‹ Des arts graphiques destinés a multiplier par l'impression; considérés sous le double point de vue historique et pratiqueChapitre 16 sur 31 · APPLICATIONS DE LA GALVANOPLASTIE · texte numérisé non relu

APPLICATIONS DE LA GALVANOPLASTIE

Dès que la galvanoplastie eut été lancée dans le domaine public, un grand nombre de savants et d'industriels de tous les pays s'en occupèrent, et tous leurs efforts eurent pour but d'en

modifier les opérations, de perfectionner les procédés , afin d'étendre et de varier les applications dont cet art nouveau est susceptible.

M. Spencer, dans l'application électro-chimique des métaux et des oxydes sur d'autres métaux , avait constaté le fait suivant : D'un côté , on dépose un métal sur un autre , auquel il adhère assez fortement pour que l'on ne puisse l'en séparer par des moyens mécaniques autres que la lime ; et de l'autre côté , on dépose également un métal Sur un autre ; mais cette fois il ne doit plus y avoir adhérence entre les deux métaux, car sans cela on ne pourrait séparer du moule le métal déposé. Ce fait important divise l'électro-chimie en deux branches : la dorure, l'argenture, etc., et la galvanoplastie proprement dite.

La première catégorie d'opérations a pour but de donner aux métaux ordinaires une apparence de métaux fins , de garantir les métaux oxydables de toute altération , de procurer une apparence métallique et une plus grande solidité aux objets formés d'une matière fragile, telle que poterie, verrerie, porcelaine, plâtre; et de revêtir les métaux des couleurs les plus brillantes pour les embellir.

La seconde catégorie d'opérations sert à reproduire et à multiplier en relief ou en creux des objets gravés ou moulés, ou de graver directement des planches propres au tirage.

Ceci établi, examinons successivement tous ces divers genres d'applications ; nous ne le ferons que sommairement touchant la première catégorie, pour nous arrêter davantage à la seconde.

Dépôts métalliques adhérents. Brugnatelli, élève et collaborateur de Volta. parait être le premier qui ait observé que l'on peut dorer au moyen de la pile. Effectivement on lit dans le journal de chimie et de physique de Van Mous, de 1803, une lettre de Brugnatelli, dont voici le passage y relatif: « J'ai der- « nièrement doré d'une manière parfaite deux grandes médail- « les d'argent, en les faisant communiquer, à l'aide d'un fil d'a- « cier avec le pôle négatif d'une pile voltaïque, et en les tenant « l'une après l'autre plongées dans l'ammoniure d'or nouvelle- * ment fait et bien saturé. »

Mais ces essais n'eurent alors point de suite.

En fouillant dans l'histoire, on prétend même que les Egyptiens avaient eu connaissance de l'électro-métallurgie, et qu'ils avaient doré et argenté le cuivre , et fait des revêtements métalliques sur des objets de terre et de verre, au moyen de l'électricité ; c'est ainsi du moins qu'on s'explique les couches minces d'or et de cuivre que l'on trouve sur des vases et d'autres objets semblables, revêtements métalliques parfaitement cohérents et sans trace de soudure.

M. de la Rive est le premier sans aucun doute qui (au commencement de l'année 1840) ait réalisé l'idée d'appliquer l'or sur les métaux en faisant usage des appareils simples de M. Becquerel ('). M. de la Rive a rendu un immense service aux arts et aux industries, surtout aux industriels, en substituant à la méthode dangereuse et nuisible du dorage au mercure , son procédé de dorage électro-chimique.

Aussitôt que le public eut connaissance du procédé de dorure dont M. de la Rive venait de doter l'industrie , de toutes parts on se mit à l'œuvre pour le rendre pratique. M. Elkington et M. Ruolz v ont successivement introduit des modifications, et l'ont étendu au dorage sur le platine, l'argent, le cuivre rouge, le laiton, le bronze. Pour dorer l'acier, le fer et l'étain, il fallait appliquer préalablement sur la surface une pellicule mince cuivreuse. M. Sturgeon parvint à dorer des ressorts de montre, des aiguilles de boussole et autres objets en acier, sans avoir besoin de les cuivrer préalablement. M. Bœttger perfectionna aussi la méthode de M. de la Rive. Enfin, dans l'espace de trois ans, l'art de la dorure électro-chimique avait fait des progrès rapides, grâces aux travaux de MM. Becquerel, Dumas, Jobard, Darcet, Spencer, Steinlieil, Elsner, Fehliug, Graeger, Selmi, Haeule, Philipp, Hossauer, Desbordeaux, Mourey, Jervreinoff, Walcker et d'autres.

On est arrivé ainsi à appliquer la dorure électro-chimique aux ouvrages de cuivre , de laiton, d'argent, de maillechort, d'acier et de fer. On est parvenu aussi à dorer des feuilles et des fleurs

i\\ KlAmenUH'Électro-Chimip.

de plantes diverses. La dorure est employée dans l'horlogerie, la bijouterie et l'orfèvrerie. Le coutelier et l'armurier s'en servent pour décorer leurs instruments et leurs armes ; le fabricant de tabatières en papier mâché l'emploie pour ses charnières. On a trouvé le moyen de dorer des tissus , des blondes et les dentelles les plus fines , en conservant leur forme et leur souplesse.

Enfin nous avons appliqué la dorure électro-chimique de M. de la Rive d'une manière spéciale à la gravure à l'eau-forte. Au lieu du vernis de graveur ordinaire, nous nous sommes servi d'une couche d'or très-mince déposée sur la planche de cuivre par la pile voltaïque. Cette couche d'or n'offrait pas plus de résistance que le vernis pour le travail à la pointe , et elle était cependant assez forte pour résister au mordant. Le portrait du statuaire Chaponnière, que nous avons gravé de cette manière, et qui a été présenté à l'Académie des sciences, le 30 nov. 1840, par M. de la Rive, a parfaitement réussi ('). Nous avons essayé aussi de graver des planches de cuivre platinées par M. Melly, de Genève, mais sans succès.

L'argenture s'applique sur l'or, le platine, l'étain, le fer, l'acier et particulièrement sur le cuivre dans la fabrication du plaqué. Cette dernière application a été faite avec succès par M. Belfield Lefévre. MM. Drayton et Power , ainsi que M. Delamotte, pratiquent l'argenture électro-chimique en grand et avec succès. Le platine, le palladium, le nickel, le cobalt se déposent sur le cuivre et d'autres métaux. On effectue avec avantage dans les arts des revêtements de métaux avec l'étain, le plomb et le zinc. M. Bernard met en usage les procédés que M. de Ruolz a inventé pour la formation électro-chimique du laiton, en fabriquant des objets en fer cuivré, tels que clous, fils, pièces de constructions et d'ornements. La compagnie de Coaldbrookdale en Angleterre s'occupe de la production des mêmes objets.

M. de Ruolz obtient par la pile un dépôt de bronze, au moyen

(i) M. Jobard, de Bruxelles, réclame, dans l'Écho du monde savant du 3 décembre 1840, la priorité de celte invention. Nous ferons observer que nous n'avons pas prétendu à l'invention de ce procédé, mais que nous l'avons appliqué le premier, et sans avoir eu connaissance de l'idée de M. Jobard. * H. H.

d'une dissolution de cuivre et de zinc dans des proportions convenables pour le former (').

Le cuivre ne s'applique pas seulement sur la tôle, la fonte et d'autres métaux, mais encore sur des substances non conductrices, en les recouvrant préalablement de plombagine. On cuivre ainsi des fruits, des légumes, des grains, des feuilles; des vases en terre, en verre et en porcelaine ; des objets de vannerie. M. Stiegelmayer , sculpteur bavarois, en 1843, et M. Homaletsch, de Vienne, en 1845, ont tous les deux recouvert des statues colossales d'une couche de cuivre, qui rend avec la plus rigoureuse exactitude les détails les plus délicats. M. Stiegelmayer a aussi employé son procédé pour de petits objets, tels que des fleurs, des plantes et même des insectes. De ce genre sont encore les fleurs et les plantes naturelles recouvertes de cuivre argenté ou doré par la pile qu'un artiste de Paris, M. Gervaisot, avait exposé en 1855.

Mais l'emploi le plus étendu des procédés de revêtement de cuivre au moyen de la pile , est pratiqué dans l'usine électrométallurgique de M. Oudry , où l'on s'occupe principalement à revêtir économiquement de cuivre , le bois, les métaux et toutes sortes de surfaces, entre autres les grandes pièces de machines. Pour remplacer les cuves de bois qui servent à contenir les dissolutions, et qui ne peuvent dépasser une certaine grandeur sans se rompre , M. Oudry a pris le parti de creuser dans le sol des fosses, pour recevoir des moules de toute dimension. M. Oudry avait présenté à l'Exposition de 1855 un modèle de bâtiment dont la coque avait été revêtue, à l'extérieur, d'une couche de cuivre.

M. Becquerel a imaginé une application très-ingénieuse de l'électro-chimie, en revêtant les divers métaux des couleurs les plus brillantes. A cet effet on se sert d'une dissolution d'oxyde de plomb dans laquelle se trouve un vase poreux avec une plaque de platine et de l'acide nitrique; la plaque de platine est mise en rapport avec le pôle négatif et l'objet à colorer avec le pôle positif: lorsque le circuit est fermé, il se forme des dépôts d'o-

(4) Voyez la recette du Dr lleeren, et Mechanic Magazine.

xyde de plomb extrêmement fins qui produisent les couleurs. LW et le platine se colore le mieux. Le fer, le cuivre ou d'autres métaux qui s'oxydent facilement sont dorés préalablement. Comme la plupart des couleurs produites sont transparentes, leur coloris est modifié par la couleur du métal à colorer. Sur For on peut produire un bleu pur, mais toujours un peu verdâtre, tandis que sur le platine on obtient le plus beau bleu. Sur cuivre les couleurs sont toujours rougeâtres, et sur le fer et Pacier toutes les couleurs sont plus foncées. L'adhérence est telle qu'on peut polir avec du rouge. Ce procédé a trouvé son emploi dans mainte industrie ; entre autres pour les aiguilles de montre, telles qu'on les fait dans les ateliers de MM. Lequin et Comp. à Genève.

M. Brockelsby a réussi à imiter de la même manière les couleurs de la nacre de perle.

Dépôt métallique non adhérent. La galvanoplastie proprement dite a pour but la reproduction des objets reliefs ou creux ou de les graver directement. MM. Spencer et Jacobi ont commencé par reproduire des monnaies et des médailles. Depuis on a beaucoup perfectionné les procédés , et Ton obtient maintenant des reproductions parfaites, et de toutes dimensions et de tous reliefs, de monnaies, de médailles, de camées, de pierres gravées, de sceaux, de cachets et de timbres, enfin de tout ce qui entre dans le domaine de la glyptique.

Si les objets à reproduire sont conductibles , on opère directement sur les pièces originales qui représentent l'électrode négatif; on obtient ainsi l'image en creux, que l'on met de nouveau en expérience pour l'avoir en relief. Si les objets ne sont pas conducteurs, il faut, ou les enduire d'une couche métallique, ou en prendre un moule comme nous l'avons déjà indiqué.

Une des belles applications de la galvanoplastie est celle de la reproduction des bas-reliefs, de bustes, de statues, de tous les objets de Part de la sculpture et du fondeur.

Pour les objets de peu d'étendue on procède comme ci-dessus ; s'il s'agit d'un objet en ronde bosse de petite dimension, tel qu'une statuette, un vase, etc., etc. : après avoir préparé avec la plombagine l'intérieur de toutes les pièces du moule, on les as-

semble et les soude avec du plâtre, on établit les communications avec l'appareil voltaïque et on procède au dépôt métallique.

Quand l'original a des dimensions telles qu'il faille employer des vases d'une grande capacité , on emploie le moyen suivant : On joint les différentes pièces du moule ensemble avec de la cire ou du plâtre rendu imperméable, de manière â former une capicité propre à recevoir la dissolution. On se sert d'une forte batterie et d'une dissolution un peu étendue. On en agit ainsi parce que le volume de la batterie n'est pas proportionné à l'étendue de la surface de l'original. Le morceau de cuivre qui forme l'électrode positif doit avoir la plus grande étendue possible, et être placé très-près du moule en plâtre, afin de diminuer la résistance du courant au passage. L'épaisseur à donner au cuivre dépend de la grandeur du sujet.

On peut obtenir une ronde bosse d'une seule pièce; mais, s'il est en parties séparées, on les soude, non pas comme à l'ordinaire, mais par les procédés électro-chimiques. Dans le premier cas , et pour faciliter le dépôt, on se sert de plusieurs conducteurs; c'est ce mode, employé depuis longtemps, que M. Lenoir vient de perfectionner récemment, en introduisant dans le creux du moule un faisceau de fils de platine servant de conducteur ; ces fils suivent intérieurement la forme du moule sans y toucher nulle part , et y déposent uniformément le métal du bain.

C'est de ces différentes manières que la galvanoplastie a produit des objets de sculpture et de la statuaire très-considérables. Nous remarquerons, entre beaucoup d'autres, le buste du roi de Prusse, qui, avec la colonne de son piédestal , a une hauteur de quatre pieds. La statue colossale du Christ , d'après la sculpture de Thorwaldsen, la tète antique de Junon avec le buste restauré par le sculpteur Rauch , et les battants de la porte de l'église de Wittemberg, avec les 95 thèses de Luther; toutes ces galvanoplasties sortent des ateliers du baron de Hackewitz à Berlin. M. F.-L. Mœring, de la même ville, a fait, en 1851, un magnifique haut-relief en argent mat, représentant la Charité, modelé par M»Tieck.M. de Kress, à Offenbach-sur-le-Main, a exécuté en 1851 les statues de Gutenberg, de Fustet de Schœf-

fer, dont chacune avait la hauteur de 10 pieds et 6 pouces, et dont les modèles sont dus à M. von der Launitz, de Francfort-sur-le-Main. M. de Kress a fait encore, par les procédés galvanoplastiques , la statue en grandeur naturelle du comte de Leiningen, d'après une sculpture du XIVe siècle; et un Page du temps de Rubens, également grandeur de nature ; cette statue offrait cela de particulier qu'elle était ornée de différentes couleurs obtenues par la pile : de manière que les chairs avaient un ton rougeàtre , l'armure la couleur du fer, et la cotte de maille et les autres ornements étaient dorés; ce page tenait d'une main un flambeau, duquel devait sortir une flamme de gaz pour éclairer l'escalier de la villa Brentano à Francfort, à laquelle il était destiné.

Pour l'Exposition de Paris de 1855, M. Kress a produit des galvanoplasties remarquables : entre autres un bas-relief représentant la Danse des Willis, sujet emprunté au tableau de M. Aug. Gendron. Il était composé de plus de trente figures en haut-relief. Cette plaque , ainsi que les paysages suisses , moulés sur des sculptures en bois , présente des effets de lumière tout à fait inconnus jusqu'ici dans les reproductions métalliques. Ces effets , éminemment pittoresques , sont dus à un bronzage particulier, qui consiste, croyons-nous , à aviver les parties frappées par la lumière, au moyen d'une gratte-bosse ou avec de la poudre de ponce. Ainsi les crêtes des glaciers , les côtés éclairés des chalets et des châteaux, les reflets de la lumière et de la lune dans les rivières et les lacs, présentent ces effets. Les ciels offrent un aspect différent ; les nuages , un peu plus brillants que le reste , ressortent sur un fond mat dû à un travail de grenage à l'aqua-tinta. L'effet de ces nuances est charmant.

MM. Soyer et Igné de Paris avaient produit, il y a quelques années, le buste d'Hercule jeune, haut d'im pied et demi, et ilsofraient d'exécuter par les procédés galvanoplastiques VEléphant de la Bastille pour le prix de 200,000 fr., au lieu de 600,000 qu'il en coûterait en fonte ordinaire. On voyait encore en 1846 le modèle en plâtre de cet éléphant, qui avait 15 mètres de haut, il fut remplacé par la colonne de Juillet

L'Exposition universelle de 1855 était riche en ouvrages galvanoplastiques : M. Gueyton, de Paris, avait produit en cuivre argenté le beau bas-relief du Calvaire de Justin , un buste de Tlmpératrice en une seule pièce, et plusieurs autres objets trèsestimés. MM. Possey, Feuquière, Lionnel, Lefèvre, Zier, y figuraient d'une manière distinguée ; le dernier par une reproduction de la Colonne Vendôme. M. Beaure montrait une belle collection de médailles antiques.

MM. Elkington et Mason, de Birmingham, à qui l'on doit les fontaines de grande dimension obtenues par les procédés galvanoplastiques, qui ornent maintenant le palais de Seydenham, ont exposé des bustes de grandeur naturelle , des statues en cuivre galvanique, et des plateaux, des coffrets, etc. argentés par la pile.

On y voyait encore des bas-reliefs de grande dimension atteignant presque la ronde bosse, à sept et huit personnages, des statuettes de près de 2 pieds de hauteur, d'une grande perfection, sortant des ateliers spéciaux de galvanoplastie de l'Imprimerie de Vienne ; et le service remarquable en plaqué d'argent exécuté pour l'empereur des Français par M. Christofle, de Paris. A propos de ces derniers objets, M. L. Figuier fait une réflexion très-juste, que nous ne pouvons pas manquer de citer ici; il dit: cBien des personnes voient avec regret s'introduire dans les œuvres d'orfèvrerie le plaqué galvanique, pour y remplacer l'argent massif, qui jouissait depuis des siècles de la propriété exclusive de fournir sa matière précieuse aux inspirations de l'artiste. Mais il est facile de reconnaître que la substitution du plaqué galvanique à l'argent pur ne saurait offrir que des avantages aux progrès et à l'avenir de la sculpture.

« N'étant plus arrêté par le prix excessif de la matière première à employer , l'artiste qui confiera à l'électro-chimie la reproduction de ses modèles, pourra donner libre carrière à son imagination, et il aura ainsi les moyens de créer des chefsd'œuvre dont l'idée même n'aurait pu être conçue il y a peu d'années. Il est à remarquer qu'aucune des grandes pièces d'orfévrerie sculptée , exécutée pendant les deux derniers siècles, et qui ont fait l'admiration des cours de Louis XIV et de

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Louis XV, n'est parvenue jusqu'à nous. Dans les moments difficiles de nos révolutions , la perfection d'un objet d'art a rarement trouvé grâce devant la nécessité d'en réaliser la valeur pécuniaire ; nos hôtels de monnaie ont transformé en informes lingots les plus belles créations des artistes des siècles passés. Au contraire, de toutes les œuvres sculpturales exécutées en bronze , et qui datent de la même époque , aucune ne s'est perdue, grâce à cette heureuse circonstance que la matière première en était sans valeur. Pour la conservation des chefsd'œuvre artistiques de notre âge , il est donc à désirer que l'emploi du plaqué galvanique prenne faveur. »

Tous ces objets galvanoplastiques, dont il a été question, peuvent être obtenus en différents métaux; le cuivre est cependant le plus généralement employé. Les pièces en argent métallique de toute épaisseur , obtenues en décomposant , par le courant électrique , un bain de cyanure d'argent , se répandent de plus en plus, et offrent de nouvelles ressources à l'orfèvrerie.

Parmi les travaux les plus remarquables en ce genre est surtout le bas-relief offert par la ville de Berlin au prince de Prusse, à l'occasion de son mariage. Cette pièce, due à M. Wollgold, de Berlin, grande de 5 pieds de longeur sur 3 et demi de large, se compose de plusieurs figures en haut-relief de 5 pouces de hauteur; elle est d'une exécution parfaite. Outre des coupes, des coffrets et des gobelets, de MM. Elkington et Mason et de M. Wallgold, il faut citer encore une très-belle coupe de chasse, due à M. Gueyton, un vase sculpté pour l'empereur d'Autriche, et un bouclier en argent oxydé , du général O'Donnell , sortis des ateliers de M. Schuch de Vienne.

