TEMPS MODERNES
Lorsque, à la suite de l'envahissement de l'empire grec et de la conquête de Constantinople par les Turcs , les hommes de science et d'art, fuyant devant ces hordes barbares et fanatiques, transplantèrent leurs demeures et leur savoir de l'Orient en Occident, ils y trouvèrent quantité de gens avides de profiter de leurs lumières.
Dès lors le goût des études, surtout celui de la littérature et des langues anciennes se répandit rapidement, de nouvelles idées se firent jour; un besoin inquiet, ardent de s'instruire, s'introduisit partout dans la société, la civilisation commença à renaître.
Toutefois le progrès était lent: l'effet à peine sensible. On était arrêté partout , on heurtait maintes difficultés , on rencontrait des obstacles à chaque pas qu'on désirait faire en avant ; la pénurie des moyens de propagation des connaissances humaines ressortait en toutes choses davantage; on sentait enfin le pressant besoin de quelque mode de communication de la pensée qui pût marcher avec elle une fois devenue plus laborieuse ; qui vînt en aide au développement rapide de Pintelligence ; qui < tût capable de reproduire, de multiplier et de répandre plus activement les idées au moyen de l'écriture et du dessin.
Le temps de cette découverte était donc venu ; la gravure sur bois et sur métal fut d'abord inventée , l'imprimerie vint ensuite.
L'invention de ces arts, surtout celle de l'imprimerie, fut,
après le christianisme et récriture, le plus grand bienfait pour l'humanité.
Ce que 1'iinprimerie était pour les sciences , la gravure l'était pour les arts; toutes les deux exercèrent une influence immense et salutaire sur la civilisation des peuples.
Les ténèbres du moyen âge diminuèrent sensiblement, en raison de la plus grande rapidité avec laquelle se répandaient les lumières de la religion et de la science. Les mœurs s'adoucirent; des écoles publiques, des universités, des bibliothèques se fondèrent partout; l'enseignement et l'étude des sciences, de la littérature, des arts, devinrent plus universels, grâce à ces institutions , aux ouvrages imprimés et aux œuvres d'art reproduites par la gravure.
D ne fallait plus des années d'attente pour la copie d'un manuscrit. A peine conçue et écrite, la pensée tombait dans le domaine du graveur. Celui-ci , en transformant cette écriture en caractères d'impression , l'ornait d'initiales enjolivées , de sujets artistiques qui mettaient en lumière le sens du texte; et, en le rendant plus clair , le rendait aussi plus populaire ; en sorte qu'en quelques mois, en peu de semaines même, l'imprimeur avait multiplié par des milliers d'exemplaires cette reproduction de la pensée écrite.
On conçoit quelle panique devaient éprouver les obscurants; quelle joie au contraire pénétrait ceux qui cherchaient à répandre le flambeau de la vraie religion et des sciences. La lutte entre eux fut violente , longue ; elle dure encore.
Néanmoins , l'imprimerie et la gravure nous sont acquises et ne périront point.