‹ Des arts graphiques destinés a multiplier par l'impression; considérés sous le double point de vue historique et pratiqueChapitre 8 sur 31 · L'IMPRIMERIE · texte numérisé non relu

L'IMPRIMERIE

Cependant aucun de ces arts ne fut découvert tout d'un coup ; te ue sortirent point d'un seul jet de l'imagination.

Les préliminaires en furent nombreux, et les signes précurseurs de nature très-diverses. 11 convient de les connaître. Exami-

nous avant tout les matériaux qui servaient alors poiu* écrire et pour dessiner, et les changements qu'ils ont subis dans la suite :

MATÉRIAUX POUR ECRIRE ET POUR DES- SINER* D'abord, avons-nous dit précédemment, ou eut pour écrire, et dès la plus haute antiquité, outre les tablettes de cire, le papyrus (*) , espèce de papier tait de Pécorce et des pellicules adhérentes d'un roseau qui croît sur les bords du Nil.

Dès le huitième et le neuvième siècle, le parchemin, connu déjà très-anciennement , lui fit concurrence (*).

PAPIER. Presque en même temps le papier de coton vint augmenter cette concurrence , et l'on fixe au onzième siècle l'époque où le papyrus fut remplacé tout à fait par ces deux nouvelles productions. Toutes les trois étaient d'invention orientale.

Les procédés employés pour la fabrication du papier de coton conduisirent bientôt à la découverte du papier de chiffon de lin ou de chanvre, ces deux plantes étant cultivées généralement dans l'Occident , comme le coton l'est dans le Levant.

On fait remonter au douzième siècle le premier usage du papier de chiffon ; mais le plus ancien exemple de ce papier (5), portant la marque de la fabrique , ne date que de 1320. C'est un compte conservé dans les archives de la ville d'Augsbourg (Bavière).

Dès cette époque le papier de chiffon, d'invention tout occidentale, fut préféré à toutes les autres matières, excepté au parchemin , qui servait toujours pour les actes publics et les ouvrages importants.

Après qu'on eut établi des fabriques de papier de chiffon, dès le treizième siècle , ce papier devint accessible à un plus grand nombre de personnes, et facilita déjà la multiplication des ouvra- . ges favoris ou recherchés.

Le papier de chiffon était toujours très-bien collé, et on l'employa dans cet état encore assez tard dans l'imprimerie. Ce ne fut

(1) (iabriel Peignot, Essai sur l'hisl. du parchemin, «'te. Paris, 1812, in-8\

(2) Pcrgamenus, inenibrana (Pergauienaj, inventé par Eunienes île Perguuie. — Plin.43, 11,21. Isidore, VI, 12.-Pline, Hist. nat. XIII, 41 , 21.-- Isidore orig. VI, 12.

(3) Théod. Herberger. Augsburg'i. friilu» Industrie, 1852, p. 17.

qu'au seizième siècle qu'on commença à imprimer sur du papier non collé (!).

L'invention du papier vélin est attribuée au père de Montpellier, inventeur du ballon.

Le papier mécanique fut inventé en 1798 par un ouvrier d'Essonne, nommé Robert, mais cette fabrication ne fut pratiquée en grand que vers 1815.

On doit à un des fils de Pierre-François Didot l'exécution de la machine à papier sans fin , dont l'idée première appartient à Robert; mais qui ne put être exécutée qu'en Angleterre , par la persévérance de Didot et les énormes dépenses que MM. Foudriner y consacrèrent pendant dix années d'essais infructueux.

L'usage d'employer le vieux papier ou les rognures pour en fabriquer de nouveau est très-ancien ; il était pratiqué à Sais , en Egypte , et n'était probablement point un secret pour les fabriques postérieures de l'Afrique et de l'Europe. On faisait à Trévise, en 1366, du nouveau papier avec des rognures.

Mais du papier sur lequel on avait écrit ou imprimé, on ne savait faire en Europe que du carton. Plus tard on a cherché aussi à utiliser le papier perdu par l'imprimerie , en lavant ou effaçant ce qui était imprimé (a).

Le professeur Klaproth, àGottingue, avait fait, en 1774, une invention de ce genre. L'an 2, on publia à Paris ( Journal des Arts et Manufactures, n° 7) une instruction pour la refonte du papier imprimé et manuscrit, mais les procédés n'ont pas été essayés. Depuis 1800 il existe à Bermondsey, en Angleterre , une* fabrique où la refonte est traitée en grand et avec beaucoup de succès; la consommation annuelle est de 700 tonnes ( 1 million 400,000 livres) de vieux papier.

En 1854 , M. C. Acher (5), en Angleterre , a découvert une méthode par laquelle il peut traiter tous les papiers salis par quelque genre d'impression que ce soit, et leur rendre leur netteté première.

[{) Fréd. Metz, Gesch. des Buchlmndcls, eU-. Dannst. 18 À, p. 128. • -- Tirabnscht, i. c. p. 78. — Murr, Litteratur unil Kunst. journal, 2" Theil, S. i)R. lîi Journal o'con. 1785. PAT Ity Cosmos, journal; Paris i8T»i.

Cependant, la rareté toujours croissante des matières propres à la fabrication du papier, rendait nécessaire la découverte de nouvelles substances propres à cet usage, surtout en considérant que la consommation qui se fait depuis quelque temps est immense , et qu'elle tend encore à augmenter.

On avait employé d'abord le coton , mais on ne se le procure qu'avec peine ; la paille est aussi une des premières substances que l'on a essayé de substituer aux chiffons. M. Schinz est parvenu à faire , avec de la paille de blé, de très-beau papier blanc. Le journal Wcekly-Timcs , en Angleterre, était imprimé autrefois sur papier de paille.

L'Allemand Schaeffer épuisa presque toutes les matières qui se trouvaient à sa portée; il publia, eu 1772, un résumé de ses travaux , où l'on ne trouve pas moins de soixante échantillons de papier fabriqué avec différentes substances. 11 fit du papier avec l'écorce du saule, du hêtre, du tremble, de l'aubépine, du tilleul, du mûrier; avec le duvet des asclépiades, les chatons du peuplier franc , les vrilles de la vigne ; avec les tiges de l'ortie , de l'armoise commune , du genêt des teinturiers , du chardon , de la bardane, de la bryone , de la clématite , de l'osier fleuri, du lys; avec des tiges de chou, des pelures de pomme de terre, de la mousse , des copeaux de menuisier , de la sciure de bois. Il a fabriqué un papier d'emballage très-fort d'une substance cotonneuse de la pomme de pin; et avec la pomme de terre elle-même un excellent papier à dessin , lisse et doux au toucher.

On a ëssayé ces derniers temps plusieurs autres substances; telles par exemple que la paille de froment et de riz , l'écorce de plusieurs autres plantes filamenteuses. Les essais ont été infructueux. M. Henri Bouchet (») en faisait en 1839 avec des feuilles de maïs. M. V. Desgrand fut patenté en 1838, à Londres, pour la fabrication du papier de bois et de roseau. MM. Laroche , Joubert et Domergue (*), en 1845, ont fait des recherches surtout suides plantes qui croissent dans les marais, dont la culture n'exige pas de frais, et qui sont produites par des terrains à peu près stériles ; tels sont les joncs et les roseaux. Les inventeurs, en se

(1) L'écho du monde savant; Paris, janvier 1839. («) Idem N« 15. mars l*i5.

servant de ces plantes , ont obtenu un papier plus nerveux , quoiqu'il n'y entre qu'une très-petite partie de chiffon.