Lorsque les objets galvaniques sont en or ou en argent , la couleur du métal, même en la conservant mate ou polie, est assez belle en elle-même et se conserve bien. L'étain et le cuivre peuvent être dorés, argentés ou platinés; la couleur du cuivre réduit par la pile, quoique fort belle, ne convient cependant pas à tous les objets ; on préfère généralement lui donner la couleur de bronze , qui présente une plus jolie apparence.

Le bronzage s'opère de différentes manières. L'une d'elles consiste à frotter la médaille avec de la mine de plomb, immé-

diatement après l'avoir retirée de la dissolution , puis on la met sur le feu et on la chauffe légèrement; on doit ensuite la brosser avec un pinceau rude, en la mouillant un peu pour enlever Texcédant de mine. Une très-faible solution d'hydrochlorate d'ammoniaque ou de sulfate de potasse donne au cuivre une fort belle couleur de bronze. — On recouvre l'objet à bronzer avec de l'oxyde de fer, on le place dans une moufle, et dans cet état on le soumet à l'action de la chaleur. Lorsqu'on le retire du feu, il suffit de brosser. — Ou encore , humectez la surface avec de l'esprit-de-vin, et, lorsque l'objet est presque sec, saupoudrez-le d'un mélange de craie rouge et de plombagine , et enlevez le surplus avec un blaireau; mieux vaut de broyer 5 parties de sanguine et 8 de mine de plomb , avec Pesprit-de-vin , d'appliquer ce mélange au pinceau, de laisser séjourner pendant 24 heures, et de brosser ensuite.

La bijouterie , l'orfèvrerie, la quincaillerie et d'autres industries de ce genre ont tiré de nombreux avantages des procédés galvanoplastiques pour la fabrication d'objets en or, en argent, en cuivre, en maillechort, en étain, tels que des tabatières, des étuis, des porte-monnaie, des boîtes d'allumettes, des porte-cigares, des vases, des conpes, des coffrets, et une foule d'autres objets. M. A. Rouseleur, dans ses Manipulations hydroplastiques (Paris, 1855) , nous fait connaître quelques applications intéressantes : « En champ-levant à jour, dit-il, une plaque de cuivre et l'appliquant bien à plat sur une seconde feuille métallique pour la soumettre à un bain d'or ou d'argent, on pourra remplir du dépôt de ces métaux les vides faits dans la plaque et donner lieu ainsi à une espèce de mosaïque. »

C'est par un moyen analogue que, collant à l'aide d'un vernis mince des pierres précieuses ou autres objets sur une plaque métallique , et soumettant le tout à l'action du bain après l'avoir métallisé, il sera possible (VencJiatonner artificiellement les corps qu'on veut faire concourir à la formation d'un objet d'art.

En creusant au burin une plaque d'ivoire ou de nacre, la mettant au bain après l'avoir métallisé , la laissant se recouvrir entièrement et polissant ensuite jusqu'à découvrir les surfaces en saillie, on produira des incrustations qui n'auront pas nécessité le reperçage.

On fait également, au moyen de la pile, des moules en cuivre pour les fondeurs , et des moules-mères pour les faïenciers. Le dentiste a profité de ces procédés pour les empreintes de la mâchoire; le chirurgien et l'orthopédiste s'en sont servis pour reproduire les membres auxquels il fallait adapter des pièces de pression. Le naturaliste en profite pour reproduire des cristaux ou d'autres formations. M. Stiegelmayer a reproduit des fleurs, des plantes et même des insectes avec une grande fidélité. M. T.-B. Jordan a copié des objets d'histoire naturelle et en particulier des fossiles.

. Dans la célèbre imprimerie impériale de Vienne , dirigée avec tant de talent par M. le conseiller Auer, on en a tiré partie pour obtenir les reproductions en relief du corps humain , des différentes espèces d'animaux et des plantes destinées à l'instruction des aveugles. Enfin, il n'y a pas de branche d'art, ou des sciences, ou de l'industrie, qui ne puisse mettre à profit les procédés de l'électro-chimie.

GALVANOPLASTIE APPLIQUEE A L'ART DE LA GRAVURE. Cependant l'application de la galvanoplastie qui nous intéresse plus particulièrement, c'est celle qui se lie directement aux arts graphiques de reproduction, c'est-à-dire qui servent à multiplier les exemplaires par l'impression, et qui est connue sous les noms d'électrotypie, de galvanographie et de gravure galvanique.

La dénomination d'électrotypie nous servira pour désigner la reproduction d'objets déjà gravés soit en creux soit en relief; tandis que, sous le nom tfclectrographic, nous entendrons les opérations qui ont pour but de produire directement des planches gravées par l'action du courant électrique.

Electrotypie. MM. Spencer et Jacobi, en découvrant les principes de la galvanoplastie, avaient obtenu des planches de cuivre avec des lettres en relief; ces procédés ont donné naissance à des genres différents de reproduction.

M. Spencer, en traçant avec une pointe des caractères sur une planche de cuivre verni , mettait le cuivre à nu et permet-

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tait au courant électrique de déposer le cuivre réduit dans les lignes creusées. Ce dépôt adhérait à la planche, mais il était inégal suivant la rapidité de l'action. M. Spencer l'égalisait ensuite en le frottant avec de la pierre ponce et de l'eau; il obtenait ainsi une planche-relief propre à l'impression sous la presse typographique.

Procédant d'une autre manière , il produisait une planche du même genre, mais solide et également en relief. M. Spencer preuait une planche de cuivre en creux, ou une planche de bois gravée en taille d'épargne, ou des caractères d'imprimerie; il les posait sur une lame de plomb et les soumettait à une forte pression, pour se procurer des empreintes en relief ou en creux, suivant le genre de gravure de l'orignal. En se servant de ces formes en plomb comme d'électrode négatif, il obtenait des reproductions identiques des planches originales. M. Jacobi opérait de la même manière et arrivait au même résultat.

L'identité parfaite des empreintes obtenues par le procédé galvanoplastique, qui reproduit les lignes les plus délicates, celles-là même qui ne sont visibles qu'au microscope , a fait penser que ce procédé serait précieux pour la reproduction des planches gravées en cuivre et en acier, afin de conserver les planches originales, quelquefois d'un très-grand prix. Si les copies sont usées, on peut facilement faire une nouvelle empreinte.

Pour faire une copie d'une planche en cuivre gravée, on procède de différentes manières. Le dessin gravé étant en creux, il faut commencer par obtenir une copie, ou un moule en relief. Si cette copie doit être en cuivre, il faut surtout empêcher l'adhérence entre l'original et le dépôt. On peut, comme MM. Jacobi et Spencer, frotter la surface à chaud avec de la cire ou un autre corps gras et l'essuyer jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'une pellicule très-mince; ou bien, comme M. Bocquillon, recevoir dessus la fumée blanche d'un corps résineux , après avoir déposé une couche d'or ou d'argent. On risque cependant toujours que, si mince qu'elle soit, cette couche ne remplisse plus ou moins les traits fins.

M. Smée conseille de placer la plaque dans un lieu frais pendant vingt-quatre heures, afin d'augmenter la coucbo d'air à la

surface, ce qui suffit pour empêcher l'adhérence. Cependant tous ces procédés laissent beaucoup à désirer. Le procédé imaginé par M. Mathiot ('), des États-Unis, paraît préférable ; le voici : Le peu de solubilité de l'iode dans l'eau, son poids atomique ou équivalent considérable, et ses propriétés inoffensives engagèrent M. Mathiot à l'essayer. Une planche de cuivre bien nettoyée fut exposée à la vapeur d'iode et électrotypée : le dépôt se sépara facilement du moule. On recommença une centaine de fois cette expérience, toujours avec succès.

Mais, en nettoyant de grandes planches pour recevoir la couche d'iode, on remarqua que, tandis qu'une partie de la plaque était très-nette, l'autre restait terne et voilée, et qu'alors on ne pouvait obtenir une action uniforme de l'iode. Cette remarque conduisit à argenter la plaque avant de l'ioder. ce qui facilita le nettoyage et rendit apparente l'action de l'iode. Une plaque argentée fut lavée avec une dissolution alcoolique d'iode et électrotypée; la planche électrotypique se sépara du moule encore plus facilement qu'auparavant ; Piodure d'argent réussissait mieux à prévenir l'adhérence que Piodure de cuivre.

Mais on s'aperçut bientôt qu'une planche préparée par un temps couvert ne se séparait pas aussi facilement que quand le ciel était serein; qu'une plaque iodée et exposée au soleil se séparait avec une très-grande aisance, tandis que, lorsqu'elle était iodée par un temps pluvieux et placée dans une chambre obscure avant de la mettre dans le bain, le dépôt adhérait si fortement au moule , qu'il fallait , pour le détacher, employer les anciens moyens, chauffer et frapper les deux planches.

Le procédé d'ioder et d'exposer à la lumière a été jusqu'à présent employé pour un très-grand nombre de planches soigneusement gravées ; il n'a jamais présenté la moindre difficulté pour séparer le dépôt du moule, quand il a eu atteint l'épaisseur désirée. On serait peut-être tenté de croire que l'iode agit seulement par son interposition entre les deux plaques; mais la quantité d'iode appliquée sur une plaque doit être regardée comme insuffisante à produire la séparation par une action pu-

(1) Rapport de M. Mathiot sur les opérations électrotypiques faites par lui dans le bureau hydrogr. des États-Unis— Cosmos, journal, etc. vol. III, 1853.

rement mécanique. La quantité de cire étendue sur une plaque de cuivre suivant la méthode indiquée, et qui ne suffit pas à empêcher l'adhérence, est dix mille fois plus considérable que la quantité d'iode suffisante à la rendre pleinement impossible.

Pour préparer ses plus grandes planches de 10 pieds carrés de surface, M. Mathiot emploie la dissolution d'un grain d'iode (0^,065) dans 20,000 grains d'alcool concentré ; si un grain de cette dissolution suffit pour mouiller lui pied carré, il n'y aura qu'un vingt-millième de grain d'iode sur la plaque; mais, comme l'iode s'évapore rapidement avec l'alcool, cette quantité se réduira probablement à un cent-millième de grain.

Si nous admettons que les rayons solaires décomposent l'iodure d'argent et laissent Piodure en vapeur sur la plaque, l'épaisseur ne sera qu'un quarante-quatre-millionième de pouce, quantité tout à fait inappréciable au point de vue mécanique. Pour prouver combien peu la délicatesse des traits de la plaque est diminuée par l'emploi de ce moyen chimique de prévenir l'adhérence, M. Mathiot nous apprend qu'une planche gravée a été sept fois électrotypée en relief et en creux successivement, sans que l'examen le plus attentif ait pu faire apercevoir la moindre différence entre la dernière reproduction et l'original.

Les grandes cartes des côtes d'Amérique ont été reproduites par ces procédés électrotypiques.

Celui à qui ces opérations ne seraient pas familières fera mieux de faire un moule au moyen des substances que nous avons indiquées plus haut. Là encore s'offrent des difficultés impossibles souvent à éviter. Lorsque la planche gravée a subi des retouches avec le brunissoir ou le marteau, il se forme des dessous et des rebarbes, qui empêchent le moule de se séparer de l'original ou qui le déchirent. Un autre inconvénient se présente, c'est le rétrécissement de presque toutes les substances dont on forme les moules, inconvénient très-sensible pour les cartes topographiques, et pour tout ce qui demande une grande précision. Les meilleurs moules en ce sens sont ceux qui sont faits en gutta-percha de la manière que nous avons indiquée.

M. le duc de Leuchtenberg a inventé un procédé particulier de reproduction. Au lieu d'encrer la planche originale qu'il veut

copier avec l'encre d'imprimerie ordinaire, il se sert d'un mélange de résine de Damare, de rouge de fer et d'huile de térébenthine, avec lequel il fait tirer une épreuve sur du papier trèsmince. Cette épreuve encore fraîche est appliquée sur une planche de cuivre ou d'argent poli , de sorte que le dessin touche la plaque, et après sa dessication, il enlève le papier au moyen de l'eau, pour ne laisser que le dessin marqué à l'encre sur la surface du cuivre. En reproduisant cette planche par le procédé électrotypique, il obtient une planche en creux propre au tirage sous la presse en taille-douce.

L'établissement galvano-artistique de M. Theyer, de Vienne » a livré des reproductions de planches en cuivre gravées en tous genres : àl'eau-forte, au burin, à l'aqua-tinta, et de toutes dimensions. La plus grande planche qu'il ait produite en 1845, avait 38 pouces de haut sur 21 de large, et représentait Job, d'après Wœchter.

M. Zier, à Paris, a reproduit avec bonheur plusieurs belles planches de Calamatta. M. Hulot a fait ces derniers temps des reproductions galvaniques des planches gravées par M. Henriquet Dupont, d'après Raphaël, et une image de la lune gravée pour le Traité d'astronomie de M. Delaunay. Mais aussi en 1841 déjà, M. E. Palmer, en Angleterre, avait reproduit des planches gravées par Brunet. M. Felsing, de Darmstadt, de compagnie avec M. Bœttger, de Francfort, avait livré la planche de Crucifixion, d'après Crespi (12 '/i pouces de haut sur 9 */i de large); et M. Amsler, de Munich, a fait la reproduction de dessins d'après Schwanthaler.

Les procédés électro - chimiques fournissent également des planches de cuivre unies pour les gravures , et qui sont trèsestimées et d'un bon usage. A l'Exposition de 1855 on voyait des planches lisses de la dimension de 5 pieds % de long sur 2 4/j de large, produites par l'Imprimerie impériale de Vienne. Et on mentionne même des planches unies et sans fautes de 4 klafter (4 toises) de longueur sur un demi de largeur, et d'une ligne d'épaisseur.

La reproduction électrotypique des planches d'acier gravées offre de grandes difficultés : le sulfate de cuivre attaque l'a-

cier et en altère la gravure; le sulfate ammoniacal, qui n'a point d'action sur l'acier, serait excellent, mais il est difficile d'en précipiter le cuivre au moyen de la pile. M. Smée a proposé de mouler les planches d'acier et d'agir ensuite sur le moule, ou d'employer un anode d'argent ayant presque les mêmes dimensions que la plaque d'acier. M. Walker préfère obtenir d'abord une épreuve en argent, et une contre-épreuve en cuivre. Mais les tentatives qu'on a faites jusqu'à présent n'ont point donné de résultats satisfaisants.

De la même manière, et au moyen des mêmes opérations par lesquelles on obtient des p lanches gravées en creux, on reproduit aussi celles qui sont gravées en relief ou en taille d'épargne, qu'elles soient en métal, en bois ou en cliché. Déjà en 1840, M. Buckland a employé ces procédés à la reproduction de planches stéréotypes pour l'imprimerie, et c'est à cette même époque que M. Bocquillon présenta à l'Académie des sciences ses épreuves de matrices électrotypées en cuivre pour la typographie. A la suite des événements politiques de 1848, l'émission d'un grand nombre de billets de cent francs fut jugée indispensable. La Banque en confia l'exécution à MM. Firmin Didot frères, qui durent les exécuter en toute hâte. Ils appliquèrent avec succès la galvanoplastie pour reproduire promptement en cuivre certaines parties des anciens billets dont la gravure aurait exigé plusieurs mois. M. Hulot, habile artiste, à la fois mécanicien et chimiste, attaché à l'hôtel des monnaies à Paris , parvint à obtenir par Pélectrotypie la reproduction des diverses parties des anciens billets de banque , et à en reconstituer plusieurs exemplaires en métal plus dur que le cuivre. C'est sur ces planches qu'ont été imprimés en 1851, à la Banque de France, les billets de cent francs.

Ce procédé , déjà mis en pratique en Angleterre , en Allemagne et en France, pour la reproduction des matrices des caractères, a été perfectionné par M. Hulot. A l'Exposition de 1849, cet habile artiste a montré reproduits sur une seule planche, en métal beaucoup plus dur que le cuivre, trois cents figures offrant la répétition d'une tête gravée originairement en

acier ; en sorte que d'un seul coup de presse typographique m imprime ces trois cents figures serrant de Timbres-postes.

En 1851 on voyait à l'Exposition de Londres, et en 1855 à celle de Paris, des tableaux typographiques électrotypés en cuivre, ayant chacun 4 mètres carrés de surface et représentant les types orientaux de l'Imprimerie impériale de Vienne- Ces planches ont une grande durée , et supportent le tirage de plusieurs millions d'exemplaires. M. Coblentz, à Paris, a substitué au stéréotypage ordinaire le stéréotypage galvanoplastique.

En 1855, M. Pion, de Paris, a exécuté des caractères cypriotes , dont les matrices ont été obtenues par la galvanoplastie sur des poinçons en bois, faits pour la Numismatique et les Inscriptions cypriotes de M. de Luynes.

M. Smée décrit un procédé particulier pour faire des clichés galvaniques. On recouvre de cire un peu molle et noire toute la forme de l'imprimerie , on râcle le superflu jusqu'au niveau de l'œil de la lettre avec une règle de bois , puis on imprime une douzaine de maculatures qui emportent la cire superfine des espaces et de l'œil des lettres. Quand la maculature se relève blanche, c'est qu'elle ne touche plus à la cire, et que l'opération est achevée. On place alors cette forme dans l'appareil galvanoplastique, après l'avoir plombaginée; le cuivre se dépose et l'on obtient en creux une planche qui servira plus tard à reproduire une planche de métal d'imprimerie , laquelle étant clouée sur un cylindre de bois pourra fournir vingt mille exemplaires par jour par la rotation continue.

L'électrotypie sert également à reproduire et à multiplier en cuivre les gravures sur bois, les vignettes et les ornements divers qui sont employés dans l'imprimerie ; on conserve ainsi les planches originales, qui sont ordinairement d'un prix assez élevé. Comme le bois est trop absorbant pour être placé dans le bain, on se sert avec avantage de moules en gutta-percha, ou, si les bois le permettent, on les chauffe et on les enduit d'huile , ou de cire, ou mieux encore de sperma ceti, pour pouvoir les métalliser après.

Les clichés galvanoplastiques présentés à l'Exposition de 1855 par M. Michel, de Paris , sont ce qu'il y a de mieux dans ce

genre; le journal Y Illustration , le Magasin pittoresque, lui ont confié la reproduction de leurs bois , et les tirages remarquables qu'on a admiré dans l'exposition de M. Best ont été opérés sur ces clichés.

M. Michel procède avec une grande habileté et très-vite , quelle que soit la dimension des bois, quelque difficultés qu'ils présentent; en 24 heures il a reproduit des planches d'une dimension égale à celle de deux pages réunies de PUlustration. M. Michel ne s'est point borné seulement au clichage des vignettes ; le premier il a appliqué son procédé électrotypique aux pages de texte. H fut le premier aussi qui fit usage du bitume pour le clichage des vignettes; mais reconnaissant bientôt les inconvénients que présente l'emploi de cette matière et qu'elle ne pouvait plus servir dès qu'il s'agissait de texte, il se tourna vers la galvanoplastie et le moulage à la gutta-percha.

Le cliché obtenu est à 1 /1000 près de la même dimension que le modèle, — c'est le chiffre du retrait de la gutta-percha.

L'imprimerie impériale de France et M. Boudreaux, avaient aussi exposés de très-beaux clichés.

