Macabre, qui, un des premiers, traita ce sujet bizarre en vers allemands, que P. Desrey, de Troyes, a traduits en latin en 1460.
Presque tous les bons peintres de ce temps traitaient ce sujet, et après eux les graveurs sur bois; aussi connait-on un grand nombre de ces danses macabres dont celle de Hans Holbein de Baie est la plus célèbre. Elle était recherchée au point qu'on en publia jusqu'à 8 éditions différentes seulement dans le XVIe siècle, la première étant de l'année 1530. Aujourd'hui ce nombre s'est accru à 80, en comptant les différentes copies.
Jean Lutzelburger de Baie, un des plus habiles xylographes de cette époque, a également produit une danse des morts ; celle de Josse Dienecker fut publié en 1544.
Ce sujet se rencontre souvent aussi comme ornement accompagnant les lettres de l'alphabet, des initiales grecques et latines. Outre la danse macabre, on se servait encore d'autres sujets pour décorer les grands caractères d'impression ; ainsi il y en avait qui étaient entourés d'enfants (Kinderalphabete), de paysans dansant ou s'amusant (Bauernalphabete, alphabets rustiques), ou de sujets religieux, mythologiques et scientifiques.
Holbein a livré trois alphabets latins et un grec, dont deux à danse macabre, un rustique et un avec des enfants. Le plus renommé est l'alphabet rustique de Lutzelburger.
Dans le Methodas exhibais per varias ind. et clos. sub. quorumiibet librorum, cuiuslibet Bibliot, imiiabikni ordinem, imprimé
en 1560, chez Ph. Ulhard à Augsbourg, on voit des lettres ornées de fleurs.
Pour les sciences et les arts, sortant de l'enfance, mais cultivés avidement et répandus en profusion par l'imprimerie, la xylographie était un auxiliaire précieux, et les traités de tout genre, tels que ceux sur Panatomie, la zoologie, la botanique, les mathématiques, etc., offraient à la gravure sur bois un vaste champ (l'occupation qui ne restait pas stérile (!).
L'ouvrage le plus recherché dans ce siècle et qui formait comme une espèce d'encyclopédie, la Cosmographie de Sébastien Munster, était orné d'une très-grande quantité de gravures sur bois de tout genre, des vues de presque toutes les villes remarquables; de portraits; de costumes et de coutumes; d'armoiries et de batailles, d'objets d'histoire naturelle, etc.
Beaucoup de graveurs furent occupés à exécuter les planches de ce livre, dont la première édition parut à Bàle en 1544, et qui a eu successivement 17 éditions allemandes dans le XVIe siècle, plusieurs éditions latines, une française (1575), une italienne, et une en bohémien, en 1554. Chaque nouvelle édition était augmentée de gravures.
Des vues et des plans de villes, de camps et de batailles, formaient aussi une branche exploitée par la xylographie. La plupart de ces gravures sont d'un format très-grand, et composées souvent de plusieurs planches ; telles sont, par exemple, la vue de Ratisbonne, de la largeur de 80 pouces sur 22 et quart de hauteur; celle de la ville d' Augsbourg, gravée d'après le dessin de l'orfèvre Georges Seld ; celle de Lubeck ; celle de Francfort-sur- Mein de 1572, en 10 feuilles; celle de Venise, dessinée à vue d'oiseau; celle de Cologne, de 1513, en 9 planches gravées par Antoine Wœnsam de Worms ; et le Camp de V empereur Cfuirles V
ii) Voyez sur ce sujet les ouvrages suivants: sur l'analomic ; Geschicbte und Bibliographie der anatoraischen Abbildungen, etc. von Dr L. Choulant, avec 43 xyiogr. et 3 chroinolilh. Leipi. 1854, grand in-iv Pour la zoologie: Blumcnbach, in Gœtting. Magazin, etc. Jahrg. II, St. 4. Pour la botanique: Die Anwendung des Holzschnittes zur bild. Darstellung von Pflanzen, etc. von Dr. L. G. Treviranus, Leipz. t855, in-8#. Pour les mathématiques: Gesch. der Matuematik von A.-G. Kaestner, ÏÏVb, etc.
devant Ingolstadt, de Vannée 1546, 10 grandes feuilles gravées d'après les dessins du peintre H. Mulich de Munich, en 1549.
Il n'était point rare dans cette époque, pas plus que dans la nôtre, de trouver des livres compilés de planches achetées séparément avec lesquelles les libraires-spéculateurs formaient un tout en y mettant un titre pompeux et attrayant ; voici un exemple :
Htwt kutnotUcbe, rcoblflcrifloene onb m fiolj rjeocbnittene fifiureit, betgUtcben nicmablen rjeotbcn tvorben. Von béa (uertrefflicbarten , kuenotlirbsttn bnb beruebmttoten ittabltrn , IsUio- *ern tnb /ormocbncibcrn , al* nebmlicb, Slbrccbt 9uret , J§. éolbein, Scbalb ÎSbbm , fi. gebeuflin , *nb anbern Ceutscber nation Cueitrefflicboten ^ucnotlern mrbr.
Sllen f&ahltxn, &up(teratecbcrn , itformocbnetbern ; &ucb alleu ^un9tt>erdtaenbi^en , imb btuselben ïiebbaber , su Qbten $eCalltn; *gie aucb ber angebenbcn ftunotlicbcnben 3ujenbt ju ftut$ bnb 13efo«berunfl tu Cruck flcbcn.
©ebruckt $u tftancfefurt am IHeyn, 3n ^erlenuna ^iaceniii gteimncym. gnito *8. ®C XX. C3uct Quarto.
Ce hvre, précédé d'une surface intéressante pour l'histoire artistique de cette époque, contient 316 gravures, parmi lesquelles plusieurs très-bounes, mais Durer et Holbein manquent, quoique mentionnés sur le titre (f).
Tels sont, en somme, les groupes variés, les formes diverses, dans lesquelles la xylographie du XVIe siècle a développé une activité extraordinaire, secondant ainsi les efforts des sciences et des arts pour répandre et étendre les connaissances, et aidant par sa coopération aux progrès des lumières et de la civilisation.
Le nombre des graveurs sur bois étant considérable, nous bornerons nos citations aux principaux d'entre eux.
Nicolas-Emmanuel Deutsch, de Berne, homme remarquable et universel, s'est aussi distingué dans la xylographie, entre autres par dix gravures représentant les vierges sages et les vierges folles, 1518. — Albert Altorfer (né en 1488, mort en 1538) est célèbre comme peintre et comme graveur. Ses petites planches de bois figurant des sujets de la Bible sont inimitables. On lui attribue
(1) Arcbiv. fUr zeichuende Kuast. Lcipz. 11. Jahrg. 1850, Hefl.l, p. t».
l'invention de plusieurs nouveaux procédés de gravure, entre autres celui qui consiste à abaisser certaines parties de ses planches de bois, pour donner à ces parties plus de fuite, et par conséquent plus de gradations dans les ombres. Son saint Jérôme est surtout remarquable d'effet obtenu par ce moyen. — HansBaldung Grun, de Gmund, était bon peintre et habile graveur. On cite surtout les planches d'Adam et d'Ève ; celles du Christ et des douze apôtres, de 1514; une feuille avec des chevaux, de 1534. — Lucas Cranach, le célèbre peintre, était aussi graveur sur bois. — Hans Springinklee, de Nuremberg, élève de Durer, a lait de très-bonnes gravures, généralement de petit format H avait exécuté, de compagnie avec Erhard Schœn, les belles planches de rHortulus animae, dont la première édition parut à Nuremberg en 1516. Ce dernier a aussi gravé un livre de dessins très-estimé, et qui a eu trois éditions dans ce siècle ; la première est de 1538. — Hans Baldimg Beheim se forma sous Albert Durer ; on lui attribue près de 200 gravures. — Henri Lautensack de Bamberg, 1522, est l'auteur d'un livre de dessins gravés sur bois.— Jacob Kerver, fils de Thielmann Kerver, imprimeur à Paris, connu par ses Heures, a gravé les 15 planches qui ornent le Joannis Boccatii, etc. ; Berne, 1539, in-fol. Les 144 gravures der Wappen des heil ronu Seiches Teutscher Nation, etc. sont de Jacob Kôbel ; Frankfurt, 1545, in-fol. On lui attribue en partie les 128 planches de Hypnerotomachie, ou discours du songe de Poliphile, etc.; Paris, 1546, in-fol. ; les petites gravures d'un Testamentum Vet. et Nao. ; Paris) 1560, in-8°, et plusieurs autres gravures séparées.
Les différentes et nombreuses éditions de la Bible de Luther, dont la première, en allemand et complète, a paru à Wittemberg chez Hans Luft, 1534, étaient généralement ornées de gravures. — Hans Brosamer de Fidda, peintre et graveur, fit plusieurs planches de l'édition de 1558. — Hans-Rudolph Emmanuel, dit Deutsch, de Berne, fils de Nicolas dont nous avons déjà parlé,
était peintre et préfet de Morges (canton de Vaud). On lui attribue les dessins de la plupart des villes de la cosmographie. On ignore s'il les a gravées. Le livre Agricola de re nietallicOy etc., Bâle, 1558, est orné de ses gravures. — Aucun graveur de ce siècle, parmi tous ceux que nous venons de citer, n'a produit une
aussi grande quantité de gravures sur bois que les deux suivants : Virgile Solis de Nuremberg (né en 1514, mort en 1562), qui a exécuté plus de mille planches xylographiques, dont celles de la Bible de Francfort, 1560, et celles des métamorphoses d'Ovide, lre éd 1563, Francfort, sont les plus estimées; — et Jost Ammann de Zurich (né en 1539, mort à Nuremberg en 1591), d'une grande facilité d'invention et l'artiste le plus productif de son temps*. Ses gravures sur bois seules sont au nombre de plus de mille, parmi lesquelles on distingue surtout le Paradis, un Tournois, une Troupe de soldats, la place Saint-Marc de Venise et son livre d'armoiries. — Nous devons mentionner encore Tobie Stimmer de Schaffhouse (né 1534), peintre de fresques et graveur rénommé; — Christophe Maurer de Zurich (né 1558, m. 1614) ; — Christ von Sichem, qui gravaàBâle les 13 lieux de la Confédération, 1573, et beaucoup d'autres planches; — Lucas Meyer, qui fit en 1592 un Tir en 13 grandes planches, Nuremberg; — Hans Weigel, de la même ville, qui édita un livre de costumes en 1577, des cartes géographiques et des ornements de titres de livres; — Jean Bockitperger l'aîné , de Salzbourg, qui grava les planches de la Bible de Francfort, 1565; — enfin Marc- Antoine Haunas, àAugsbourg, vers la fin du siècle.
Nous bornerons ici la nomenclature des xylographes allemands du XVIe siècle, pour citer ceux des Pays-Bas qui se sont distingués. Le plus ancien paraît être Phillery d'Anvers. On ne connaît de lui qu'une gravure, représentant des soldats et des femmes. — Walther van Assen , au commencement du siècle, a gravé la Passion de Jésus-Christ — On attribue à Lucas de Leyden 24 gravures. — Peter Cœck, peintre et architecte d'Alost (né en 1490, mort en 1553), a gravé une vue remarquable et rare représentant Constantinople et les mœurs des Turcs, composée de 7 planches et publiée en 1533. — Cornélius Teunissen d'Amsterdam a gravé en 1544 une vue de cette ville en 12 grandes planches. On le suppose fils d'Antoine de Worms, qui avait gravé la vue de la ville de Cologne en 1531 , composée de 9 feuilles grand in-folio, d'une longueur d'ensemble de 10 pieds, 9 pouces, sur une hauteur d'une aune. En 1851, M. Aloïs Weber a dessiné sur pierre une copie de cette vue de la grandeur de l'original. — Antoine Sylvius a gravé les mon-
naies, dans Emblemata, etc., de Joau. Sambuci, Anvers, Plantin, 1564. — Jean ou Hans Stephanus van Calcar grava en 1538 les planches anatoniiques du livre de Vesalius à Venise, in-folio. — Hubert Golzius de Vanloo (né en 1526, mort en 1583), célèbre antiquaire, était aussi xylographe, ainsi que Henri Golzius (né en 1554, mort en 1617). Ce fameux chalcographe a fait une vingtaine de gravures sur bois.