Entre beaucoup d'autres découvertes de ce genre (*), nous mentionnerons encore celle de M. Andrews , de Montréal , aux Etats- Unis, qui emploie l'immortelle à la fabrication du papier. Tout récemment on a pu examiner en Angleterre des spécimens d'un nouveau papier fabriqué avec des fibres du bananier des Indes occidentales, le musa paradisiaca. Les qualités en ont éïé reconnues supérieures , et il peut être livré à meilleur marché que le papier de chiffon.

On a trouvé en Algérie (*) deux substances susceptibles de fournir un bon papier : l'une est la feuille du palmier nain, l'autre est l'alpha ou la sparthe, sorte d'herbe dont on se sert comme d'un fourrage.

Dans ces derniers temps on a fondé à New-York une manufacture pour fabriquer du papier avec de la sciure de bois et des copeaux. Les expériences ont donné de très-beaux résultats; on estime qu'en évaluant la sciure à environ 5 dollars la tonne de 2000 livres, le prix du papier pourra subir une diminution de 20 pour cent. Les bois employés sont le cèdre blanc (cupressus thyoïdes), le cotton-wood (populus), le cypris et le tamarc (parix americana, mélèze d'Amérique). Il y a trois qualités plus ou moins bonnes de papier Basswood (Tilia Americana).

On se propose de publier un journal d'Albany sur du papier de cette fabrication. MM. Piette et Planche fabriquent du papier de paille pure , qiû est excellent et presque blanc. Ils ont fait imprimer sur ce papier le Journal du fabricant de papier pour l'exposition universelle de 1855.

A Porto-San-Stefano , en Toscane , une société franco-italienne, après avoir retiré l'alcool de l'asphodèle , fabrique du papier et du carton des déchets de cette plante. M. d'Oliveira Pimontel, professeur à l'école polytechnique de Lisbonne, a essayé de fabriquer du papier d'agave ou de pitte ( improprement appelé aloës) à la mécanique. M. Vœlter fils, à Heidesheim, dans le Wurtem-

(!) La Lumière, journ. héliograph. Paris, n° 44, 1854.

(î) Voyez La Science, journal quotidien publié sous la direction de M. Anjrusle Rlnœ, et dont le premier numéro a paru le 14 mars 4855.

berg , livre du papier composé de 70 pour cent de paille . de 20 de chiffon et de 10 de kaolin ; d'autres de 35 pour cent de sapin , de 15 de coton de couleur et de 50 de coutil (lin). Son papier à lettres , très-convenable , se compose de 20 pour cent de bois de tremble , de 20 de coton blanc et de (>0 de chiffons grossiers. M. Frontin ainé, de Majoulany (Lot-et-Garonne), a produit un papier nouveau qu'il appelle pentqgine , parce qu'il entre dans la fabrication de la pâte cinq plantes différentes , dont l'une est le topinambour. Enfin MM. Louvié et Yelli convertissent en papier d'abord le lin , ensuite le phormium tenax , le sparthe d'Afrique , le pin , le bananier, le jonc de France, le tilleul, l'agave et le papyrus de Syrie. M. Jobard a fait des essais pour faire du papier de crottin de cheval.

11 paraît cependant qu'on n'est point encore parvenu à un résultat assez satisfaisant; puisque les propriétaires du journal le Times, de Londres, M. .Tobard, au nom du Musée d'Industrie de Bruxelles, et la Société Industrielle de Mulhouse, ont offert, les uns 25,000 francs , l'autre 50,000 francs , et la dernière une médaille d'or et une somme de 4,000 francs pour la découverte d'un papier fabriqué avec des substances peu coûteuses et pour une encre indélébile.

Néanmoins, on fabrique maintenant une quautité énorme de papier, et nous sommes loin de cette pauvreté dont le quinzième siècle avait à souffrir; quelques rapprochements le prouveront.

Les plus anciennes fabriques de papier (M établies en Europe datent du onzième siècle; ce furent celles de Xativa, de Valence et de Tolède en Espagne: celles de la Sicile, mais lhmtées à une ou deux tout au plus ; les unes et les autres furent établies dans le commencement du douzième siècle par les Arabes. Les moulins à papier de Fabriano, du marquisat d'Ancône , qui existent depuis 1340 environ , furent les premiers moulins à pilons hydrauliques : auparavant on se servait de moulins à bras. On y fabriquait plusieurs sortes de papier de coton et de chiffon, dont chacune avait sa marque particulière. Les autres papeteries de l'Italie, celles de

M) Voyez sur tout ce qui suit: J. (i. K. Breitkopl, Ueber den Ursprung der Spielkarteu, etc. Leipz. 2 vol. 1184 et 1801 . — Fr. Metz, (iesehichtc des Buchhandels, l>arm>t. 1834. Murr, Merkwunligkeiten der Sladt Nurenbeig, 1778, p. 678.

Trévise, de Padoue et de Foligni, ne fleurirent qu'au seizième siècle. Troyes et Essone sont les villes de France qui eurent les premières manufactures de papier, vers 1340; en Allemagne ce fut à Nuremberg que le sénateur Ulmann-Stromer établit en 1390 le premier moulin à papier, à dix-huit pilons, pour la fabrication du papier de chiffon.

Maintenant il n'y a plus de fabriques en Sicile , une seulement dans les Etats-Romains, une dans la Toscane, et 17 marchent en Espagne (*); mais l'Allemagne , y compris l'Autriche et le Hanovre , compte plus de 1400 fabriques de papier, dont 320 machines, et 1600 cuves. Ces fabriques produisent un million 60 mille quintaux de papier et de carton, dont les trois cinquièmes sont faits par des machines; la Bavière seule possède 180 fabriques de papier avec 15 machines et 250 cuves: en Prusse, il y a 20 machines qui ne sont destinées qu'à la production du papier de paille. La Russie possède 177 moulins à papier d'un revenu de 3 millions 928,976 roubles, et qui occupent 14,942 ouvriers.

Suivant un mémoire de M. Firmin Didot, la fabrication du papier en France, dans l'année 1852, s'élevait à 45 millions de kilogrammes, dont 30 de papier blanc, et 15 de papier-tenture, de carton et autres. Aujourd'hui elle s'élève à 52 millions de kilogrammes environ, dont Paris seul absorbe 5 millions et demi de kilogrammes de papier à écrire ; 2 et demi pour les journaux : 2 et demi pour l'administration publique; 4 et un tiers pour la librairie; 3 millions pour carton, etc.; ce qui fait un total de 25 millions. Il y a 210 machines et 250 cuves.

En 1843, on comptait à Paris 75 manufactures de papier, qui occupaient des milliers d'ouvriers. En 1839, on évaluait les produits de la fabrication des papiers-tentures à 14 millions de francs. Le papier peint se vendait en rouleaux de 9 mètres de longueur sur 50 centimètres de largeur. Depuis l'introduction du papier mécanique, la largeur varie de 50, 100 à 150 centimètres. En 1851, M. Joynson, le célèbre fabricant de papier à écrire, de Saint-Mary, MM. Cray et Spicer exposèrent un rouleau de papier de 2,500 yards de longueur, sur lm,16 de largeur: ils dé-

\\) Angsburger Abendzeitnnjr, octohiv -1X54, sur l'exposition de Munich.

montraient ainsi la perfection dn mécanisme au moyen duquel la bouillie aqueuse , coulant sans interruption , se trouve convertie à l'extrémité de la machine en feuille continue de large papier écolier , sec et prêt à être employé.