M. Henri Cole, Anglais, a donné au stéréotypage électrotypique une application fort heureuse dans la restauration de bois gravés par Albert Durer et faisant partie d'une œuvre de cet artiste, La Petite Passion, Ces bois avaient été endommagés par les vers et certaines parties avaient disparu. Les vides ainsi formés furent soigneusement bouchés au moyen d'un mastic, et sur les clichés eu cuivre obtenus par les procédés ordinaires^ il devint dès lors facile à un graveur de rétablir les tailles effacées (')•

Pour donner plus de solidité aux clichés métalliques trèsminces, obtenus par l'électrotypie, on se servira avec avantage des copeaux d'étain, faits au moyen du tour, mélangé d'uu peu de plomb ; après avoir bien décapé la pièce, ces matières fondent très-vite et très-également.

Les procédés électrotypiques ont donné naissance aussi à plusieurs méthodes de reproductions pour remplacer les gravures

>l» M inier. Notes sur les principaux pi oliuls exposés de l'Imprimerie. Paris. 1850,

Digitiz

sur bois, pour pouvoir les livrer plus vite, avec moins de peine et à meilleur compte. Dans cette vue on a suivi plus ou moins les procédés que MM. Spencer et Jacobi avaient employés pour obtenir des planches-reliefs.

M. Frédéric de Kobell a pris en 1841 un brevet pour le procédé suivant : On enduit une planche de cuivre argentée d'une couche épaisse d'un vernis , composé de cire et de résine, ou simplement de vernis de graveur, en le rendant conducteur an moyen du graphite. Sur ce vernis on trace ou on grave profondément le sujet , l'ornement ou les lettres que l'on veut reproduire , avec une pointe en acier ou en ivoire. On rehausse ensuite les places du vernis qui n'ont point reçu de dessin avec un vernis épais à l'huile, à la cire ou à l'asphalte, que l'on applique sur ces parties à l'aide d'un pinceau, et on saupoudre avec de la plombagine. On soumet alors à l'action du courant électrique pour opérer le dépôt, et on obtient ainsi une plancherelief qui peut servir au lieu de gravure sur bois.

M. Edward Palmer (*) à Londres, en 1844, et M. Volkmar Ahner à Leipzig, en 1846, ont inventé, chacun de son côté, le procédé électrotypique connu sous le nom de Glyphographie (du grec glypho, je creuse).

Ce procédé consiste à recouvrir une planche de cuivre d'un vernis noir de graveur, sur lequel on pose une seconde couche de vernis de couleur blanche, ayant la consistance de la cire. Le décalquage du dessin sur cette couche blanche s'opère sans peine ; les traits faits avec un crayon tendre sur le papier s'y marquent parfaitement. On creuse ensuite dans ce vernis les hachures du dessin au moyen de pointes tranchantes et inclinées vers leur bout pour obtenir des creusures perpendiculaires et un peu évasées en haut. Les parties qui représentent les lumières doivent être rehaussées en y appliquant du vernis un peu épais. Après ces opérations, on métallisé avec de la plombagine , et on place la planche dans l'appareil voltaïque pour être électrotypée. On

(1) Glyphography or engravcd drawiug for printing at the type afler the manne of woodcuts, ctc , by Ed. Palmer, London, 184*. — Die Buchdruckzeichming, Leipzig, 1846; Glyphograf. Institut,

a obtenu de cette manière des planches très-belles, et d'un prix très-bas.

M. Walcker propose, au lieu de deux vernis superposés, de noircir la planche de cuivre au moyen du sulfure de potassium, et de ne vernir là-dessus qu'une seule fois. On peut encore faire un moule de plâtre d'une planche ainsi gravée, approfondir les parties des lumières, huiler le plâtre, en tirer une empreinte, et en prendre une contre-épreuve. MM. Firmin Didot frères, indiquent encore une autre modification. Lorsque le graveur a fait mordre à l'eau-forte son dessin sur une planche de zinc, au lieu d'enlever le vernis dont il avait d'abord couvert cette planche, c'est sur ce vernis même qu'il étend successivement avec un rouleau de légères couches d'encre siccative, qui, sans entrer dans les tailles , ne se déposent que sur le vernis primitif. Au moyen de ces couches superposées, les creux de la gravure acquièrent une grande profondeur, la planche est alors électrotypée, comme on l'a déjà indiqué.

M. Beslay vient d'inventer un procédé qui a beaucoup de rapport avec les précédents ('). L'autotypographie, c'est ainsi que l'inventeur l'a nommé , consiste à enduire une planche de verre avec le vernis employé ordinairement pour la gravure et mélangé d'un produit qui le rende un peu conducteur, et à dessiner à la pointe le sujet que l'on veut reproduire, en prenant soin à creuser et à enlever le vernis jusqu'à la surface du verre. Cette plaque est ensuite immergée dans le bain électrotypique, et le cuivre conduit et déposé dans le tracé donne un dessin en relief qui réunit toutes les qualités de la planche en usage pour l'impression typographique. On peut, en outre, augmenter à volonté, par les procédés galvanoplastiques, les reliefs de cette planche. On obtient donc des planches gravées en relief reproduisant exactement le dessin original.

En 1853, le docteur Fergusson Branson (*), de Scheffield, tout en cherchant à découvrir une substance qui puisse se tailler plus facilement que le bois, et qui ait cependant assez de

(4) Lumière, n* 42, 18 octobre 1856.

(2) Journal of the Society of Arts; London, 1843,

consistance pour permettre d'en prendre un moule, rencontra unjô matière qui lui promettait quelques avantages. C'est le saoon, «probablement le savon anglais dur, fait de résine, turbentif&êoap. Un dessin au crayon se décalque très-bien sur te savon lorsqu'on frotte le revers de la feuille; on creuse ensuite les traits avec très-peu de profondeur au moyen de pointes en acier ou en ivoire. Lorsque le tracé est terminé, on fait un moule, ou avec du plâtre, ou en gutta-percha chauffée,, même avec de la cire à cacheter, sans endommager le savon. Si l'on reproduit le moule en cuivre par la pile galvanique, on obtient une planche en creux , si l'on reproduit celle-là on en obtient une en relief; de manière qu'on peut s'en servir pour faire des épreuYes sous la presse en taille-douce, ou sous la presse typographique. On peut aussi très-bien graver de cette manière des camées. Ces gravures peuvent servir pour l'impression sur papier en noir, sur cuir pour les relieurs, et dans d'autres arts. On a reproduit avec succès, au moyen de ce genre de gravure, le Highland fiper de sir E. Landseer ; une gravure à l'eau-forte de Rembrandt et plusieurs genres de vignettes.

M. Ranftl (*), habile peintre de Vienne, peu de temps avant sa mort, en 1854, inventa un nouveau procédé pour remplacer avantageusement la gravure sur bois. Le principe de ce procédé consiste à tracer sur une planche métallique préparée à cet effet, un dessin quelconque avec une plume d'acier, en se servant d'une encre particulière. Cette planche est ensuite reproduite par les moyens électrotypiques, et sert à l'impression sous la presse typographique. Le premier essai ftit une carte géographique, qui réussit assez bien, et dont la planche a pu supporter le tirage de plus de 1500 exemplaires. Les essais subséquents, exécutés dans les ateliers de l'Imprimerie impériale de Vienne, avec la coopération du prote, M, Prey, n'eurent pas moins de succès. C'étaient des vignettes de genres divers, une chute d'eau, et quelques sujets.

Le procédé inventé en 1846 par M. P.-C. Schœler (•), de IV

(1) Faust, polygrafisch illustriste Zeilschrift, etc. Wicn, i" Jaurg. 1854, u- 10.

(2) Rapport fait à la Classe des Beaux-Arts de l'Académie des sciences de Bruxelles, par M. Buschmann.-TecuuologisU;, journal, etc. Mai, 1847,

penhague, appelé par lui la Stylographie, est destiné à produire le résultat contraire des procédés précédents , c'est-à-dire, 4 produire des planches en creux, imitant parfaitement les dessins à la plume, et les gravures à Peau-forte.

La Stylographie (du grec stylos, style, pointe à tracer) se pratique de la manière suivante : Un mélange de copal, de stéarine, de laque et de noir de Francfort est versé à l'état de fusion dans un moule à surfaces intérieures parfaitement polies, qui lui donne , lorsque le refroidissement lui a rendu la consistance nécessaire, la forme d'une planche à graver, d'une certaine épaisseur et d'une couleur noire.

Le côté de cette planche de composition destiné à recevoir les traits du dessin , est ensuite revêtu d'tme couche mince et adhérente de poudre d'argent, qui lui donne l'aspect d'une feuille de papier blanc uni. La planche ainsi préparée est remise à l'artiste ; celui-ci, au moyen de pointes dé diverses épaisseurs, trace son dessin sur la face argentée. H est évident que chaque trait entamant cette couche noire et. blanche met à nu les parties noires correspondantes de la composition, et produit ainsi un dessin noir sur un fond blanc, absolument semblable à celui que trace une plume sur le papier.

Les pointes, ou styles en métal, employées par l'artiste ont fait plus que d'enlever la pellicule argentée, leur tranchant a pénétré aussi dans la composition elle-même, et y a. laissé de petits sillons dont la largeur et la profondeur sont proportionnelles à la dimension des pointes , et à la force employée. La planche gravée de cette manière est ensuite légèrement métallisée et recouverte d^in dépôt 4e cuivre dans un appareil galvanoplastique; oti obtient ainsi une planche en relief. Une seconde opération semblable faite sur cette épreuve en relief donne enfin une planche de cuivre , dont les traits creusés sont identiques h ceux que l'artiste a tracés primitivement, et il ne reste plus qu'à imprimer sous la presse en taille-douce.

Le plus remarquable des procédés électrotypiques est sans contredit celui qui a été inventé en 1840 par M, Frédéric de

Kobell(l), de Munich, et auquel il a donné le nom de galvanographie.

Ce procédé se prête merveilleusement à la reproduction de tous les genres de gravure. L'aqua-tinta, la manière noire, la gravure à la roulette, le genre crayon, toutes ces gravures sont imitées avec un égal succès et d'une manière très-simple.

Tandis que, dit M. de Kobell, par le procédé ordinaire de la gravure, la figure s'exécute en creux dans une plaque de cuivre, c'est précisément l'inverse qui a lieu par la galvanographie, c'est-à-dire que l'on met la plaque de cuivre et qu'on la travaille par-dessus l'image, après quoi elle peut servir à donne/ des épreuves. A cet effet, il faut dessiner l'image ou la peindre au lavis (d'une seule couleur) sur une plaque de cuivre argentée. On a reconnu que les couleurs à l'encaustique (préparées avec une dissolution de cire dans de l'huile de térébenthine ou dans du baume copahu) présentent pour cet emploi des avantages particuliers, parce qu'elles sont mates après la dessiccation» c'est-à-dire qu'elles ont un certain grené, qui est une condition fondamentale pour la fixité de la couleur et par conséquent pour la réussite de l'empreinte, dans le cas où la peinture est faite au pinceau large et non au trait.

D[ y a une autre couleur qui offre aussi une grande solidité : elle est composée avec du crayon lithographique (de l'espèce le plus dur) pulvérisé et délayé dans de l'eau distillée. Cette couleur, qui sèche très-rapidement, est plus facile à manier qu'une couleur à l'huile. Insoluble dans la dissolution de sulfate de • cuivre, elle ne laisse pas le cuivre s'étendre par-dessous. On peut, pour commencer, donner à la plaque un très-léger ton de couleur à l'encaustique, puis on y porte la couleur lithographique avec un pinceau fin et en traits pas trop déliés. La peinture en est très-facile, et l'on peut obtenir ainsi des portraits d'une belle exécution ; tels sont ceux que MM. Rottmann jeune, et P. Wronski ont peints et électrotypés. On peut, au lieu de noir de fumée, mélanger avec le crayon lithographique du rouge de fer, ou du brun de Cassel, ce qui donne encore plus

(1) Galvanoçrapbie, von Fr. von Kobell, Mtinchen, Cotta, 48«,

de grené à la couleur. Après Popération, on peut ajouter à Peauforte des détails sur la plaque. On peut aussi se servir de la craie lithographique sous forme de crayon à dessiner, pourvu qu'on ait soin de donner auparavant le grené à la plaque, car on ne peut dessiner avec un crayon de cette espèce sur une plaque de métal unie. Ce grené s'obtient en fondant sur la plaque ce qu'on appelle un grain d'aqua-tinta, après quoi on dessine par-dessus avec le crayon. On produit aisément les clairs en enlevant le grené. Des dessins de ce genre ont beaucoup de moelleux: On peut donner un semblable grené en faisant usage de Peau-forte, comme dans Paqua-tinta, au lieu de la résine; on prend ensuite par voie galvanique l'empreinte en relief de la plaque , et il suffit de donner à ce relief une très-faible épaisseur» ce qui permet de l'obtenir en 24 heures pour de petites plaques. C'est sur ce relief ainsi grené, et qui a été ensuite argenté, qu'on dessine ou qu'on peint. Dans les paysages, l'air et les autres détails pouvant se produire aisément au moyen de deux teintes à Paqua-tinta, il y a de l'avantage à les faire par ce procédé et à graver légèrement les contours, on achève ensuite de peindre l'image sur le relief. C'est d'après cette méthode qu'ont été faites» par M. Rottmann jeune, quatre vues assez grandes de Munich.

Cependant le grené obtenu au moyen de fines roulettes de Paris est bien supérieur, et a un prix particulier pour certains objets. On grave d'abord légèrement le contour de l'objet, puis on laisse de côté le fond à Peau-forte, et on donne sur toute l'image un ton léger avec la roulette. Pour faire cette opération d'une manière bien égale, on fixe la roulette dans un tire-ligne. On peut aussi employer la roulette pour le fond de la gravure et donner le ton à Peau-forte. Les ombres peuvent se faire également avec des tons plus forts. Ensuite on fait tirer des épreuves pour examiner le ton, on prend le relief galvanique de la plaque et on achève l'image à l'aide du crayon lithographique ou avec le pinceau, puis on exécute la plaque destinée à l'impression par-dessus. H est aisé avec la pointe ou le grattoir du graveur d'enlever quelques points trop sombres de la couleur, ou de faire d'autres corrections à cette image. Des plaques semblables fournissent des empreintes dont l'effet présente une agréable réunion de Paqua-tinta et de la roulette.

Quand la plaque galvanographique est achevée, quelle qu'en soit d'ailleurs la nature, il y a de l'avantage à y passer la roulette. Si cette opération est faite avec soin, l'image n'en soufre nullement, elle gagne au contraire en harmonie et en grené.

Tous les détails qui précèdent concernent la manière d'exécuter le dessin, dont on doit prendre ensuite l'empreinte en creux par les moyens électrotypiques, afin de pouvoir la multiplier par l'impression dans la presse en taille-douce.

De nombreuses applications, aussi belles qu'heureuses, ont été faites en divers endroits, aussitôt que cet art nouveau eut été connu du public.

Outre les produits cités plus haut, nous mentionnerons les planches de MM. Schœninger, Freymann et Grosjean, de Munich. Ce sont entre autres : un Ecce homo , d'après le tableau original qui fait partie de la collection du chanoine Speth ; le Fumeur, d'après Ochterveld; un Christ sur la croix, d'après le Tintoret (planche de très-grande dimension); le portrait de la princesse Ilildegarde ; une Madouna délia Sedia et la Sainte Catherine, d'après Raphaël. Cette dernière planche surtout offre une preuve de ce que pourra produire cet art nouveau. Les deux genres de gravure, celui aux hachures et le lavis , sont liés et fondus ensemble d'une manière moelleuse et délicate, avec une grande richesse de tons et un modèle parfait A Vienne aussi on a fait des galvanographies dignes d'éloges, particulièrement celles qui sont sorties des ateliers de MM. Theyer et Waidle ; elles sont presque toutes faites seulement au lavis. Ce procédé est assurément le côté le plus original de la galvanographie et présente des avantages particuliers pour le paysage, les animaux, les fleurs, etc. Les planches les plus remarquables sont : la Chienne et ses petits , de A. Wengler, d'après l'original de Ranftl; Porte latérale de l'église de Sainte- Etienne, à Vienne, par Griesser; un paysage, par J. Waltmann; un dessin d'architecture, par P. Lang ; des fleurs , par un artiste inconnu; et une bonne esquisse de cheval, due à l'archiduc Etienne.

En Russie, M. le duc de Leuchtenberg a fait des essais de galvanographie très-bien réussis.

Plus tard, en 1854, M. Ranftl et d'autres ont exécuté de très-belles galvanographies dans les ateliers spéciaux de l'Imprimerie impériale de Vienne.

ELectrographie. Tous ces procédés, toutes ces opérations dont nous nous sommes occupé jusqu'ici, s'exécutent au pôle négatif de la pile. C'est là, comme on l'a vu, que se forment les dépôts métalliques. Mais, dit M. L. Figuier, il se passe au pôle positif une autre action chimique dont M. Smée à su tirer parti. Dans la composition électro-chimique d'un sel , en même temps que le métal se réduit au pôle négatif de la pile, l'oxygène et l'acide se rendent au pôle positif, et si l'on dispose à ce pôle une lame métallique, celle-ci se trouve peu à peu attaquée et dissoute par l'action réunie de l'oxygène et de l'acide devenus libres. Ce fait, sur lequel M. Jacobi a fondé l'emploi des anodes, a servi à M. Smée à obtenir ce curieux résultat, le moyen de graver directement par le courant galvanique une planche de cuivre. Voici comment il opérait : La planche métallique, recouverte de cire ou de vernis de graveur sur ses deux faces, reçoit comme à l'ordinaire le dessin exécuté avec une pointe par la main de l'artiste. Cette planche est alors placée dans une dissolution de sulfate de cuivre en communication avec le pôle positif d'une pile; le circuit est complété en mettant en rapport avec le pôle négatif une plaque de même dimension que la planche à graver. La décomposition ne tarde pas à s'effectuer; l'oxygène et l'acide sulfurique se portent sur la planche et dissolvent le cuivre dans les points qui ont été marqués.

M. Smée obtenait ainsi une planche gravée en creux, propre à l'impression sous la presse en taille-douce.

C'est ce procédé que nous appelons lélectrographie, ou

gravure exécutée par le courant électrique.

M. Spencer s'est également occupé de ce nouveau mode de gravure , et il fait remonter ses premiers essais à 1840. D a réussi à graver , non-seulement sur cuivre , mais aussi sur acier. D a cherché à faire l'application de ce procédé à tous les genres de gravure , et en particulier à celle des

rouleaux pour l'impression des étoffes, ainsi qu'à celle des plaques qui servent à la décoration des grès et des faïences. Suivant M. Spencer et M. Wilson, la plaque métallique, fixée à l'un des conducteurs , est immergée dans une dissolution de sel commun ou dans toute autre dissolution d'un sel alcalin; à l'autre conducteur on fixe une seconde plaque d'acier (catode)-

M. Walker désigne encore une autre méthode de gravure électrographique : On fait tirer une bonne épreuve d'une planche déjà gravée , et on l'applique aussitôt sur une plaque de cuivre, préalablement trempée dans l'acide nitrique étendu. La plaque et l'épreuve sont alors soumises à l'action de la presse, qui détermine le transport de l'encre de l'épreuve sur la planche de cuivre. On dore légèrement cette planche au moyen de la pile (l'or ne s'attache pas sur les parties revêtues d'encre grasse, mais seulement sur le cuivre); on lave avec l'essence de térébenthine, qui dissout l'encre grasse et met à nu le cuivre dans tous les points que recouvrait cette encre. Il suffit ensuite de placer la planche ainsi préparée dans le sulfate de cuivre, en guise d'anode, pour obtenir une gravure parfaite.

Il est également facile de produire un dessin en relief au lieu d'un creux; il suffira de former le dessin lui-même avec une substance isolante comme le vernis ou le crayon gras , par exemple , pour que toutes les portions découvertes et qui entourent le dessin se creusent et laissent ainsi une image en relief. On pourra aussi dessiner d'abord au crayon gras ou au vernis isolant, dorer fortement les parties non réservées, enlever ensuite le crayon ou le vernis, et faire mordre au bain électrique les parties dans lesquelles le cuivre est à découvert; on obtiendra ainsi un creux assez net.