La xylographie italienne regardée comme la plus ancienne, portant une date, a été gravée par un Allemand, Jacob de Strasbourg, c'est le triomphe de Jules-César, en douze planches avec la date de 1503. On cite comme graveurs sur bois italiens : Jérôme Mocetus, né en 1454 à Vérone; — le célèbre Titien; — Matheus Pagani, connu par ses cartes géographiques, Venise 1555; — François Marcolini, né en 1500 à Forli, imprimeur à Venise, architecte et graveur, dont les meilleurs travaux se trouvent dans l'ouvrage de' Giardino de Pensieri. — Hucque de Capri ; — Antoine de Trente, né en 1508, de qui on connaît vingt-cinq planches; — le Parmesan;— Jean Gallus;— Nicolas Boldrini; — Christophe Coriolan (Lederer), Allemand, né en 1540, mort en 1600, mais qui vivait à Venise, et qui a gravé beaucoup de portraits dans l'œuvre de Vasari, et des planches d'histoire naturelle dans le livre d'Ulysse Aldrovandini ; — Vecellio, frère du Titien, qui a fait en 1590 un livre de costumes; — Jérôme Porro, qui grava les planches dans le Funerali degli Antichi, etc., de Th. Portachi, Venise, 1591.— On connaît d'André Andreani de Mantoue, né en 1540, mort en 1623, une trentaine de gravures sur bois, dont les plus remarquables sont le Triomphe de César. Jésus-Christ d'après le Titien, et l'enlèvement des Sabines.
Parmi les graveurs français on nomme Jollat, qui travailla à Paris de 1502 à 1550; — Jacques Peressin ; — Jean Tortorel. qui a gravé des scènes de la guerre des Huguenots, de 1564 à 1570; — Pierre Rochienne, né à Paris, 1520, qui a gravé des livres de prières, la Légende dorée. Paris, 1557, et 109 planches pour une Bible ; — Bernard Salomon, dit le petit Bernard, à cause du petit format de ses planches, était de Genève et vivait aussi à Lyon de 1512 à 1550; il travaillait pour de Tournes et llouville; ses planches de la Bible et des métamorphoses
d'Ovide sont faites avec une exquise finesse; — Jean Monni vivait à Lyon vers 1540; il copia les gravures de Salomon- Léonard Odet, Lyon 1580; — Balthasar Arnoullet a gravé des vues de villes, principalement celle de Poitiers. — On connaît aussi une gravure sur bois, représentant un buste de femme, qui a été exécutée par Marie de Médicis, femme de Henri IV, en 1587.
Disons maintenant quelques mots sur la xylographie en Angleterre, entre 1400 et 1700.
William Caxton (1474-1491), qui avait introduit la typographie dans ce pays, publia plusieurs ouvrages ornés de gravures sur bois; ainsi que le fit plus tard Wynkyn de Worde (1500-1534). John Rastell (1517-1536) publia un livre orné des effigies des rois d'Angleterre. La chronique de Richard Grafton contient un grand nombre de xylographies.
John Balgrave, mathématicien, dans son ouvrage : Astrolabium uranicum universale de 1585, grava lui-même les figures. Ralph Aggar grava entre 1578 et 1589 une vue de Londres sur bois. John Day orna le livre intitulé : Forts \Book of Martyrs (entre 1544-1582) de très-belles cartes et de figures mathématiques. Dans Phistoire de la typographie nous avons déjà fait mention de la Genealogy of King of Englanâ, de Gille Godet, en 1550, et qui contient les portraits des rois et des reines d'Angleterre.
Nous ne connaissons que peu de gravures sur bois espagnoles du XVI* siècle, quoiqu'il existât en Espagne dès le XVe siècle des typographes, et avant eux des cartiers, qui pratiquaient certainement la xylographie. Le recueil de modèles d'écriture de Juan de Yciar Vizcaino, publié chez Petro Bernutz à Saragosse, en 1529, contient différentes espèces de lettres qui ont été gravées sur bois par Jean de Vingles. Il y a des lettres richement ornées, et des letra blanca, c'est-à-dire des lettres gravées en creux, de sorte qu'elles s'impriment en blanc sur fond ooir. Ce livre eut plusieurs éditions: celle de 1550 contient le portrait du caUigraphe, sur fond noir pointillé en blanc (ou manière criblée), plusieurs entourages à figures et ornements, un alphabet dont les lettres sont formées de rubans entrelacés, et d'autres grandes lettres accompagnées d'enfants, de guerriers, de sujets de chasse, etc.
Le même imprimeur publia, en 1559, une nouvelle édition d'un livre de prières, précédé d'un calendrier avec gravures, et ornée d'initiales et de sujets religieux gravés sur bois. Ces xylographies, dépourvues de hachures croisées, suivant M. C- Becker, rappellent le style de l'école padoue-vénitienne (4).
De îeoo à 1700. Le mouvement et l'activité qui régnèrent dans l'art de la xylographie durant le XVIe siècle, et dont nous venons de donner une esquisse bien raccourcie, étaient considérables; mais déjà vers le déclin de ce siècle la gravure sur bois, comme nous l'avons dit, perdait énormément de son importance. La chalcographie s'était développée à un tel point, qu'elle surpassa bientôt la gravure en relief, et finit par la supplanter presque complètement dans le XVIIe siècle. En effet, le goût du public pour les tailles de bois diminua peu à peu ; on préférait les gravures sur cuivre, et, malgré les efforts des graveurs et des éditeurs pour soutenir la xylographie, celle-ci tomba en décadence.
En Allemagne, il n'y a dans ce siècle que peu d'artistes dont il vaille la peine de citer les noms : — George Straub grava en
1609 un livre de costumes; — Wilhelm Hoônann publia en
1610 le diarium du couronnement; — Conrad Schram avait décoré un livre d'Evangiles qui fut publié à Munich en 1620;
— Paul Creutzberger de Nuremberg jouit d'une certaine réputation, il mourut en 1660; — Jost Spœrl de la même ville, né en 1583, mort en 1665, avait fait plusieurs gravures du Opis pictus.— Philippe Witteln publia en 1625 une carte de la Thuringe en seize feuilles in-folio ; — J.-Paul Eyb n'est connu que par son portrait, qu'il avait gravé en 1667. — Les Pays-Bas sont mieux représentés: on y trouve encore de bonnes pages;
— Christophe Jegher, né en Allemagne en 1578, vivait à Anvers et gravait d'après Rubens; — Abraham Blœmœrt de Gorkum, né en 1564 et mort en 1644, et Paul Moreesen avaient de la réputation; — Edouard Eckmann, mort en 1610 à Mecheln, avait fait de très-belles gravures, entre autres le Feu d'artifice
(I) Sur ces deux livres voyez : Breitkopf déjà cité, U, page38, et Archiv. fur zeichn Kunsle. Erster Jahrg. 1855, Hcft. II, page 136.
d'après Cailot; — Théodore, ou Dirck de Bray, de Harlem, mort en 1680, a fait en 1664 un excellent portrait de son père. — L'Italie, où cet art n'a jamais été goûté généralement, n'offre rien de remarquable dans le XVIIe siècle. Nous ne citerons que le Milanais César Bassano et les deux sœurs Isabella et Hieronyma Parasole à Rome. Isabella avait gravé un livre avec des modèles de broderies; et la seconde, une Bataille de centaures, entre 1600 et 1650.
La France était le seul pays où la xylographie fleurit encore.
— Ludwig Bussink, Allemand, était associé avec le peintre George Lallemand, et gravait d'après ses dessins vers 1640;
— Jean Le Clerc, travaillait vers 1620 à Paris, sous le nom de Marchand tailleur d'histoires ; — Reni Baudry et Nicolas Calmat, vers 1622; tous les deux reçurent le privilège d'imprimeurs du Boy en libres et dominotiers en figures et histoires, en 1622; — Jean Blanchin travaillait en 1630; — Guillaume le Be, vers 1643, gravait 272 planches pour une Bible; — Du Bellay vivait vers 1680 à Paris ; il fut le maître de Le Sueur et de Papillon ;
— Pierre Garnier, père et fils, exerçaient à Troie, en 1650; — François Beauplet grava le portrait de Richelieu sur son lit de parade ; — Antoine Boucquet, né en 1661, grava les saints de l'année ; — Graffort et Roulière vivaient vers 1650. — On connaît de Jean Gelée, frère du peintre , 24 gravures sur bois.
Le XVIIIe siècle ne vit paraître aucune nouveauté, aucun perfectionnement dans l'art de la xylographie , ni pour la pratique, ni pour la manière, ni pour le style, ni pour le nombre des œuvres. L'activité et le progrès qui distinguaient le XVIe siècle, au lieu de croître, diminuèrent de telle sorte, que l'art devint métier et rut abandonné de tous ceux qui, par leurs talents et leur goût, auraient pu le relever. Le XVIIIe siècle hérita de cet état de choses ; le savoir, l'amour de l'art et l'intérêt manquèrent aux artistes comme au public pour la xylographie. La gravure sur cuivre l'avait, en Allemagne surtout, complètement bannie des livres. Cet art, si florissant dans le XVIe siècle , n'était plus représenté au XVIIIe siècle que par quelques vignettes, fleurons, filets et culs-de-lampes, ornés avec
un goût baroque , ou ne servait plus qu'à l'impression des papiers et des étoffes. Çà et là seulement on voyait apparaître quelques gravures de mérite, mais faites plutôt par des amateurs que par des artistes.
En Allemagne, où la xylographie avait le plus dégénéré parmi un grand nombre de graveurs médiocres, nous n'en pouvons citer que deux qui se soient distingués comme artistes : Jean- Georges Unger, né à Gos en 1715, et mort à Berlin en 1788, qui grava avec goût divers objets, entre autres les 50 vignettes du Spéculum Naturœ, publié à Berlin de 1761 à 1765, in-4°, et 5 paysages avec figures d'après les dessins de Meil , Berlin, 1779, in-4°; — et Jean-Frédéric Unger, fils du précédent, né en 1753, qui a fait de très-belles gravures sur bois, dont les meilleures sont les planches de figures, publiées à Berlin en 1779, in-4*; — Unger cadet fut nommé professeur de l'art xylographique à Berlin, et mourut en 1804.
Parmi le peu de graveurs sur bois qui existaient alors dans les Pays-Bas, nous citerons Cornélius van Noorde, né en 1731, mort en 1795, qui travallait à Amsterdam; et Gonzales vanHeylen? mort en 1720, de qui on connaît un alphabet orné de saints; il vivait à Anvers. — En Italie, il y avait Joseph et Gabriel Ricciardellià Naples; J. Bapt. Canossa à Bologne (mort en 1747), dont les xylographies se distinguent par une grande délicatesse. Mais le plus célèbre était le comte Antoine-Maria Zanetti l'ainé, dont nous parlerons plus bas.