La quantité de papier fabriqué dans la Grande-Bretagne , avec 822 machines et 26G cuves, dans les cinq années 1830 — 1834, inclusivement, a été en moyenne de 70,988,131 livres par an. Dans les cinq années 1849—1853 elle s'est élevée à 151,234,175 livres par an. La production de l'année 1853 a été de 177,633,000 livres. Dans la seule papeterie de M. Crompton , la fabrication annuelle dépasse 1,400,000 kilogrammes.

Cela ne paraîtra plus étonnant si Ton considère le nombre immense de publications et d'imprimés , sans parler du papier à écrire, et en particulier que le journal YUlustraded London News s'imprime à 130,000 exemplaires par semaine; que le Fawily-Herald , journal à 10 centimes, se vend jusqu'à 240,000 exemplaires par semaine, et le Lotulon- Journal à 510,000 exemplaires , soit 26,000,520 feuilles par an pour ce seul journal.

Le Timts tire chaque jour 50,000 exemplaires, et, dans les occasions extraordinaires, ce chiffre s'élève à 70,000. Le papier fourni par les trois établissements qui alimentent cette énorme consommation , pèse 82 livres la rame. Or, 60,000 exemplaires font 240. rames , pesant 19,680 livres. En supposant les feuilles déployées et empilées les unes sur les autres, on aurait une colonne de papier de 50 pieds de hauteur, et l'approvisionnement de 8 jours s'élèverait au niveau du dôme de Saint-Paul (Qunterly Keview ).

En Australie, un seul journal de Victoria tire 12 000 exemplaires par jour.

Mais nulle part on n'emploie autant de papier qu'aux Etats-Unis. La France, avec 35 raillions d'habitants, ne produit annuellement que 70,000 tonnes de papier, ce qui ne donne que quatre livres par tête ; l'Angleterre, avec ses 28 millions, produit 66,000 tonnes, soit quatre livres et demie par tête ; la production américaine peut être évaluée à peu près au chiffre des productions réunies de la France et de l'Angleterre, sans qu'il en soit rien exporté, ce qui représente, pour 20 millions d'Américains libres, une consomma-

non annuelle de près de treize livres et demie par tête. Cette différence ne peut s'expliquer que par ses institutions libérales, par la circulation des journaux, et le grand usage de livres dans les écoles ordinaires (* ).

L'industrie du papier est une de celles que les ( hinois pratiquent depuis très-longtemps, et qu'ils ont le plus perfectionnée. Ds fabriquent des papiers de bambou, du mûrier, de coton et de moelle d'arbre: M. Stanislas Julien a publié la traduction des procédés chinois. L'exportation de papier de Chine de toute espèce, a été, en 1845 à Canton, de 150,822 kilogr. et de 199,661 francs. Depuis 1839 on fabrique aussi en France du papier de ( bine à l'usage des imprimeurs ( 2 ).

PLUMES A ECRIRE. Pour écrire sur le parchemin on employa, au moyen âge comme dans l'antiquité (*), le pinceau ou la plume, connue sous le nom de calanie (kalamos, chaume). Les calâmes d'Italie étaient noueux et spongieux. Les meilleurs venaient de Gnide ou des environs du lac Anaïtique en Asie, ou de l'Egypte ; ils étaient forts comme les grosses plumes de l'aile d'une oie, bruns, fermes et luisants quand ils étaient secs. L'espace entre deux nœuds avait à peu près 35 centimètres de long, et le haut eu était fendu et taillé comme nos plumes (4).

Les plumes d'oie ne remplacèrent le calame que vers le huitième siècle, quoique Isidore (5), évêque d'Espagne, mort en 636, en fasse déjà mention. Ajoutons par anticipation, comme nous l'avons fait pour le papier, que les plumes métalliques furent proposées en 1750 par le mécanicien français Arnoux; mais l'usage ne s'en est propagé que de nos jours. C'est au commencement de notre siècle, en 1801, que M. Berthelot présenta l'exposition des plumes composées d'un alliage d'argent. Depuis cette époque, on a employé des matières très-diverses pour la fabrication : l'or, •'argent, le cuivre, différents alliages, l'acier et le fer galvanisés.

'!) Tribune de New- York, 13 oct. -1853.

të) Voyage en Chine, elc. par M. A. Hausniann, Paris, 484X.

'3) Pline, XVI, 36,

(*) J. Winckelmann, M. (1er Herkulanisch. Rndeckungen, S. ¥\. 15) Lsulor Origcn. 1. VT. c 13, p. 132.

On a même fait des plumes en corne, en écaille, en caoutchouc durci et en gutta-percha. Ces derniers temps, on parlait de l'invention faite en Autriche (*) d'une plume mécanique, avec laquelle on pourrait tracer dix mille signes d'écriture, sans la tremper de nouveau dans l'encre.

ENCRE. L'encre employée pour écrire, au moyen âge et plus tard, était de compositions et de couleurs variées. Il y avait Tencre rouge, qui figurait généralement aux titres des livres et chapitres: de là le nom de rubriques ( ruhrica, de ruber, rouge ). 11 existait à Orléans une charte de Philippe Ier de 1090, écrite en encre verte.

Les empereurs signaient avec de la pourpre tirée du murex. L'encre d'or et d'argent ne fut guère employée que pour écrire sur du parchemin coloré, du vélin pourpre, et l'on ne rencontre, que rarement des manuscrits écrits tout à lait en or ou en argent-

Nous citerons le fameux manuscrit connu sous le nom de Code* argcnteus (le manuscrit d'argent (-), soigneusement conservé dans une boite fermée à clef à la bibliothèque d'Upsal. Il contient la traduction en langue gothique d'une portion de la Bible; traduction faite au quatrième siècle par un évèque arien, le Goth Ulphilas- Ce manuscrit est écrit en lettres gothiques (dites d'Ulphilas), ordinairement argentées, sur parchemin violet. Les initiales et quelques passages sont en or.

Ceux qui écrivaient en lettres d'or, au moyen âge, furent désignés par le nom de Chrysographes ( du grec chrysos, or ). Leur secret s'est perdu. Un ancien calligraphe d'Upres en France, annonçait en 1844 avoir retrouvé l'art de la chrysographie en relief; il paraît que son procédé, qui n'est pas connu, consiste à tracer le dessin d'abord à l'aide d'une pâte fluide, qui garde son relief en séchant, puis, à dorer en feuille ces reliefs, et à les brunir.

Mais l'encre noire était d'un usage universel pour les manuscrits et les chartes. Déjà les anciens, suivant Pline (3), se servaient de l'encre à écrire (atramentum librarium), faite de noir de fiimée, tirée de la suie que donne la poix-résine, et mêlé avec de

li) Gazette de Trieste; Journal d»i Francfort, t*n.v (i) 4. J. Ampère, Esquisses du Nord ; Paris. iWA. (3) Pline XIII, 21-27; ibid. XXVII, 28.

la gomme; on y ajoutait quelquefois du suc d'absinthe ponthique pour éloigner les souris des livres écrits.

Le moine Théophile (' ) au douzième ou treizième siècle, nous doime la recette pour la fabrication de l'encre noire employée alors. C'est une décoction de l'écorce du bois d'épine coupé avant la floraison, à laquelle on ajoute un tiers de vin au moment où die commence à s'épaissir. Ensuite on la laisse sécher au soleil après l'avoir purifiée de la lie rouge. Lorsqu'on veut s'en servir, on la fait détremper dans du vin sur le charbon allumé , en ajoutant un peu de noir (carbones).

