CHAPITRE X
De la parole dans I es assemblées ,
Dans un Etat régulier (toute hypothèse sur l’Etat le suppose tel), le meilleur gouvernement sera celui où On fera le moins de lors, et l’assemblée la plus sage, celle où on fera le moins de discours. La représentation imposera donc des formes à la parole, et lui assignera dés limites dans son enceinte; mais elle opérera en elle même des subdivisions où la parole pourra jouir sans danger d’une liberté plus vaste dans un cercle plus étroit, et ce cpii s’en dépensera dans ces comités, viendra en écouomie au profit
du repos de 1 assemblée.
11 y a en effet un milieu sage, nOn entre toutes choses , mais entre toutes choses extrêmes (différence dont on calcule trop peu l’étendue) ; il y a un milieu sage , peut-être plus facile à trouver de nos jours où l’expérience l’indique, parce qu’on y a connu les extrêmes, que dans les temps calmes où les extrêmes , et par conséquent leurs milieux, ne se montrent qu’en théorie.
Deux exemples contemporains s offrent a
nous comme des phares pour signaler ces écueils opposes. Le premier est celui de rassemblée nationale de France, où la parole apparte-' naît, non seulement au premier occupant, c’està-dire au plus fort, sans rang, sans ordre et sans frein, mais encore aux spectateurs avec un degré d’audace qui transportait le sénat dans les galeries, et apprit à calculer, le com pas à la main, jusqu’où le sort d’un empire pouvait dépendre de la longueur d’une banquette , et à quelle mesure une tribune pouvait s’étendre sans compromettre l’ordre de la législation.
Le second fut le corps dit législatif, espèce de pyramide d’Égypte , où les restes des Pharaons populaires étaient rangés dans un silence éternel.
Ces deux institutions furent admirablement calculées dans leurs buts respectifs. L’une pour établir le despotisme de k foule, et l’autre pour établir celui d’un seul homme; toutes deux remplissant leurs fonctions préfixes dans l’Etat; dans la première, des furieux organes de ses crimes; dans la seconde, dés muets instruments de son supplice; toutes deux conséquentes à leur institution, puisqu’elles atteignirent leur but. ’
11 est , sans doute, moins facile d’être consë-* quent dans les milieux, que dans les extrêmes. Tout permettre et tout affranchir, tout défendre et tout enchaîner , ce sont des choses simples au conseil , faciles à la force, et il n’y faut pas de hauts calculs de sagesse.
Mais admettre la liberté avec ses limites , la force qui aspire avec la force qui réprime , prendre un vrai milieu enGn, et, ce qui est plus embarrassant, y fondre les extrêmes; c’est le centre douteux dont on n’approche que plus ou moins. Or, ce qu’on fait à cet égard dans uu temps sage pour toutes les choses publiques, on le fait aussi pour la parole publique qui est, non seulement le tribunal dont elles relèvent , mais encore la source dont elles émanent.
La parole sera d’autant plus influente que l’auditoire sera plus nombreux. On persuade plus aisément cent personnes qu’une, et sans y chercher des attractions mystérieuses, la raison en est simple et parle de soi. L’homme qui parle est actif; celui qui écoute est passif. Sontils un contre un? La lutte est égale, et son résultat nul si l’auditeur n’est pas persuadé; mais dans deux auditeurs l’orateur aura une chance de plus; s’il en gagne un, les voilà deux contre
un seul, et la victoire est assurée: cette chance s’étend de plus en plus à mesure que le nombre des auditeurs augmente.
La parole doit donc être plus circonscrite à mesure que l’assemblée l’est moins. Nous la voudrions muette là où elle pourrait s'adresser à tous.
Il existe, il est vrai, et peut-être pour le châtiment et l’épreuve des temps modernes, des moyens de répandre la parole d’un seul homme au large et au loin, et de lui donner tout un peuple pour auditoire; mais ils entrent dans des considérations plus générales sur la parole publique qui sortiraient des bornes de tiotre sujet et que nous nous réservons d’examiner ailleurs.