Depuis 1995 jusqu'à l'Exposition universelle de Paris en 1 £55. Quoique la gravure sur bois ait été beaucoup plus favorisée en France que dans les autres pays, il y a cependant aussi pénurie de bons graveurs dans ce siècle. Ceux qui eurent un véritable mérite furent : — Jean Papillon l'ainé, né à Rouen en 1639, mort à Paris en 1710; et sou frère cadet, Jean- Nicolas, né à St-Quentin en 1655, qui était moins habile. — Jean Papillon, né en 1661, mort en 1723, fils du frère aîné, est connu par des portraits, par un livre de messe d'après Le Clerc, et par des vignettes surchargées d'ornements, mais bien dessinées. — Jean-Baptiste-Michel Papillon, fils de Jean-Nicolas,
né en 1720, mort en 1746, a fait des gravures pour une Bible. — Mais le plus célèbre de toute la famille fut Jean -Baptiste Papillon, frère du précédent. D naquit à Paris en 1698 et mourut ou 1776. Son traité historique et pratique de la gravure sur bois, Paris, 1772, in-8°, est le premier ouvrage qui ait paru sur cet art. Ses gravures sont très-estimées , surtout les culs-delampes et les fleurons qu'il avait faits pour une édition des Fables de La Fontaine. Son épouse Marie- Anne, née Bouillon, gravait également. — Pierre Le Sueur, l'aîné , né à Rouen en 1636, mort en 1716, gravait très-bien. On remarque de lui une Judith, d'après Sichem. Ses trois fils , Pierre, Vincent et Pierre le cadet, furent de très-bons graveurs. Vincent, né en 1668, mort en 1743, était l'élève de Papillon; il le surpassait dans les hachures croisées. Le plus distingué de *la famille fut Nicolas Le Sueur, né à Paris en 1690, mort en 1764, il était trèsproductif, on fait monter à mille le nombre de ses planches , dont beaucoup sont remarquables.
Mais les efforts que firent Unger, Canossa, Papillon, Le Sueur, et leurs élèves, restèrent sans effet ; la xylographie ne disparut pas, il est vrai, complètement, mais elle fut reléguée dans l'imprimerie des livres et des étoffes. Cependant le XVIIIe siècle ne se termina pas sans fournir au moins les germes d'une renaissance prochaine de cet art. Rien ne naît tout achevé; chaque invention qui doit Voir le jour se prépare longtemps d'avance, et ne se développe que graduellement, et plus ou moins vite, suivant que les circonstances sont favorables ou non. Ainsi la xylographie commença à renaître dans le XVIIIe siècle, et cela en Angleterre, dans le pays où elle avait été le moins pratiquée, mais elle ne reçut son entier perfectionnement et ses applications générales que de nos jours.
Thomas Bewick, né en 1753, mort en 1828, Anglais, est le restaurateur de la xylographie. D gagna en 1775 le prix que la Société des Arts de Londres avait destiné à la meilleure gravure sur bois. Le sujet choisi par Bewick était un chien de chasse; le dessin excellait par une grande vérité, et la gravure par heaucoup de finesse. Cette planche fut placée dans l'édition des Fables de Gay, imprimée par Th. Saint, de Newcastle, et
dont les autres gravures avaient été exécutées par Thomas Bewick et sou frère John. Ce dernier était moins habile et mourut en 1795.
Le célèbre imprimeur W. Bulmer, de Londres, avait publié en 1795 les Poems of GoUsmith and ParneU, ornés de gravures sur bois de Bewick, qui jouissent d'une grande réputation. En 1790 paraissait à Newcastle,et en 1811 à Londres, A General hiatory of quadrupeds, dont Bewick avait fait les gravures d'après ses propres dessins. Les figures d'animaux sont très-correctement dessinées, et la gravure en est délicate. Outre un grand nombre d'excellentes vignettes, on connaît de lui encore des gravures d'oiseaux, faites pour le History of british birds, publié à Londres en 1809.
Cet artiste distingué a aussi renouvelé un perfectionnement dans la partie technique de son art, moyen qu'avaient déjà employé Albert Aldorfer dans le XVIe siècle et Papillon dans le XVIIIe. H consiste à varier la hauteur des tailles-reliefs de la planche de bois, pour obtenir des teintes plus graduées.
Avec Thomas Bewick commence donc l'époque moderne de la xylographie, la renaissance de cet art Les travaux de ce graveur habile eurent du succès, et ses efforts une suite. Du temps de Bewick, ou peu après, il y avait encore en Angleterre quelques autres artistes de talent : Alexandre Anderson a gravé de très-belles cartes géographiques, des dessins anatomiques et d'histoire naturelle. Lee exécuta eu 1805, d'après les dessins de Creig, ime vingtaine de planches destinées à orner des livres pour la jeunesse. — Nesbit, Branston, Clennel et Hoole ont gravé sur bois, d'après les dessins de J. Thurston, Esq., les magnifiques planches qui décorent l'ouvrage publié par Ackerman sous le titre Beligous emblems, London, 1808. — Les belles gravures sur bois du Bibliograpkical Decameron, etc., du célèbre bibliographe Th. Frognall Dibdin (3 vol. Lond. 1808), ont été gravées par Austin, Thomson, Ebenezer Byfield, son frère John et sa sœur Marie Byfield, et W. Huges. — Le catalogue des livres de fonds de MM. Wittingham et Arliss à Londres, publié en 1817, était enrichi de vignettes et de culsde-lampes excellents, ainsi qu'un grand nombre de produits de la typographie anglaise du commencement du XIXe siècle.
Le goût des Anglais pour ce genre de décorations typographiques, imitant les éditions incunables, qui sont ordinairement embellies de tailles de bois, et qui étaient tant recherchées par les antiquaires ; l'avantage qu'offraient les gravures xylographiques à la typographie par la modicité du prix de l'impression , provenant de ce qu'on pouvait intercaler dans le texte les vignettes gravées et les imprimer en même temps que la lettre; tous ces motifs contribuèrent puissamment à faire revivre en Angleterre l'art de la xylographie, et engagèrent les autres nations à imiter les Anglais à cet égard.
Excitée par les belles gravures d'Anderson et de Bewick, lu Société d'encouragement pour l'industrie nationale de Paris pris l'initiative et proposa, en ventôse de l'an XIII (*), un prix de 2,000 francs afin d'encourager ce genre de gravure en France. Mais la xylographie n'existait plus , et pour preuve nous donnerais un extrait du rapport de M. de Mérimée sur le résultat de ce concours (*) :
* Vous devez être surpris, Messieurs, que dans un pays où tous les arts du dessin sont cultivés avec plus de succès que partout ailleurs, il ne se soit présenté qu'un seul artiste au concours pour le perfectionnement de la gravure en bois.
« La disette de concurrents prouve du moins que votre sollicitude n'a pas été mal dirigée, lorsque vous avez entrepris de relever un art infiniment utile, qui languit parmi nous, tandis que nos voisina Vont porté à un très-haut degré de perfection.
« Ce genre de gravure, qu'on devrait plutôt appeler gravure en taille de relief, ou en traits saillants, puisque la forme seule et non la matière en détermine l'emploi; ce genre, dis-je, présente dans
fil Bulletin, N' IX, vol. :t. 1*05. — La Société d'encouragement pour l'industrie «alloua le , fondée eu 4802, reconnue connue établissement d'utilité publique par ordonnance royale du 2* avril 182i, est certainement une des institutions les plus ilisliuguées, les plus utiles, et les plus libérales qu'on connaisse ; elle a puissamment «wtribué aux progrès «les sciences, des arts et des industries, par des encouragements •le toute nature. Les bulletins que publie fréquemment cette société nous out été d'un .secours précieux, pour nos recherebes sur l'origine et le perfectionnement des arts et des industries, dont il est questiou dans cet ouvrage.
\i) Bull XX, vol. IV.fevr. 1800.
son exécution des difficultés particulières, auxquelles on doit rapporter sa décadence parmi nous.
« Ainsi , en supposant que nous eussions les plus habiles graveurs en bois, ils seraient moins employés que les autres, parce qu'il n'y a pas en France un grand nombre d'ouvrages dont on soit sûr de débiter assez d'exemplaires pour dédommager des dépenses plus considérables que cette gravure occasionnerait
« Les estampes envoyées au concours sont sans doute inférieures à celles que vous avez indiquées pour modèles; mais elles n'en sont pas tellement éloignées, que M. Duplat (qui en est l'auteur) ne puisse un jour les égaler
« Le but n'est pas atteint ; mais vous devez voir un pas vers ce but dans le polytypage des planches. Cette application d'une des découvertes les plus utiles à l'imprimerie donne non-seulement le moyen de multiplier à l'infini les épreuves d'une gravure, mai* encore celui d'avoir en un instant des types particuliers des diverses parties d'une figure dont il est important de représenter les détails
« Sous ce rapport l'on peut dire que M. Duplat a contribué à l'avancement de l'art. »
En conséquence M. Duplat reçut une récompense à titre d'encouragement. Le prix, n'ayant pas été gagné, fut maintenu. L'année après, même résultat : il n'y avait qu'un seul concurrent. M. Bcsnard, graveur en relief, à Paris, envoyait un mémoire dans lequel il exposait sa manière de graver, et un grand nombre de planches gravées en relief sur cuivre jaune et sur bois, qui furent jugées inférieures aux modèles anglais (f). M. Besnard reçut une récompense, et le prix de gravure fut prorogé.
En 1808, le rapport disait: « différents essais ont été envoyés à la Société, et un seul artiste s'est présenté dans l'intention de concourir. Sur cinq plaques, une seule planète était exécutée en bois, représentant le Père éternel créant le monde, d'après Raphaël ; les
autres gravures étaient exécutées sur des matières métalliques
Le tout est fort éloigné de la perfection que l'on désire. » Le prix, ne pouvant être accordé, fut prorogé de nouveau.
(i) Bull, ir XXXI11, 1807.
M. Gillé, fondeur en caractères à Paris, présenta plusieurs gravures sur bois, dont une exécutée par Louis Bougon de Beauvais, représentant différents fragments d'histoire naturelle copiés d'après une gravure d'Anderson.
M. de Bizemont, d'Orléans, envoyait six gravures sur bois, qu'il avait essayé de travailler sur bois debout.
M. Renouard, libraire à Paris, présentait 55 pièces en bois gravées , représentant des animaux , et destinées à la 2e édition des morceaux choisis de Buffon. Ces figures avaient été gravées par M. Godard le jeune àAlençon. M. Boileau avait fait parvenir à la Société des figures géométriques , fondues en planches mobiles. L'avantage qu'offre la gravure des figures géométriques en taille de relief, c'est qu'on peut les multiplier à volonté au moyen du polytypage, et les placer dans le texte (')
Enfin, dans l'année 1810, deux concurrents s'étaient présentés. L'un était M. Bougon ; il avait fait des gravures que l'on croirait au premier coup d'œil exécutées à l'eau-forte, aussi « ce sont des eaux-fortes qu'il a décalquées sur bois, et découpées avec beaucoup d'adresse. *
L'autre concurrent était M. Duplat. Il a présenté « desgravu- « res parfaites, et exécutées par un procédé aussi prompt et aussi
< facile que la gravure en taille-douce la plus expéditive. Ces plan- « ches sont destinées à une édition des Fables de La Fontaine en-
< treprise par M. Renouard. Tl a pris uu brevet d'invention pour son * procédé, qui abrège considérablement l'opération de la gravure « en taille de relief ; et , si ce n'est pas le moyen employé par les
< Anglais, il est supérieur à celui dont ils se servent. »
M. Duplat reçut le prix de 2,000 frs., et M. Bougon une récompense à titre d'encouragement (*).
Par ces faits, la gravure sur bois était de nouveau introduite en France, et l'impulsion donnée. Ces encouragements réitirés avaient provoqué des tentatives nouvelles pour le progrès de l'art. On vit peu à peu la xylographie se répandre, et s'augmenter le nombre des artistes qui s'y vouaient.
Il) Bulletin, il" L, 180».
(2) Bulletin, n- LXX1Y, 1810.
En 1807 , M. Duplat avait gravé les figures dans les œuvres d'Archimède, traduites par Peyrard ; in-4°.
M. Andrieux, graveur en médailles, avait déjà fait en 18 10 quelques planches en acier, gravées en taille de relief, qui ne laissaient rien à désirer.