L'encre des anciens et celle en usage au moyen âge n'étaient pas aussi liquides que la nôtre; et appliquée survie papyrus, le parchemin ou le papier, alors très-collé , elle formait souvent un certain relief, qui a donné lieu à la conjecture erronnée que ces écritures étaient dues à une sorte de procédé typographique (*).

L'acide gallique, qui entre dans la composition de l'encre en usage aujoiu-d'hui, n'a été découvert qu'en 1736 (5), parScheele, et de cette époque date peut-être son emploi dans la fabrication de l'encre.

CRAYONS. Des lignes tirées avec des pointes de plomb se rencontrent dans des manuscrits qui remontent au onzième siècle ; auparavant, on les traçait avec un style en fer

Mais il n'est fait mention du véritable crayon, composé d'une baguette de graphite enchâssée dans du bois, qu'en 1565. C'est dans l'ouvrage sur la minéralogie de Conrad Gessner (s), de Zurich, que se trouve la première description et un dessin du crayon.

<1> Vlieophili presbyten et uioiiaclii Lil». III seu Diversiiin ailium schedula; lra«l. ™ français par le comte Ch. de l'Esealopier, chapitre XLV; Paris, in-4".

12) Voyez par exemple, dans les esquisses du Nord de M. J. J. Ampère, sur le coll« argeuteus.

13) Traité de chimie élémentaire par le baron L.-J. ïïieiiard.T" édition. Bruxelles», '^ -Chimie appliquée aux arts par Chaptal, t. IV, p. £73.

f*)I>e Jorio, oflic. de papyr. pag. 38.— I^e nouveau traité de diplomatique des bé- "ttlictins.

ftlCoiiradi Gesneri de rerum fossilium lapidum et geinmarum, etc. Turici, 1565, •û-folio, pag. 104.

Le minéralogiste Ca?salpiiius , à Rome (1596), en fait également mention. Ferrand Imperata, à Naples (1599) , nomme ce minéral grafio piombino , et dit qu'on s'en servait pour en faire des crayons et des creusets.

Cependant , au dix-septième siècle . le crayon était encore trèspeu connu. L'Anglais MerretC), en 1667, nommait cette substance nigrica fabrilis , parce qu'elle n'avait point encore de nom latin, et qu'elle était une nouvelle découverte; et J..Pettus, en 1683, nous apprend que les crayons faits de cette substance étaient enchâssés dans du bois de sapin ou de cèdre.

Plus tard, les Anglais appelaient cette manière Black leacL Keltow ou Killow, et Wadon Wadt, noms qui désignent sa couleur noire. La qualité inférieure est nommée Potloot (dont les Français ont fait Poteloi) , mine de plomb, le molybdène sulfuré des chimistes modernes.

Dans le Dictionnaire de l'industrie, Paris, 1795, il est dit que les crayons d'Angleterre se fabriquaient avec du molybdène réduit en poudre et reformé en pâte avec de la colle légère de poisson.

Le molybdène a été longtemps regardé comme une mine de plomb , et souvent confondu avec le graphite , qui lui ressemble par les caractères extérieurs. Le graphite est nommé par les minéralogistes fer carburé, carbone oxidulé ferrugineux , percarbure de fer i etc., etc. , et improprement dans le commerce plombagitie ou mine de plomb.

Les crayons se fabriquent avec du graphite scié en longs parallélipipèdes à bases rectangulaires , que l'on enchâsse dans des cylindres de bois de cèdre , de cyprès ou de genévrier.

Les débris, réduits en pâte, et mélangés de sulfure d'antimoine, sont coulés dans de petits cylindres de bois, et servent de crayons de qualité inférieure ou de crayons de menuisiers.

Remarquons ici un fait curieux, c'est que, lorsque nous écrivons avec un crayon , nous avons entre les mains les parties carbonisées des algues et des fucus primitifs , les premières plantes qui couvraient les profondeurs de la mer il y a quelques milliers d'an-

<1) Mcrret, Piu.:\ lerum uaturaliuin ; London, Mi7, iii-H".- 4. l'ellu*. Flete luiuor. lt>83. Joli. Bcckinaim, Beitragc zur Gesch. der Erlindung. Leipz. in-8*. 4790, 111 vol.-- Diction, de la conversation; Paris, i83C>, tom. 30, de.

nées. Les fragments des algues, arrachés du fond des océans, accumulés en masses énormes par les vagues de la mer, furent plus tard carbonisés par les révolutions volcaniques, ot forment maintenant des gisements d'anthracite et de graphite (f).

Le graphite est. en conséquence, surtout abondant dans les formations primitives, ainsi que dans les terrains houillers, principalement dans le Cumberlaud , où git cette belle conclu» de graphite qui fournit les crayons anglais les plus parfaits (mines de Boroughdale, qu'on dit épuisées maintenant).

La fabrication des crayons fut longtemps le monopole exclusif de l'Angleterre. Kn 1800, elle rapportait encore à ce pays plus de 90,000 livres sterling. Mais . par suite de la concurrence que lui font les fabriques de France, de la Bavière et de l'Autriche, la fabrication anglaise a beaucoup diminué. En 1847 on annonçait la découverte d'un énorme rocher de graphite de la meilleure qualité, faite par M. Albert, Finlandais, dans la chaîne des monts Sajan eu Russie, près de la frontière de la Chine.

C'est en 1795 que le Français Conté, pour rivaliser avec P Angleterre, inventa le crayon artificiel, noir mat, composé d'un mélange de graphite réduite en poudre line et d'argile. Ce crayon, connu sous le nom de crayon Conté . a principalement servi pour le dessin, mais il est presque abandonné aujourd'hui, et remplacé par une autre espèce de crayon appelé pierre (V Italie ou d'Espagne. C'est un schiste argileux très-doux, très-fin , imprégné naturellement de graphite (*). On imite cette composition naturelle par mi mélange de graphite et d'alumine. Il y a quelque temps, on se servait de crayons composés de graphite et de matière grasse, <'t qui étaient connus sous le nom de palette de Bubem, probablement parce que les ombres produites par ces crayons sont trèsvigoureuses, semblables en quelque sorte au coloris de ce maître: peut-être aussi parce que le fabricant (à Taris), a pour enseigne: àla palette de Rnbem.

On craignait toujours que les crayons naturels allaient peu à peu disparaître , à cause de l'épuisement des mines, mais grâce à

'Il HIV. Dr. kleuke, NaturwisbCiiM Julien der lcl/tm ôU Jaluv, imil ibr Kinflu>s •Hif das Mt'iischeiili'hen ; Leip/.. iH5i, in-S". •iJ Communiqué par M. Pyrauu* Moriii, <U' Gene.f

l'ingénieuse invention de l'Anglais Brokedone , par laquelle il reconstitue en comprimant dans le vide la poussière de graphite assez fortement pour en créer de véritables pierres, et grâce à la découverte importante de M. Brodies, qui consiste à épurer les mines les plus grossières, l'existence des crayons naturels parait assurée pour longtemps encore.

Les premiers crayons paraissent être venus d'Italie. Les peintres italiens se servaient au commencement, pour leurs dessins, du fusain; ensuite, d'un mélange de plomb et d'étain qu'ils appelaient stile; puis ils employèrent de la craie rouge ou rubrique, rnatitarossa, et la craie noire, matitanera, et finalement le véritable crayon, qu'ils nommaient depuis le dix-septième siècle Lapio piombino, ou simplement matita. (Le mot crayon vient de craie, tiré du latin Creta, qui est aussi le nom de l'île de Crête, aujourd'hui Candie , où cette pierre se trouve en abondance.)

