CHEZ L'HOMME PRIMITIF
L'histoire nous apprend que l'instinct de l'imitation est inné dans l'homme. C'est à cet instinct, d'abord servile, devenu libre ensuite, que les arts doivent leur origine.
L'homme primitif imitait les animaux dans la construction de leurs demeures ; de là est née l'architecture ; il imitait les sons, de là le langage et la musique ; il copiait les objets de la nature, de là les arts du dessin et l'écriture qui, primitivement, était figurative.
Lorsqu'il sut fixer sa pensée, ses impressions, le souvenir de ses exploits, au moyen de quelques signes figuratifs, Phonime désira les conserver, les communiquer à d'autres hommes et aux générations futures.
A cet effet, il les traçait sur les rochers, il les creusait sur des planches d'airain, afin que la postérité pût les lire, et admirer ces annales particulières de son histoire.
Ou voit que l'art de la gravure ( 1 ) a été connu et pratiqué dans les temps les plus reculés. Pour connaître l'inventeur de cet art, il faut remonter à l'homme primitif creusant sur le rocher ou sur des lames de métal, traçant sur des tablettes de bois ou de cire des figures grossières ou des signes de formes singulières.
Telles sont les représentations informes qu'on a découvertes sur les parois des cavernes de l'Australie (*), faites par le peuple le plus inculte du genre humain; les figures moins mal faites des rochers de l'Afrique australe, tracées par les Boschjesinans(5), qui vivent encore dans les huttes de branches d'arbres ; cette immense quantité de rochers sculptés qui s'étendent sur quelques milliers de lieues dans ces pays, peuplés autrefois, déserts aujourd'hui, de l'Amérique méridionale (4), entre les rivières de l'Essequibo et de l'Orénoque ; ces rochers couverts de figures sculptées près du lac Erie(5), dans les vallées du Mississipi et de l'Ohio, de l'Amérique du Nord.
C'est là, dans ces signes primitifs, qu'il faut chercher la double invention de l'écriture ou du dessin, et de la gravure.
Le sauvage de la nouvelle Galle ne se figurait certainement pas
quel rôle jouerait, à quelle perfection arriverait un jour cet art,
qu'il exerçait sans s'en rendre compte.
Les femmes des îles Taïti ou de la Société, de la mer du Sud, pra-
il) Le mot graver vient du grec graphein, écrire, dessiner, comme faisaient les anciens, en gravant les figures avec un poinçon sur des tablettes de cire. Du temps d'Homère le mot graphos signifiait creuser, sillonner, ritzen ; récriture n'étant pas encore connue.
(2) Voyage de Pérou en Australie en 1P0I.
(3) Barrow travels, 1707 et 1798. — Walchcnaer, Collccl. des voyages en Afrique. <4) Humboldt, Tableaux de la nature. -Spix et Marlius, Voyage au Brésil.
(5) Information respecting tbc hist. etc. ofthe Indians tribes of the United States, bey H. R. Schoulcrafl; Philadelpbia, 4- ,1852.
tiquent, selon Cook, un genre d'impression très-ingénieux et trèssimple, dans lequel la gravure ne joue aucun rôle. Outre les figures variées qu'elles dessinent délicatement, à l'aide d'un petit roseau fendu, sur les étoffes d'écorces d'arbres fabriquées par ellesmêmes, les Taïtiennes ornent les angles de leurs grandes pièces de vêtements de dessins représentant un feuillage très-découpé et très-élégant, qu'elles impriment par le moyen des feuilles d'une jolie fougère de montagne. Elles trempent cette fougère dans une couleur colorante toujours obtenue à froid, et elles lui font ainsi remplir l'office de planche propre à transmettre ses découpures et ses formes.
Des empreintes obtenues par un procédé analogue ont été remarquées par M. John Stephens, dans une de ces constructions si remarquables , découvertes par lui dans le Yucatan. Ces empreintes représentaient des mains rouges, faites à l'aide de la main même d'un homme; la main, enduite préalablement d'ocre rouge , faisait l'office d'une planche d'impression qui, appliquée sur le mur, s'y marquait avec tous ces détails.
Cet usage ne se borne pas à cette contrée seule, mais se rencontre, suivant M. Schoolcraft, dans presque toute l'Amérique du Nord, d'où il tire son origine.
Une main ainsi représentée parait avoir une signification symbolique; dans le système d'écriture hiéroglyphique de ce pays, elle est le symbole de la puissance et de la force. Une main ouverte, imprimé^ de cette façon, ou simplement peinte ou dessinée, sert aux Indiens du Nord comme l'expression de leur prière adressée au Grand-Esprit; et imprimée sur la poitrine ou sur l'épaule ils lui attribuent une certaine puissance magique.