‹ Des arts graphiques destinés a multiplier par l'impression; considérés sous le double point de vue historique et pratiqueChapitre 9 sur 31 · IMPRESSIONS EN PLANCHES FIXES · texte numérisé non relu

IMPRESSIONS EN PLANCHES FIXES

Les genres d'ouvrages produits par les peintres et les imprimeurs de lettres se continuèrent jusque dans le seizième siècle , et consistaient, après les cartes à jouer, principalement en effigies de saints.

Le culte d'hyperdulie et de dulie, ou de la Vierge et des saints, pratiqué dans cette époque avec exaltation , et l'usage de faire dans l'église la prière devant des images, introduit aussi dans le culte de la maison, furent les principales causes de la fabrication d'images à bon marché, d'images faites sur papier et d'une exécution grossière en dessin et en couleur, destinées aux personnes trop pauvres pour se procurer des peintures ou des sculptures.

Ces peintures -grossières étaient l'ouvrage des imagiers, des peintres de lettres, et représentaient ordinairement la vierge avec l'enfant Jésus, l'annonciation , le Christ sur la croix ou le C hrist souffrant, accompagné des instruments du martyre, ou bien des saints et des saintes , patrons des pays ou des villes. Souvent on ajoutait sous l'image des légendes, des prières, des annonces d'indulgences ou de miracles pour les pèlerins.

La vénération des images allant toujours en augmentant, on imagina de graver les peintures sur du bois, de les imprimer sur du papier, et de les colorier à la détrempe ou à la gouache, pour •fis vendre encore à meilleur marché, et de les répandre en plus Srand nombre.

Les tailleurs de moules ou graveurs sur bois transformèrent bientôt ces images à une seule figure en images représentant des groupes entiers, figurant des sujets de l'histoire sainte, ou des épisodes de la vie des saints personnages. On les réunissait quelquefois en formant des volumes, des livres d'images, auxquels.

*4fi

dans la suite, on ajouta un texte séparé, que Ton gravait sur une planche de bois à part, et que l'on imprimait sur une feuille placée en regard de l'image.

IMPRESSIONS XYLOGRAPHIQUES. On appelle ce genre d'impression xylograjjkiqw (du grec xylos, bois), ou tabellaire, parce que l'image, avec quelques lignes de texte sont imprimées sur des planches entières de bois gravées, ou des planches de bois en caractères tixes ; c'est le contraire de l'impression avec des lettres mobiles, et peut être considéré comme la première époque de l'imprimerie.

Les imprimés xylographiques ou tabulaires primitifs, qu'ils consistent en livres avec texte et images , ou en livres d'images sans texte, qui se sont conservés jusqu'à nous, ne dépassent guère le nombre de trente ouvrages différents.

La plupart ont le format d'un petit in-folio, et ne se composent généralement que de cinquante pages, qiû sont imprimées d'un seul côté du papier (anopistho-graphiqiœ, le contraire d'opisthographique , ou impression sur le côté recto et le verso de la feuille ).

L'impression de ces premières épreuves de l'imprimerie ne s'opérait point par la presse typographique, alors inconnue , mais à la manière des cartiers, qui était la suivante: Sur la planche de bois gravée en relief et préalablement noircie avec une couleur à la détrempe, on plaçait une feuille de papier, que l'on frottait fortement au moyen du frotton enduit d'iui corps gras, huile, savon ou autre, qui lui permit de glisser sur la feuille de papier sans la déranger, de manière que le papier touchât partout la gravure relief, et celle-ci s'y imprimait parfaitement Comme cette manière d'imprimer au frotton empêchait l'impression des deux côtés de la feuille, le frottement nécessaire pour opérer l'impression sur le côté opposé de la feuille de papier aurait effacé l'empreinte existante sur le recto, on était alors forcé de coller des feuilles dos à dos par le côté resté en blanc , pour n'en former qu'une seule.

Examinons succinctement maintenant les produits de cette première époque de l'imprimerie et de la xylographie. D'abord les images isolées , ensuite les livres composés de texte seulement, et enfin les livres d'images.

La gravure xylographique, que l'on suppose le plus ancien monument de Fart d'imprimer, connue jusqu'à présent, représente un saint Christophe portant l'enfant Jésus à travers la mer; à sa partie inférieure est une inscription latine en lettres gothiques, avec le millésime de 1423, et dont voici la traduction -'

le jour, où tu regarderas U (ace lie Christophe, ce jour-U, tu ne mourras pas to'une mauvaise mort.