Les anciens maîtres en peinture, outre \e. style de plomb ou d' argent, employaient beaucoup pour le dessin la plume et le pinceau, avec lesquels ils exécutaient des dessins sur papier tinté , nommés dessins en camaïen, genre qui facilitait incontestablement la transformation en gravure sur bois et sur cuivre. Il y a quelques aimées qu'on a remis en vogue les dessins au fusain et au pastel. On se sert aussi du crayon lithographique pour faire des dessins sur papier.

Les dessins au pastel ou au fusain s'altérant facilement, ou a cherché à les fixer sans leur faire perdre leur fraîcheur. M. le marquis de Varenne a trouvé un moyen aussi simple qu'ingénieux en vernissant ces dessins à l'envers , c'est-à-dire en étendant sur là face postérieure du papier une dissolution alcoolique de gommelaque blanche. Cette dissolution pénètre le papier et s'introduit par la capillarité jusque dans les molécules du dessin, placé de l'autre côté ; l'alcool s'évapore rapidement , de telle sorte qu'en un instant toute cette poussière si légère de pastel ou de fusain est si bien attachée, si adhérente au papier, que le dessin peut être roulé et frotté sans s'effacer. Voici les proportions de la dissolution : on fait dissoudre dix grammes de gomme-laque ordinaire dans cent grammes d'alcool ; on décolore ensuite la liqueur au moyen du charbon animal ; on peut même employer la teinture

toute tàite de laque blanche au sixième , en y ajoutant deux parties d'esprit-de-vin rectifié. Après avoir filtré , il suffit d'étendre une couche de l'une ou de l'autre de ces dissolutions avec un pinceau derrière le dessin , pour lui donner toute la solidité désirable.

C'est aussi de cette dissolution que se servait l'abbé Soulacroix (1839), pour fixer des dessins exécutés à la fumée dyum bouffie, sur lesquels il faisait quelques touches de sépia, en enlevant ta blancs avec un tortillon de papier , pour leur donner tout le piquant du dessin au lavis. Le véritable inventeur des dessinsfitmées nous paraît être Mandé Daguerre ; ces dessins se vendaient à Paris , en 1827, chez Alphonse Giroux.

Pour conserver les dessins très-délicats , M. Sylvestre a conseillé, depuis 1837, l'usage de la dextrine, dans des proportions de deux parties de dextrine, six d'eau et une d'alcool.

On peut encore se servir avantageusement du produit remarquable que le professeur Fuchs, de Munich, a inventé il y a plus de vingt ans, et qu'il appelle Wasserglas. C'est la potasse silieatcef ou un verre qui se dissout dans l'eau. Ce verre se compose ordinairement, suivant M. Liebig, de quinze parties de quartz, dix dépotasse (ou neuf de soude), et une de charbon; unie par la fusion, cette composition, à l'état sec, est claire comme l'eau, dure et difficile à fondre ; pulvérisée , elle se dissout dans l'eau bouillante, et lorsqu'on a soin d'entretenir l'eau en ébullition continuelle, on obtient, avec cinq ou six parties d'eau, un liquide de la consistance d'un sirop qui, étendu sur du bois ou du papier , y forme un vernis imperméable.

Enfin, pour fixer les dessins au crayon, un artiste de Berlin recommande le collodion dissous dans quatre parties d'éther sulfurique, et étendu sur le dessin au moyen d'un pinceau large ft doux.

Pour compléter cette esquisse sur les matériaux qui servaient et qui servent encore à l'écriture et au dessin, nous mentionnerons sommairement les méthodes (' ), les machines et instruments employés de tout temps , soit pour abréger la reproduction de

(1) Extrait d'une notice chronologique sur les diverses méthodes abrégées de reproduire ou de multiplier les dessins, par M. Uouget de Lisle ; dans le Bulletin de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, 4V année. 1844, p. 420.

Pécriture et surtout du dessin, soit pour les réduire ou les amplifier ou pour les mettre en perspective. Déjà les anciens Egyptiens employaient les carreaux linéaires pour faciliter la copie des dessins. Il paraît que Bramante et plusieurs peintres du seizième siècle ont fait usage d'une vitre ou de la gaze tendue sur un châssis pour dessiner la perspective. Albert Durer a donné, en 1 535 . la gravure sur bois de deux machines inventées par lui pour dessiner les objets en perspective: c'est aussi lui qui a imaginé le point fixe servant de jjoint de vue, objet important pour dessiner exactement les objets en perspective. Le peintre florentin Cigoli inventa en 1600 un appareil appelé équerre de Cigoli par les Italiens. C'est à la même époque que le rév. Père Scheiner, géomètre et astronome allemand, inventa le parallélogramme linéaire , appelé depuis pantographe , pour réduire et amplifier les dessins tracés sur le papier.

Thompson et Wren en 1664, Haies en 1710 en Angleterre, et Langlois en 1743 en France , ont perfectionné le pantographe, ainsi que Bion en 1752, Sickes en 1778. Le singe du géomètre Buchottc ( 1754) est un instrument semblable. Nous remarquerons encore le scénographe de Eckapt ( 1779 ) ; — le mégascope du physicien Charles (1786); — la machine dite polgehreste et verticale, inventée en 1787; — V autographe de Brunnel, en 1800 :

— laheveau universel iPAJlard, en 1805; — le mécanographe de Donnant, en 1805; — le papier à calquer, fait de paille, par Rousseau . en 1805; — le proportionnoinèlre de Schmalealder, en 1806 ;

— la machine à profiler de Le Moyne, en 1807; — la poudre résineuse de MM. Revolet et Rigoudet, en 1807, propre à poncer les dessins sur les étoffes et fixée ensuite à l'aide de la chaleur d'un fer à repasser, fort employée par les dessinateurs en broderie; — la règle centrale de Nicholson, en 1814; — le qnarrévgraphe de M. Aueracher, en 1820:— Topographe de $ï. Smith, en 1821 ; — Vhyalographe de Cliuchainp , en 1822; — le mètroscope de M. Brunnelle de Vareime ; — le perspectographe de M. Alasson, en 1825 ; — le panoragraphe de M. Puissant: — le stéréograplie de M. Fevrat de Saint-Mesmin, eu 1829; — le diagraphe de M. Gavard; — Vagatlmjraphe de M. Symian; — le mégagraplw de Mm. Lefevre et Percheron, en 1836; — le visocalque de M.

Viennot; — l'iiistniment de M. Laffore, dit compas htfforien, en 1839; — Yhomographe de M. Brunier, en 1841 ; — le diasquiagraphe de M. Rougier , en 1843 ; — le ajmagraphe de M. Willis , en 1843; — et enfin le chromographe et le chakographc, ainsi que plusieurs autres instruments et le papier-canevas (1843) inventés par M. Rouget de Lisle , de qui nous avons emprunté ces détails sur les diverses machines à dessiner. N'oublions pas que M. Collard a pris en 1850 un brevet pour une machine propre à graver des lettres et des ornements en creux et en relief sur toute sorte de matières.

Par ce qui précède . et en déduisant ce qui regar de les temps les plus proches de nous , l'on peut se représenter en quoi consistaient, au commencement des temps modernes , les matériaux pour écrire et les moyens dont on disposait pour reproduire et multiplier les manuscrits et les œuvres d'art.