On emploie d'ordinaire un bain analogue au métal qu'il s'agit de graver; c'est ainsi que les bains de sulfate de cuivre sont employés pour la gravure de ce métal, les bains de sulfate de zinc pour la gravure sur zinc. On peut néanmoins graver sur cuivre et sur zinc en faisant fonctionner la pile sur des bains composés seulement d'eau légèrement acidulée par des acides azotique, chlorydrique, sulfurique ou acétique (').

H) Manipulations hydroplastiques par M. Alfred Rouseleur ; Paris. 1855.

MM. Henriot et Gaiffe, graveurs de Paris, ont trouvé un nouveau moyen de gravure galvanique appliquée à la gravure des cylindres qui servent à l'impression des étoffes. Ce moyen est si simple, et d'une si grande infaillibilité, que l'ouvrier le moins habile peut réserver des blancs et refouiller les mats sur soubassement avec une perfection d'autant plus admirable que, sans jamais rien laisser à désirer, ce nouveau système de gravure est extrêmement économique. M. Edouard Becquerel, au nom de la Société d'encouragement, a examiné ce procédé et en a paru satisfait (*).

M. le Dr G.-W. Osann, de Wurzbourg ( a), en suivant le principe de M. Smée, sans le connaître, a profité du courant hydro-électrique pour s'en servir comme d'un mordant sur des planches de cuivre ou d'étain, afin d'obtenir des dessins en creux ou en relief suivant la manière dont il appliquait son vernis. D propose le nom de galvanocaustique pour désigner ce procédé.

M. L. Dumont (3), graveur de Paris, a pris un brevet le 8 juillet 1854, pour un procédé qu'il a inventé en 1852, et qu'il appelle zincographie galvanique. Il consiste à reporter sur zinc les dessins lithographiques faits sur papier, ou ceux des planches gravées en taille-douce. On peut aussi dessiner directement sur une planche de zinc grenée avec le crayon lithographique ordinaire, ou avec un crayon insoluble inventé par M. Dumont, et qui résiste à l'action de l'acide. Le dessin fini, on prépare le zinc avec une dissolution de noix de galle et de gomme arabique, comme cela se fait d'habitude dans le procédé lithographique sur zinc; on encre le dessin comme pour tireT des épreuves ; on saupoudre la planche d'un mélange de résine , de bitume de Judée et de poix de Bourgogne , dont on chasse ensuite l'excédant de poudre, et on chauffe légèrement le dessous de la planche afin de faire fondre la poudre qui la

<i) Moniteur industriel, 20 avril 1S56, n* 3051.

(2) Die Anwendung des hydro-electrischcn Stronies als Aetzmittel, von Dr. G. W. Osann, Wiirzb. 1843.

(3) Lumière, n» 48, 4855, et 3, 1856.

Uigitizô

côuvre, laquelle se mêle avec l'encre lithographique et forme alors un vernis.

Après cette opération, M. Dumont expose sa planche à l'action de la pile galvanique, et il la fait mordre ; il obtient ainsi une gravure en relief, propre au tirage sous la presse typographique. Par ce moyen , il a reproduit des gravures en tailledouce, des dessins à la plume, des lithographies au crayon et à la plume, et des lithographies de M. Lemercier; ces reproductions en relief lui ont valu une médaille de 2e classe à l'Exposition universelle de Paris en 1855.

Le procédé inventé par M. G. Devincenzi (*) , et communiqué le 16 novembre 1855, à l'Académie des sciences, diffère un peu de celui de M. L. Dumont; mais, du reste, il produit les mêmes résultats. Voici , d'après le rapport de M. Becquerel, en quoi il consiste : On prend une planche de zinc ordinaire, dont la surface a été grené préalablement avec du sable tamisé, et l'on dessine dessus avec un crayon ou de l'encre lithographique; on la passe ensuite dans une décoction légère de noix de galle , puis à l'eau de gomme , afin de prédisposer les portions de zinc qui ne sont pas recouvertes du dessin à ne pas prendre le vernis dont il sera parlé ci-après. On lave avec de l'eau, puis on enlève le crayon ou l'encre avec de l'essence de térébenthine , comme on le fait dans la préparation lithographique. Ces opérations faites , on humecte la planche et on y applique avec un rouleau un venus composé d'asphalte, d'huile de lin lithargiée et de térébenthine, auquel on ajoute ensuite de l'essence de lavande. Le vernis s'attache uniquement aux parties recouvertes de crayon ou d'encre. On laisse sécher pendant 12 à 15 heures; on passe sur la planche une brosse trempée dans une très-faible dissolution d'acide sulfurique pour décaper la surface non recouverte de vernis, et on la plonge ensuite dans une dissolution de sulfate de cuivre marquant 15 degrés, en même temps qu'une planche de cuivre de même dimension est placée parallèlement à 5 millimètres de distance et mise en communication avec l'autre au moyen d'une baguette

(1) Comptes rendus, n« 27, 1855.

de cuivre. La partie du zinc non recouverte de vernis est attaquée chimiquement par la dissolution de sulfate de cuivre, et électro-chimiquement par l'action ou couple voltaïque, tandis que la dissolution n'a aucune action sur le vernis. On retire de minute en minute la planche de zinc pour enlever le cuivre déposé, et au bout de 4 à 8 minutes on aura obtenu une planche gravée , dont le relief est suffisant pour le tirage typographique d'un très-grand nombre d'épreuves.

M. Devincenzi a reproduit de cette manière, en présence des membres de l'Académie , le portrait du Pérugin d'après Raphaël , dessiné avec soin par M. Chatillon sur une planche de zinc grenée. Toutes les épreuves obtenues par le tirage de M. Pion ont été la reproduction parfaite du dessin. M. Devincenzi a fait tirer de cette planche 800 épreuves ; avec d'autres planches il a imprimé trois mille épreuves , les dernières étaient aussi belles que les premières.

Le Dr Pring a publié en 1843 un procédé de gravure électrographique tout à fait particulier. Une plaque d'acier poli ou d'un autre métal est mise en communication avec l'extrémité positive d'une série de 4 à 5 couples, au moyen d'une bonne bobine de pile de cuivre revêtue de soie. Un autre fil, protégé par un tube de verre, ou de tout autre corps isolant, est tenu dans la main et sert de burin pour tracer le dessin. L'action d'une machine électro-magnétique peut être utilisée dans ce cas. On varie l'expérience en faisant communiquer la plaque avec l'extrémité négative de l'appareil. Des fils de diverses natures peuvent être employés, et on ne se sert d'aucune dissolution. On peut dire que c'est là un véritable dessin électrographique, dans lequel le courant électrique fait le service du burin.

Nous devons ajouter ici un moyen de corriger les fautes de gravure, qui aurait pu trouver sa place dans le chapitre traitant de la gravure en creux, mais qui, par la nature de son procédé, fait partie plutôt de la galvanoplastie. En gravure, comme en tout travail fait à la main, les fautes sont inévitables, l'essentiel est de pouvoir les corriger : c'est ce qui se fait pour les gravures de tous genres en faisant disparaître la faute de la place où elle

se trouve, et à graver de nouveau. A cet effet on a recours d'abord au repoussage, en se servant d'un compas d'épaisseur à pointes recourbées pour marquer derrière le cuivre les points correspondants que Fou doit repousser ensuite au marteau pour remettre au niveau de la surface les endroits qui ont été raclés à l'aide du grattoir. Ce travail fait on regrave de nouveau. Ce procédé, quoique généralement employé, offre des inconvénients auxquels on a cherché à remédier par la galvanoplastie.

C'est à M. George, graveur au Dépôt de la guerre à Paris, qu'est dû le perfectionnement de ce procédé ; M. le maréchal Vaillant a fait à l'Académie des sciences (*) un rapport détaillé sur ce sujet; nous en reproduisons l'essentiel: «Aussitôt, dit-il, qu'un atelier eut été établi au Dépôt de la guerre pour reproduire les planches de la Carte de France à l'aide des procédés galvanoplastiques, on eut la pensée d'appliquer ces procédés aux corrections. Comme il existe , entre la feuille-mère et la feuille reproduite, une feuille intermédiaire , une sorte de contre-épreuve moulée en relief sur la première et sur laquelle se moule en creux la seconde, il était simple d'enlever, sur cette intermédiaire, à l'aide d'un grattoir , tout ce qui ne devait pas reparaître dans la feuille reproduite ; on obtenait ainsi, sur cette dernière, après l'opération, une surface plane au lieu des parties gravées et remplacées. C'était déjà un progrès; mais cette méthode avait aussi ses inconvénients. D'abord la reproduction totale d'une feuille était nécessaire pour chaque correction nouvelle, et les planches pour une même feuille pouvaient se multiplier ainsi indéfiniment Secondement, la reproduction totale exige un mois au moins de travail et coûte encore 300 fr. Enfin, l'opérateur n'est jamais entièrement libre d'inquiétudes, tant seraient graves les conséquences d'un accident qui, en déterminant l'adhérence des surfaces entraînerait la perte immédiate d'une planche représentant 20,000 fr. de dépense et douze ans de travail.

« En présence de ces difficultés, M. George eut l'heureuse idée d'arriver aux corrections sans intermédiaire en déposant du métal dans les tailles, de se faire un auxiliaire de l'adhérence si re-

(4) Comptes rendus, t. XUH, p. 30.

douté dans la reproduction totale, et de réduire ainsi le cercle de l'opération au strict nécessaire en espace, en temps et en frais. Voici comment il a réglé ses opérations: 1° Les parties à corriger sont recouvertes d'une légère couche de vernis ordinaire qui s'étend de quelques centimètres au delà de leur pourtour. 2° Le vernis étant sec, on creuse, à l'échoppe, les parties à modifier. Ces parties peuvent être plus ou moins grandes ; il importe que, pendant ce travail, l'outil soit toujours parfaitement propre et qu'il n'entraîne avec lui aucune parcelle de vernis; car tout eorps étranger, et surtout les substances grasses, nuisent à l'adhérence du dépôt. 3° Sur la planche ainsi préparée on construit, avec de la cire à modeler, une sorte de cuvette entourant, sans le couvrir, l'espace qui a reçu le vernis, assez grande pour recevoir une certaine quantité de sulfate de cuivre en dissolution , et un petit élément galvanique. La planche est posée elle-même horizontalement sur 4 ou 5 supports isolants. 4° L'élément galvanique est contenu dans un cylindre en terre poreuse de 0m,06 diamètre sur 0m,10 à 0m,12 de haut. Ce cylindre, placé sur une sorte de trépied en bois, haut de Oro,01, établi au fond de la cuvette et plongeant ainsi par sa base dans lé sulfate de cuivre , reçoit de l'eau aiguisée d'acide sulfurique dans laquelle plonge une lame de zinc un peu plus large et un peu plus haute que le cylindre ; à la partie supérieure de cette lame est soudée un conducteur composé de deux fils de cuivre de 0m,002 environ de diamètre , tordus en corde et assez longs pour aller s'épanouir sur la planche gravée en passant par-dessus le cylindre poreux et les bords de la cuvette.

« Pour que l'action ait heu, il faut que l'extrémité du conducteur et la place où elle se pose, soient exactement décapées. Best utile que l'opération marche d'abord très-doucement, 20 à 24 heures suffisent largement pour avoir un dépôt convenable. Quand on le juge assez avancé, on enlève l'élément galvanique , ainsi que la dissolution de cuivre et l'auge elle-même. Voici ce qui se présente alors: la surface qui avait été dénudée par l'échoppe est complètement recouverte de métal ; le contour est marqué par un petit bourrelet en dehors duquel se prolonge le dépôt avec l'apparence de boursoufflures irrégulières.

Sur la partie dénudée l'adhérence est complète ; le bourrelet et les boursoufflures intérieures, séparées du cuivre de la planche par le vernis, n'adhèrent pas et ne gâtent même pas les traits qu'ils recouvrent

c A l'aide d'un grattoir ordinaire de graveur, le métal déposé est mis de niveau avec le reste de la planche, les bourrelets ont disparu , et une surface nette ec plane remplace les parties de gravure à corriger. Ainsi les corrections sont limitées à l'espace défectueux; les faux traits sont remplacés par du métal rapporté sans choc, sans altération générale de la planche et parfaitement adhérent. Le burin n'a rien à reprendre dans ce qui était primitivement bon. Le temps et la dépense sont réduits au minimum , et les corrections de toute espèce sont désormais des opérations aussi sûres que faciles, dans tous les genres de gravure. *

Une application très-curieuse de rélectro-chimie à la télégraphie électrique, a été publiée dans le courant de l'été 1855 par plusieurs journaux ('). M. d'Arbaud, de Blonzac, Français, annonçait avoir trouvé le moyen de transmettre sur toute une ligne télégraphique à l'aide d'un seul fil , et au moyen d'un appareil fort simple, des écritures autographes, un dessin quelconque, plan et figures, un morceau de musique, etc. Il ajoutait que ces documents expédiés se reproduisent eux-mêmes au lieu d'arrivée, soit sur plaque métallique, soit sur pierre lithographique, et qu'on peut tirer le nombre voulu d'exemplaires. M. d'Arbaud, de Blonzac, donne à son invention le nom de l'électrographie.

M. Perez, de Nice, annonçait de son côté avoir découvert à peu près le même procédé.

Cependant, M. Giovanni Caselli, de Florence, réclame contre M. Perez la priorité de l'invention, la sienne remontant, dit-il, à quatre mois. Il ajoute que le mécanisme de M. Perez a besoin de plusieurs fils électriques, tandis que son télégraphe pantographique n'eu emploie qu'un seul, et pourrait s'adapter sans aucun changement à toutes les lignes télégraphiques terrestres

.(1) La Lumière, journal photogr. par Ernest Lacan, Paris, 18 août 1855, n* 33, - L'Ami des Sciences, journ. par Victor Meunier. Paris, 9 septembre 1855, u* 36.

et sous-marines actuellement existantes. Quelques minutes suffiraient, avec le procédé de M. Caselli, pour transmettre de l'un à l'autre bout du monde une page entière de manuscrit ou d'impression , un dessin quelconque , et même des discours sténographiés, au moyen de lignes coloriées, sur un papier blanc ordinaire.

Les essais plus ou moins heureux qui ont été tentés par MM. Grove, Fizeau, Chevalier, Beuvière, Berres, Poitevin, Baldus et d'autres , pour appliquer les procédés de l'électro-chimie à la gravure des images photographiques, trouveront leur place dans les articles concernant la daguerréotypie et la photographie.

Pour terminer convenablement la description des principales applications de la galvanoplastie qui précèdent , nous y en joindrons encore une très-remarquable, et qui a été imaginée il n'y a pas quatre ans; nous voulons parler de l'autographie galvanoplastique.

AUTOGRAPHIE GALVANOPLA8TIQUE. L'invention de cet art nouveau est due à M. le conseiller de régence, Aloys Auer, directeur de l'Imprimerie impériale de Tienne, et à M. André Worring, prote, attaché à cet établissement D'après une déclaration de ce dernier , la première idée en revient à M. Auer , tandis que c'est lui , André Worring , qui en a le premier trouvé l'exécution technique. Ces Messieurs se sont posé le problème difficile que voici: Comment obtiendra-t-on, dans le moindre temps , à très-peu de frais , une planche métallique, propre à l'impression, et dont le dessin soit identique, sous tous les rapports, à l'original , sans aucune coopération, ni d'un dessinateur, ni d'un graveur?

MM. Auer et Wprring ont résolu le problème en inventant l'autographie galvanoplastique , ou l'art de reproduire par euxmêmes des objets organiques ou inorganiques, et de transformer ces empreintes ou copies , au moyen de la galvanoplastie, en planches métalliques destinées à les multiplier par l'impression en couleur. M. Auer a appelé son invention impression naturelle (Naturselbstdruck); en latin on la désigne sous le nom de physiotypia.

ooo

On sait que l'essentiel de toute reproduction , c'est d'un côté un procédé facile et bon marché, et de l'autre une copie fidèle et exacte. Ces deux conditions sont réunies dans l'autographie galvanoplastique ; et en effet, quelle reproduction, quelle copie sera plus parfaite que celle qui est faite par l'objet même.

Autographie mécanique. L'idée de se servir des plantes elles-mêmes, à la place de planches gravées, pour en faire des copies sur papier , propres à remplacer les dessins et les gravures, est déjà très-ancienne. Les procédés en sont décrits et employés dans les ouvrages du XVIe siècle; on avait alors déjà des collections de copies de plantes faites par elles-mêmes, servant pour l'étude de la botanique. On en fait mention entre autres dans le livre sur les Arts d'Alexis Pedemontanus au comr mencement du XVIe siècle. Le Danois Welkenstein enseignait à faire des copies de plantes eu 1660. Jérôme Cardanus, dans son Opéra Lugduni de 1663 (10 vol. in-fol., vol. III, p. 581), parle du procédé de la manière suivante: «En enduisant les plantes fraîches d'une couleur composée de vert de gris et de charbon pulvérisé, et en les pressant sur une feuille de papier, on obtiendra une belle copie de la plante » (Vt vestigium quasi ichnographjœ remaneat). Dans le Journal des voyages de Manconys (Lyon, 1665, 4°, vol. II, p. 450) il en est fait mention aussi Jean Daniel Geyer (Thargelus, Apollini sacer siss. 3 de Dictamus. Francof. 1687, p. VItina) entre dans beaucoup de détails; il recommande l'encre typographique et la balle de l'imprimeur, qui furent dès lors généralement adoptées. En Amérique même, comme nous l'apprend Limite, il y avait en 1707 un nommé Hessel qui faisait de ces copies de plantes.

C'était surtout dans le XVIIIe siècle que ce genre de reproduction devient d'une utilité réelle.

Le typographe Funke, secondé par le professeur Kniphof, établissait à Erfurt en 1728 une imprimerie spéciale pour la copie des plantes, et publiait un ouvrage composé de 1200 planches. Plus tard, en 1758 , l'imprimeur Trampe de Halle, étendait encore davantage cette industrie, et il publiait, sous les auspices du conseiller Buchner et du botaniste Ludwig, un ouvrage de

bWanique en 12 centuries, c'est-à-dire en 12 séries composées Chacune de 100 feuilles grand in-folio (J.-H. Kniphofii Botanica in originali seu herbarium , etc. elegantissima ectypa exhibentur, etc. , Halae , Magdeburg , 1758 — 64). En 1741 fut publié le Spécimen florœ Berolinensis , chez Pimprimeur de la cour, Henning de Berlin. Et de 1760 à 1764, Trampe publiait un recueil de plantes coloriées , contenant deux cents plantes médicinales sous le titre : Ectypa vegetabilium — ad naturœ similitudinem expressa, fol.

L'Anglais Kirnhals et l'Allemand Seutter avaient déjà, l'un en 1728 , et l'autre à Augsburg en 1734 , exécuté des ouvrages ornés de plantes en couleur.

On publiait également des traités et des procédés de cet art. Dans la Gazette Salutaire de 1763, n° 2, se trouve une « recette pour copier toutes sortes de plantes sur papier. »

F. - E. Bruckmann et Kniphof avaient publié des « Sendschreiben Krâuter nach dera Leben abzudrucken. » Les « Observations sur la physique et l'hist, nat » de Bozier (t. H, p. 146, 1771) contient aussi un procédé. En 1788 — 1796 furent publiées les « Ectypa plant. Ratisbonensium » et « Ectipa plant, selectarum » de Hoppe. Enfin ces publications se succédèrent en grand nombre et furent continuées jusque dans le XIXe siècle; par Pritzel et Graumuller en 1809 et Oppe en 1814 (Graminées).