La parole sera aussi d’autant plus influente qu’elle se fera entendre dans des temps plus agités; car ces temps fournissent à la fois une plus grande variété de conceptions et plus d’inclination à les saisir comme à les quitter. Dans les assemblées , 'la mobilité peut suppléer au nombre en multipliant les hommes par leurs opinions. D’ailleurs, c’est précisément dans les temps où les auditeurs seront plus faible.» à la défense, que les orateurs seront plus forts à l’attaque. Alors les orateurs , prenant leurs idées dans un cercle plus vaste et par ua choix
moins sévère, manieront, par cela même, clés armes plus redoutables. Alors encore ces armes, mal séantes aux mains des hommes sensés, seront toutes daus celles des hommes extrêmes; en sorte qu’à des athlètes vigoureux se joindront des armes terribles et exclusives.
De-là naissent, dans ces temps, les miracles et aussi les ravages de l’éloquence ; car celte noble puissance, considérée dans sou rôle politique, avouons le avec franchise , n’est réellement une puissance que là où elle commence à nuire, et ses ruines naissent avec sou empire. Nous lisons avec délices les grands orateurs de l’antiquité; mais, eu seutant combien nous sommes heureux de les lire, scutous-uous assez combien nous sommes heureux de ne les pas entendre? C'est là oit les choses ont été en perpétuelle tempêté , qu’ont afflué les orateurs, dit Montaigne, et ce pays est à coup sur heureux et paisible où l’éloquence se tieut à la chaire et au barreau, et ne monte pas jusqu’à la tribune : il fera l’eunui de l’histoire, mais il fera le bonheur de la famille.
Que doit-on en conclure? Que la parqle doit être réprimée en proportion de l’agitation des temps. Mais ici, où nous ne raisonnons plus dans l’hypothèse d’un État réglé, le sol nous échappe ; la théorie seule nous reste, et l’agio
|ion des temps qui exige en droit l’esclaygge de 2a parole » établit en fait sa liberté.
Ou devra donc compter sur peu d’éloquence dans une assemblée paisible, et, loin de s’en plaindre et.de déplorer ce que les talents y perdent , il faudra s’en réjouir et considérer ce que l’Etat y gagUe.* v <
Que demande en effet le bien public dans une pareille assemblée? Une discussion froide et; raisonnée des intérêts de l’Etat. Qu’ont à faire dans ce haut intérêt les inflexions de la ■voix, l’expression du visage, l’empire des gestes et les tours oratoires? Un tel parleur est un 1 homme à. couronner au théâtre, mais à noyer daq$ une république £• s’il est Démosthèue, qu’il parle au Pnyx , et qu’il perde ou saUve la patrie» : ; ; t >
Sans doute nous n’établissons rien^ d’absolu que le& principes : la lettre tranqhejsnais l’eàprit nuance, et nous ne sommes pas assez géométriquement exclusifs pour bannir des exceptions» mesurées; mais certes, entre cette élocution brilla aie qui donne fârce de raison à des idées spécieuses , qni séduit par fa rhétorique , qui frappe .par les images, parle aux passions et entraîne par le feu du discours, entre petto élocution et la diction pesante et monotone
qui développe longuement une raison simple et méthodique, nous n’hésitons pas à préférer la dernière, et nous fuyons le plaisir qui aveugle pour embrasser l’ennui qui éclaire.
On a dit que c’était un grand art de savoir s’ennuyer : celte sentence peut n’étre pas vraie partout; mais elle l’est à coup-sûr dans une assemblée politique. Comme on n’y est pas pour son plaisir, on doit s’y armer de rigueur contre soi-mcmfc, et il faudrait presque prendre en défiance tout ce qui l’y excite. L’homme publie doit s’y résigner d’avance à l’ennui, qui n’est pas toujours l’escorte des choses sérieuses, mais qui s’y rencontre plus souvent qu’ail leurs; et, à toutprendre,il y est bien moins mortel que dans les choses frivoles, en ce qu’au moins il est prévu, qu’on ne vous trompe pas, et qu’on vous donne l’ennui pour de l’ennui, et non pour de l’amusement.
