‹ Des arts graphiques destinés a multiplier par l'impression; considérés sous le double point de vue historique et pratiqueChapitre 5 sur 31 · ANTIQUITÉ · texte numérisé non relu

ANTIQUITÉ

peuples plus civilisés de la haute antiquité n'agissaient point différemment pour perpétuer la mémoire des événements

remarquables <le leur histoire, mais leurs procédés et leurs outils étaient déjà plus perfectionnés et plus variés.

INSCRIPTIONS. Lisez les saiute s Ecritures, et vous trouverez qu'il y est souvent question de lames de plomb, de planches d'airain et de tablettes de pierre, sur lesquelles on traçait des inscriptions (M.

Regardez les ruines encore debout de Persépolis, les restes à peine mis à jour de la grande Ninive (*), dont presque toutes les pierres sont couvertes d'innombrables inscriptions en caractères cunéiformes, écriture particulière aux anciens Perses, aux Assyriens et aux Babyloniens.

Examinez les monuments si grandioses de l'Egypte et de la Nubie, remarquablement conservés pendant plus de trente siècles, et vous serez frappés du grand nombre de figures tracées sur les murs, de la quantité extraordinaire d'inscriptions eu écriture hiéroglyphique et démotique. Les rochers sculptés par les anciens Egyptiens s'étendent même au delà de la chaîne libyque, jusqu'à Ghat, au milieu de l'Afrique centrale, suivant le rapport des derniers voyageurs, Richardson, Barth, Oberweg et Vogel, en 1854-

Vous ne trouverez pas moins de ces inscriptions sur les monuments de l'Asie Mineure et de l'ancienne Grèce, en caractères lycieus, boustrophédons (5) et grecs.

Ajoutons les inscriptions et les figures gravées sur les miroirs métalliques, sur les vases eu terre, sur les parois des tombeaux étrusques (4), et les caractères runiques creusés sur des pierres isolées de la Scandinavie (5).

Toutes ces gravures en creux, tous ces tracés de figures et de lettres, opérés les uns à l'aide d'outils imparfaits en pierre, les

(1) Exode, XXXIV, I, et XXVUI, U 11 et :«.- Deuléron. XXVII, 8.-1 Mace. 8, 22.--- Job. 19-24, etc.

(2) A. H. Layard, Niniveh, 1848. - W. S. VV. Vaux, Niniveh aud Persépolis, 1850.

(3) Charles Kellows, cin AusHug uach Kleinasien und Enldeckungen in Lycien.éit. allemande. Leipz. 1853.

(4) George Demiis, die Sladte und Begrabuissplatze Elriirien* , éd. allemande. Leipz. 1852. et d'aulres.

(."•) Dr. Gm>t. Thormod Legi», Fuudgruben des alteu Nordeus ; Leipz. — Verzeielin. der Kuuensleme, etc. von K. Nyerup; Roitcunagen, 18*1.

autres avec des instruments de métal, ceux-ci j\ traits creusés eu biseau, quelquefois très-profondément, ceux-là simplement piqués, jamais ou rarement en relief, sont autant de preuves de l'antiquité de la gravure ; mais, si bien faites qu'elles fussent, ces gravures ne servaient point encore à multiplier l'objet qu'elles représentaient.

MARQUES IMPRIMÉES EN CREUX ET EN RE- LIEF. Cependant il y a d'autres objets qui, par leur nature et par la manière dont ils sont confectionnés, attestent que les anciens n'ignoraient pas entièrement l'emploi de moyens accélérateurs et servant à multiplier; néanmoins, ils ne s'en servaient que rarement.

Ces objets sont de différents genres. En première ligne nous mettrons les briques de terre, sécliées au soleil ou cuites au four, qu'on a trouvées en grand nombre, soit dans les ruines de Babylone et de Xinive, soit en Egypte (*). et sur lesquelles on voit des inscriptions en caractères cunéiformes ou d'autres signes, imprimés au moyen de formes en bois ou en métal gravées en relief.

Ces empreintes sont formées quelquefois par le moyen de lettres mobiles, c'est-à-dire qu'elles ont été composées lettre par lettre. D'autres fois, l'inscription a été gravée en entier sur l'estampille ou le cachet en relief, et reproduite en creux sur la brique encore molle. D'autres fois encore, l'inscription se détache en relief sur l'objet (*) et alors on y rencontre aussi, outre les lettres, des figures et des ornements. Ce dernier genre a été surtout en usage chez les Romains, et fut appliqué aux briques, aux tuiles et aux vases de terre rouge. L'on opérait de deux manières différentes : tantôt les marques ou estampilles étaient imprimées dans les moules qui servaient à façonner la poterie et les briques, lesquelles, au sortir du moule, portaient l'empreinte en relief; tantôt on produisait ces reliefs par le moyen de cachets eu bois ou en métal gravés en creux, et qui, imprimés sur l'objet, laissaient une empreinte en relief.

L'usage des cachets est très-ancien (5). Les Babyloniens déjà

'1; La>ard, NiiiiveL. - liirfaut, Voy. en Egypte.

\l) Alex. Brougniart, Traité des Arts céramiques, 2* edit. 1854. vol. 1, 424 et suiv. (3) Exode XXVIII, 11 et suiv.~ Aggée, II, 24.- Ep. aux Honi. IV, il. -1 Ép. aux

portaient dos bagues incrustées de pierres fines gravées en creux, et qui leur servaient pour sceller les missives, les portes des maisons et les trésors. Les pierres gravées égyptiennes, connues sous le nom de scarabées, avaient probablement le même emploi.