H n'y a pas vingt ans qu'un individu parcourait la Suisse en enseignant ce procédé dans les pensionnats et les écoles. Il avait toutes les nuances de couleur à l'huile préparées d'avance ; au moyen d'une balle il les déposait sur la plante , en rapport avec les couleurs naturelles de celle-ci, et, après l'avoir placée sur une feuille de papier, il soumettait le tout à une pression convenable pour en obtenir une copie enluminée assez propre.

Autographie chimique. A cette méthode mécanique on substitua dans la suite des procédés chimiques, dont voici l'un. On enduit un bon papier à dessin d'une solution d'acétate de cuivre étendue d'eau , on laisse sécher, on humecte ensuite le

papier par-dessous et on le place sur quelques feuilles de papier buvard ; puis on pose dessus une feuille de plante , préalablement enduite de cyanure de potassium jaune mêlé d'eau, dans les proportions de 1 de cyanure sur 8 d'eau. Le tout produit une empreinte de couleur jaunâtre ou rousse , teinte propre à recevoir toutes sortes de colorations.

Le procédé qui a donné un assez bon résultat est celui de Fétix Abate, de Naples. Il l'appelle thermographie ou art d'imprimer par la chaleur. Pour cela il mouille légèrement avec un acide étendu d'eau ou un alcali la surface des sections de bois dont il veut faire des fac-similé , et en prend ensuite l'empreinte sur du papier, du calicot, ou du bois blanc. D'abord cette impression est tout à fait invisible ; mais en l'exposant pendant quelques instants à une forte chaleur, elle apparaît dans un ton plus ou moins foncé , suivant la force de l'acide ou de l'alcali. On produit de cette manière toutes les nuances de brun , depuis les plus légères jusqu'aux plus foncées. Pour quelques bois qui ont une couleur particulière, il faut colorer, soit avant, soit après l'impression , selon la légèreté des ombres du bois.

Cependant la lithographie ayant ( té inventée , cet art nouveau rivalisa avec la gravure en taille-douce et avec la gravure sur bois de nouveau mise en vogue; toutes tendirent à la diminution du prix des planches, et elles furent substituées simultanément à l'ancienne méthode de copier les plantes par ellesmêmes. Celle-ci ne fut plus regardée dès lors que comme un amusement de la jeunesse.

Autographie galvanoplastique. Enfin un nouveau procédé fut encore mis en pratique. Plus exact que les précédents, il reproduisait les moindres détails avec la plus grande fidélité et donnait même le relief: c'était la galvanoplastie. Ce procédé fut d'abord employé dans la plupart des arts et des industries, pour la sculpture , la fonte et la gravure, comme nous l'avons montré plus haut II offrait toutes les conditions que l'on pouvait désirer pour obtenir une copie parfaite.

MM. Auer et Worring profitèrent de cette qualité pour mettre leur idée en œuvre; voici à quelle occasion.

En 1852 on montrait à Vienne des impressions de dentelles, obtenues à Londres au moyen de la presse lithographique. Ces échantillons étaient très-bien faits , et plaisaient généralement ; mais l'exécution en était coûteuse et laissait bien à désirer. M. Auer, à qui la Chambre de commerce avait demandé de pareilles épreuves, pensa de suite qu'il serait plus avantageux de reproduire ces dentelles par le procédé galvanoplastique plutôt que par la lithographie , et de se passer de dessinateur et de graveur.

Après avoir conféré avec plusieurs de ses protes sur le moyen d'exécuter son dessein, et après plusieurs essais , M. Worring eut l'heureuse idée de substituer les moules de plomb aux moules en gutta-percha que M. Auer avait d'abord proposés. Dès lors le procédé était trouvé, la réussite parfaite ('). Voici l'opération : on enduit l'objet à copier d'un mélange de térébenthine de Venise et d'esprit-de-vin, pour le fixer et l'étendre sur une planche de cuivre ou d'acier bien unie et polie ; là-dessus on place une lame de plomb pur et décapé , et on soumet le tout à la presse d'imprimeur en taille-douce , d'une force de pression d'environ 800 à 1000 quintaux , suivant le relief et la solidité de l'objet. On obtient de cette manière une planche avec l'empreinte de l'objet en creux , qui pourrait servir déjà à l'impression , si le plomb n'était pas une matière trop tendre pour supporter le tirage d'un certain nombre d'exemplaires. Pour se procurer une planche plus solide , on prend en plâtre ou en une autre substance convenable une contre-épreuve de cette plaque de plomb, contre-épreuve sur laquelle se trouve naturellement l'objet en relief. Après avoir métallisé cette planche, on l'expose au courant voltaïque, on fait déposer la couche de cuivre jusqu'à une certaine épaisseur , comme dans les opérations électrotypiques ; de cette manière on produit une planche en creux, qui remplace celle en plomb, et qui peut immédiatement servir au tirage des épreuves sous la presse en taille-

(1) Nous devons à l'obligeante communication de M. Auer lui-même quelques-uns des détails du procédé; les autres sont tirés des publications qu'il a bien voulu nous envoyer: Die Entdeckung des Nalurselbstdrucks, etc. von A. Auer. Wien, 1853. — Voyez aussi Sitzungsberichte der K. K. Oestr. Académie der Wissenscbaften, Bd- IX, Jabrg. 4852. V* HeR, p. 808 IT.

douce. On peut obtenir le même résultat en faisant un moule primitif en métal fusible , au lieu de plomb. Si l'objet ne supporte pas la pression, ou si le relief en est trop élevé, on aura recours aux moules taits de stéarine ou de gutta-percha ; et comme cette dernière substance a souvent l'inconvénient de s'attacher à l'objet, on lui substituera avec avantage une composition de gomme laque et de goudron , laquelle fourmt d'excellents moules. On peut obtenir encore plus directement une planche en creux, lorsqu'on métallisé l'objet à copier même , et qu'on le soumet, avec la planche sur laquelle il est fixé à l'action galvanoplastique , pour en produire une planche en creux.

Veut-on se procurer au contraire une planche en relief, propre à être imprimée sous la presse typographique, alors on ne fait que deux opérations au lieu de trois , c'est-à-dire qu'on ne produit qu'une planche en relief du moule en creux primitif Pour l'imprimer, on pose la couleur sur l'objet, au moyen du rouleau à encrer , au lieu de la frotter dans les profondeurs, comme cela se pratique pour les planches en creux. Faisons observer ici qu'il faut être très-habile pour bien encrer ces planches en creux , lorsqu'il s'agit de les imprimer en plusieurs couleurs; il faut savoir imiter, nuancer et fondre parfaitement les diverses couleurs de l'original.

C'est par ce procédé que MM. Auer et Worring ont reproduit , avec une exactitude et une vérité frappantes, des objets de toute natur, des dentelles, des ouvrages au crochet, des broderies, des silhouettes découpées en papier, des sections de différentes espèces de bois, des feuilles d'arbres, des plantes entières, des fossiles , et même des animaux. Tous ces objets sont reproduits avec leurs couleurs et leur relief naturel, ou en noir. Le premier ouvrage avec des planches faites en autographie galvanoplastique fut publié à Vienne en 1853 , et contient les cryptogames de la vallée d'Arpasch en Transylvanie, par M. le chevalier de Heufler. — M. de Ettinghausen a publié en 1854 un traité sur les nervures des papilionacées, qui est également orné de planches exécutées par le même procédé. En avril 1856 on a publié la première partie de la Physiotypia plantarum austriacarum de M. de Ettinghausen, ouvrage qui

doit le corner de 5 volumes in-folio et d'un atlàft de 500 planches.

Minéralot yple et Minéralographie. En même temps que M. Auer faisait la découverte de Pautographie galvanoplastique, M. le professeur Leydolt, de Vienne , essayait de reproduire des minéraux par un procédé analogue. Il a également réussi , surtout pour les minéraux contenant du quartz, grâce à la coopération de l'Imprimerie impériale de Vienne.

M. Leydolt fait mordre les pierres à surface plane au moyen d'un acide, probablement avec l'acide fluorique ou fluate de chaux , employé ou à état liquide , ou en vapeur , de manière que les parties corrodées de la pierre forment les creux , tandis que les parties non attaquées restaient en relief. On aurait donc pu se servir des pierres ainsi préparées, à la place d'une planche gravée ou d'une tablette de bois gravée , pour en tirer des épreuves, quand la forme et la force de la pierre auraient permis cette opération. \

Mais il a préféré faire un moule en plomb ou en gutta- ] percha, et le transformer en planche métallique par le moyen de la galvanoplastie. C'est ainsi qu'on reproduit différentes sortes de minéraux, surtout ceux qui sont attaquables aux acides? tels que les agates , des granits et d'autres. Ce procédé a été nommé minéralotypie et minéralographie, suivant que les planches sont en relief ou en creux.

Nous ajouterons encore un procédé très-ingénieux , imaginé en 1854 par M. Prey, prote dans l'Imprimerie impériale de Vienne (•); il consiste à transformer les dessins faits sur papier en planches d'impression. Les principes de ce procédé sont ceuxci: On dessine d'abord sur un papier préparé à cet effet, avec un crayon qui produit les mêmes effets que le crayon ordinaire ; on transporte ce dessin sur une planche de cuivre , et on traite ensuite par la galvanoplastie , pour former la planche qui doit servir au tirage des épreuves sur papier. On peut imprimer en

(1) Fawt. poligrafibcto-iUustriste Zeitoctorift, Wien, 1854. u- 10.

noir ou en plusieurs couleurs, et les épreuves imitent parfaitement les dessins au crayon faits sur papier blanc, ou les dessins à deux teintes, ou enfin les dessins légèrement coloriés. Ce procédé est très-précieux pour les artistes , vu que le dessin sur le papier préparé est aussi facile et aussi grené que sur le papier ordinaire , et on a de plus le grand avantage de pouvoir multiplier à l'infini les dessins originaux, et de faire toutes les corrections et retouches nécessaires. MM. Breyer, galvanographe, Van der Null, professeur, le conseiller Sprenger, et Ranftl , peintre, ont fait les premiers essais dans ce genre ; la réussite était parfaite.

Toutes les opérations électro-chimiques de Tautographie galvanoplastique s'accomplissent au pôle négatif, et par conséquent font partie de l'électrotypie.

Nous ne devons pas oublier de remarquer que, dès que la découverte de M. Auer fut connue (') , on est venu lui contester la priorité de l'invention, en faisant observer qu'il y a plus de 20 ans qu'un graveur de Copenhague, Pierre Kyle, qui est mort depuis avait fait une invention pareille. Voilà sur quoi se base cette» prétention: Un particulier avait déposé, le 28 mai 1853 , dans le cabinet royal des estampes de Copenhague, un manuscrit de Kyle contenant la description de son procédé et 46 planches d'épreuves. Cet ouvrage avait le titre suivant : « Description, avec 46 planches, du procédé pour copier des produits de la nature et de l'art , de formes planes , par Pierre Kyle ; Copenhague le 1er mai 1833. » Ce n'est donc que 20 ans après que ce manuscrit avait été écrit, qu'on a eu connaissance de ce procédé. Quant à celui-ci, voici en quoi il consiste, selon la traduction que M. Auer en a fait publier : « Pierre Kyle , pour faire les copies, plaçait les objets à reproduire sur une planche de fer étamé, de l'épaisseur d'une demi-ligne; Pétamage avait pour but de retenir les objets toujours à la même place pendant l'opération. Sur cette planche et les objets il posait une autre planche en cuivre bien amolli , et de l'épaisseur d'une demiligne, et il soumettait le tout à la pression de deux rouleaux d'a-

(1) Eigentbums-Streit bei neuen Entdeckungen, etc , vod A. Auer; Wieu, 1853,

cier d'un laminoir , pour imprimer l'objet dans la planche de cuivre : il obtenait ainsi une planche en creux. Une contre épreuve de celle-ci faite de la même manière, mais sur un métal plus mou, du zinc, de Pétain ou du plomb, lui procurait une planche en relief. On a heu de douter que des feuilles d'arbre» des plumes , et même des dentelles , offrissent assez de résistance pour supporter une pression telle qu'il fallait pour les imprimer dans du cuivre, si bien amolli qu'il fût, sans se défigurer. L'impression de ces objets sur le fer présente encore plus de difficultés, et Kyle avoue qu'il n'a pas réussi, et qu'il lui fallait retoucher à la pointe sèche. Kyle dit avoir reproduit par son procédé des feuilles d'arbres, des tissus, des écailles de poisson et des plumes d'oiseaux, et les avoir imprimés sur du papier avec de l'encre d'imprimeur. »

Sans même avoir vu ces épreuves sur papier, on peut supposer qu'elles étaient très-faibles et imparfaites , et il est facile de juger qu'il n'y a aucun rapport entre le procédé de Kyle et celui de M. Auer.

Emploi du magnétisme à la gravure* On n'a pas

employé seulement l'électricité dans l'art de la gravure, mais aussi le magnétisme.

En 1840, M. W. Jones (!) a imaginé le procédée suivant: On se procure une planche d'acier qu'on noircit comme à l'ordinaire, puis on y trace, au moyen d'une pointe énergiquement aimantée, nai3 dont le bout est plutôt en peu arrondi que trop aigu, le dess'n qu'on veut graver. Il faut faire attention de tenir la pointe un peu inclinée , d'appuyer fermement sur la planche et de se placer de telle sorte que cette pointe soit à trèspeu près dans le plan du méridien magnétique.

La planche ainsi gravée et magnétisée étant nettoyée soigneusement et séchée , on répand à sa surface du fer en poudre fine (la limaille de fer bien fine et pure, qu'on lave plusieurs fois avec de l'alcool très-rectitiée). Cette poudre , en inclinant la planche, glisse le long de son plan, excepté dans tous les traits ou a passé

(1) U Technologie, 1. 1, 1840, p. 38*.

la pointe et où elle adhère fortement Ayant ainsi obtenu des contours sensibles , on imprime au moyen d'une presse lithographique.

Le papier d'impression doit recevoir une préparation pour que le fer métallique puisse s'y combiner. On produit une belle impression bleue en imprégnant le papier avec une solution de prussiate de potasse , et une impression noire en le mouillant avec une infusion faible de noix de galle. Les épreuves ont besoin d'être exposées à l'air pendant quelque temps avant d'acquérir tout leur éclat, et le fer doit être dans le plus grand état de division possible pour que les combinaisons chimiques^puissent s'opérer promptement. Ce genre de gravure est intermédiaire entre la lithographie et le mezzotinto.

Nous terminerons ici notre notice sur la galvanoplastie. Sans prétendre avoir épuisé le sujet, nousNcroyons en avoir assez dit pour que l'on puisse se faire une idée de combien d'éléments et de moyens elle dispose , et quel champ vaste et fertile elle offre pour des applications îuix arts et aux industries.

Nous devons nous occuper maintenant de la photographie. De l'électricité passons à la lumière, cette autre force de la nature dont la sagacité de l'esprit humain a su tirer un si beau profit pour les arts.

Sous ce point de vue la lumière a de l'analogie avec l'électricité. Le courant voltaïque, l'étincelle électrique façonne ou grave les formes que l'homme lui prescrit; le rayon lumineux fait plus encore , il dessine , il peint tout ce que l'homme voit, et même les choses qu'il n'aperçoit pas à l'œil nu. Quelles merveilles nous offrent déjà ces deux arts à peine nés , et combien sont encore cachées ?

Nous adopterons la théorie photographique de M. Guillotte, ingénieur, et nous appellerons héliographie (du grec hélios, soleil ) l'art de fixer une image quelconque sur une surface impressionable ou réductible.

Nous choisirons encore ce mot pour désigner l'ensemble des opérations photographiques, en l'honneur de l'inventeur de cet art, Nicéphore Niepce, qui avait le premier adopté ce nom. En-

core une autre cause nous détermine à conserver le nom ôThéliographie, c'est que réellement toutes les opérations de Nicéphore Niepce, et même celles de Daguerre, avaient été faites au moyen des rayons solaires.

Cet art se subdivise en deux branches, que nous appellerons : 1° daguerréotypie, et 2° photographie, noms consacrés par Tusage.

1° La daguerréotypie sera spécialement l'art de fixer une image quelconque sur une plaque de cuivre argentée.

2° La photographie (phôs, photos, lumière) l'art de fixer une image quelconque sur une substance quelconque , autre que le cuivre argenté, quelle que soit la manière d'en préparer la surface.

Ces deux arts ont plus d'un rapprochement; mais le plus saillant, c'est qu'ils sont fondés tous les deux sur cette propriété des sels d'argent d'être réduits plus ou moins facilement par la lumière.

HÉLIOGRAPHIE

Héliographie. La lithographie venait d'être découverte, et à peine cette précieuse invention de Senefelder était-elle connue et répandue , qu'elle fixait toute l'attention des artistes et . des industriels. Partout on cherchait dans les carrières, on fouillait le sol pour y découvrir des pierres calcaires propres aux procédés lithographiques.

Joseph-Nicéphore Niepce, propriétaire à Chalon-sur-Saône, qui s'occupait dans ses loisirs d'agriculture et de mécanique, tenta aussi quelques essais lithographiques, et il choisit une qualité de pierres dont on se sert pour couvrir la route de Lyon (4). Ses expériences n'ayant point réussi, il imagina de substituer aux pierres un métal poli; il essaya de tirer des épreuves sur une planche d'étain avec des crayons lithographiques, et c'est dans le cours de ces recherches qu'il conçut l'idée d'obtenir suides plaques métalliques la représentation des objets extérieurs

(4) Bulletin de la Société d'encouragement, etc. vol. XVI, 1817, pages 189 et Î09

par la seule action de la lumière: Joseph-Nicéphore Niepce avait découvert l'héliographie.

C'est à Tannée 1813 que remontent ses essais, et il fit ses premières découvertes en 1814.

Nous ne pouvons mieux faire que d'emprunter à l'excellent ouvrage sur les découvertes scientifiques de M. Louis Figuier (') les détails de ce procédé héliographique.

« Niepce s'appliqua d'abord à reproduire des gravures; il vernissait une estampe sur le verso pour la rendre transparente, et il l'appliquait ensuite du côté recto sur une planche d'étain vernie d'une couche de bitume de Judée. Les parties noires de la gravure arrêtaient les rayons lumineux; au contraire, les parties transparentes ou qui ne représentaient aucun trait de burin les laissaient passer librement. Les rayons lumineux, traversant les parties diaphanes du papier, allaient blanchir la couche de bitume de Judée appliquée sur la lame métallique , et l'on obtenait ainsi une reproduction fidèle du dessin , dans laquelle les clairs et le& ombres conservaient leur situation naturelle. En plongeant ensuite la lame métallique dans l'essence de lavande, les portions du bitume non impressionnées par la lumière étaient dissoutes, et l'image se trouvait ainsi mise à l'abri de l'action ultérieure de la lumière. »

Le but que Niepce se proposait était la multiplication par la gravure, et il y réussit assez bien. En attaquant ses planches par un acide faible, il creusait le métal en respectant les traits abrités par l'enduit résineux , qui remplaçait le vernis du graveur. Il formait ainsi des planches à l'usage des graveurs. Mais n'ayant pas assez de connaissances pratiques dans l'art de la gravure (*), il cherchait le secours d'un artiste qui pût le secon-

\l) Kxposit. bist. des principales découvertes scientifiques modernes par Louis Figuier, Dr. ès sciences. Paris, 1H5I, 1. 1, p. 31.