11 est des nations légères qui se sentent plus déroutées que d’autres quand elles se trouvent appelées à des choses graves, surtout si les hommes chargés de les discuter n’en ont pas, par état, pris celte longue habitude qui fait d’eux une nation à part , et les purge de la légèreté originelle.
C’est, parmi ces nations, une insupportable
corvée que l’ennui ; et la raison , sous une forme nue et pesante, perd trop souvent près d’elles son privilège de raison.
La raison cependant fait rarement , et non sans péril , le sacrifice de ses formes naturelles. C’est donc aux hommes dcstinésà l’entendre, de se réformer eux-mêmes, et d’accepter d’avance le poids des chaîues qu’elle impose. C’est à eux d’entreprendre, par un esprit public utilement dirigé, déplier leur attention à la fatigue, et d’apprendre à dégager la sagesse du fond, de la sécheresse des formes. 11 lui importe de se forcer au silence, de bannir ies interruptions, les a-parte, les murmures, les cris, les applaudissements , tous ces témoins d’une impatience dont la ruse ou la folie sauront trop tôt abuser; enfin de s’élever sur les grandes et importantes questions, à cette admirable faculté de patience que les Allemands portent aux choses les plus puériles, et où on achète, par un peu d’ennui personnel, une grande, solidité générale.
Nous oserions même demander que l’homme à talents , au moment où il monte à la tribune, laissât sur son banc tous les prestiges de l’éloquence, fît le sacrifice de ses triomphes, et ne gardant de son génie que la profondeur et la justesse des idées, eu rejetât les décorations
comme un auxiliaire indigne de sa cause et une séduction dangereuse à son auditoire.
La même considération nous Ferait , contre l’opinion commune , préférer dans la tribune le discours lu ou récité les notes à la main, comme un gage visible de son élaboration « au discours débite de mémoire, et surtout au discours improvisé.
Le discours lu ou récité occupe physiquement le corps , absorbe matériellement urte partie de l'attention de l'orateur j et lui inter-* dit les mouvements étrangers.
Le discours débité lui en laisse davantage, mais toutefois il Foc c ripe de sa mémoire, et eu même temps le renferme dans le cercle qu’elle lui trace.
Mais le discours improvise l’affranchit de toutes les entraves , lut livre tous les prestiges. Au physique, il dispose de l’empire des gestes et des intonations : au moral, il se développe à sa volouté, sans autre guide que son inspiration ; et à tant d’armes dans un être raisonudfelfc pour égarer la raison d’autrui , il faut ajouter que sou propre essor l’égare lui-mêmo île tr.afnière cju’il peut plus facilement cesser en parlant d’être homme raisonnable ; si toutefois œ mal n’est pas fait d’avance , et s’il n’est pfts vrai, de dire que ce même, enthousiasme, d’où naît. v
une éloquence exaltée, naît rarement lui-même d’un esprit sage.
Nous sommes loin toutefois de nier qu’en certains cas le discours improvisé ne soit utile et même nécessaire. 11 le devient quand la discussion et le développement d’une questiou font-jaillir à l’improviste de nouvelles idées; on bien quand une erreur, un sophisme, une fausse allégation pourrait égarer les esprits , et qu’il importe de les réfuter avant qu’elles aient pris racine dans l’assemblée.