EMPLOI DE LA GRAVURE AU COMMENCE- MENT DES TEMPS MODERNES. Cependant la gravure était généralement pratiquée et d'une manière assez variée. On gravait des coins de médailles que l'on frappait ensuite au marteau; on fabriquait même des bractéates ou médailles faites de lames de métal minces et estampées en creux comme les patères de rideaux. La gravure des sceaux et des cachets était également très-répandue.

On gravait en creux et en relief de très-beaux camées sur pierres fines; mais c'est surtout aux ouvrages nombreux de l'orfèvrerie que la gravure fut employée pour orner les croix . les ciboires, les calices , les châsses, les candélabres, les vases sacrés, les missels et une multitude d'autres objets appartenant au culte ou au service domestique.

Le prêtre et moine Théophile (M, dans son Essai sur divers arts du douzième ou treizième siècle , nous a parfaitement instruits, sur les genres de gravure alors en usage.

Ce lurent d'abord des ouvrages en or et en argent repoussés au moyen du marteau et des ciselés recourbés; des bordures en or,

il) Théophile, presbyler, déjà cilé, cap. 70, 71, 72, 73 el 74.

Digiti

en argent, en cuivre doré, destinées à être appliquées autour des tables d'autel, des pupitres, des châsses et des livres. Ce genre d'ornements était fait à l'aide d'empreintes en fer gravées eu creux, semblables aux sceaux et estampes sur des lames de métal minces appliquées sur du plomb épais.

Le genre qu'il appelle opus interrasiU consiste à découper dans des plaques de métal des ornements et des ligures diverses sur une enclume , à l'aide du ciseau et du marteau.

« De cette manière se font les tables, les lames d'argent sur les « livres avec des images, des fleurs , des animaux ; une partie eu « est dorée, savoir les couronnes des images, les cheveux et les « vêtements par places ; une partie reste d'argent; on fait aussi « des lames en cuivre ; on les creuse, on les met ensuite dans un « vase contenant de l'étain fondu pour qu'elles deviennent blan- « ches comme si elles étaient argentées. Elles servent à consolider < les sièges peints, les chaises, les lits , et à orner encore les livres « des pauvres. »

L'opus pmwtile, ou travail de points ou pointillé, queThéopliile décrit, est le plus remarquable. Yroicienquoi il consiste: Sur une laine de cuivre on desshie des ligures, des animaux ou des Heurs, on champlève autour, « alors, battant doucement sur « un perloir avec un petit marteau , on remplit tous les champs « de très-petits cercles , » de manière que les figures plus en relief que les champs se détachent sur un fond mat , auquel on donuait une teinte jaune en plaçant la lame de cuivre sur des charbons ardents. Ces champs, lorsqu'ils n'étaient point frisés ou pointillés, étaient souvent couverts d'un vernis d'huile de lin, enfumé sur des charbons ; ensuite, avec un racloir bien affilé, on raclait les ornements ou les figures reliefs, de façon que les champs restaient noirs.

Ces deux derniers genres de gravure dont Théophile parle, c'est-à-dire l'opus interrasile et l'opus punctile , dont le premier rappelle le travail de nos reperceuses, et le second celui des graveurs en taille d'épargne pour les formes d'imprimerie , étaient tous les deux connus déjà des anciens. Pline en fait mention dans ses écrits.

Aux gravures d'orfèvrerie nous pouvons joindre encore les

plaques métalliques gravées qu'où déposait sur les tombeaux , et les inscriptions ou ornements des cloches.

PLAQUES MÉTALLIQUES GRAVEES. Il parait que les plaques tumulaires métalliques (*) gravées en creux au simple trait, sont les plus anciennes.

C'est au commencement du quatorzième siècle que l'on rapporte l'introduction de la gravure en relief sur les plaques. Souvent les planches de métal offrent les deux manières réunies; de sorte que les figures qui occupent la place du milieu sont exécutées en gravure au trait en creux , tandis que les inscriptions qui les encadrent le sont en relief. Le fond creusé autour des lettres était fréquemment rempli d'une espèce de ciment rougeâtre ou noir.

On trouve un assez grand nombre de ces plaques métalliques gravées, principalement dans L'Allemagne du Nord, en Finlande, en Suède et en Danemark.

Les pierres tumulaires qui étaient décorées de ligures et d'ornements, tels que des haumes, des écus et des bandes d'inscriptions en métal découpé ou revidé et incrusté dans la pierre même, paraissent de la même époque que les précédentes et ne sont pas rares, principalement en Angleterre.

La description de deux monuments du treizième siècle , trèsremarquable par le genre de travail et assez bien conservés , peut trouver sa place ici. Ce sont les tombes de Jean et de Blanche de France, enfants de saint Louis, dans la chapelle de ce roi à Saint- Denis ('). « Ils sont en cuivre jaune avec figures repoussées et « fonds en émail. Le champ de la tombe de Jean se compose de « six plaques de métal, couvertes, dans toutes leurs parties appa-

'1) Dr. Liesi-h . in Dculsches Kiinslblult ; Berlin, in-4', vol. Il, 1X5! . p. 21 ; vol. III, 1H52, p. 306; et vol. IV. 1853, p. 43. N" 29 et 35. — Dr. Kugler, Handhuchdcr Kunstm\\. Stuttg. 1842, in-8», p. 592. 2- éd. 1848, p. (>22.-lbid. Kleine Schriflen, W>1. vol. 11,601-631.— C. L. Milde, Denkm. bild. Kunst in Liibcck ; Liib. 1843, 1" ll* ~The moiuiinentas brasses of Eugland, bey Rcv. Ch. Boutell; London, by 1 "Uing, \W, in-4'.-Dentscbes Kunslblatt; Berlin, vol. IV, 1853, W. Liibke, n« 35, dMandelgren en Danemark, n° 29.

(% Monographie de l'église royale de Saint-Denis par le baron de Guilhermy; Paris, ^.p.lfô.-Montfaucon, t. II, ICO.-Millin, Antiquitis nationales, t. II, n- il.

<« rentes, d'émaux coulés entre des filets de cuivre jaune qui de- « viennent des enroulements d'un très-bon stvle. Les rinceaux,

< courant sur un fond bleu , se terminent par des fleurs nuancées u de vert, de blanc, de rouge et d'azur. La figure du jeune prince, « en fort relief, est au milieu de la tombe... Le visage est pourvu « de toute beauté ; les yeux sont incrustés d'émail blanc avec la « prunelle en noir. Un petit cercle semé de points bleus comme « des turquoises, sert de couronne Autour du champ sur

* lequel repose l'effigie, de petites bandes de cuivre disposées

* en carrés portaient l'épitaphe dont les lettres se dessinaient « incrustées d'émail rouge sur le fond de cuivre Des mor-

< ceaux de cuivre jaune très-mince , qui ont fait partie de la bor- « dure, portent, gravés à la pointe du ciseau, des fleurons , des « fleurs de lis à deux étamines et des châteaux; les fonds sont

« guillochés La tombe de Blanche est en très-mauvais état,

*< mais du reste assez semblable à la première. »

Remarquons dans le travail très-curieux de ces tombes en métal , en Mie surtout de l'époque dans laquelle elles furent exécutées, le treizième siècle, remarquons, dis-je, dans les champs gravés, les filets épargnés, restés reliefs pour retenir l'émail; les fonds de la bordure guillochés, probablement une espèce d'opus punctile dont parle Théophile; et les légendes gravées en creux et incrustées d'émail.