(i) Observons en passant que si Nicéphore Niepce, et t'est aussi son propre a\en. eût su quelques-unes des manipulations employées dans les arls et l'industrie, il aurait pu arriver plus facilement peut-être au but de ses recherches. Cela nous suggère la réflexion suivante: Ne serait-il pas convenable d'introduire les étudiants, môme tous les jeunes gens des écoles et des pensionuats, dans les ateliers où l'on pratique l'art et l'industrie, guidés par un maître intelligent, pour les initier de bonne heure à tous les genres de main-d'œuvre. On en retirerait, j'en suis certain, de grands

der dans cette entreprise. M. Lemaitre, excellent graveur de Paris, accepta obligeamment cette tâche, et en 1826 il reçut par l'entremise de M. de Champmartin , beau-frère de Joseph Niepce, deux petites planches de ciûvre que ce dernier avait vernies et préparées à la gravure à l'eau-forte (!). Cet essai ne réussit point.

Après avoir lui-môme essayé de graver, Niepce envoya en janvier 1827 cinq planches d'étain à Paris, pour les soumettre au jugement de M. Lemaitre (*). Niepce avait choisi Pétain, parce que ce métal lui paraissait préférable au cuivre , à cause de sa blancheur ; la plus grande ce ces planches était une copie héliographique d'une gravure représentant la Vierge, l'Enfant Jésus et saint Joseph. Les quatres autres plus petites étaient de doubles copies d'un portrait et d'un paysage. Ces planches n'étaient pas vernies, mais gravées faiblement à l'acide acétique allongé de vinaigre de bois, surtout celles qui représentaient le paysage. Ces gravures héliographiques, suivant l'avis de M. Lemaitre, n'avaient pas trop mal réussies (5) ; les contours et tous les détails, même les travaux fins, étaient reproduits avec exactitude, mais ce qui leur manquait encore , c'était l'effet et la véritable valeur de chaque teinte : le ciel de l'un des paysages offrait une teinte qui paraissait le résultat de la gravure à l'aqua-tinta ; dans le portrait toutes les tailles étaient bien marquées, surtout celles des demi-teintes ; les tailles des ombres étaient confondues, et celles des fonds arrondies, au lieu d'être de vive-arête ; cependant les épreuves sur papier, tirées de ces planches avec

avantages. D'abord les jeunes gens n'ignoreront plus aucun de ces travaux; caries traités ne suffisent pas, il faut examiner et voir pour comparer et juger; ce serait ensuite un moyen de plus pour développer l'intelligence de la jeunesse; et puis, les parents auraient plus de facilité dans le choix d'une vocation à donner à leurs enfants. Je ne sais pas ce qui se passe sous ce rapport dans les autres pays, mais dans quelques parties de la Suisse, notamment à Râle et à Zurich, on a l'habitude de conduire de temps en temps les écoliers dans les ateliers pour leur montrer toutes les manipulations. C'est un exemple à suivre plus généralement. H. H.

(1) Voyez Correspondance entre Joseph-Nicéphore Niepce, à Châlons, et M. Lemaitre, graveur à Paris, dans le journal La Lumière, 1851 , n* 1 à 9. — Lettre du 22 janvier 1827.

(2) Lettre du 2 fév. 1827.

(3) Lettres du 7 févr., des 5 et 17 mars 1827.

beaucoup de soin et sous les yeux de M. Lemaître, donnèrent un résultat assez satisfaisant.

Niepce attribuait les défectuosités de ces planches à la fragilité du vernis appliqué en couche trop mince, à la divergence des rayons lumineux, et à la résistance plus ou moins grande qu'ils éprouvent dans leur transmission; il supposait que cet inconvénient n'existerait plus, s'il lui était possible de remplacer par l'emploi du mégascope les procédés dont il se servait pour la copie des gravures ; alors, et dans la supposition de la réussite la plus favorable, le résultat de l'opération serait tel qu'on pourrait se passer de l'art de la gravure, et qu'alors l'office de la main se réduirait à verser l'acide sur la planche , qui se trouverait attaquée et creusée dans le rapport de dégradation des teintes (!). « S'il en était autrement, dit-il, je devrais désespérer de fixer l'image des objets représentés dans la chambre noire, qu'on peut regarder comme le beau idéal du lavis, étant tous composés de nuances extrêmement délicates. Cependant mon procédé est susceptible de les retenir et de les exprimer avec une grande fidélité. »

Niepce ne se faisait point illusion sur la réussite de ces gravures, et il sentait effectivement quelle serait la témérité de l'entreprise comparée à 1'insuflisance de ses moyens , dépourvu quil était des ressources en bons conseils, et surtout de connaissances pratiques dans la gravure. Mais , pensa-t-il , s'il fallait renoncer à l'avantage de multiplier les épreuves par le moyen de la gravure, on aurait du moins celui de se procurer une copie exacte et inaltérable de la nature par ce même procédé. Niepce se proposait alors de graver des points de vue d'après nature à Vaide de la chambre noire perfectionnée. Les expériences de ce genre, faites précédemment et depuis 1824 déjà, lui faisaient augurer un heureux résultat (*). Voici comment il procédait : Sur une planche de plaqué ou cuivre argenté il appliquait une couche de bitume de Judée ; la planche ainsi recouverte était placée dans la chambre noire et l'on faisait tomber à sa surface l'image transmise par la lentille de Pinstru-

<4) Lettre du 16févr. 1827.

t*) Lettredu2févr. 1827

ment Au bout d'un temps assez long la lumière avait agi sur la surface sensible. En plongeant alors la planche dans un mélange composé de 9 parties de pétrole contre une d'essence de lavande, les parties de l'enduit bitumineux que la lumière avait frappées restaient intactes, les autres se dissolvaient rapidement.. On obtenait donc ainsi un dessin dans lequel les clairs correspondaient aux clairs et les ombres aux ombres; les clairs étaient formés par l'enduit blanchâtre de bitume, les ombres par les parties polies et dénudées du métal; les demiteintes, par les portions du vernis sur lesquelles le dissolvant avait partiellement agi. Ces dessins métalliques étaient donc directes, mais n'avaient qu'une médiocre vigueur.

Niepce essaya de les renforcer en exposant la planche à l'évaporation spontanée de l'iode ou aux vapeurs émanées du sulfure de potasse , dans la vue de produire un fond noir, sur lequel les traits se détacheraient avec plus de fermeté ; mais il ne réussit qu'incomplètement.

Quoique le problème photographique fut résolu dans son principe, ce procédé avait un inconvénient capital, c'était le temps considérable qu'il exigeait pour l'impression lumineuse. Le bitume de Judée est une substance qui ne s'impressionne qu'avec une lenteur extrême; il ne fallait pas moins de 10 heures d'exposition pour produire un dessin, et le modèle subissait naturellement des changements d'éclairage pendant ce laps de temps ('). Pendant quelque temps iViepce fut interrompu dans ses travaux par un voyage qu'il fut forcé de faire en Angleterre, où il avait un frère dangereusement malade; il y fit bientôt la connaissance d'un membre de la Société royale de Londres, M. Francis Bauer, à qui il apprit qu'il avait fait l'importante et intéressante découverte de fixer d'une manière permanente l'image de tout objet par l'action spontanée de la lumière, et il lui montra plusieurs spécimens très-intéressants, tant d'images fixées sur des planches d'étain poli, que des impressions faites sur le papier d'après ces planches préparées

(i) M. L. Figuier déjà cité; voyez aussi: Considérations sur la photographie au point de vue abstrait, présentées à l'Académie des Sciences, le 28 août, 4854, par M. E. Chevreul.

par son procédé chimique. Niepce désirait que sa découverte fût connue de la Société royale de Londres, et il écrivit à cet effet un mémoire daté du 8 décembre 1827, qu'il remit à quelques-uns des membres les plus influents de cette Société, en y joignant plusieurs spécimens de ses produits. Mais comme Niepce ne voulut pas expliquer son secret, le mémoire et tous les spécimens lui furent rendus , après avoir été exposés et examinés pendant plusieurs semaines, et le sujet ne fut plus jamais présenté à la Société («).

Avant de quitter l'Angleterre, Niepce fit hommage à M. Francis Bauer de plusieurs spécimens de son art nouvellement découvert; l'un d'eux fut sa première expérience heureuse pour fixer l'image de la nature ; une autre planche préparée avec ce qu'il appelait le procédé chimique pour agir sur une planche de cuivre, comme une gravure à l'eau-forte, et pour prendre des impressions de la même planche (*).

Revenu dans sa patrie, Niepce reprit ses travaux avec une nouvelle ardeur, mais il renonça à la copie des gravures , et se borna à celle des points de vue pris avec la chambre obscure perfectionnée de Wollaston. Les verres périscopiques lui procuraient des résultats bien supérieurs à ceux qu'il avait obtenus jusqu'alors avec des objectifs ordinaires , et même avec le prisme ménisque de V. Chevalier. Son unique but désormais devait être de copier la nature avec la plus grande fidélité, et ce fut à cela qu'il s'attacha exclusivement; « car, dit-il, ce n'est que lorsque j'y serai parvenu (si toutefois il n'y a pas trop de témérité de ma part dans cette supposition ), que je pourrai m'occuper sérieusement des différents modes d'application dont mon procédé

peut être susceptible (s) »

Nous avons déjà dit comment Niepce procédait pour arriver à ce résultat et nous avons signalé les inconvénients. Niepce ne l'ignorait point ; mais il attribuait à l'action trop

(I) Lettre adressée le 27 fév. ittiQ au rédacteur delà Gazette de littérature de Londres, par M. Francis Bauer, F. R. S membre de la Société royale de Londres. — Lumière, 1851, n' J.

i% Lettre de M. Bauer, déjà citée.

(H) Correspondance entre Niepce et Lcmaitre. lettre du 20 août 18*8.

prolongée de la lumière Tune des défectuosités les plus choquantes de ses planches : « Malheureusement, écrivait-il en 1828 à M. Lemaitre, il ne m'est pas possible de l'éviter avec un appareil dans lequel les devants sont si peu éclairés, qu'il faut un temps considérable pour qu'ils puissent s'empreindre, même légèrement; de là ces disparates et cette confusion produites par le changement de direction, tantôt oblique et tantôt opposée, des rayons solaires. Pour parvenir à un succès décisif, il est indispensable que l'effet ait lieu le plus prompteraent possible ; or, il faudrait pour cela une chambre noire aussi parfaite que

celle de M. Daguerre Je me suis donc empressé de répondre

à ses offres obligeantes de service, en lui proposant de coopérer avec moi au perfectionnement de mes procédés héliographiques et de s'associer aux avantages qui résulteraient d'une complète réussite ('). »

Louis-Mandé Daguerre (*), dont il est question dans cette lettre de Niepce, était un peintre habile à Paris , qui avait surtout fondé sa réputation par l'invention du Diorama, et que ses études si spéciales sur le jeu et les combinaisons de la lumière avaient également amené à entreprendre de fixer les images de la chambre obscure. Toutefois, malgré des recherches persévérantes, il est certain qu'il n'avait encore rien trouvé lorsqu'il apprit par hasard que M. Niepce avait résolu ce difficile problème.

En 1826 déjà Daguerre s'était adressé à Niepce pour lui annoncer que depuis fort longtemps il s'occupait du même objet que lui ; il demandait à ce dernier s'il avait été plus heureux que lui dans ses résultats, et s'il croyait la chose possible (3). Une année après , Daguerre écrivait de nouveau, avançant qu'il avait déjà obtenu des résultats très-étonnants , cependant il doutait de la possibilité d'être entièrement satisfait des ombres par ce procédé de gravure de Niepce, ce qui lui faisait tenter des recherches dans une autre application, tenant plutôt à la perfection qu'à la multiplicité (*).

(1) Lettre du 25 octobre 1829.

(2) Louis-Jacques-Mandé Daguerre, né à Cormeil-en-Parisis, le 18 novembre 1787. mourut à Brie le 10 avril 1851.

(3) Lettre du 2 févr. 1827.

(4) Lettre du* févr. 1827.

Un peu plus tard, en avril 1827, Niepce reçut de Daguerre un petit dessin élégamment encadré, fait à la sépia et terminé à l'aide de son procédé. Ce dessin, qui représentait un intérieur, produisait beaucoup d'effet, mais il était difficile de déterminer ce qui était uniquement le résultat de l'application du procédé, puisque le pinceau y était intervenu. Ce genre de dessin fut appelé par Daguerre , qui en était l'auteur , dessin-fumée , et se vendait chez Alphonse Giroux à Paris (*).

Niepce, pensant qu'une prévenance en vaut une autre, et voulant répondre au désir que Daguerre avait témoigné (a) , lui envoya une planche d'étain représentant la Sainte Famille, légèrement gravée d'après les procédés héliographiques, en l'invitant en même temps (s'il n'y a pas indiscrétion de sa part) à lui faire connaître le résultat de ses expériences à l'aide de la chambre noire perfectionnée, et en lui offrant la réciprocité (*).

Daguerre n'envoyait rien; sa critique paraissait impartiale, mais sévère, ce qui décida Niepce à renoncer à la gravure, et à se livrer à une autre application qui n'exigeât pas l'emploi des acides, c'est-à-dire à la copie héliographique seule (4).

Lorsqu'en 1827 Niepce, venant d'Angleterre, passa à Paris, il y vit Daguerre, mais aucun produit de ses recherches. Celuici lui témoigna alors, et même encore après son retour, le désir réitéré de connaître le résultat de ses nouvelles recherches héliographiques. Niepce lui adressa donc en octobre 1829 encore un essai, mais sur argent plaqué, d'un point de vue d'après nature, pris dans la chambre noire (5).

Ces divers rapports et communications, et surtout de la part de Daguerre l'assurance, quoique sans effet, d'avoir découvert de son côté un procédé pour la fixation des images de la chambre noire, procédé tout différent de celui de Niepce, et qui avait même sur lui un degré de supériorité, séduisirent Niepce et eurent pour suite une association provoquée par Daguerre et désirée par

(1) Lettre du 3 avril 1827.

(2) Lettre du 4 juin 1827

(3) Lettre du 4 juin 1827.

(4) Lettre du 2i juillet 1827.

(5) Lettre du 4 octobre 1829.

Niepce dans l'intérêt de sa découverte. Ce traité fut conclu entre eux à Chàlons, le 14 décembre 1829, et Niepce communiqua ensuite à son associé tous les faits relatifs à ses procédés héliographiques.

Daguerre, en perfectionnant le procédé, remplaça le bitume de Judée par la résine que Ton obtient en distillant l'essence de lavande, matière qui jouit d une certaine sensibilité lumineuse. Avant de laver la plaque dans une huile essentielle, il Pexposait à l'action de la vapeur fournie par cette essence à la température ordinaire. Cette modification du procédé Niepce ne diminua que faiblement la durée de l'exposition dans la chambre noire ; 7 à 8 heures étaient encore nécessaires pour obtenir une vue.

Le hasard amena les inventeurs à substituer aux substances résineuses l'iode, qui donne aux plaques d'argent une sensibilité exquise. Ce fut le premier pas vers l'entière solution d'un problème qui avait déjà coûté vingt ans de recherches assidues.

Mais il n'était pas réservé à l'inventeur de voir s'accomplir le triomphe définitif de son invention. Niepce, alors âgé de 68 ans, mourut pauvre et ignoré à Châlons, le 5 juillet 1833 (•)•

Cinq ans après la mort de Niepce, Daguerre avait combiné et formulé la méthode admirable qui immortalisera son nom.

Ainsi donc Joseph-Nicéphore Niepce est l'inventeur de l'héliographie sur des planches métalliques, et Louis-Mandé Daguerre a perfectionné les procédés de Niepce, et imaginé dans son ensemble la méthode générale actuellement en usage.

Avant de parler de la daguerréotypie , on nous permettra de mentionner les recherches faites antérieurement et postérieurement à cette découverte, et de dire quelques mots sur l'instrument principal employé dans cet art , la chambre obscure.

On prétend qu'on connaissait déjà dans le XIIIe siècle, du temps de Roger Bacon, la chambre obscure, et qu'en 1540, Erasme Reinhold de Saalfeld s'en était servi pour observer une éclipse de

(1) Il était né le 1 mars 1705. Voyez M. Figuier, déjà cité, et la Biographie de Nicéphore Niepce par M. Francis Wey : Lumière. 1851, p. 86.

soleil. Trois savants italiens, un bénédictin du nom de Gapnutio, Léonard de Vinci, le doyen des peintres de la renaissance, et un physicien napolitain, Jean-Baptiste Porta, avaient également reconnu, chacun de son côté, qu'en perçant un petit trou dans le volet de la fenêtre d'une chambre bien close , tous les objets extérieurs dont les rayons peuvent atteindre le trou vont se peindre sur le mur de la chambre qui lui fait face, avec des dimensions réduites ou agrandies, selon les distances, avec des formes et des situations relatives, exactes, mais renversées , enfin avec les couleurs naturelles. Porta découvrit bientôt que le trou n'a nullement besoin d'être petit, qu'il peut avoir une largeur quelconque, pourvu qu'on lui adapte une lentille.

Les images produites par l'intermédiaire du trou ont peu d'intensité ; les autres brillent d'un éclat proportionnel à l'étendue superficielle de la lentille qui les engendre.

Les premières ne sont jamais exempts de confusion ; les images des lentilles, au contraire, quand on les reçoit exactement au foyer, ont des contours d'une grande netteté. Cette netteté est devenue vraiment étonnante depuis qu'aux lentilles simples, composées d'une seule espèce de verre et possédant dès lors autant de foyers distincts qu'il y a de couleurs différentes dans la lumière blanche, on a pu substituer des lentilles achromatiques qui réunissent tous les rayons possibles en un seul foyer, depuis surtout que l'on a adopté la forme périscopique , inventée par Wollaston.

Porta fit construire des chambres noires portatives. Chacune d'elles était composée d'un tuyau plus ou moins long, armé d'une lentille; l'écran blanchâtre, en papier ou en carton, sur lequel les images allaient se peindre , occupait le foyer. Le physicien napolitain destinait ses petits appareils aux personnes qui ne savent pas dessiner. Pour obtenir des vues parfaitement exactes, il proposait de suivre avec la pointe d'un crayon les contours de l'image focale.

« Il n'est personne, dit M. Arago ('), qui, après avoir remarqué la netteté de contours, la vérité de formes et de couleurs, la dé-

(i) Rapport de M. Arago fait a l'Académie des sciences, le 3 juillet 18».

gradation exacte de teintes qu'offrent les images engendrées par cet instrument, n'ait vivement regretté qu'elles ne se conservassent pas d'elles-mêmes, et n'ait appelé de ses vœux la découverte d'un moyen efficace de les fixer sur l'écran focal. »

Nous ne pouvons que succinctement mentionner les travaux qui furent faits pour la réalisation de ce problème, en citant seulement les recherches qui ont un rapport direct a la photographie.

Les alchimistes réussirent jadis à unir l'argent à l'acide extrait du sel marin: le produit de la combinaison était un sel blanc, qu'ils appelèrent lune ou argent corné , et qui n'était que du chlorure d'argent. Ce sel jouit de la propriété remarquable de noircir à la lumière d'autant plus vite que les rayons qui les frappent sont plus vifs.

Cette propriété du chlorure d'argent, découverte en 1565, cette action bien constatée de la lumière laissant sur un fond préparé une coloration véritable, sont les premiers éléments de la photographie (').

On doit à Scheele, vers le milieu du XVIIIe siècle, la découverte et l'analyse des rayons chimiques. En 1802, Ritter en Allemagne et Wollaston en Angleterre, reprirent chacun de son côté l'étude du spectre solaire à l'aide du chlorure d'argent. C'est à Wedgewood, comme nous le verrons plus loin, qu'appartient la pensée de la photographie. Nous avons montré que les premiers succès dignes de fixer l'attention furent obtenus par Nicéphore Niepce, et que Daguerre a résolu de la manière la plus parfaite le problème merveilleux de la fixation des images formées au foyer des lentilles.

Les travaux de M. Moser, de Kœnigsberg, sur le procédé de la vision, sur les effets de la lumière sur tous les corps, et ses célèbres images ont fait faire un pas de géant à la science et ouvert un nouveau et vaste champ aux recherches scientifiques.