ï'an mil quatre cent bin^t-trois

Cette gravure a été trouvée par M. de Ileinecken au milieu du siècle passé ; elle était collée dans l'intérieur de la couverture d'un manuscrit de l'année 1417.

Quoique généralement regardée comme authentique, l'âge en a été cependant contesté, et surtout d'une manière convaincante par M. Sotzmann (*): voici ses preuves: Le millésime de 142 ;\ n'a pas rapport à l'époque dans laquelle fut exécutée la gravure, mais plutôt à un événement extraordinaire arrivé dans le courant de cette année ; aussi l'inscription ne désigne-t-ello pas les qualités attribuées ordinairement à ce saint, elle fait au contraire allusion à l'événement, En effet, les dates qui se trouvent sur les anciennes gravures xérographiques de cette époque ont ordinairement une autre signification que de marquer la date de la fabrication; quelquefois elles ont rapport à la personne même que la gravure représente; comme c'est le cas sur la gravure d'un saint Nicolas de Tolentino avec le millésime de 1460, qui est- l'année de sa canonisation; d'autres fois, elles désignent l'époque d'une fête, d'un miracle, ou l'année dans laquelle fut faite l'image originale dont la date passait dans la copie gravée.

Enfin, ce qui prouve encore davantage contre l'antiquité supposée de cette gravure du saint Christophe, c'est qu'elle n'est pas imprimée à la manière des temps primitifs de l'imprimerie, c est-à-dire avec le frotton et en couleur pale, mais qu'elle est imprimée avec la presse typographique et à l'encre noire.

(IfSolzmann, p. 505-507. -J. P. Passavant, Kimslblatt, Berlin. 1H50. p. 1f»2. Dr.C. Falkenslein, Gesch. «1er Biichdriickerkunst. Leipz. 1840, in-t*.

Un second exemplaire xylographique du même saint Christophe, portant également la date de 1428, existe au cabinet des estampes de Paris. Il est parfaitement semblable à l'autre (*), et c'est un fait remarquable qu'il existe deux exemplaires de cette gravure, supposée la plus ancienne, tandis que toutes les autres connues jusqu'à présent sont des exemplaires uniques.

On place encore, dans cette première époque de la xylographie, lui grand nombre d'autres gravures portant également des dates dont la pluralité cependant paraissent douteuses. Une des plus remarquables est un saint Bernardin avec le millésime de 1454, du cabinet des estampes de Paris; dont le travail est une imitation d'une gravure sur métal, tailler au moyen du ciseau, genre «le gravure qui nous occupera plus tard. Cette gravure nous transporte déjà par sa date et sou caractère aux premières années de la typographie.

La plupart de ces gravures xylographiques incunables se rencontrent dans laFranconie, les contrées rhénanes et la Souabe. Kn Flandre et dans le Brabant. ces images grossières ne paraissent pas très-répandues, parce que le goût était déjà plus épuré par la peinture des miniatures qui y florissait. Pour la France, ce serait principalement eu Bourgogne qu'on pourrait trouver des produits de ce genre. L'Italie n'en offre aucune trace.

Les livres xylographiques ou tabellaires (Block-books) forment la transition entre les images xylographiques imprimées et la typographie. Ils constituent mie division particulière dans la littérature et les arts du moyen âge , et offrent un grand intérêt pour l'histoire et le développement de l'art, de l'imprimerie et de la gravure sur bois.

On les divise ordinairement en deux classes: les livres contenant du texte seul , et ceux qui sont composés d'images et de texte. Les premiers sont des abécédaires , des ouvrages élémentaires à l'usage des écoles, et surtout, des Donats ou extraits de la grammaire d'Aelius Donatus, maître de saint Jérôme, qui vivait au milieu du quatrième siècle.

il) Ce qui a été prouvé par Orapelet et YYaagcn contre Dibdiu. qui prétendait faire un exemplaire unique, <le la gravure conservée daus la collection de lord Spencer.

C'est à l'impression de ce livre , généralement estimé et exclusivement en usage pendant des siècles , que l'imprimerie naissante exerçait son art, essayait ses forces juvéniles et ses procédés encore imparfaits, et cela presque dans tous les pays en même temps.