IN8RIPTIONS SUR LES CLOCHES. Suivant M.

Otte (!) , les cloches avec inscriptions marquant le millésime ne se rencontrent que depuis le milieu du treizième siècle dans le nord de l'Allemagne: mais dans le sud, et surtout en Italie, on en trouve de plus anciennes, celle, entre autres, qui sert pour la messe à la cathédrale de Sienne, portant la date de 1159 (8). Dans l'église de Buchardi, à Wurtzbourg (Bavière), il y en a une avec la date de 1240; et la cathédrale de Fribourg en Brisgau en possède deux, dont l'une du millésime de 1258, et l'autre de 1281.

ti) Heiuricli nu,., KmislaiTueulnjçie w* MMelallers. Uipz. im, y. 243. I>ml~ sches Kunstbblt, Berlin, vul. III. 1852, p. 409. •il Suivant Uiiiuboux, Annales arcliéol. de Diuïuii. 5, m.

On remarque généralement quatre procédés différents dans la manière de mettre les inscriptions sur les cloches.

D'abord il y a des cloches d'un temps reculé , sur lesquelles les inscriptions sont gravées simplement en creux et au trait ; celle de Diesburg, près de Magdebourg, est de ce genre.

Il y en a d'autres dont les inscriptions et les représentations en figures au trait sont en relief très-bas. Les lignes reliefs qui forment les dessins sont tranchants à leur sommet , ce qui provient probablement de ce qu'on les a creusés dans le moule de la cloche avec un instrument tranchant à joues ou à biseaux.

Cette gravure devait se faire en sens contraire , si , après avoir fondu la cloche , on voulait l'obtenir droite. Cependant on rencontre souvent des cloches qui ont les figures ou les inscriptions en sens contraire , ces dernières toujours alors en majuscules.

Les figures portent dans ce cas l'écu au bras droit ; l'épée est suspendue au côté droit, et les prêtres donnent la bénédiction avec la main gauche.

La cloche de l'église de Saiut-Blasiens, à Muhlhausen , dans la Thuringe , de l'an 1345 , en est un exemple.

Le troisième procédé , en usage dès le quatorzième siècle , parait consister à imprimer dans le moule , au moyen de formes reliefs en bois, les mots ou les caractères les uns après les autres.

Les lettres , qui sont de belles majuscules , ont peu de relief; elles sont à surface plate, richement décorées d'ornements, le corps de la lettre étant souvent damasquiné. On remarque parfois le bord de la forme qui a servi à imprimer les lettres dans le moule.

Les figures qu'on voit sur ces cloches sont encore gravées en creux dans le moule, comme cela se pratiquait dans le procédé précédent. Cependant on rencontre déjà des exemples d'application de cachets en cire sur la forme de la cloche , cachets qui s'imprimaient flans le moule , et qui , lorsqu'on séchait le moule , se fondaient en y laissant une empreinte en creux. La cloche , après te moulage , portait le relief du cachet,

Enfin la quatrième manière de procéder, pratiquée dès le quinzième siècle, encore en usage aujourd'hui, consiste à former les lettres isolées ou mobiles, eu faisant passer de la cire à

travers nue planche, dans laquelle sont percées à jour les lettres de l'alphabet. Les lettres ainsi obtenues se collent ensuite sur la forme en composant l'inscription ; elles s'impriment dans le moule en creux , et se reproduisent en relief sur la cloche.

De tout ce que nous venons de dire sur l'état de la gravure et sur les matériaux qui servaient à écrire et à dessiner au commencement des temps modernes , il ressort suffisamment que les principaux procédés de l'art de la gravure étaient connus , les genres variés et tous les matériaux assez perfectionnés pour qu'un esprit inventif pût les appliquer à l'impression en couleur sur papier.

En remplissant les inscriptions gravées en creux d'une couleur noire au lieu d'émail ou de ciment , et en frottant fortement sur un morceau de papier appliqué sur cette gravure encrée , on aurait obtenu une épreuve pareille aux estampes des graveurs sur cuivre.

Eu posant, au contraire, de la couleur au moyen du doigt ou d'un tampon sur les inscriptions gravées en relief, et en pressant un papier dessus, on aurait obtenu une épreuve semblable à celles des imprimeurs; et on se serait d'abord aperçu qu'il fallait graver les lettres en sens contraire , si on voulait qu'elles fussent droites après l'impression.

Il est hors de doute qu'on avait tait des applications de ces différents genres d'impression longtemps avant l'époque à laquelle on suppose appartenir les épreuves qui sont venues jusqu'à nous, et qu'on prend généralement pour les premiers essais.

La conservation de ces premières épreuves de la gravure et de l'impression est due à l'usage des relieurs d'alors qui collaient des images de saints ou des cartes à jouer tant recherchées à cette époque dans l'intérieur de la couverture des manuscrits, usage maintenu jusqu'aujourd'hui encore dans certaines parties de l'Allemagne, et ce furent probablement aussi les premiers objets auxquels on appliquait les nouveaux procédés de gravure et d'impression dans l'intention de les multiplier.

C'est principalement chez les pkintrks de lettres qu'il faut chercher les premières traces de l'imprimerie.

Outre les manuscrits précieux et soignés , il y en avait encore d'autres plus communs, faits par des écrivains inférieurs, et

qui, vendus à plus bas prix , servaient à l'usage de la maison et de l'école. Ces ouvrages, composés souvent d'une simple feuille, étaient écrits sur du papier ordinaire , ornés de dessins grossiers à la plume, et coloriés ('). Le mot de brève, appliqué à ce genre d'écrits dérivant de la basse latinité , est synonyme de scriptum, écrit ou lettre , et désigne généralement les écrits en feuilles volantes, ou tout écrit court; en un mot, c'est le contraire d'un livre volumineux. De ce mot brève vient le nom allemand brief, qui avait alors la même signification , et on appelait peintres de lettres ceux qui s'occupaient de les écrire.

Ces peintres de lettres, qui étaient en même temps écrivains et coloristes, fabriquaient, dessinaient et coloriaient souvent aussj des cartes à jouer.

Il se comprend que le besoin de moyens plus expéditifs et de procédés plus faciles pour pouvoir livrer plus vite et à meilleur marché ces ouvrages de moyenne étendue , dut se faire sentir de bonne heure chez les peintres de lettres.

Quant à l'antériorité d'usage , il est probable que les images, accompagnées de plus ou de moins de texte , sont postérieures aux cartes à jouer , mais que la nécessité de procédés accélérateurs de multiplication se faisait sentir également pour les unes et poulies autres.

CARTES A JOUER. Il parait certain que les cartes à jouer (*) sont d'origine chinoise, et qu'elles étaient dès 1120 en usage chez les Arabes comme dans tout l'Orient.

Ce mt sans doute à la suite des croisades que le jeu des car- ' tes fut introduit de l'Asie en Europe; mais il s'y répandit peu d'abord.

L'Italie et l'Espagne sont les premiers pays de l'Europe où les cartes fussent connues sous le nom de naipes; c'était vers la fin du quatorzième siècle ou au commencement du quinzième.

Dès cette époque , elles se répandirent en France et en Alle-

'I) Voyez SotzmaiiH, déjà cité, |». Vrî.

liji.-Ct.-j. Breilkopf déjà cité. — P. L. Jacob (Paul Lacroix) bibliophile, origine '•«s cartes à jouer, dans le Dictionnaire de la conversation, Paris, 1835.

inagne , niais en subissant des modifications et des changement* notables.