MM. Galle , Andrieux et Duchesne ainé , gravaient alors sur acier des vignettes, des billets de banque et des timbres.
Vers Tannée 1820, M. Thomson, habile graveur sur bois, de Londres, exécutait à Paris des vignettes supérieures à ce qui avait été fait jusqu'alors en France. Dès ce moment la gravure sur bois fut employée de plus en plus à la décoration des livres. En 1823 paraissait le Magasin Pittoresque , excellente publication mensuelle , qui continue encore , et qui est enrichie d'un grand nombre de bonnes xylographies. Le Musée des Familles, publication semblabe à la précédente, parut en 1832 et continue également encore. En 1834, M.Everat à Paris, en publiant une nouvelle édition de Paul et Virginie, ornée de magnifiques gravures sur bois, ouvrit avec éclat le nouveau genre de xylotypographie, ou de livres dits illustrés. La renaissance de la gravure était dès lors accomplie. Tout fut illustré, depuis les livres d'A-B-C jusqu'aux livres de sciences; le XVIe siècle paraissait être revenu. L'Angleterre avait précédé les autres nations dans ce genre. L'édition illustrée des Œuvres de Shakspeare, le Livre des prières, les Mille et unenuitë, le Penny-Magazine, le Sarturday-Magazine, le journal PUlustred London-New , le Art- Journal , et un grand nombre d'autres ouvrages dans ce genre furent imités en France et en Allemagne , et donnèrent naissance à d'autres publications pareilles. Souvent même on se servait dans ces deux derniers pays des clichés tirés sur les planches originales anglaises.
De la grande quantité des éditions illustrées en France, nous ne citerons qu'une petite partie de celles qui se distinguent le plus par la bonté des gravures sur bois : tels sont les œuvres de Molière, publiées en 1835 ; les Mille et une nuits ; les Evangiles ; le Don Quichotte, de 1837; la Vie de Napoléon; les Messéniennes deDelavigne, de 1840; le Jardin des Plantes de Paris, de 1842; Jérôme Paturot, par Louis Reybaud , en 1845 ; La Fontaine , Béranger et autres ouvrages ornés des dessins spirituels de Gran-
ville. Mais la plus remarquable publication de ce genre est l'Histoire des peintres de toutes les écoles, imprimée en 1849 par Claye. C'est un véritable monument typographique. Jamais un ouvrage aussi distingué par le grand nombre et le mérite des vignettes gravées sur bois, ainsi que par la beauté de l'impression, n'avait été exécuté. Les illustrations ont été gravées par MM. L. Pujardin, Pannemacker, Lavicille, Pisan, Verdeil, Ch. Jardin, Piaud, Cabasson, E.Sotain,Tamisier, Carbonneau, Montigneuil.— Les vignettes de l'ouvrage intitulé les Edifices de Rome moderne, imprimé en 1850 par Claye, ne le cèdent en rien aux précédentes.
Outre les graveurs sur bois déjà mentionnés, nous citerons encore pour la France, MM. Brevière, Porret, Lacoste, Sears, Suzemihl, Allansson, Régnier, Hotelin, J. Gauchard, Brugnot, Gérardet, Cherrier, Barbaut, Palziel, C.-D. Lang, et beaucoup d'autres dont MM. Andrew , Best et Leloir sont ceux qui ont le plus produit.
Pour l'Angleterre nous nommerons encore MM. Beneworth, Brown, C.Grey, R. Hart, J.-L. Williams, Orrin Smith, Horace Harral, W.- J. Linton, Edmund Evens, Mason Jackson, John Thompson, Green, Whympcr, Cooper, etc., etc.
En Allemagne la xylographie a aussi progressé ; elle y a retrouvé son ancienne splendeur, et on l'exerce avec talent et bonheur.
Frédéric-Guillaume Gubitz, né à Leipzig en 1786, fut nommé en 1804 professeur de xylographie à Berlin, à la mort de Unger, qui occupait cette place. M. Gubitz, habile graveur et homme de lettres, a continué glorieusement la marche progressive de la renaissance de la xylographie que les Unger avaient inaugurée en Allemagne. Le nombre des gravures exécutées par lui-même ou avec l'aide de ses élèves est considérable ; on en connaît plusieurs milliers dont beaucoup sont très-distinguées. Outre la publication d'ime grande collection d'ornements typographiques, il a commencé en 1834 et il continue encore aujourd'hui à faire paraître annuellement un almanach populaire, illustré de plus de 100 gravures sur bois.
Les livres illustrés ne manquent point non plus en Allemagne, et elle rivalise avantageusement avec les autres pays dans ce genre de publications. Les plus remarquables sont les Niebelungen, le Cidde Herder, le Reinecke Fnchs de Gœthe, la Vie du grand Fré-
déric, un grand nombre d'almanachs et de journaux illustrés, parmi lesquels le Faust et le Gutenberg, journaux polygraphiques publiés à Vienne : — un certain nombre de livres xylographiques, tels que des danses macabres, des reproductions d'anciens maîtres, etc Les graveurs allemands les plus distingués de notre époque sont MM. Unzelmann , Otto et Albert Vogel à Berlin ; Eduard Kretschmar, Bergmann, W. Georgy, Herman Krieger à Leipzig; W. Pfhor, Ritschel de Hartenbach , J. George et Xavier FlegeL Kaspard Braun à Munich ; Hugo Bruckner, A. Gaber, F. Reusche, Steiner, Aimé Richter, Schmidt, à Dresde ; Blasius Hœfel, Exter, à Vienne; Schwerdtflehner, E. Grœff, Obermuller, C. Deis, dans d'autres villes.
Ajoutons les éditions illustrées les plus récemment publiées dans divers pays, et dont la plupart a figuré à l'Exposition de Londres de 1851, et à celle de Paris en 1855. Tels sont plusieurs ouvrages sur l'architecture du moyen âge , ornés de belles xylographies, imprimés chez M. Parker, d'Oxford, depuis 1851. — L'Histoire de l'abbaye d'Altacomba, imprimé chez MM. Chirio et Mina, à Turin; chaque page est entourée d'ornements imités des manuscrits du XVe siècle; les gravures sur bois sont multipliées par la galvanoplastie.— Parmi les ouvrages imprimés en 1851, en arabe, en turc et en persan , au Caire ( l'ancienne Memphis) , il y en a quelques-uns qui sont ornés d'arabesques exécutées typographiquement. Ceux-là sont imprimés sur im papier particulier, fabriqué à Boulac (faubourg du Caire) par l'ancien procédé des cuves, et qui rappelle le papier Chinois. — Le Catalogue officiel descriptif et illustré de l'imposition de 1851, publié chez M. Clowes de Londres, et le Catalogue illustré de l'Exposition de New- York en Amérique. — Les traités scientifiques illustrés qui font une spécialité dans laquelle se distinguent honorablement MM. Frédéric Vieweg, à Brunswick, M. Victor Masson et MM. Claye et Lahure, à Paris. — L'architecture militaire du moyen âge de M. Viollet-Le- Duc, avec 153 gravures sur bois, et le Dictionnaire raisonné du Mobilier français de l'époque carlovingienne à la renaissance, du même auteur, orné de gravures sur acier et sur bois et de chromolithographies ; tous les deux imprimés chez MM. Bonnaventure et Ducessois. — Les musées de Rome chez M. Claye ; — les trois
règnes de la nature, édition illustrée par M. Curmer ; — l'Histoire de l'Imprimerie, deux volumes avec texte encadré, spécimen de gravures sur bois, tirés en noir et en couleur à la mécanique, par M. Paul Dupont — Mais surtout La Touraine historique et pittoresque, magnifique volume dans lequel sont représentés en perfection la typographie, la gravure sur bois et sur acier , et la lithochromie, a été imprimé chez M. Marne, à Paris.
Maintenant il ne sera peut-être point déplacé de citer quelques réflexions de M. Léon de Laborde sur la typographie illustrée (*) ; les voici: «Il pense que l'introduction des gravures sur bois dans les livres n'a point renchéri les éditions nouvelles ; et, ajoute-il, pointa première fois depuis trois siècles elles ont offert l'exemple du IiLxe réuni à la modicité du prix. Tel livre qui, tiré à 1200 exemplaires, dans les conditions où se trouvait l'imprimerie il y a 20 ans, aurait présenté à l'éditeur un prix de revient de 3,000 fr. à côté d'un bénéfice possible de 2,000 fr., a été imprimé avec tant de richesse, sur un papier si beau et avec une telle profusion de gravures, que les frais d'éditeur se sont élevés à 200,000 fr. Tiré à 1200 exemplaires il n'aurait pu se vendre, car chaque exemplaire aurait valu plus de 200 fr. ; mais imprimé à 15,000, il entrait dans le commerce à raison de 20 fr. l'exemplaire, et l'édition rendait au libraire 100,000 fr.de bénéfice.
« C'est d'après ces bases qu'est devenue possible et qu'a été faite la publication du Testament, des Evangiles, de Gil-Blas, de l'Imitation, de Paul et Virginie, de Molière, de Don Quichotte, de Manon Lescaut, de l'Histoire de Napoléon, de Béranger, de La Fontaine, et celle de tant de beaux livres. »
Tel est, en général l'état florissant de la renaissance de l'art xylographique, état qui rappelle celui du XVIe siècle, où il avait pris sa plus grande extension. Cependant la xylographie de notre époque n'est plus la même que celle du temps des Durer et des Holbein, sous le rapport des procédés et de la manière.
Procédés et genres de la xylographie. C'est dans la seconde moitié du XVIIIe siècle que se manifesta un change- Il) Rapport sur l'Exposition de 1S39.
inent dans la gravure sur bois, opéré surtout par un autre procédé introduit dans la partie technique de cet art ; procédé qui sépare probablement pour toujours la nouvelle méthode de graver dp l'ancienne, tant pour le travail que pour l'emploi.
Les anciens graveurs se servaient pour leurs planches de plusieurs espèces de bois, telles que le cornier. le pommier, le hêtre, le poirier et le buis. On conserve dans la Bibliothèque de la ville de Bâie une planche de buis contenant une magnifique gravure de Lutzelburger , représentant Erasme appuyé sur un terme, et dessiné par Holbein le jeune. Cette planche est encore si bien conservée, qu'elle donne des épreuves supérieures en pureté à celles qui furent tirées alors, ce qui provient, de ce qu'on imprime maintenant avec plus de soin.
L'on se sert aujourd'hui généralement de buis, dont le grain est plus compact et plus serré.
Autrefois, quel que fut le bois employé, on gravait sur une des faces dans le sens àufil du bois; aujourd'hui on ne grave que snr le bois debout, pressé et préparé convenablement, Il en résulte que le bois conserve toute sa force, et que ses fibres ne sont pas sujettes à s'égrener sous l'effort des outils, comme cela arrivait souvent lorsqu'on gravait sur le bois de fil.
Cet important perfectionnement est dû à Thomas Bewick, qui paraît aussi avoir introduit l'emploi du burin dont on se sert maintenant. Les burins et les échoppes ont remplacé les pointes faites de ressorts de pendules et d'autres outils en usage autrefois, pour faire les tailles, les entre-tailles, les coupes et les recoupes. Lorsque la surface à graver est bien dressée et parfaitement unie, elle reçoit le dessin, soit directement parla main du dessinateur, soit au moyen du décalque d'un dessin fait sur papier, ou d'ime épreuve de la vignette qu'on vent reproduire. Le dessin ou le calque étant terminé sur la planche, on recouvre celle-ci d'une feuille de papier collé par les bords, et dont on déchire successivement de petits morceaux, à mesure que la gravure avance, ce qui reste de papier servant à protéger le dessin, que le frottement de la main pourrait effacer. On grave le corps des figures, avant de graver le dehors de leurs contours. Lorsque tous les détails sont faits, on marque fortement le bord des contours, et l'on dégage en-
tièreraent la gravure, c'est-à-dire qu'on creuse profondément les vides qui n'ont pas de dessin. Tous les genres de tailles sont employées, les hachures parallèles et les hachures croisées, simples ou doubles, dans tous les sens.