Les plus anciennes éditions cependant ont été faites en Hollande (*), probablement à Harlem, avant 1440, et de là se sont répandues dans les autres pays.

On ne possède que deux éditions complètes de ces Donats; le reste consiste en fragments disséminés dans les bibliothèques de Paris, de Londres, de Vienne, de Munich, du Haag, de Harlem, de Leyde, de Trêves, de Mayence et de Halle. Ils sont imprimés sur du parchemin ou sur du papier, mais, comme ils portent tous les signes de l'emploi d'une presse , ils ne peuvent être reculés que jusqu'à 1440.

Lés premières éditions étaient imprimées au frotton, d'un coté du papier seulement, et en grandes lettres gothiques. Cependant, la manière d'imprimer avec des planches de bois sur lesquelles le texte entier était gravé , ne peut pas toujours être regardée comme une particularité caractéristique des premières impressions, et désignant exclusivement les préliminaires de la typographie, puisqu'on a publié des éditions xylographiques encore après l'introduction de la typographie. On connaît un Donat xylographique en lettres allemandes, publié en 1480 par Conrad Dinkmuth, relieur et imprimeur de lettres (briefe), et de livres à Ulm; et une bulle d'indulgences, publiée à Munich en 1482.

M. Aug. Bernard atteste que les Donats en vélin sont imprimés à la presse et non au frotton , vu la difficulté que présentait cet instrument pour l'impression sur vélin ; et que les donats xylographiques sont postérieurs aux donats typographiques, ou en caractères mobiles, « parce qu'on ne connaît pas un seul fragment de Donat imprimé à la détrempe, et par conséquent au frotton , quoiqu'on en possède beaucoup exécutés avec des planches de bois; tous les Donats xylographiques qu'on a sont imprimés des deux côtés en belle encre noire, et portent des signatures. Enfin,

(1) Sotzmann. Ibid. p. 524 et suivantes.

pour des livres peu considérables et souvent réimprimés , il était plus économique, une fois l'imprimerie organisée, de les faire graver, afin de les conserver en magasin, et de pouvoir réimprimer à volonté, que de les composer chaque fois en caractères mobiles. Dans ce cas. les planches de bois faisaient l'office de nos clichés ou stéréotijim d'aujourd'hui. »

« Il existe encore un grand nombre de planches de bois provenant de Donats xylographiques. La Bibliothèque impériale de Paris en possède deux qui viennent primitivement de l'Allemagne ('). »

On peut donc fixer la durée de la période des livres xylographiques (*) à plus d'un demi-siècle, environ entre 1440 et 1490.

La seconde classe des livres xylographiques ou tabulaires, avec images et texte, embrasse une série d'environ vingt ouvrages, tant religieux que profanes. Ce sont tous des imitations directes de manuscrits ornés de miniatures, estimés et connus depuis longtemps , et dont la plupart existent encore. Quelques-uns remontent même jusqu'au treizième siècle, comme la Bible des pauvres et le Miroir du salut

La Bible des pauvres (s), Biblia pa uperum, ne paraît pas avoir reçu ce nom parce que ce livre était destiné spécialement aux personnes pauvres, mais parce qu'il devait servir de guide dans la prédication aux ecclésiastiques inférieurs et peu instruits.

Ce mot pauperes désignait au moyen âge aussi bien les pauvres laïques que les ecclésiastiques inférieurs des couvents et des ordres. Les chartreux et les bénédictins, qui s'en servaient le plus, s'appelaient eux-mêmes pauperes Christi.

La Bible des pauvres, ainsi que le Miroir du salut, ouvrages qui ont plus d'un rapport, se composaient d'une siûte de représentations prises du Nouveau Testament, expliquées par des versets tirés des prophètes, et par des sujets empruntés à l'Ancien Testament.

Le Miroir du salut, qui est le développement de la Biblia

(1) De l'origine et des débats de l'imprimerie en Europe, par M. Auguste Bernard; Paris, \*b'A, tome 1. p. 103.

(2) Pour plus de détails voy. Welter. Ottley, Sotzmann, etc.

(3) Kalkenslein, Sotzmann. etc.

pauperum, est pourvu d'un texte plus étendu, et contient de plus une histoire de la rédemption du genre humain.