Nous ne parlerons point des médailles et des monnaies que Ton gravait, frappait et montait très-bien dans l'antiquité (') ; elles font partie des arts plastiques. Mais nous remarquerons que les anciens Grecs se servaient à la fois de poinçons gravés en creux et d'autres en relief, pour la frappe de leurs monnaies. Les plus anciennes, celles d'Egine, qui datent du huitième siècle avant Jésus- Christ, portent d'un côté l'empreinte en relief d'une tortue, et au revers une figure en creux de forme carrée, divisée en quatre champs (quadratum incusum) ; les monnaies de Métaponte ont à la face un épi en relief, et au revers une tête de taureau en creux ; celles de Crotone un trépied en relief d'un côté, et de l'autre un aigle en creux.

La figure en relief se trouvait généralement taillée sur l'enclume, tandis que l'image en creux était gravée sur le marteau qui servait à frapper la monnaie. Le procédé de marquer l'empreinte sur les monnaies à l'aide du marteau et de l'enclume est resté en usage jusqu'au dix-septième siècle. Ce n'est qu'en 1617 que Briot inventa la presse mécanique pour battre monnaie.

Tour faciliter la frappe des grandes pièces, les anciens moulaient préalablement les flancs dans une forme de terre ; les matrices et les coins étaient alors souvent en airain durci. — Les principales pièces ou instruments qui servaient dans l'antiquité à la frappe des monnaies, se voient sur un dessin de Carisius (Fétati, le marteau et la pince).

Les monnaies antiques portent souvent aussi des contre-marques (*) ; la forme des poinçons à contre-marques était ou ronde ou ovale, ou carrée, de trois et de quatre lignes de diamètre. Ces poinçons étaient gravés en creux et à rebours, afin que leur im-

Corinlh. IX, 2; id. 2 Ép. III, 2, 3.-2 Ép. à Timolh. II, 49,-Ezôch. IX, ^L'Apocalypse, Vit, 2. -Hérodot, Hist. VII, 69.

(1) K. 0. Mullcr, Handbuch der Archàologie; Brest. 4830. p. 72 et 387. — Falkenstein, 112; voyez plus bas.

(2) Mém. de l'Acad. des Inscriptions, t. XIV, p. 132.

pression rendît en relief et dans le sens naturel les figures et les lettres dont ils étaient chargés.

Nous ne devons pas oublier de faire mention des tesaerœ siynatoriœ, ou estampilles, reliefs en métal avec lesquels les Romains marquaient les esclaves, le bétail et le pain; ainsi, on a trouvé dans les ruines de Pompéi, dans la boutique d'un boulanger, un pain dont la forme était encore intacte, et qui était marqué du nom du boulanger. Les pharmaciens marquaient également de cette façon leurs médicaments.

Nous laisserons de côté ce que nous disent Cicéron, Quintilien et saint Jérôme sur les lettres mobiles, ainsi que le procédé de Varron, comme étant trop vagues.

IMPRESSIONS EN COULEUR. La plupart des empreintes que nous avons mentionnées jusqu'à présent se faisaient à sec,sanscouleiir,jamais, comme nous le pratiquons dans la typographie, en couvrant d'encre la surface des caractères pour les imprimer en couleur sur le papier. Les anciens employaient pourtant aussi quelquefois la couleur pour marquer, mais différemment que nous. A cet effet, ils se servaient de lames de métal minces, dans lesquelles ils perçaient à jour des noms ou des signatures : puis, après les avoir appliquées sur l'objet qu'ils voulaient marquer, ils passaient par-dessus un pinceau ou un tampon imprégné de couleur, de manière que celle-ci ne marquait qu'aux places où la plaquette de métal était percée. Ces patrons (') étaient appelés chez les Grecs hypogrammes ; chez les Romains laminœ interrasiles, et ils servaient à remplacer les signatures dans les actes et édits écrits à la main ; telles sont les signatures de l'empereur Justiuien, celles de Théodoric, celles de Constantius du quatrième siècle, et d'autres venues jusqu'à nous.

N'oublions pas non plus l'histoire de ce roi de Sparte, citée par Plutarque (*), fait qui à lui seul aurait pu conduire dans l'antiquité déjà à l'invention de l'imprimerie, surtout lorsqu'on preud eu considération l'état de la gravure, alors passablement avancé. « Agé-

lltProcope, cap. V. — Tristan, Comment, niât, t. 111, p. 081. - Quintiheu, ln>l, «al. 1, 2.

il) Plutarque Apopulh. Lacon. Agésilas, 77.

« silas, voyant ses soldats découragés, écrivit secrètement dans le « creux de sa main et à rebours le mot NIKH, victoire, puis, pre- « nant du devin le foie de la victime, il y appliqua sa main ainsi « inscrite en dessous, et la tenant appuyée le temps nécessaire, il « parut plongé dans des méditations et inquiétudes, jusqu'à ce « que les traits des lettres eussent pris et fussent imprimés sur le « foie. Alors, la montrant à ceux qui allaient livrer bataille, il leur « dit que par cette inscription les dieux leur présageaient la vic- « toire, qu'ils remportèrent en effet »

Voilà un procédé d'impression bien simple, mais cet exemple isolé dans l'antiquité n'a point eu de suite.

Ainsi, en passant en revue les connaissances des peuples de l'antiquité dans la gravure et l'impression, nous avons acquis la certitude qu'ils ne pratiquaient ni ne connaissaient point les arts de reproduction qui servent à multiplier un original par l'impression en couleur, quoiqu'ils n'ignorassent pas certains procédés qui (in approchent On a lieu d'être étonné que ces peuples, surtout les Grecs et les Romains, qui étaient civilisés à un haut degré, n'aient pas poussé plus loin ces arts.

Dans le moyen âge, on ne les connaissait pas davantage, peutêtre même moins. Jetons un coup d'œil sur cette époque.

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