Quelques conclusions du célèbre professeur montreront l'importance de ces études.

« Toute surface touchée par un corps quelconque acquiert la faculté de reproduire l'image de ce corps par la condensation

(1) Répertoire d'optique moderne, par l'abbé Moigno, Paris, 4850, t. Il, p.603-6iWf

d'une vapeur quelconque, avec adhésion ou combinaison chimique.

« La lumière agit sur toutes les substances, et Ton peut mettre son action en évidence à l'aide d'une vapeur quelconque qui adhère à la substance ou exerce sur elle une action chimique. La découverte de Daguerre est un cas très-particulier de cette proposition générale.

« Le contact, l'action des vapeurs et la lumière produisent, quoique à différents degrés suivant les circonstances, les mêmes effets sur toutes les substances, en modifiant leur affinité pour les vapeurs, ou en leur donnant la faculté de les condenser. Aux trois grandes causes de formation d'images que nous avions d'abord énumérées : le contact, l'action des vapeurs, l'influence de la lumière, il faut en joindre une quatrième plus universellement agissante, le rayonnement propre de tous les corps de la nature.

« Deux corps quelconques mis en présence et suffisamment rapprochés impriment l'un sur l'autre leur image, etc., etc. »

Aux travaux de M. Moser se lient ceux de MM. Waidle et Fizeau ; — les reproductions en creux, telles que cachets, planches gravées sur cuivre, cuivre plaqué et laiton , au moyen de la chaleur, ou images thermographiques de M. Knorr à Kasan, et de M. Hunt en Angleterre, 1842; — les images hydrographiques obtenues par le souffle de l'haleine, par M. Bertot; — les images produites par MM. Morer, Manon, Kursten; — les images atmo-électriques et électrographiques de M. Pierre Riess, de Berlin, en 1845; — et enfin les recherches remarquables sur la théorie de la formation des images daguerriennes par M. Dumas , par MM. Choiselet, Ratel, Fyfe, Arago, Gaudin, Claudet et d'autres.

DAGUERRÉOTPYIE

Le public eut connaissance pour la première fois de la découverte de Niepce et de Daguerre par le rapport officiel qu'en fit M. Arago dans la séance de l'Académie des sciences du 7 janvier 1839. — Le 19 août 1839 il put communiquer les procédés de Daguerre.

Procédés, etc. Les images daguerriennes se forment à la surface d'une lame de plaqué ou cuivre recouvert d'argent (*). On expose pendant quelques minutes une lame de plaqué aux vapeurs spontanément dégagées par l'iode à la température ordinaire ; elle se recouvre d'une légère couche d'iodure d'argent, et le mince voile , ainsi formé , présente une surface éminemment sensible à l'impression des rayons lumineux. La plaque iodée est placée alors au foyer de la chambre noire , et l'on fait arriver à sa surface l'image formée par la lentille de l'instrument. La lumière a la propriété de décomposer l'iodure d'argent ; par conséquent , les parties vivement éclairées de l'image décomposent, en ces points, l'iodure d'argent; les parties obscures restent, au contraire, sans action ; enfin les espaces correspondant aux demi-teintes se rapprochent davantage des ombres ou des clairs. Quand on la retire de la chambre obscure, la plaque ne représente encore aucune empreinte visible ; elle conserve uniformément sa teinte jaune d'or. Pour taire apparaître l'image , une autre opération est nécessaire : la plaque doit être exposée à la vapeur du mercure. On la pose donc dans une petite boîte, et l'on chauffe légèrement du mercure liquide qui se trouve dans un réservoir à la partie inférieure de la boîte ; les vapeurs du mercure se dégagent bientôt et viennent se condenser sur le métal ; mais le mercure ne se dépose pas uniformément sur toute la surface métallique , et c'est précisément cette condensation inégale qui donne naissance au dessin photographique. En effet, les gouttelettes de mercure viennent se condenser uniquement sur les parties que la lumière a frappées f c'est-à-dire, sur les portions de l'iodure d'argent que les rayons lumineux ont chimiquement décomposées; les parties restées dans l'ombre ne se recouvrent pas de mercure. Le même effet se produit pour les demi-teintes. Il résulte de là que les parties éclairées sont accusées sur la plaque par un vernis brillant de mercure , et les ombres par la surface même de l'argent non impressionnée. Pour les personnes, ajoute M. Figuier, qui asti) Figuier déjà cité; L'Echo du monde savant, 9 janvier 1839. p. 402, 10 janvier, p. 404, 43 févr. p. 412, etc.

sistent pour la première fois à cette curieuse partie des opérations photographiques, c'est là un spectacle étrange et véritablement merveilleux. Sur cette plaque, qui ne présente aucun trait, aucun dessin, aucun aspect visible , on voit tout à coup se dégager une image d'une perfection sans pareille, comme si quelque divin artiste la traçait de son invisible pinceau.

Cependant tout n'est pas fini; la plaque est encore imprégnée d'iodure d'argent, et si on l'abandonnait à elle-même en cet état, l'iodure continuant à noircir sous l'influence de la lumière ambiante, tout le dessin serait détruit. Il faut donc débarrasser la plaque de cet iodure. On y parvient en la plongeant dans une dissolution d'un sel ( l'hyposulfite de soude ) qui a la propriété de dissoudre l'iodure d'argent Après ce lavage , l'épreuve peut être exposée sans aucun risque à l'action de la lumière la plus intense. On voit en définitive que dans les épreuves daguerriennes l'image est formée par un mince voile de mercure déposé sur une surface d'argent. Les reflets brillants du mercure représentant les clairs, les ombres sont produites par le bruni de l'argent; l'opposition, la réflexion inégale de la teinte de ces deux métaux suffisent pour produire les effets du dessin.

Suivant M. Chevreul ('), l'image daguerrienne correspond aux dessins des étoffes de soie composées de Yannure satin et de Y armure taffetas. Lorsque l'œil n'est pas placé de manière à voir le satin en clair, l'image du taffetas lui apparaît en clair sur un fond foncé ; c'est l'inverse, s'il reçoit la lumière réfléchie spéculairement sur le satin.

Donc les opérations pour les plaques daguerriennes se résument en 7 points:

1° Décaper et polir la plaque.

2° Ioder cette plaque bien également.

3° La soumettre à l'action des substances accélératrices, pour augmenter la sensibilité de la couche d'iodure d'argent — Substances accélératrices diverses: Iode simple, 8 à 10 minutes; chlorure d'iode inventé par Claudet, 10 à 50 secondes; eau bromée de M. Fizeau, liqueur invariable inventée par Thierry, 2 à 20

(1) Considérations sur la photographie , etc. présentées à l'Académie, le 28 août 1854, par M. E. Chevreul.

secondes; bromure d'iode à effets constants, de M. de Vallicourt, la liqueur hongroise, la liqueur allemande ou de Reiser, bromure d'iode de Gaudin, 5 à 20 secondes ; les eaux bromées de Mittleton, de Brébisson, de Foucault et le chlorure de souffre des frères Nattier sont les plus puissantes substances.

4° Exposer la plaque à l'action de la lumière , la mise au point ; — l'objet doit toujours être parallèle au plan du modèle.

5° Faire paraître l'image en exposant la plaque aux vapeurs de mercure.

6° Laver la plaque impressionnée avec de l'eau saturée de sel marin ou mieux avec une dissolution faible d'hyposulfite de soude.

7° Fixer l'image au moyen de chlorure d^or, pour faire disparaître le miroitage.

Tel est l'ensemble des opérations dans le procédé imaginé par Daguerre. Daguerre a eu le mérite d'avoir substitué (de 1885 à 1837) l'iodure d'argent au bitume de Judée. Cependant Niepce lui avait déjà indiqué l'action de l'iode sur l'argent, et l'emploi qu'il en faisait pour renforcer les ombres des inlages produites sur le bitume. L'emploi de l'iodure d'argent, beaucoup plus sensible que ne l'est le bitume de Judée, rendait l'impression de l'image de 60 à 80 fois plus rapide que dans le procédé' de Niepce.

En recevant' des Chambres une récompense nationale, Daguerre s'était engagé à rendre publiques toutes ses nouvelles conquêtes. Il avait déclaré qu'il serait impossible de représenter la nature vivante; mais la publicité donnée à son procédé le mettait entre les mains de tous, et le public le rendit simple, facile et tellement prompt qu'on l'appliqua presque exclusivement au portrait. En perfectionnant les procédés, on chercha d'abord à diminuer la durée de l'exposition de la plaque métallique dans la chambre obscure , et ce fut surtout M. Ch. Chevalier qui arriva à la réduire à 2 ou 3 minutes, par l'emploi d'un double objectif achromatique , pour doubler la puissance de l'instrument.

Cependant ce perfectionnement ne fut complété que lorsque M. A. Claudet, artiste français à Londres, en 1841, eut découvert des substances accélératrices qui, appliquées sur une plaque io-

dée, communiquent à l'iode la propriété de s'impressionner en très-peu de temps. On a pu ainsi obtenir des épreuves irréprochables dans une demi-seconde et même dans un quart de seconde. M. Claudet a fait le premier l'application successive de l'iode et du chlorure d'iode sur les plaques daguerriennes (4).

Après la découverte des substances accélératrices, le perfectionnement le plus important qu'ait reçu la daguerréotypie consiste dans la fixation des épreuves et dans l'absence du miroitement métallique que présentaient les images daguerriennes. M. Fizeau présenta à l'Académie des sciences, en 1840, des procédés qui faisaient disparaître tous ces inconvénients à la fois, et qui consistent à recouvrir l'épreuve daguerrienne d'une légère couche d'or, obtenue par une dissolution de chlorure d'or mêlée à de l'hyposulfite de soude légèrement chauffée. Ce dorage bannit presque entièrement le miroitage et communique à l'épreuve une grande solidité, c'est-à-dire une résistance complète au frottement et à toutes les actions extérieures.

Gravure des daguerréotypes. L'idée de multiplier les images daguerriennes, soit par la gravure , soit par tout autre moyen, a toujours préoccupé un grand nombre de personnes.

Le but que s'était proposé Nicéphore Niepce , en faisant ses recherches héliographiques , fut principalement la gravure ; il désirait créer une branche nouvelle dans les arts graphiques, servant à multiplier par l'impressiou ; il cherchait à livrer des planches métalliques sur lesquelles la lumière seule produirait le dessin, qu'il suffirait ensuite d'attaquer par un acide, pour le creuser et rendre les planches propres au tirage d'épreuves sur papier. Il avait réussi aussi bien qu'il était possible avec un procédé photographique encore imparfait, et avec des connaissances insuffisantes dans la gravure. Plus tard il abandonna la gravure, et ne s'appliqua, ainsi que Daguerre et la plupart de leurs successeurs , qu'au perfectionnement des procédés héliographiques.

M. le docteur Donné (a) est le premier qui ait de nouveau (en 1840) essayé de transformer les plaques daguerriennes en plan-

(1) Lumière, 1854, n-27.

(i) Académie des sciences; séances du 16 septembre 1839, et du 6 avril 1840.

ches à Pusage des graveurs. Il reconnut que Peau-forte étendue de 4 parties d'eau attaque les parties noires de Pimage daguerrienne sans altérer les parties blanches, ou, en d'autres termes, dissout Pargent de la plaque sans toucher au mercure. Lorsqu'on laisse réagir Peau-forte quelques minutes, et qu'on juge la morsure suffisante, on lave la plaque à grande eau, et Pon enlève la marge de vernis de graveur dont on l'a entourée. La planche daguerrienne ainsi gravée en creux peut être immédiatement encrée , et servir à l'impression sous la presse en taille-douce. Mais Pargent pur est un métal trop mou pour suffire à un grand tirage; après quarante épreuves la planche est épuisée. La gravure était d'ailleurs fort imparfaite.

Déjà en novembre 1840 , le docteur Krasner avait tenté de reproduire les épreuves daguerriennes au moyen de la galvanoplastie.

M. le docteur Berres, à Vienne (Autriche) ('), avait également découvert un procédé qui devait rendre les plaques daguerriennes susceptibles de remplacer dans tous les cas les gravures sur cuivre ou acier, et de fournir des copies aussi nombreuses que les planches gravées ordinaires. La méthode du docteur Berres peut se diviser en deux procédés : celui de fixer le dessin , et celui de changer ce dessin une fois fixé d'une manière permanente en une gravure sur la plaque, et il se base sur les considérations suivantes: 1° Avec les plaques de cuivre dont on se sert à présent dans le daguerréotype , on peut fixer Pimage d'une manière permanente, mais il est impossible de s'en servir pour en imprimer des copies ou d'en faire des gravures. 2° Pour la gravure de l'épreuve duguerrienne , il est nécessaire que Pimage ait une certaine intensité sur la plaque d'argent pur. 3° La gravure de l'épreuve daguerrienne se produit sans l'influence de l'acide nitrique, et pour fixer d'une manière permanente cette épreuve , il faut un pouvoir galvanique; car , pour changer une de ces épreuves en une gravure métallique aussi profonde que dans les procédés ordinaires, les moyens chimi-

(1) Voyez l'annonce du docteur Berres dans la Gazette de Vienne du 18 avril 1840, et L'Écho du monde savant, 20 juin 1840.

ques ordinaires employés dans l'art du graveur sont insuffisants.

M.W.-B. Grove de Londres, en 1841 (f), est parvenu à graver les images daguerriennes au moyen d'un simple courant électrique. «Ce procédé, au moyen duquel la nature seul accomplittout le travail, » consiste à faire que l'image daguerrienne soit l'anode d'une combinaison voltaïque dans une solution qui, par elle-même, n'attaquera pas l'argent ou le mercure , mais dont l'anion , lorsqu'elle aura été électrolysée, attaquera ces métaux inégalement Ainsi M. Grove s'est servi de la planche daguerrienne comme anode attachée au pôle positif de la pile , et plongée dans un acide faible , l'acide hydrochlorique étendu d'eau , qui attaque le mercure et respecte l'argent. Lorsque la plaque ainsi traitée a été enlevée de l'acide, on la rince à l'eau distillée ; et si l'argent est bien homogène , le dessin original aura pris une belle couleur de terre de Sienne, produite par des molécules de l'oxychlorure qui s'est formé. On place alors l'épreuve sur un plat contenant une solution très-faible d'ammoniaque , et on frotte doucement la surface avec du coton bien doux , jusqu'à ce que le dépôt soit dissous. Aussitôt que cela est effectué, on enlève la plaque , on la plonge dans de l'eau distillée , et on la sèche avec soin. L'opération est alors terminée , et l'on a obtenu une gravure parfaite du dessin original. Quand on imprime avec cette plaque , ou obtient une épreuve positive, c'est-à-dire dont les lumières et les ombres sont disposées comme dans la nature.

Sous ce rapport, cette épreuve est plus correcte que l'image daguerrienne, car elle n'est pas renversée. Les caractères d'imprimerie sont dans leur position normale , ainsi que la droite et la gauche de la figure, lorsqu'on opère sur un portrait Toutefois, la gravure des épreuves daguerriennes ofire une difficulté insurmontable. Si les plaques sont gravées assez profondément pour donner une bonne épreuve, quelques-unes des lignes les plus délicates de l'original se confondront nécessairement , et la beauté principale de ces admirables dessins sera détruite. Mais si, au contraire, on n'a continué l'opération que pendant le temps

(1) ProceeUings of the electrical Society ; vol. I, p. 94 ; 17 août 1841.

nécessaire pour produire la gravure exacte de l'épreuve, ce qu'on peut faire du reste avec la plus grande perfection, le nettoyage que l'imprimeur lui fait subir suffit pour en détruire la beauté , et Ton n'obtient qu'une épreuve très-imparfaite , les molécules de l'encre d'imprimeur étant plus grossières que la profondeur du trait gravé.

L'avantage le plus important de ce procédé , c'est d'offrir le moyen de multiplier indéfiniment les images daguerriennes par la galvanoplastie. Une image daguerrienne ordinaire , quand on la soumet au procédé galvanoplastique , laisse une bien faible impression , et , en la traitant ainsi , elle est entièrement détruite. L'impression ne peut donc pas être continuée longtemps sur cette plaque, tandis qu'une plaque gravée, comme il vient d'être dit, à l'anode voltaïque, admet le tirage d'un grand nombre d'épreuves. C'est un nouvel art , dit M. Grove , dans lequel, au lieu d'une plaque dessinée par un artiste , et gravée au burin par un graveur habile, on a une plaque dessinée par la lumière, et gravée par l'électricité.

M. A. Fizeau (1er mars 1841) avait mis sous les yeux de l'Académie des sciences (!) des épreuves sur papier obtenues par l'application des procédés de l'impression en taille-douce à une plaque daguerrienne, gravée par des agents chimiques, sans le concours d'aucun travail d'artiste. Dès le mois de juillet 1842 il avait montré à plusieurs personnes, et déposé dans quelques collections des épreuves résultant de ses premiers essais.

Le problème consiste à traiter les images daguerriennes par un agent qui creuse les parties noires sans altérer les parties blanches du dessin; en d'autres termes, qui attaque l'argent en présence du mercure , sans altérer ce dernier. Voici comment il procède : Lorsqu'on soumet une image daguerrienne dont la surface est bien pure à l'action d'un mélange d'acide nitrique, d'acide nitreux et d'acide chlorhydrique (ces deux derniers pouvant être remplacés par du nitrate de potasse et du sel marin), surtout à chaud, alors les parties blanches ne sont pas altérées , tandis que les parties noires sont attaquées avec

(1) Séance du 43 févr. 1843.

formation de chlorure d'argent adhérent, dont la couche insoluble arrête bientôt l'action de l'acide. Une dissolution d'ammoniaque, employée alors , entraine cette couche de chlorure d'argent et permet de soumettre de nouveau la planche à l'action du même acide , et augmenter la profondeur des parties noires.

En opérant ainsi en plusieurs fois, on parvient à transformer la planche daguerrienne en une planche gravée d'une grande perfection , mais généralement de peu de profondeur ; de sorte que les épreuves imprimées sur papier n'ont pas la vigueur convenable. A cette première opération il est donc nécessaire d'en ajouter une seconde qui permet de creuser plus profondément encore les parties noires de l'image. Cette seconde opération consiste à dorer les parties saillantes, ou les blancs de la planche gravée, et à laisser l'argent à nu dans les creux, ce qui permet d'en augmenter la profondeur par l'action d'un simple dissolvant de l'argent. Pour obtenir ce résultat , la planche gravée peu profonde est graissée avec une huile siccative, de l'huile de lin, puis essuyée à la manière des imprimeurs en taille-douce ; de cette manière , l'huile reste dans les creux seulement , et y forme un vernis qui ne tarde pas à sécher.

Dorant alors la planche par les procédés électro-chimiques, on voit l'or se déposer sur toute la surface de la planche, excepté dans les parties creuses protégées par le vernis d'huile de lin. Après ce dorage , l'huile est enlevée avec de la potasse caustique. Il résulte de là que la planche gravée a toutes ses parties saillantes protégées par une couche d'or, que ses parties creuses au contraire présentent l'argent à nu. Il est dès lors facile , en traitant la planche par l'acide nitrique, d'attaquer ces parties creuses seulement , et d'en augmenter à volonté la profondeur. Avant ce traitement par l'acide nitrique , la planche dorée est couverte par ce que les graveurs appellent un grain de résine, ce qui produit, dans le métal attaqué, ces nombreuses inégalités que Ton appelle grain de la gravure.