On connaît jusqu'à présent six éditions de la Bible des pauvres, dont une, qui est considérée comme la plus ancienne, est composée de cinquante tables ou feuilles. Le seul exemplaire qui en existât encore a été soustrait à la bibliothèque de Wolfenbiittel, et placé dans celle de Paris. M. de Huebsch, à Cologne, a trouvé une des planches de bois gravées qui avaient servi à l'impression de cette édition, que l'on suppose par conséquent originaire de Cologne ou de son voisinage.

Les cinq autres éditions ne se composent chacune que de quarante feuilles. L'une de ces éditions, considérée comme la plus ancienne , paraît aussi avoir servi de type aux autres , et est jugée d'origine néerlandaise.

Les planches de bois de toutes les éditions de la Bible des pauvres, ainsi que de presque tous les livres xylographiques, sont imprimées au moyen du frotton et avec de l'encre à la détrempe pâle , et seulement d'un côté du papier.

Chaque feuille est marquée d'une lettre majuscule , placée au milieu des sujets de la partie supérieure. La première feuille porte la première lettre de l'alphabet, et 'ainsi de suite jusqu'à la vingtième, qui est signée du V. Les vingt feuilles suivantes sont signées de même, mais avec cette différence que chaque lettre est placée entre deux points. C'est là le premier emploi des signatures de feuilles , qui maintenant sont d'un usage général.

Dans le mois de mai 1823, M. Jacques Koning, à Harlem, découvrit les planches gravées en bois qui avaient servi à l'impression de la Biblia pauperum , et à un autre incunable xylographique , Y Art de mourir (Ars morietidi), planches que plusieurs imprimeurs hollandais du quinzième siècle ont employées dans diverses éditions postérieures.

Koning attribue ces planches à Coster.

Le Miroir du salut, apcculum bumaïut Mltationta, qui sous plusieurs rapports est semblable à la Bible des pauvres, est surtout remarquable parce qu'il est en partie xylographique et en partie typographique.

Ce livre incunable forme ainsi le passage de la première époque de l'imprimerie, l'époque xylographique ou tabellaire, à la seconde époque, la typographie, ou impression en caractères mobiles.

On a conservé quatre éditions du Miroir du salut, dont deux en latin, et deux en hollandais. Elles sont toutes in-folio, avec des caractères gothiques (de la forme des caractères de l'écriture en usage dans la Hollande au quinzième siècle; Ottley, 219) de la force du saint-augustin (14 points typographiques) mais avec Pœil très-compacte , équivalant à celui du gros-romain gras (Bernard I, 13). Les sujets de ces quatre éditions sont imprimés sur les mêmes planches, avec le frotton et de l'encre pâle.

Cependant le texte de l'une des éditions latines , qui se trouve dans les sujets figuratifs, est pour vingt de ses feuilles gravées sur les planches de bois mêmes , tandis qu'il est imprimé sur les autres feuilles avec des lettres mobiles et de l'encre à l'huile.

La ressemblance du style et de la gravure des sujets, ainsi que des lettres, que l'on remarque entre la Bible des pauvres et le Miroir du salut, fait supposer que l'époque de leur publication est à peu près la même; elle peut être placée vers l'an 1450, alors que la typographie commençait à naître à Mayence. M. Bernard, s'appuyant sur l'assertion d'Hadrien Junius et sur d'autres preuves incontestables, attribue l'impression des Spéculum anonymes à Laurent Coster, de Haarlem (!).

Les planches de bois qui avaient servi aux éditions originales de la Bible des pauvres, furent plus tard employées dans des livres publiés par Peter van Os, à Zwoll ( Ober- Yssel ) , en 1488 et 1491. L'imprimeur Veldener, de Culembourg, s'est servi des planches originales du Miroir du salut pour une nouvelle édition du même livre en 1483; il a scié les planches et les a mêlées avec de nouvelles, pour en former une édition in-4°. Il existe même encore deux éditions de la Bible des pauvres entièrement xylographiques , mais dont plusieurs exemplaires sont imprimés

(i) Voyez en outre sur ce sujet Wetter, Falkenstein, Ottley, Sotzmann et surtout E. Harzen, liber Aller und Ursprung der fruhcstcn Ausg. des Heilspiegels, im Archiv f. zeichn. Kunste, Leipz. I" Jahrg. 1855, p. 3 ff. — Il" Jahrtf. 1850, p. 1 ff. - Sur le Spéculum «alv. hum. par Ch. Ruelens. Brux. 4855, etc.

des deux côtés du papier et par la presse typographique. Le texte est en allemand, et les gravures plus grossières qu'aux éditions antérieures. L'une de ces deux éditions porte le millésime de 1470, et a pour éditeurs Frédéric Walther et Hans Hurning, à Nôrdlingen; l'autre est marquée de la date 1475, et du monogramme de Hans Sporer.