Les plus anciens types connus, les types fondamentaux sont le bâton, le denier, la coupe et l'épée. En Italie et en France, c'était des carreaux , des trèfles, des cœurs et des piques. En Allemagne, dans les Pays-Bas et en Angleterre, on avait les grelots , les glands vt les feuilles qui étaient vertes , et les cœurs qui étaient rouges. Souvent aussi on employait des ligures emblématiques. De ce genre sont le Chartiludium lugicum, de 1507; le Chartiludiuni institutionem juris de 1518, tous les deux de Thomas Murnerde Strasbourg, ainsi que le Giuoeo de Mantégna, et la Charta lusoria de Jobst Amman de Nuremberg , de 1588.

Dans les commencements, les cartes à jouer furent peintes, et on le faisait avec un grand luxe. Les plus anciennes qu'on possède sont les cartes de Charles VI (*); elles sont peintes avec délicatesse, comme les miniatures des manuscrits, sur un fond doré rempli de points qui forment des ornements en creux ; elles sont entourées d'une bordure argentée , dans laquelle un pointillage semblable figure un ruban roulé en spirale. C'est probablement ce pointillage qu'on appelle tarée ou tarotée . espèce de gaufrure composée de petits creux piqués et arrangés en compartiments, à laquelle les tarots doivent leur nom. et dont les cartes ont jusqu'à nos jours gardé le vestige, quand elles sont couvertes par derrière d'ornements et de dessins imprimés en noir ou en couleur.

Ces cartes, au nombre de dix-sept, sont peintes à la détrempe et sur un carton épais d'un millimètre.

Les cartes à jouer de 1412, attribuées a Marziano de Tortone (a) et conservées à Milan, celles que possède la bibliothèque royale de Turin, et celles de la galerie de Durazzo à Gênes (*). sont du même genre, peintes en miniature sur du papier de coton, et collées sur du carton; mais on n'y remarque aucune trace d'impression , pas même l'emploi de patrons (al traforo).

Les cartes peintes étaient très-coûteuses. Celles que Marziano, secrétaire du duc Ph. Marie Visconti, avait peintes pour ce

ii) Paul Lacroix, déjà eilr.

li) Peccnibris, Vita Pli. M. Yirt'-c<»uuti*. Milan IGiK). cap. IAI.

(3) Cicoguura niemoric spellanti alla sloria délia Chalcographia. Pralu, 1KJ1.

prince, coûtaient 1500 écus d'or, environ 15,000 francs. Les trois jeux de cartes peints par Jacquemin Gringonner (*) pour le roi Charles VI en 1392, lui furent payés 56 sols parisis, environ 170 francs.

Ces prix diminuèrent sensiblement dans la suite , de manière qu'eu 1454 un jeu de cartes destiné au dauphin de France, ne coûtait plus que 5 sous tournois, 14 à 15 francs environ de notre monnaie.

Dans les comptes de l'argentier de la reine Marie d'Anjou, on voit qu'il a été payé à Guy on, mercier, demeurant à Saint- Aignan, pour trois paires de cartes à jouer 5 sous tournois , et pour deux jeux de cartes et un millier d'épingles , livrées à Madame Magdelaine de France, 10 sous tournois.

On avait donc trouvé dans l'intervalle de 1392 à 1454 des moyens de fabriquer des cartes à bon marché , et d'en faire une marchandise. Ces moyens furent probablement d'abord l'emploi de patrons, puis celui de l'impression par la gravure sur bois ou sur cuivre.

Plusieurs débris de jeux de cartes, que l'on suppose exécutés avant le milieu du quinzième siècle , nous ont été conservés dans des rehures de manuscrits.

Ce sont deux planches (*) de cartes, l'une de 18 cartes et l'autre de 10, portant tous les caractères du règne de Charles Vil. Klles sont gravées en bois et coloriées au patron , chaque partie sur une seule planche. Il n'y a qu'une seule planche qui porte le nom du cartier, F. ('1ère, mais sans date.

En général on a très-peu conservé de cartes à jouer, surtout de cartes ordinaires gravées sur bois.

TAILLEURS DE MOULES OU GRAVEURS SUR BOI8, Les peintres de cartes se transformèrent donc bientôt tailleurs de moules (Formschueider) , ou leur cédèrent la place. Les tailleurs de moules sont des graveurs sur bois, qui gravaient ces cartes soit sur des blocs ou planches de bois, soit

11) Sainl-Koix, Essai sur Paris, t. I, p. m, el Urcitko|»l't vol. I, |». 28. McuesUïer Ml. curieuse, t. II. 174.

<ÎJ La ir* est de la collection de M. d'Henneville, l'autre de laliibl. iuip. de Paris.

sur des planches de métal, pour les multiplier au moyen de l'impression en couleur.

Dans les registres municipaux et dans ceux des corporations, on peut constater où et à quelle époque existaient les premiers cartiers et graveurs de cartes. Dans ceux de Nuremberg, il est fait mention de tailleurs de moules eu 1449, et de cartiers depuis 1433. Dès 1473, on nomme des peintres de lettres, des calligraphes, des coloristes, dont dépendaient les tailleurs de moules et les imprimeurs. On rencontre des noms de cartiers et de peintres de cartes à Augsbourg, en 1418; à Ulm, en 1402; mais des tailleurs de moules seulement en 1441. A Francfort-sur-le- Meiu, on cite Henné Kruse, de Menze (Mayence), comme imprimeur en 1440.

Dans les Pays-Bas, les imprimeurs de lettres se montrent à la même époque. La confrérie de Saint-Luc à Anvers se composait en 1442 de peintres, de sculpteurs sur bois, de verriers, de coloristes (verlichter), et d'imprimeurs (printers). Dans la confrérie de Saint- Jean l'évangéliste de Bruges se trouvaient, en 1454, des écrivains, des maîtres d'école, des libraires, des imprimeurs sur bois (printers , holzdrucker) , des relieurs et des faiseurs d'images (beelden mackers); plus tard, les Néerlandais appelaient les tailleurs de moules et les imprimeurs de cartes des Plaat ou Figuerssnyders (ta lleurs de planches ou de figures) , des Heiligen ou Beeldeken printers (imprimeurs d'images de saints).

Sur les anciennes cartes à jouer, conservées au cabinet des estampes de Paris, figurent les noms de différents cartiers d'époques diverses. Le plus ancien parait être Jehan Valay ou Volay, qui fabriquait des cartes sous Charles VIII ou Louis XII, de 1483 à 1498.

Mais on ne fait mention en France de tailleurs et imprimeurs d'histoire 'et de figures que dans le seizième siècle. On les trouve joints à Paris aux doininotiers, qui fabriquaient du papier bigarré et marbré, genre de travail qui a beaucoup de rapport avec celui qu'exécutaient auparavant les cartiers lorsqu'ils tarotaient le revers des cartes.

En Italie , il n'est pas question de ces professions avant l'introduction de la typographie dans ce pays, qui eut lieu en 1468 par Jean de Spire , imprimeur allemand.

Nous pouvons donc établir avec certitude , que les tailleurs de moules ou graveurs sur bois, ainsi que les imprimeurs de cartes et de lettres (briefe), étaient déjà assez répandus vers 1440, mais qu'ils ne remontent pas au delà de beaucoup plus d'une vingtaine d'années.

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