Quelques artistes habiles produisent des effets admirables par des hachures parallèles, renflées ou amaigries à propos ; d'autres se contentent d'un seul croisement de traits et remploient avec bonheur ; d'autres entin, surtout en Allemagne, imitent parfaitement la manière des anciens maîtres de l'école allemande. Au moyeu de noirs pleins et de lumières habilement ménagées, ou produit en taille d'épargne un effet prodigieux et une grande fraîcheur de tons; mais malheureusement ou ne réussit pas aussi bien à reproduire la finesse et l'harmonie des demi-teintes.
Ce qui contribue encore à distinguer la xylographie moderne, c'est le tirage. «Au commencement du siècle, dit M. Firmin Didot (* ), M. Charles Wittingham fit paraître ces charmantes éditions, éditées par M. Pickering, qui ont rendu célèbre la Chiswick-prcss. Personne jusqu'alors n'avait imprimé aussi parfaitement les gravures sur bois, en appliquant avec avantage les hausse* et les découpages pour obtenir les gradations dans les teintes. Ce succès encouragea les graveurs à donner aux tailles sur le bois une finesse inconnue au temps où Albert Durer était forcé d'employer de larges tailles nécessitées par la rugosité du papier et l'imperfection des presses. »
En général, on cherche à rendre aussi bien que possible le dessin à la plume, la gravure à Peau-forte, et celle au burin. On a fait, aussi quelques essais pour imiter Vaqua tinta. Dans le Musée des Familles de 1845, il y a deux planches très-remarquables dans ce genre: l'une de ces planches représente des artilleurs à cheval, l'autre un petit garçon couché dans la neige au pied d'un arbre et à côté d'une cage contenant un hibou; cette planche porte pour souscription « un futur millionnaire. » Ces deux dessins sont de l'invention de Charlet, qui les avait faits peu de jours avant sa mort
MM.Haase,àPrague, ont parfaitement réussi â reproduire par
(I) Rapport sur l'Exposition 1RM. l/imprimerie, la librairie et la papeterie; Paris, in-*, page W
la presse typographique les genres suivants : les dessins au à¥ù$on lithographique, les différentes manières de gravure en taille-douce, les gravures faites au moyen du tour à guiîlocher , et du procédé Collas, tous propres à être intercalés dans le texte, on à être imprimés séparément.
Un genre particulier de xylographie très-répandu, surtout dans le XVIe siècle, c'est celui qu'on nomme camaïeu (corruption de caniehuia, nom que les Orientaux donnent à l'onyx, pierre à couches de différentes couleurs). Ce genre de gravure sert à imiter les dessins faits sur papier teinté et rehaussé au crayon blanc. Les Italiens le nomment clair-obscur. On l'appelle aussi gravure à plusieurs tailles, ou gravure à taille d'épargne et à rentrées, par opposition à la gravure xylographique ordinaire à une sertie tailîe, c'est-à-dire à une seule planche, tandis que pour le genre camaïeu on se sert de plusieurs planches qu'on appelle tailles.
Lorsqu'on veut exécuter un dessin dans ce genre de gravure, on trace d'abord sur une des planches le contour du dessin, et on tire plusieurs épreuves sur papier, que l'on décalque toutes fraîches sur les autres planches qui doivent être de la même grandeur que la première. Sur chacune de ces épreuves on marque au pineeau les masses des dégradations de teintes qui composent le dessin, de manière que la première planche représentant le ton général et les lumières, la seconde planche doit rendre les demiteintes, la troisième les ombres ordinaires, et la quatrième, s'il y a lieu, les ombres les plus prononcées. On peut se servir de deux planches seulement, ou de trois, ou de quatre et même d'un pins grand nombre, suivant le caractère du dessin. Lorsque les masses dessinées sur chacune de ces planches sont évidées et dégagées, on les détaille par des hachures, mais moins délicatement que d ans la gravure sur bois ordinaire, en prenant soin toutefois que les rentrées d'une planche à l'autre soient bien exactes, Tune devant compléter l'autre. En tirant les épreuves sur papier, les planches se placent successivement, et en suivant le même ordre que nous avons indiqué pour la gravure, dans un châssis de bois correspondant au cadre qui soutient le papier, ou bien en y adaptant des points de repère.
Ce genre de gravure sur bois est très-ancien et a été probahle-
nient pratiqué dans le XV siècle, à en juger d'après quelques livres qui contiennent des impressions obtenues par plusieurs planches ; mais l'inventeur n'en est point connu. Vasari l'attribue àUgo deCapri, qui vivait vers 1500. « Ce peintre médiocre, dit-il dans la vie de Marc-Antoine, mais homme d'un génie subtil, découvrit la manière de graver en bois des estampes qui paraissent coloriées en clair-obscur. Son procédé consistait à employer deux planches Sont l'une servait à marquer les contours et les ombres, et l'autre à appb'quer la couleur. Les lumières étaient obtenues au moyen du blanc du papier que les tailles laissaient intact. Ugo exécuta de cette façon, d'après un dessin de Raphaël, une Sybille assise et lisant à la lueur d'une torche tenue par un enfant. Encouragé par le succès, Ugo imagina de faire des estampes avec trois planches: la première produisait les ombres, la seconde les demi-teintes, et la troisième les lumières. Ugo, ayant réussi dans son nouvel essais, grava Enée portant son père Anehise pour le sauver de l'embrasement de Troie, une Descente de croix, et l'Histoire de Simon le magicien, dessinée par Raphaël. H publia également la mori de Goliath et la mite des Philistins d'après un dessin de Raphaël, une Vénus jouant avec des Amours , un Diogène , et une foule d'autres estampes en clair-obscur. »
Cependant les plus anciennes épreuves en camaïeu, portant une date, qui soient venues jusqu'à nous, sont deux gravures de Lucas Cranach, représentant Tune un saint Christophe, et l'antre l'Amour et Vénus, toutes les deux marquées du millésime de 1506. lia plus ancienne gravure en clair-obscur d'Ugo (te Capri porte la date de 1518; elle est par conséquent de beaucoup postérieure aux deux précédentes. On cite même des gra- "ues en camaïeu d'un graveur allemand , Jean-Ulrich Pilgrim, qui vivait dans le XVe siècle , et que les Français nomment le maître aux bourdons croisés.
On possède encore d'autres estampes en camaïeu de Lucas ' ranach : ce sont le Martyre des Apôtres , saint Antoine , une sainte Famille, le Repos en Egypte* Adam et Ève, saint Jérôme, toutes de 1509; — un saint Christophe et un saint Jérôme de 1516, et 4 feuilles de tournois. Parmi les autres graveurs allemands du XVIe siècle qui ont exécuté des gravures en clair-
obscur, nous nommerons principalement Burgkmair, Dienecker, George Matheus, Laurent Stœr, Albert Aldorfer. En Hollande, il y a Henri Golzius, Christophe Jegher, Abraham Blœmsert, P. Moreelsen.
Mais ce fut surtout en Italie que ce genre de gravure prospéra, et Ugo eut de nombreux imitateurs : André Andreani, Balthasar Peruzzi, Francesco Mazzuoli, Antoine de Trente, Domenico Beccafumi; Vecelli dit le Titien, Jean Gallus, Domenico Falcini, Penozzi, Christophe et Bartolomi Coriolan, etc. Le comte Antoine Maria Zanotti (norissait de 1720 à 1740), à Venise, remit dans le XVIIIe siècle de nouveau en vogue ce genre qui avait été abandonné presque totalement dans le XVIIe siècle. Ses gravures en clair-obscur, au nombre de 70, sont généralement faites d'après Raphaël et le Parmesan. Le camaïeu fut aussi cultivé dans ce siècle, en France par Bussink, Matthieu, Papillon, Lesueur ; en Angleterre par Jean-Baptiste Jackson et Edouard Kirkall ; en Allemagne principalement par F.-G. Gubitz , qui a exécuté en camaïeu quelques belles estampes dont ime principalement en couleur.
Le genre camaïeu ou clair-obscur a trouvé son application plus tard à l'impression polychrome , dont nous avons parlé plus haut.
Dans l'ouvrage publié à Saint-Pétersbourg, en 1854, sous le titre « Les Antiquités du Bosphore cimérien, » chef-d'œuvre typographique (') , il y a deux vignettes gravées sur bois, couronnant le texte du second volume , qui sont d'un genre d'impression particulier. L'une de ces vignettes représente la vue de Kertsch , l'autre le mont Mithritade ; les premiers plans de ces p sites sont imprimés en noir , les lointains le sont en brun , et le ciel et les cimes neigeuses des montagnes en bleu clair, agencement de couleurs très-heureux, et qui fait un bel effet.
Déjà avant 1823, le célèbre Applegath, en Angleterre, pour imiter les gravures coloriées ordinaires , procédait par juxtaposition , en se servant de plusieurs planches de bois , intercalées les unes dans les autres, et imprimées d'un seul coup à la presse
(1) On trouvera les détails dans l'article sur la lithographie.
typographique ; genre d'impression qu'on appelle en Angleterre compound printing, ou impression composée, et qui a du rapport avec le procédé dit à la congrève , inventé plus tard. Applegath publia, au moyen de sa méthode, des feuilles couvertes d'images pour les enfants.
On ne s'est pas arrêté à la reproduction exacte des dessins de maîtres, on a aussi imité typographiquement le texte d'anciens et précieux manuscrits. A cet effet , on copiait les lettres trait par trait en les gravant en acier pour les mouler ensuite, et on appelait ces impressions, obtenues avec ces lettres, impressions fac-similé (Facsimiledruck). Le premier produit de ce genre tut fait en Italie, par le graveur et fondeur de lettres Manni, en 1741 ; c'est le Virgile dit des Médicis ; Florence, petit in-4°, dont quelques exemplaires sont imprimés sur vélin. Les Anglais s'occupaient particulièrement de la reproduction de manuscrits rares ; le premier ouvrage important qui fut publié en Angleterre était le Dmnesday Book , qui avait été écrit en deux volumes par ordre de Guillaume Ier, et que la Chambre des lords fit copier eu 1783 par Farley, et imprimer par Nichols. Bientôt après parut le Nouveau Testament tiré du Codex Alexandrinus , du Brittish Muséum , publié sous la direction du docteur Woyde , et imprimé sur vélin en 10 exemplaires seulement. Les quatre Évangiles et les Actes des Apôtres d'après le manuscrit de Béza, que le docteur Kipling publia à Cambridge en 1793, sont un chefd'œuvre typographique. Les mêmes types servaient à une édition des Psaumes, qu'un des bibliothécaires de ce Musée publia en 1812 (*). La lithographie, l'impression anastatique et d'autres procédés dont nous parlerons dans la suite , ont été substitués à ce genre de reproduction difficile et dispendieux.
Procédé pour imiter ou pour remplacer la gravure sur bois- En considérant la fragilité de la matière employée dans la xylographie , les planches de bois si faciles à se fendre, les traits reliefs si délicats, qui ne supportent pas indéfiniment le travail de l'impression sans s'altérer , on comprend
il» Dr. Falkeustein, déjà cité, page 372.
qu'on ait cherché depuis longtemps des moyens de conserver les planches originales , ou de les remplacer par une matière plus solide. Aussi a-t-on de bonne heure beaucoup gravé sur métal, surtout en France et en Italie , et on a cherché à reproduire les planches de bois gravées, au moyen du polytypage et par des clichés de toute nature. Quelques procédés ont été décrits plus haut ; nous en indiquerons encore plusieurs autres.