Il résulte de ces deux opérations princi pales que la planche daguerrienne est transformée eu une planche gravée, tout à fait semblable aux planches gravées à l'aqua-tinta, et dès lors pouvant comme elles fournir par l'impression un nombre considéra-

Me d'épreuves Cependant, l'argent étant un métal peu dur, le nombre des épreuves serait encore assez limité , si un moyen très-simple ne permettait pas de soustraire la planche photographique à l'usure déterminée par le travail de l'impression. En effet, pour atteindre ce but, il suffit, avant de livrer la planche à l'imprimeur, d'en cuivrer la surface par les procédés électro-chimiques. De cette manière , il est évident que la couche de cuivre supporte seule l'usure de l'impression. Lorsque cette couche est altérée d'une manière notable, il est facile, à l'aide d'un acide faible , de la dissoudre en totalité sans altérer l'argent sur lequel elle repose ; dès lors la planche peut être cuivrée de nouveau, et se trouver ainsi dans le même état que si elle n'avait pas supporté le travail de l'impression. M. Fizeau * obtenu de cette manière des gravures offrant beaucoup de qualités.

Le procédé de M. Fizeau, breveté, est la propriété de M. Lerebours. M. Hurlimann ('), graveur distingué , l'a mis en œuvre avec une habileté étonnante, il a réglé les opérations avec beaucoup de bonheur, et par de légères modifications il a rendu le succès plus certain.

En 1852, M. Beuvière avait remarqué que si , au lieu de laver la plaque daguerrienne avec l'hyposulfate de soude , on la place dans un bain de sulfate de cuivre , en la faisant communiquer avec le pôle d'une pile voltaïque , les parties modifiées par la lumière, c'est-à-dire les noirs se recouvraient d'une couche de cuivre métallique , tandis que les parties non modifiées restaient absolument intactes ; ce qui revient à dire que l'iodure et le bromure d'argent , une fois altérés par la lumière, deviennent conducteurs de l'électricité , tandis qu'auparavant ils ne l'étaient nullement On a donc ainsi une plaque sur laquelle les noirs sont dessinés par une couche mince de cuivre, tandis que les blancs conservent leur couleur d'argent. Pour graver cette plaque ainsi préparée , M. Beuvière emploie le procédé de M. Poitevin (voyez plus haut), c'est-à-dire qu'après avoir oxydé le cuivre et amalgamé la plaque, il la soumet à l'action

(1) Répertoire d'optique moderue par M. l'abbé Moigno. Paris, vol. H. p.

d'un acide , qui dissout l'oxyde de cuivre sans attaquer l'amalgame d'argent.

M. Charles Chevalier a fait, enlSélO), une curieuse application de la galvanoplastie pour multiplier ses épreuves daguerriennes. Si , mettant à profit les procédés de la galvanoplastie. Ton soumet à l'action d'un faible courant électrique une dissolution de sulfate de cuivre où est plongée une image daguerrienne, le cuivre provenant de la décomposition du sel se dépose peu à peu sur toute la plaque, et , se moulant sur les faibles inégalités de la surface, il donne naissance au bout d'un certain temps (24 heures environ), à une planche de cuivre sur laquelle le dessin photographique se trouve reproduit avec un parfaite exactitude. La fidélité de cette reproduction est telle , qu'on croirait, au premier abord, que l'on a sous les yeux une épreuve photogénée obtenue sur une plaque de cuivre ; peut-être même l'effet est-il plus harmonieux ; d'ailleurs l'épreuve est redressée. Ce qu'il y a de remarquable , si l'opération est conduite avec soin , c'est que la plaque daguerrienne originale qui a servi de type à ce moulage, n'est point altérée et peut servir à de nouvelles expériences. L'appareil galvanique dont s'est servi M. Charles Chevalier pour la copie des plaques daguerriennes avait été construit par M. Tito Puliti, de Florence, d'après quelques indications de M. Jacobi de St-Pétersbourg ; et MM. Richoux et de Kramer avaient secondé M. Chevalier dans ces expérience?.

M. le docteur Heller, de Vienne (*), était parvenu , en 1842, à transformer les plaques daguerriennes ea gravures par une méthode nouvelle de son invention. En traitant les images daguerriennes par les procédés ordinaires de la galvanoplastie, mais dans un appareil particulier, il obtient une planche de cuivre parfaitement unie et polie, mais qui offre ceci de remarquable , c'est qu'elle ne porte aucune trace visible de l'image photogénique, et qui a également disparu sur la plaque argentée ; l'image s'étant complètement alliée à la plaque de cui-

(1) L'Artiste, 7 février 1841. — Traité de la Galvanoplastie, par M. Sraée: Manuel Rorct, Paris, 1843, p. 310.

Ci) Handbuch dcr Galvanoplastik von Dr. Chr. H. Scbmidt, Leipz. 1847, p. 2U5.

vre. Pour dégager, et faire apparaître l'image sur la plaque de cuivre, M. Heller emploie l'iode; il obtient ainsi une image parfaite, qui est transformée alors, au bout de quelques minutes, en une planche gravée, propre au tirage d'épreuves.

On a également essayé de transporter les images daguerriennes sur pierre lithographique , pour les multiplier par l'impression.

M. Boscawen-Ibbetson, de Londres (*), avait publié en 1840 des échantillons très-satisfaisants d'une nouvelle application du daguerréotype : ce sont des coquilles, des objets d'histoire naturelle grossis au microscope, des portraits tracés sur les planches daguerréotypes par les procédés de l'auteur et avec les appareils de l'institut polytechnique de Londres , et dont les dessins ont été transportés sur pierre, ce qui a permis d'en tirer des épreuves fort nettes. Les détails du procédé ne nous sont point connus.

En 1842, un lithographe de Rome, M. Rondoni(*), venait aussi d'appliquer à la pierre lithographique le procédé photographique de Daguerre. Au moyen d'une préparation particulière qu'il avait découverte , il est parvenu non-seulement à fixer sur la pierre les images photographiques, mais encore à pouvoir en tirer des épreuves par les moyens ordinaires de son art Les premiers essais ont été faits sur une étoile (la nébuleuse d'Orion) reçue dans le champ d'un télescope et transportée sur la pierre. Quelques-unes des, épreuves ont été envoyées à Paris, à M. Arago. qui les a trouvées fort satisfaisantes.

Ce que lo docteur J.-W. Draper, de New- York, apelle Titlwnotypes (5), ce sont des copies ou empreintes faites pour multiplier les images daguerriennes suivant la méthode inventée par lui en 1842. Sir David Brewster a été le premier à faire voir que les couleurs de la nacre de perle pouvaient être imprimées et reproduites sur des surfaces ou matières molles. M. Draper présume , en conséquence , que tous les procédés propres à rc-

(1) L'Écho du monde savant, 23 septembre 1S40.

(2) L'Echo du monde savant, 28 avril 1842.

(3) Répertoire d'optique, etc. vol. III, p. 915.- L'Echo, etc. n« 24, 2' • semestre.

produire le chatoiement de la nacre de perle, reproduiront également les images daguerriennes , ce qui ouvre de nouvelles voies aux arts photographiques.

Pour mettre ce procédé à exécution, l'opérateur doit manipuler comme suit : L'image daguerfienne qu'on se propose de copier est d'abord recouverte d'une légère couche d'or par le moyen ordinaire , en ayant soin toutefois que cette couche ne soit ni trop épaisse ni trop mince ; si elle était trop épaisse , la copie qui en résulterait serait détériorée, et il y aurait plus de difficulté à effectuer la séparation de la couche gélatineuse ; si elle était trop mince, la plaque elle-même éprouverait quelque dommage, en ce que l'image y serait enlevée. On prépare ensuite une solution claire d'ichthyocolle (colle de poisson), qui doit avoir une consistance telle, qu'une goutte versée sur une plaque métallique froide s'y prendra promptement en masse. Le succès do procédé dépend en grande partie de la bonne préparation de cette solution. H y a dans le commerce une substance qu'on appelle ichthyocolle des tonneliers, qui parait être la meilleure pour cet objet. La plaque est posée horizontalement, avec la surface imprimée en haut, sur un support convenable , dans le courant d'air chaud qui s'élève d'un poêle ; on verse dessus la solution d'ichthyocolle jusqu'à ce qu'il y en ait une couche d'environ 4 millimètres ; on laisse alors sécher avec lenteur, de manière que la dessiccation ne soit complète qu'en 2 ou 3 heures. Quand on a parfaitement réussi , et lorsque la dessiccation est complète , la couche d'ichthyocolle, alors transformée par le durcissement en un tithonotype, se détache, et en l'examinant, soit par la lumière réfléchie, soit par la lumière transmise, on trouve qu'elle porte une copie détaillée de l'original.

Application de la Daguerréotypie. Dès que l'invention de Nicéphore Niepce eut été perfectionnée et rendue praticable par Daguerre, et que cet art merveilleux fut connu par le public, on en chercha diverses applications.

Déjà Niepce, au commencement de ses expériences, avait appliqué à la copie des gravures ses procédés encore imparfaits; et plus tard, lorsqu'il fut arrivé à mieux faire, il copia

des vues. A mesure que les procédés se perfectionnaient, le cercle des applications s'agrandissait , et le désir d'obtenir des portraits, depuis longtemps nourri, se manifestait toujours plus vivement. Mais Daguerre fut le premier à proclamer combien il était douteux qu'on pût jamais arriver à faire des portraits au moyen de la photographie. Néanmoins on fit des essais. Les premiers ne furent pas heureux (*) : on opérait avec l'appareil normal de Daguerre , et l'on comprend qu'en faisant agir à de courtes distances un objectif destiné à reproduire les objets lointains , on se privait d'une grande intensité de lumière. De là l'obligation d'exposer le modèle à la radiation du soleil pendant 15 à 20 minutes , et dans un état d'immobilité complète. Et comme cette immobilité, surtout celle des yeux, était au-dessus des forces humaines, il fallut se résoudre à faire poser les yeux fermés. Ce fut alors que , sous le nom de portraits photographiques, on vit une foule de Bélisaires orner la devantures des opticiens.

Enfin, après un grand nombre d'améliorations dans les opérations , et de perfectionnements dans l'appareil, dus à MM. Lerebours, Buron, Arago, Becquerel, Charles Chevalier, Claudet, Foucault, Bisson, Gaudin, Soleil, Andrieux , Choiselat, J.-J. Prechtel, de Vienne, et d'autres, on est arrivé à faire des portraits en quelques secondes , et même en une fraction de seconde. Dès lors on vit paraître des daguerréotypes parfaits , de véritables chef-d'œuvre d'exactitude et de délicatesse , rehaussés par le fini des détails.

Aussitôt que les procédés de Daguerre furent connus en Amérique, et au moment même où on supposait en Europe que ces procédés n'étaient appelés qu'à un succès limité, le Dr Draper à New-York obtenait les premiers portraits au daguerréotype. Depuis cette époque (*), ce sont surtout les frères Meade, MM. Brady, Evans, Harrison, Lawrence, W.-A. Pratt et John- A. Whipple , qui se sont distingués en Amérique dans le portrait sur plaque. En Angleterre, on remarque entre autres: MM. Warren Thompson, Claudet, Beaud, Griffiths et Le Beau,

(1) Traité de Dagruerréotypie, etc. par M. E. de Valicuurt. 1*43, (8) 1/Exposilion universelle de Londres en 1851

Kilburn , W. Paine et James Tyrie, pour le portrait et des scènes. En France ce sont surtout MM. Blanquart-Evrard, de Lille, Sabatier-Blot , Andrieux , Plumier , A. Gouin , Saugrin , Amédée Thierry, et Martens, graveur. Ce dernier est en outre l'inventeur de Vappareil panoramique, qui permet de promener une image d'une grande étendue sous le foyer de l'objectif, de manière à obtenir sur chaque point d'une longue surface une même action de lumière combinée avec une égale précision.

M. Peuvion, de Lille, avait aussi inventé un daguerréotype panoramique rectiligne pour reproduire , au moyen d'un objectif ordinaire, des vues très-allongées , ayant quelque analogie avec les tableaux du panorama. L'instrument de M. Peuvion peut être regardé comme un perfectionnement du précédent.

Un artiste français, M. Thiesson, avait fait en 1844 une ingénieuse application de la photographie sur plaque, et qui montre tout ce que l'anthropologie peut attendre des procédés daguerriens. Cet artiste avait apporté en France des portraits daguerriens de Botocudes, ou naturels de l'Amérique du Sud, et des types africains recueillis dans un voyage postérieur.

De 1849 à 1851, MM. Bisson frères, de Paris, avaient fait la collection des portraits des 900 membres de l'Assemblée nationale, reproduits par 40 lithographies; et en 1850, M. Brady, de New- York, publiait les portraits des Américains célèbres, lithographies d'après ses daguerréotypes.

MM. Donné et Foucault ont réalisé une autre application de la photographie à l'histoire naturelle. Ds ont daguerréotypé l'image amplifiée des objets microscopiques, et rendu ainsi permanentes les images éphémères formées par la lentille de l'instrument. L'image des globules du sang , par exemple , présentée au microscope solaire , est reçue sur une plaque iodurée et y laisse son empreinte, qu'il ne reste plus qu'à rendre fixe par les moyens ordinaires. Les épreuves, que l'on obtient ainsi , ont servi de modèles aux dessins de l'atlas microscopique de M. Donné.

MM. Bisson père et fils avaient, en 1844, produit des plaques d'histoire naturelle ; et M. P. Specchi, à Rome, avait obtenu une image de l'éclipsé solaire du 8 juillet 1851, sur plaque daguerrienne, au moyen d'une lunette astronomique.

Les vues , les monuments et les objets divers qu'onrent les arts, ont également occupé les photographes. M. le baron Gros, chargé en 1850 d'une mission en Grèce, joignit à son bagage une chambre noire, des plaques argentées et des ingrédiens nécessaires , et rapporta une riche collection d'épreuves des monuments remarquables de ce pays. M. Tiffereau rapportait du Mexique des vues d'un très-grand intérêt. M. Chevalier, opticien, reproduisait une suite de vues et de monuments d'Italie ; M. J. Thierry, de Lyon , faisait de beaux paysages, et MM. Macaire et E. Bacot ont reproduit sur plaques de merveilleuses vues de l'Océan , des vaisseaux en marche, par un procédé presque instantané. M. Lerebours avait publié en 1840 les « excursions daguerriennes, » collection des vues et des monuments les plus remarquables du globe. Ce sont des gravures sur acier, exécutées d'après des calques pris sur les plaques daguerriennes.

MM. Fontaine et Porter, W. et F. Langenheim, J.-G. Mayall et J.-H. Whitchurst, en Amérique , M. William Albert, à Francfort-sur-Mein, et d'autres, avaient exposé en 1851, à Londres, de très-belles épreuves daguerriennes de vues et d'objets d'art

Un Américain, M. A. Whipple, avait inventé en 1851 ce qu'il nomme la daguerréotypie au crayon. Les épreuves produites par ce procédé, qui est de la plus grande simplicité, ont l'apparence de très-beaux dessins au crayon.

Pour juger de l'importance et de l'extension qu'avait pris cet art déjà en 1850, nous remarquerons qu'il y avait à cette époque 4 à 6 publications, soit journaux, s'occupant spécialement de la daguerréotypie, et paraissant régulièrement tant en France et en Angleterre qu'en Amérique.

Dans Paris seul, en 1847, la daguerréotypie occupait anuellement plus de 300 ouvriers; il se vendait, année commune, 2,000 appareils, et on employait plus de 500,000 plaques.

A New- York, en 1850, 71 ateliers étaient uniquement consacrés à la photographie; on y comptait 127 opérateurs, plus 11 femmes et 46 enfants. Le produit de ce travail était évalué à 356,616 fr. par an pour les opérateurs; à 15,444 fr. pour les 11 femmes et à 12,916 fr. pour les enfants , sans compter le matériel et les ingrédiens.

Jusque-là on avait tout essayé en photographie sur plaque, et on avait lieu d'être satisfait ; il restait cependant encore à obtenir de bonnes gravures et la couleur. La gravure fut presque abandonnée, mais la reproduction de la couleur préoccupait un grand nombre de personnes.

On apprenait donc avec joie par le Plwtographic Art Journal, publié à New- York en janvier 1851, qu'une découverte remarquable venait d'être faite par M. Hill , savoir la chromotypie daguerrienne, au moyen de laquelle il reproduisait les couleurs du modèle. Cette découverte fit un grand bruit pendant quelque temps, mais on reconnut bientôt qu'elle n'avait rien de réel, que ce n'était qu'une attrape-penny,

M. Boettger, de Francfort, a imaginé un procédé pour colorier les épreuves daguerriennes avec des couleurs qui surpassent en vivacité et en transparence tout ce qu'on pourrait imaginer. Son procédé n'est point connu.

Plus estimable , et véritablement réelle , était au contraire la découverte de M. Niepce de Saint-Victor, pour la reproduction des couleurs. Ce savant persévérant travaillait depuis 1850 a résoudre ce problème difficile. Contrarié et interrompu dans ses travaux à plusieurs reprises, il remit enfin le 4 mars 1851 à l'Institut un mémoire très-détaillé sur ce sujet, par l'entremise de M. Chevreul. Désormais la découverte était conquise, mais la fixation des couleurs restait encore imparfaite. M. Niepce de Saint- Victor était arrivé à ce résultat par des théories logiques et par des combinaisons raisonnées.

Cependant M. Edmond Becquerel (*) avait déjà préalablement, en 1848, fixé sur une plaque d'argent les rayons colorés du spectre solaire.

Images stéréoscopiques. Une des plus curieuses applications de la daguerréotypie a été faite par la vision binoculaire au moyen du stéréoscope (*), instrument dont le nom, formé de deux mots grecs, signifie la vision en relief.

(1) Lumiire, 1851, n" 11 et 18.

(2) Eludes et lectures d'observations et leurs applications pratiques, par M. J. Babinet. de l'Institut ; Paris, 1855

Avant 1838, M. Wheatstone avait donné à cet instrument le nom qu'il porte et en avait publié une première esquisse. Il était alors encore bien imparfait. Sir David Brewster Fa perfectionné; il apporta à Paris, au printemps de 1850, un trèsbeau stéréoscope exécuté par Loudon, opticien, à Dundee, et un portrait binoculaire fait par lui-même. M. Dubosq-Soleil , opticien à Paris, exposa à son tour à Londres, en 1851, un stéréoscope à lentilles de sir David Brewster, avec une belle série de daguerréotypes binoculaires (il reçut la grande médaille).

Depuis cette époque le stéréoscope a eu une grande vogue, et on en a étendu l'emploi aux monuments et aux vues.

Transport sur papier des images daguerriennes.

On comprend facilement que les plaques daguerriennes , par leur pesanteur, leur volume et la délicatesse du dessin, qui est sujet à se détériorer par le frottement, ne peuvent pas être conservées dans un portefeuille. Aussi, dès les premiers temps de cette invention, on avait cherché à obvier à ces inconvénients , soit en les gravant , soit en les reproduisant de différentes au-, très manières. La gravure a été abandonnée faute* de réussite Alors on a proposé plusieurs modes de report. Un de ces procédés consiste à presser un morceau de papier noir ou brun, couvert d'une couche de quelque liquide glutineux, sur la plaque daguerrienne; le mercure qui forme les clairs s'attache au papier, et l'on a alors l'image correcte mais renversée de l'objet. La méthode de transport sur papier des images daguerriennes imaginée par M. G. Edwards est à peu près semblable à la précédente. Il enduit le papier noir d'une ou de plusieurs couches de colle de poisson ou de belle gélatine dissoute dans de l'eau chaude; il la presse ensuite sur la plaque. Cette opération doit avoir lieu lorsque la plaque est polie à l'huile, ce qui facilite la séparation. Les épreuves obtenues de cette même manière, mais sur papier blanc, sont plus vives que sur papier noir, mais elles sont négatives; d'autre part les molécules mercurielles, qui forment les clairs dans les images daguerriennes ordinaires, présentent au contraire sur ce papier une teinte noire sale.

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