On voit donc que les impressions xylographiques ou tabulaires existèrent encore longtemps à côté des éditions typographiques, comme cela était le cas avec les Donats.

Les autres livres xylographiques avec texte et images qui nous ont été conservés , ont plus ou moins de rapport quant aux procédés d'exécution avec les deux livres que nous venons d'examiner; mais ils diffèrent entre eux par les sujets et le texte, le format, le volume et la date. La plupart des dessins des images de ces livres ont été coloriées par des enlumineurs avec des couleurs à la détrempe.

Certaines particularités qui paraissaient propres aux livres xylographiques, et qui ont été présentées comme des preuves de leur antiquité , ont été écartées plus tard comme incertaines ou douteuses , comme fausses même. Telles sont principalement les signatures marquant la suite des feuillets, qui se rencontrent déjà sur les éditions les plus anciennes de la Bible des pauvres, et qui cependant ne furent mises en usage qu'en 1472 par l'imprimeur Kœlhof , à Cologne ; telles sont encore les marques de la fabrique ou du fabricant dans le papier qui a servi à l'impression de ces livres, et sur lesquelles Koning surtout appuyait ses arguments , ces marques , quoique existant déjà dans des livres xylographiques néerlandais de la première moitié du quinzième siècle, se rencontrent également encore dans les imprimés allemands et hollandais du seizième siècle. L'usage d'intercaler dans les livres tabellaires imprimés en latin des feuilles blanches sur lesquelles on écrivait à la main la traduction allemande , usage que les imprimeurs de lettres paraissent avoir introduit pour s'épargner le travail pénible de la gravure sur bois, n'est pas regardé comme une preuve infaillible de leur antiquité , pas plus que les marques du fabricant de papier et les signatures des feuilles pour le relieur.

D suit de là que les livres xylographiques embrassent une période plus courte que les Donats, de 25 ans environ, commençant à peu près vers 1460; et que, par conséquent, ils ne sont pas les plus anciens produits de la gravure sur bois , mais qu'ils peuvent être considérés comme contemporains des incunables de la typographie.

Il paraît qu'en général l'impression avec des planches de bois gravées a commencé à être pratiquée par les cartiers et par les peintres de lettres dans les trente premières années du quinzième siècle , et cela principalement en Hollande ; mais que cet art ne se répandit et ne s'établit positivement que vers 1440, époque des cartes à jouer et des images de saints gravées sur bois et sur métal, et imprimées sur papier.

A l'approche du milieu du quinzième siècle, l'impression xylographique ou tabeilaire produisit principalement des livres composés simplement de texte , et ce fut premièrement en Hollande.

C'était l'époque des Donats et des livres d'école.

Depuis 1460 jusqu'en 1480 environ, lorsque la typographie , c'est-à-dire l'impression avec des lettres mobiles , avait déjà été inventée et même perfectionnée à Mayence , on publiait encore en Hollande , et plus tard aussi en Allemagne , des livres d'images xylographiques.

C'était à la fois l'époque des livres xylographiques à images et de l'invention et de l'extension de la typographie.

Enfin, dès les dix dernières années du quinzième siècle, la gravure sur bois, employée jusque-là par les imprimeurs de lettres pour les livres de texte et d'images , ne servait plus qu'à la reproduction des dessins et des peintures , tandis que la typographie était exclusivement adoptée pour les livres à texte.

Ainsi ces deux arts, qui avaient marché ensemble pendant quelque temps , s'étaient séparés pour prendre chacun une route indépendante en se développant et se perfectionnant dans tous les sens.

Un troisième art , la gravure sur métal , dont nous nous sommes peu occupés jusqu'à présent , entra également en lice , et en même temps que les deux précédents.

Ces trois arts donc avaient été inventés dans le commence-

ment du quinzième siècle. La gravure sur bois et la gravure sur métal, tous les deux destinés à la reproduction et à la multiplication au moyen de l'impression, auront leur place plus loin; la typographie nous occupera d'abord.

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