M. F.-J. Hoffmann de Schelestadt , en 1792, prit un brevet pour une invention qui avait pour but la gravure en relief des cartes géographiques. Sou procédé consiste à recouvrir une planche de cuivre d'une couche terreuse de l'épaisseur d'une ligne; cette couche est composée d'ocre, de sel de tartre et d'une bonne dose de gomme arabique , le tout délayé dans du vinaigre ; on forme la couche en plusieurs fois , en faisant sécher chaque fois la planche dans une étuve, après quoi on trace sur cet enduit, devenu très-dur, la carte ou tout autre dessin dont on veut avoir le plan en relief. Le tracé fini, on met la planche pendant 24 heures dans une cave un peu humide. Le sel de tartre , tombant en déliquescence, ramollit la terre et la rend propre à être coupée avec de petits instruments fabriqués pour ce travail. On a soin de creuser jusqu'au cuivre, et, la gravure terminée , on laisse de nouveau sécher la couche. On obtient par ce moyen un creux, une matrice de la gravure , dont on prend des clichés par le procédé polytypique ou stéréotypique ordinaire. M. Carez, imprimeur à Toul, ignorant ce procédé, a pris en 1827 un brevet pour un procédé de gravure en relief qu'il nomme patitoglyphie , et qui ne diffère de celui de Hoffmann que par la couche dont il recouvre la planche.
Depuis longtemps de nombreuses tentatives ont été faites Ppur obtenir des gravures en relief sur métal par l'emploi des mordants. Les anciens maîtres y avaient songé, et quelques vignettes, dont les épreuves existent dans les cabinets des curieux, semblent ne laisser aucun doute à cet égard. A Paris, les frères Lambert et M. Girardet paraissent avoir eu recours à ce moyen au commencement de notre siècle. M. Carez de Toul élève les mêmes prétentions . qu'il fait remonter à
1806. fl procédait de la même manière que le graveur à Peauforte; mais ce procédé a l'inconvénient que la morsure se fait latéralement aussi bien qu'en profondeur. M. Dembours à Metz perfectionna en 1834 ce procédé : il dessinait avec du vernis et un pinceau et faisait mordre avec l'acide nitrique à 18° , s'il faisait chaud, et avec 20°, s'il faisait froid. M. Deleschamps recommande leylypliogène suivant : 2 onces d'acide nitreux à 30°, 6 gros d'acétate d'argent et 16 onces d'éther nitreux hydraté. MM. Collas et Boquillon ont également fait des essais dans la gravure relief pour la rendre aussi parfaite et aussi économique que la tailledouce. M. Eberhard à Darmstadt a substitué le zinc au cuivre. M. Dunant-Narat a publié en 1842 un procédé pour fournir des planches imitant la gravure sur bois : il consiste à recouvrir une planche de cuivre de vernis de graveur, à lu graver à la manière ordinaire, après quoi on la fait mordre avec l'acide nitrique. \yaat ensuite enlevé le vernis et nettoyé complètement la planche on l'encre à l'aide d'un tampon employé par les graveurs sur bois, puis on la saupoudre avec diverses substances en poudre qui adhèrent au vernis et forment déjà un relief sensible; des appositions successives d'encre grasse et de la substance en poudre 1 elèvent au degré voulu. Quand la planche est ainsi préparée, on la cliché, et au moyen du brunissoir ou du charbon, on peut diminue! ou augmenter les vigueurs. M. Dunant-Narat a appliqué son procédé à V illustration de plusieurs ouvrages, où l'on a pu multiplier beaucoup les figures, vu le prix peu élevé auquel on peut obtenir les gravures. La différence de prix est généralement de 40 °/u pour certaines gravures, elle s'élève même à 50°/0.
M. Jobard, de Bruxelles, décrit en 1839 un procède (') assez semblable au précédent, pour imiter sur cuivre la gravure sur bois. Voici en qjioi il consiste : on dessine sur du cuivre avec une plume métallique très-fine et une encre composée de venus de graveur dissous dans de l'essence de lavande à consistance de -crème. 11 faut avoir soin d'essuyer le cuivre avec de l'essence de térében- thine ou de l'eau de savon pour empêcher l'encre de s'étaler ; on obtient de cette sorte des traits comparables par leur finesse àceux
(1) Rapport .sur l'Exposition française île iHSÎ".
de la taille-douce. 11 s'agit ensuite de faire mordre lentement, mais profondément, le cuivre. On obtient alors un relief qui peut se polytyper ou s'intercaler lui-même dans le texte. Le pointillé, l'entrecroisement des tailles et la facilité des corrections sont le propre de cette méthode. M. Jobard a fait de cette manière, le portrait en pied de David, et un cul-de-lampe très-fini.
Un avantage qu'offre cette méthode pour les dessins qu'on veut multiplier à l'infini , c'est de graver de la sorte le dessin en question, de couvrir un rouleau de bois avec la planche de cuivre ployée sur la circonférence, de l'encrer avec un autre cylindre jumeau, et de l'imprimer sur un papier continu. Une gravure de ce genre s'imprimera d'autant mieux, qu'elle sera plus généralement couverte de tailles pressées, sans espaces entièrement blancs. Il y a plus, c'est qu'après l'avoir fait mordre à l'acide, il n'y aurait qu'à la préparer lithographiquement, afin de donner aux creux de l'antipathie pour l'encre grasse, de sorte que, si la planche venait à s'empâter, un peu d'eau et d'essence de térébenthine suffirait pour la nettoyer, comme cela se fait pour la pierre et le zinc lithographiques.
Ce sont surtout MM. Andrew, Best, Leloir, à Paris, qui emploient le cuivre pour la gravure en relief, et qui reproduisent sur ce métal, moitié à l'eau-forte, moitié au burin, mais toujours en relief, des sujets d'histoire naturelle, des détails anatomiques avec une grande habileté (*).
Voici un autre procédé auquel les inventeurs, MM. Firmin Didot frères (*), ont donné le nom de Chrysoglyphie. Sur une planche en cuivre recouverte du vernis ordinaire des graveurs, on fait mordre, au moyen d'une eau acidulée, le dessin qu'on y a tracé a la pointe ; on ne fait mordre qu'une fois, afin que la profondeur des tailles soit la même partout, puis on enlève le vernis qui recouvre les parties non mordues; cela fait, on revêt la planche d'une couche d'or, soit par l'action de la galvanoplastie, soit en employant la dorure au feu. On recouvre alors d'im mastic inattaquable aux acides toute la surface de la planche, que l'on chauffe en des-
(1) M. Léon de Labordc, Happort sur l'Exposition de 1839.
&) Brevet d'invention du mois d'avril, 1854. Voyez l'imprimerie, la librairie et la papeterie de M. A.-Firmin Didot, 1854, p. 32.
sous pour que le mastic pénètre bien clans toutes les parties creusées ; puis, avec un grattoir à graveur, on enlève à \\ surface de la planche le mastic, qui ne reste que dans les parties gravées. On frotte ensuite avec une pierre ponce ou un charbon la surface de la planche, pour enlever l'or, en sorte que le cuivre est mis à nu partout où le dessin n'est pas préservé par l'or et le mastic qui recouvrent les traits. Alors, au moyen de morsures réitérées, on attaque le cuivre à des profondeurs diverses, selon le besoin, et on emploie l'échoppe ou la scie à repercer là où il est nécessaire.
Essais polytjpiques de M. Jobard ('): Il suffit de se procurer une plaque de fonte, que l'on fait border de quatre petites règles de métal dépassant la surface de la table d'un demi-millimètre environ ; sur cette plaque on coule une composition de cire, de savon, de suif, et peut-être de plâtre moulu ; on régale, comme on dit, cette composition à l'aide d'une règle en fer chauffée qui, appuyée sur les rebords, n'en laisse qu'un demi-millimètre d'épaisseur sur toute la plaque. Sur ce magma refroidi on n'a qu'à écrire ou à dessiner avec une pointe de fer tenue perpendiculairement et pénétrant jusqu'au métal; il faut que la composition se coupe net comme du savon de Marseille. Quant la gravure est terminée, on remonte les règles latérales de deux centimètres, à l'aide de vis, et on coule sur cette planche une composition de plâtre et d'alun calcinée ; on fait pénétrer à l'aide d'un blaireau dans les traits de la cire, et on la laisse prendre ; le plâtre acquiert la dureté de la pierre. On aura de la sorte une forme en relief inverse, qui donnera autant d'épreuves que l'on voudra, par la méthode d'impression suivante: Encrez la forme à l'aide d'un rouleau de gélatine et une encre convenable, posez la feuille de papier, et passez par-dessus un autre rouleau propre de même composition ou une brosse.
La Chalcotypie, autre procédé de gravure en relief, inventé
en 1851 par M. H. Heims, de Berlin, consiste à recouvrir une plan-
(1) Rapport de 1839. p. :tS,
che de cuivre d'une couche mince de vernis ordinaire, sur laquelle on dessine avec une pointe comme sur le papier ; puis, par les moyens que fournit la chimie la plus élémentaire , le dessin de la planche est reproduit eu relief, propre au tirage sous la presse typographique. Les dessins les plus délicats, faits par les artistes eux-mêmes, peuvent être reproduits de cette manière, sans perdre la fidélité, ou la pureté de l'original ; ils imitent parfaitement le travail à la plume ou à l'eau-forte. M. B. Behr, éditeur à Berlin et à Paris, a publié en 1856 un Album fac-similé des Artistes contemporains, exécuté en chalcotypie et imprimé à la presse typographique.
Pour le clichage, on a employé avec avantage la guttarpercha dans la confection des matrices. On est allé plus loin encore, et on s'est servi de la gutta-percha pour former les vignettes elles-mêmes qui doivent servir à l'impression. C'est de cette substance qu'on a tait de grandes lettres pour affiches et pour des titres de livres, ainsi que des fleurons et des vignettes. Dans le manuel de l'imprimerie de M. C.-A. Franke. publié à "Weiniar en 1855, on voit figurer un portrait de Gutenberg , imprimé très-nettement avec une vignette en gutta-percha, qui a supporté le tirage d'une forte édition sans s'altérer.
Dès 1832, M. Michel, à Paris, avait exécuté des clichés en bitume qui reproduisaient parfaitement les types originaux. MM. Mauchin et Moret, de Londres, en 1851, ont également reproduit des vignettes semblables.
Un ouvrier en stéréotypie attaché à l'Imprimerie impériale de Vienne, vient de faire une remarque intéressante : c'est que les moules faits en plâtre préalablement dissous dans l'eau* ou mieux encore dans l'esprit-de-vin, se rétrécissent uniformément. Basant sur ce fait son procédé, il est parvenu à livrer des réductions de typographie, de xylographie et de médailles, en les diminuant de grandeur par douze degrés, ou à peu près 3 sur 1" de diamètre, et sans que les proportions ni la netteté en souffrent.
Nous passerons sous silence d'autres méthodes qui nous paraissent moins pratiques. Les procédés chimiques sur pierre lithographique, et les procédés électrotypiques pour remplacer les gravures sur bois, seront mentionnés plus loin. Parlons encore de quelques emplois particuliers de la xylographie.
typographie et les;beaux-arts protitent largement de la-gravure sur bois, mais son emploi s'étend encore plus loin, lei commerce et l'industrie en usent également. Outre les différentes impressions plus ou moins ornées de gravures dont se servent les compagnies. commerciales de tous genres, il y a encore lescartiers, les relieurs, les fabricants de papiers de fantaisie, mais surtout, les manufactures de papiers-tenture et de tissus peints qui font un usage très-grand de la gravure en relief sur bois et sur métaL
Papiers peints et tissus peints. L'art du papier peint nous est venu de Chine, et il parait que les Anglais furent les premiers qui l'importèrent en Europe. La fabrication du papiertenture commença, dans ce dernier pays, par le papier velouté, formant ainsi une suite naturelle des étoffes précieuses qui servaient autrefois de tapisserie et de garniture de meubles. Ce fut un sieur Lefrançois (' ), établi à Rouen en 1620, qui fit la découverte du papier velouté, découverte que les Anglais attribuent à Jérôme Lanyer, qui obtint sous le règne de Charles Ier une patente datée du 1er mai 1634.
A Augsbourg il y avait Abraham Mieser (*) (né en 1676, mort en 1742) qui le premier fabriqua du papier imprimé en couleur, en or et en argent, au moyen de formes gravées en relief sur bois ou sur cuivre jaune.
Au XVIIIe siècle on vendait en France une sorte de papier sur lequel, au moyen de planches de bois et de patrons découpés, on avait imprimé et peint avec des couleurs, différents dessins de personnages, de fleurs et d'ornements; ce papier se nommait domino, et ceux qui le fabriquaient dominotiem (3). U ne servait qu à couvrir les coffres et coffrets en carton".
Le papier peint proprement dit était à peine connu en 1760 , en France (4); on se servait ordinairement du papier anglais.
H) Dictionnaire de commerce et de marchandise, Paris i839. - Rapport sur les papiers de tentures, de l'Exposition de l.ondresde 1851, Paris 1855.
(2) Kunst- und Hamhverk-Geschichte der Stadt Aii|?sburg, von Paul von Stetteii. 1779, page 258.
(3) Dictionnaire portatif des arts et métiers. Yvcnlon, 1767. — Dictionnaire technologique, Paris 1829*
(♦) Dictionnaire de l'industrie, Paris, an i.V
Lorsqu'on commença, en Angleterre, la fabrication du papier peint, le procédé chinois fut d'abord appliqué, c'est-à-dire l'impression préalable des contours, puis quelques teintes plates, dites géométrales. Ce ne fut que vers 1785 que Réveillon ('), de Paris, porta cette fabrication à un assez haut degré de perfection. Dès cette époque on fit des progrès rapides, et maintenant, grâce au concours d'artistes et de fabricants intelligents, on imite à s'y méprendre tous les genres de peintures, en se servant quelquefois .jusqu'à cent planches, suivant le mélange et la variété des couleurs.
Les papiers peints ont été précédés par les tissus peints, qui sont également d'origine orientale.
Les Portugais, qui découvrirent les Indes, n'en firent connaître en Europe que les produits ; il était réservé à un peuple plus industrieux, les Hollandais, d'y importer les procédés de leur fabrication. Ces toiles, connues sous le nom de perses ou indiennes, n'avaient d'imprimé que le trait; les sujets étaient coloriés au pinceau.
A la suite des troubles religieux, les Français réfugiés en Hollande (2) s'appliquèrent avec succès à la toile peinte, et paraissent l'avoir exportée de ce pays dans la Suisse et en Allemagne. Selon M. Thompson, c'est un réfugié français qui établit la première fabrique à Richemont, sur la Tamise, en 1690. Ce fut aussi un réfugié français qui introduisit cette industrie à Neuchàtel en Suisse, en 1689; c'était Jacques Deluze, natif de Saintonge. Sa fabrique prit un tel développement, qu'en 1750 son fils se vit à la tète d'un des établissements les plus considérables du continent.
Dès ce moment la concurrence se créait, et de nouveaux fabricants s'établirent à peu de distance, ou passèrent en Allemagne, en Portugal, en France même. Mais les fabriques en Alsace ne firent de véritables progrès qu'à partir du moment (1746) où ils s'entourèrent d'imprimeurs et de graveurs de Neuchàtel et de Genève.
Dans cette dernière ville, les Fazy et leurs successeurs, les Petit et les Labarthe, possédèrent des fabriques très-florissantes. Le Genevois Frey (1740) élevait la première fabrique d'indiennes
(1) Dictionnaire de l'industrie, an IX.
(2) Voyez pour tous les détails de cette fabrication l'ouvrage classique, le Traité théorique et pratique de l'impression des tissus, par J. Persoz, prof. Paris, 4840.
que la Normandie ait possédée. Cependant en Allemagne, à Augsbourg(!), on avait déjà imité sur futaine, en 1523, les produits de PInde; mais il est probable que ce n'étaient que .des peintures à l'huile. Ce n'est qu'en 1698 que fut accordé à George Neudorfer, de cette ville, le privilège de teindre en garance les tissus imprimés. Il y avait aussi dans ce temps un fabricant Jean-François Gignoux, natif de Genève (1692) qui se distinguait surtout dans la connaissance des couleurs.
Jean Henri baron de Schule est généralement regardé comme le créateur de cette industrie en Allemagne : il obtint l'autorisation d'établir une fabrique à Augsbourg en 1750.
L'art d'imprimer les tissus se perfectionna peu à peu dans le courant du XVIIIe siècle, et continua de progresser d'une manière remarquable jusqu'à nos jours, où il n'a point encore trouvé ses limites.
Les procédés de l'impression du papier-tenture et ceux des tissus ont entre eux beaucoup de ressemblance sous le rapport de la gravure et de l'emploi des planches, tandis qu'ils diffèrent essentiellement sous celui de l'application des couleurs et des autres manipulations. Ce n'est que de l'emploi de la gravure en relief que nous allons donner quelques détails.
Les bois dont on se sert pour la gravure des planches sont les mêmes qu'on a désignés plus haut pour la xylographie, mais on préfère le poirier pour les petites planches, le noyer pour les grandes. Après avoir bien aplani les surfaces , les planches passent entre les mains du metteur sur bois, qui trace sur chacune d'elles les traits de la couleur qu'elle devra imprimer. Ce tracé fait, le graveur se met à l'œuvre, et nous rencontrons là les mêmes outils que les xylographes en illustrations ont relégués depuis l'époque de Bewik, c'est-à-dire différentes espèces de gouges, de pointes tranchantes, de bouts-avants, et le drille.
La gravure sur bois avait peu à peu remplacé le pinceau ; à
(Il Stetten, page 254. Dans le mobilier appartenant à l'église métropolitaine d' Augsbourg du XV siècle, il est fait mention d'étoffes imprimées, et les registres du fisc 'le 1490 à 1495 contiennent le nom d'un imprimeur de toiles. Puis en 4523 il y est question d'un imprimeur de futaine, Jœrig Hofman.— Voyez aussi Th. Hcrbergcr's frùhere Industrie Augsburg's, 1852, p. 40.
celle-ci s'associa bientôt la gravure en creux sur cuivre, et plus tard la lithographie; mais la xylographie, relativement modifiée, resta le plus généralement employée.
La nature fragile du bois ne permettant point d'arriver à produire des traits aussi déliés que les picots ou engrélures d'une dentelle, sans risquer de les détruire au premier coup de presse, on pensa de substituer des picots en métal aux picots en bois.
« Ces picots en métal sont des fils de cuivre rouge ou jaune, d'une longueur égale à deux fois la profondeur de la gravure, et amincis en pointe à l'une de leurs extrémités. Le graveur, muni d'une petite matrice dans laquelle s'enchaîne le picot, l'enfonce dans le bois jusqu'à la moitié de sa longueur au moyen d'un marteau. L'heureux parti que l'on a tiré de l'emploi des picots a bientôt conduit le fabricant à faire laminer des lames de cuivre jaune de différentes épaisseurs, à les découper et à les enfoncer dans le bois, en leur donnant la forme d'un ovale, d'un rond, d'une feuille, d'une arabesque, etc. On est arrivé ainsi à produire sur bois des lignes continues ou brisées aussi déliées que possible et qui résistent aux chocs de l'impression sans se déranger.
« Ensuite on est allé plus loin : au moyen de filières de laminoirs et de machines à gaufrer, on est parvenu à donner aux fils et aux lames de cuivre des formes tellement variées qu'il suffit de les implanter dans le bois, convenablement assemblés, pour former un dessin quelconque.
« On ne s'arrêta pas à cette amélioration. On avait remarqué que, lorsqu'on imprimait des parties massives, les contours n'eu étaient pas nets, et que la couleur n'était pas répartie uniformément sur l'étotfe. Pour remédier à ces inconvénients, on implanta dans le bois des lames de cuivre disposées de manière à former le contour de ces masses, et l'on remplit le vide de feutre ou de vieux chapeaux, d'où est venu l'expression de planches chul>eaudêes..
« Quelque temps après ce procédé dispendieux, on en a substitué un plus sûnple: la planche une fois gravée ou en imprègne les parties destinées à transporter sur l'étotfe des masses de couleur, d'huile de lin bien épaissie, sur laquelle on répand, au moment où elle va se solidifier, de la tontwe, qu'on tamponne avec
un chiffon. Voici la composition de l'enduit: 1 kil. huile de lin siccative, 1 kil. carbonate plomblique, 0^160 oxyde plombique , 0k,062 essence de térébenthine.
« M. Lefèvre, de Chantilly, imagina, en 1827, une méthode différente et plus avantageuse. Au lieu d'implanter les formes en cuivre dans le bois, il les soudait à l'étain sur une plaque de cuivre fixée par des vis à une planche de bois ordinaire. Quand un dessin ainsi établi avait cessé de travailler, on en dessoudait les formes, dont on se servait, ainsi que de la plaque, pour de nouveaux sujets.
« Depuis la préparation des planches chapeaudées, la gravure en relief était restée stationnaire ; on imprimait au rouleau tout ce que les sujets représentaient de plus délicat; mais, en 1834, M. Perrot inventa une machine à l'aide de laquelle on réalisa méca" niquement toutes les impressions que, jusque-là, la main seule de l'homme avait pu produire. Cette machine fut appellée la perrotine (!). »
Dès l'introduction de cette machine, la gravure en relief subit une révolution : aux bois à dimensions réduites ou a fait succéder les planches à grandes dimensions, car la perrotine devait donner des coups de planche qui couvrissent la pièce dans toute sa longueur. Cette méthode entraînait à des frais de gravure, considérables: une seule planche nécessite souvent plus de 80,000 picots de cuivre, à raison de 1 fr. 25 c. le mille, et le même bois ne peut îîuère produire, avec des contours suffisamment nets, au delà de 100 pièces de cent mètres. On faisait donc des recherches pour remplacer la gravure en bois par un autre procédé, le cliché.
« Hofmanii (2), de Strasbourg, en 1783, est le premier qui avait fait des tentatives dans ce genre. Comme il avait observé la lenteur de tout alliage fusible, surtout de l'étain et du bismuth, à se solidifier lorsqu'il a été liquéfié par la chaleur, il eut l'idée de fon-
il) Cette machine, d'abonj incomplète, a reçu successivement des perfecliouucmwiiU» 'utroduits par son inventeur, de sorte qu'elle est parfaite aujourd'hui. M. Perrol, eu KM, a inventé une machine à imprimer quatre couleurs à la fois: le principe est le même i|u'à la perrotine.
(2) Voyez sur les procédés du clichage ce qui a été dit plus haut, p, \1\ et suivantes. -Persoz, II. 250-251. Le travail manuscrit de Hoffmann est déposé à la bibl.de la ville de Strasbourg, sous la date de 1783; en \m il sollicita un brevet d'invention.
ilre de cet alliage sur une plaque en fer et d'y appliquer, au moment où il allait se solidifier, une autre plaque gravée en creux, dans les cavités de laquelle, moyennant ime pression convenable, il forçait cet alliage à pénétrer pour reproduire en relief le même sujet Pour obtenir, par le même procédé, une gravure en creux, il dessinait son sujet sur une planche en cuivre avec de Pocre épaissie à l'argile, puis, fondant l'alliage au degré où il est possible d'y plonger une carte sans la jaunir, il y appliquait cette plaque, et par la pression reproduisait en creux dans la plaque d'alliage fusible tous les traits dessinés à l'ocre.
« Plus tard, s'étant convaincu qu'il suffisait d'un petit nombre de formes répétées et différemment combinées pour produire les nombreux dessins, fleurs ou ornements adoptés dans l'impression des tissus, il pensa que le nombre de ces formes n'était pas tellement considérable qu'on ne pût s'en procurer des collections semblables à celles des caractères d'imprimerie, à l'aide desquelles on fût à même d'imprimer une grande variété de dessins, comme avec les 24 lettres de l'alphabet on imprime tous les mots. Il se procura donc les formes primitives en cuivre et en bois, puis, formant une pâte terreuse d'un mélange d'argile et de plâtre, ramollie par un peu de gélatine, de fécule et de sirop de gomme, il l'étendait en lame sur une plaque de fonte, y imprimait le dessin voulu au moyen de ces formes primitives, et obtenait de la sorte une matrice gravée en creux, dans laquelle il coulait, lorsqu'elle était bien sèche, son alliage de bismuth, d'étain et de plomb. H parvint à graver ainsi des dessins mouchoirs qui pouvaient s'imprimer d'un seul coup. »
«Ce procédé est resté longtemps sans recevoir d'application en grand ; les fabricants anglais ont été les premiers à en tirer parti. Et malgré que M. Fries, de Guebwiller, ait apporté en 1827, de la maison Dufay, de Dublin, des cachets en alliage fusible, ce n'est que vingt années après qu'on a porté la gravure en relief métallique au degré de perfection qu'elle a atteint depuis sous le rapport de l'exécution et sous celui du prix de revient. »
Lorsque le dessin qui est destiné à une planche peut être décomposé en plusieurs groupes qui se répètent dans le même ordre, un seul de ces groupes est gravé en relief sur bois et forme ce
qu'où appelle le cachet Pour le multiplier, ou en fait d'abord un moule en plâtre, après l'avoir imprégné d'un mélange de deux parties d'huile et d'une de suit à une température assez élevée. Ensuite on prend de ces moules ou matrices des clichés en alliage fusible, par des procédés ordinaires, plus ou moins durs suivant la résistance qu'ils doivent offrir (!).
Comme la surface de ces clichés, opposée à la gravure, n'est jamais bien égale, il convient de la planer ; à cet effet, on dispose tous les cachets en deux rangées sur une machine à planer, en coulant sur les côtés, pour les consolider, mi mastic formé de trois parties colophane et une de cire, et lorsque celui-ci est bien sec, on réduit les cachets au même degré d'épaisseur à l'aide du rabot à planer. Après quoi, on les fixe, au moyen de vis ou de clous, sur des planches en bois.
Ce moyen de clichage. quoique très-avantageux, présentait encore quelques inconvénients qu'on cherchait à corriger en employant le procédé suivant : Après avoir fortement desséché des planches de bois pris de pointe ou perpendiculairement à l'axe, on y implante, à une certaine profondeur, des lames ou des pointes de cuivre jaune, représentant le sujet à graver, on les entoure d'un cercle et l'on recouvre les parties en relief d'alliage. Ce métal, en enveloppant les pointes de cuivre qui sont en saillie, leur transmet assez de chaleur pour que la partie enfoncée dans le bois le carbonise, et il suffit alors de retirer l'alliage métallique auquel se trouvent soudées toutes les pointes, pour avoir une matrice au moyen de laquelle on coule autant de cachets qu'on peut en désirer. M. E. Witz, de Cernay, a modifié quelque peu ce procédé par lequel on est arrivé à diminuer sensiblement le prix de la gravure.
On avait aussi fait des essais de produire des matrices en bois dont le dessin en creux était comprimé par une série d'outils différents mus à la main, chacun d'eux représentant un détail de dessin à reproduire. Ces matrices servaient de moule pour en obtenir des clichés ou cachets reliefs métalliques.
(1) L'alliage le plus, convenable pour la dureté, et pour résister le mieux aux couleurs corrosives, selon M. J. Sclilumberger , de Thann, est le suivant: 16 plomb, a.O étain, 8 bismuth. Il est fusible à 150-, très-dur et très-malléable.
En 1856, uu nouveau, pas fut fait, le bulletin de la Société d'encouragement (*) va nous le faire connaître: «L'art de la gravure des planches d'impression des tissus était arrivé à ce point lorsque, vers 1849, M. Schultz, dessinateur àParis, importa en France l'idée d'origine anglaise de la machine dont nous allons donner la description.
< L'appareil fut construit à Paris et fonctionna à Puteux chez MM. Bernoville, Larsonnier et Chenet.
« On doit croire que les essais furent peu heureux, ou tout au moins que la machine construite sur les indications de M. Schultz était bien imparfaite, car le procédé de gravure qu'elle réalise ne fut pas apprécié à Mulhouse dans les quelques ateliers où ou tenta de l'introduire.
« MM. Heilmann frères, à Muhlhouse, ont repris les essais, et c'est à leur constante persévérance, à leur étude approfondie du procédé, qu'on doit la réalisation d'un système dont les résultats sont extrêmement remarquables. Voici en quoi il consiste :
« Une mortaiseuse à pédale donne le mouvement à un outil tranchant de forme quelconque, mais répondant à un détail du dessin voulu. Les dimensions de cette mortaiseuse sont plus réduites encore que celles de la plus petite des machines analogues usitées dans les ateliers de constructions ; cependant les dispositions essentielles sont les mêmes. Un tube à deux brandies lance constamment deux jets de gaz convergents dans la direction de l'outil qui. sous l'action de la flamme . s'échauffe rapidement pendant sa marche. Le bois dessiné qu'il s'agit de graver en creux est conduit à la main et reçoit l'action de l'outil. Echauffé à une température déterminée, celui-ci pénètre le bois à une profondeur constante en le brûlant, et produit ainsi un creux dont les contours ont une netteté et une régularité remarquables. On arrive de la sorte à produire, en deux ou trois jours au plus, une planche ou une matrice qui exigeait souvent un mois dans le système des bois avec cuivres implantés en relief, et une semaine au moins avec la méthode de gravure en creux par compression du bois.
« Le bois soumis au travail de mortaiseuse doit être préparé
(I) Bulletin do la Suciété d'encou rarement , etc. t. III, demueme ^rie , n« 43, JuUkt 1856, p. 412.
d'une façon spéciale, dans le but d'empêcher les fendillements sous l'action, de l'outil brûleur et de la flamme de gaz. Ou prend ordinairement du tilleul de choix, et la préparation consiste dans une mise au four conduite avec le plus grand soin.
«Les matrices obtenues à la mortaiseuse servent à la production de clichés en alliage, dont voici la composition : */s plomb, 4/s bismuth, '/3 znic, «/*o du tout antimoine ; cet alliage, qui doit à l'antimoine une dureté très-convenable , donne des empreintes d'une {* grande finesse.
« Outre les planches planes , gravées en relief, on se servait aussi de rouleaux en bois, gravés en relief, pour l'impression des tissus. Les machines combinées avec des cylindres de ce genre Rappelaient plomlrines, et servaient à imprimer d'une manière continue. Un nommé Ebinger, de Saint-Denis près Paris (*), a établi en 1800 les premières de ces machines à Jouy et à Beauvais. En 1805, James Burton, ingénieur dans la maison Peel, à Church, appliqua également Je rouleau en relief à l'impression des tissus, mais dans le but de le fane concourir à l'impression de plusieurs couleurs avec les rouleaux gravés en creux qu'on n'avait pas encore l'habitude d'employer à cet usage.
« Pour arriver à une diminution des frais de la gravure de ces rouleaux, et pour obtenir une plus grande pureté de dessin, les Anglais remplaçaient la gravure sur bois par des cachets en alliage fusible qu'on clouait sur les cylindres en buis venus. »
En 1855, M. Laboulaye, chef de la Fonderie générale à Paris, avait exposé un rouleau formé de 800 vignettes, se composant et
décomposant à volonté, destiné à l'impression des étoffes.
.Ajoutons encore quelques mots sur l'impression en relief inventée par M. Silbermann, de Strasbourg, qui peut trouver son application à l'impression des tissus (*).
Dans ce procédé on ne se sert plus d'une planche gravée en relief pour prendre de la couleur sur le châssis et l'imprimer sur le tissu, mais seulement du relief de la figure que l'on veut obtenir pour presser l'étoffe, par derrière, contre une planche plate et garnie uniformément de couleur, où les portions ainsi pressées
(Ijl'erMiz.U, (i) Perso*, II, m.
par derrière sont les seules qui prennent cette couleur, tandis que les autres sont réservées par la frisquette, qui refoule l'étoffe dans les creux.
Qu'il s'agisse, par exemple, d'imprimer un dessin représentant des pois 0, 0, 0, 0, on découpe, au moyen d'un emporte-pièce, des ronds en carton tin, de la dimension qui convient ; ces ronds sont fixés à la colle-forte contre une planche en bois; alors on place l'étoffe entre cette dernière planche, sur laquelle elle est tendue, et une autre planche chargée de couleur; on soumet le tout à une pression convenable, et la couleur ne prend que sur les parties de l'étoffe qui ont été mises en relief par les hausses de carton.
M. Silbermann est arrivé par ce procédé à un haut degré de perfection : il a imprimé entre autres un bouquet de fleurs de fantaisie, dans lequel sept couleurs ont été appliquées avec la même planche et rapportées avec la plus grande exactitude, à l'aide de simples fragments de carton découpé, collés aux points où le relief devait être produit.
L'impression des tapis a été améliorée ces derniers temps par l'invention d'un appareil ingénieux dû à M. J. Burch, Anglais, appareil au moyen duquel on parvient à imprimer des dessins de très-grandes dimensions sur les tissus à poil.
Les blocs employés dans l'impression des tapis ont des dimensions un peu supérieures à celles des blocs ordinaires. Les plus grands dont on ait fait usage jusqu'à présent ont de lm,40 de longueur sur 0m,685 de largeur. Avec dix-huit blocs, M. Burch parvient à produire des dessins très-riches et assez compliqués. Ces blocs se préparent de la manière suivante :
« Le dessin est d'abord transporté sur papier quadrillé comme les dessins pour le tissage. La surface des blocs d'impression est préparée d'ime manière analogue, c'est-à-dire qu'on y découpe des lignes profondes sur la longueur et des lignes semblables sur la largeur , qui se coupent à angle droit , afin de former sur toute la surface des carrés dont le nombre correspond à ceux qui couvrent le papier. Chacun de ces blocs présente, sous ce rapport, un fac-similé exact des autres , et cette préparation des blocs a lieu quel que soit le dessin et indépendamment de ses contours. Dans cet état on marque sur chaque bloc les
carrés qui sont colorés sur le dessin avec la couleur particulière que le bloc doit imprimer, puis on enlève tous les autres carrés de la surface, en laissant en relief ceux qui doivent être chargés de cette couleur. On voit ainsi que chaque bloc porte à sa surface une certaine portion du dessin, tous les points colorés du papier quadrillé se trouvant représentés par des carrés correspondants sur l'un ou l'autre de ces blocs.
« Ensuite on les soumet à l'action de l'appareil qui se compose d'une série de machines à imprimer au bloc, assemblées fermement entre elles au moyen d'arbres de communication et d'engrenage, de manière à ce que les efforts combinés de toutes les machines dans la série soient appliqués au même moment sur une pièce de tapis et sur le même dessin, chacune d'elles imprimant une couleur différente. La couleur est fournie par un système de rouleaux coloreurs. La machine, avec l'appareil sécheur qui en fait partie, pèse 72 tonnes, et imprime 1,400 mètres de tapis en douze heures de travail (•).»
Ayant donné, dans ce qui précède, ce qu'il y a de plus essentiel dans l'histoire et la pratique de la gravure en relief en général, et de la xylographie en particulier, nous devons nous occuper maintenant de la gravure en creux et de ses divers genres.