Ainsi, pourappuyer ceci d’un exemple, si on supposait quedansune question depropriété,ua ora teur eu t reprît de légitimer la spoliation d’une communauté , en luisant valoir la foi donnée aux créanciers de l’Etat sur celte hypothèque étrangère, ce conflit d’iutérèls, présenté avec art , aurait quelque chose de spécieux qui pourrait troubler les consciences de l’auditoire, et il’importerait qu’on put immédiatement lui répondre avec Burke : « Que c’est à la propriété
du citoyen , et non pas aux réclamations des » créanciers de l’Étal, que la foi première et » originaire de la société civile est engagée , et » que le droit du citoyen a la priorité du temps , » la primauté du titre , et l’avantage en équi- » té. » 11 importerait de lui répondre encore, que l’État, qui est la communauté quand il
agît seul , devient un individu quand il traite avec un de ses membres ; que, par conséquent, il ne s’agit plus alors de loi absolue, mais de loi synallagmatique; enfin qu’un homme ou un Etat ne peut engager à ses créanciers le bien d’autrui, et que s’il l’a fait quand il était le plus fort, la violence ne constitue pas le i\roif.
Nous pensons que l’orateur, auquel on pourrait opposer immédiatement une réfutation de ce genre , se verrait contraint de dépouiller les sophismes, et d’aller franchement à son but; c’est-à-dire d’avouer que l’Étal a besoin d’argent, et que ladisetleleréduitàblesserla justice. Cela serait, sinon juste, au moins franc et conséquent, et tout ce qu’on aurait à y répondre, c’est que, la disette de morale et de justice étant encore plus grande que celle d’argent, c’est à celle-là qu’il faut avant tout subvenir ; que, quant à l’autre, l’argent s’acquiert par la confiance, non d’un banquier, mais d’un peuple, et la confiance par l’équité ; qu’eufin, l’Etat dans son malheur est composé de malheureux; que la priorité du malheur est à ceux qui ont été ruinés en entier pour couvrir la ruine partielle des autres ; et que , pour couvrir un déficit , il vaut mieux , toute justice à part , imposer leur bien, que le prendre.
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Le discours improvisé serait donc toléré , pourvu qu’il fut court, nécessaire et ad hoc, et qu’il vînt au secours ou à l’attaque d’une question, au lieu d’en entamer une nouvelle.
La même considération fait sentir la nécessité d’un cas d’exception , qui laisse à un membre la faculté d’obtenir, dans un cas urgent, la faculté Jeparler hors de son rang d’inscription. Sans cela , le discours prémédité que l’ordre dutableaufaitsuccéderà uneopinion erronnée, n’en contenant pas la réfutation, laisserait aux idées fausses le temps de prendre pied dans l’assemblée.
Cet ordre même qui règle la parole par un rang d’inscription, cet ordre matériel, en même temps qu’il est indispensable dans sa règle , n’est pas sans inconvénient dans ses effets. Là où il est admis , on ne lutte plus, il est vrai pour parler, mais pour en obtenir le droit# L’inscription est un prix qui se gagne à la course. Le vieux, le sage, l’attentif, celui qui est plus occupé d’écouter que de parler, vient à pas lents prendre le trentième billet; l’ingambe emporte le premier. La jeunesse a tous les moyens de parler , la sagesse toutes les chances pour se tarne , et Cicéron boiteux serait inconnu dans une assemblée ainsi réglée. Ce petit abus peut engendrer de graves inconvé-
nients. Le temps et l’expérience peuvent amener des moyens de le rectifier, comme ils peuvent aussi amener un empressement moins général à parler, et une plus grande disposition à entendre.
„ Si nous traitions de la parole en la considérant , non plus comme l’expression de la pensée individuelle, mais comme celle de la pensée générale d'une assemblée, nous aurions alors à faire remarquer qn’une assemblée ne parle que par ses résolutions, et qu’en conséquence, dans ses rapports avec l’extérieur, elle ne peut être examinée et jugée sur autre chose ; que tout ce qui a pu se dire dans un sens différent, soit en-deçà, soit au-delà, est censé muet, et que les bruits qui s’en épaudcnt au dehors ne portent ni foi ni crédit. Ceci serait une leçon oiseuse là , où le long usage de la représentation réduirait ces rameurs de contrebande à leur néant légitime; mais là, où, cetusage manquant , la malveillance s’en ferait une armée de moulins à vent pour les combattre, encore faudrait-il constater qu’une assemblée n’est comptable que de ce qu’elle dit par la bouche de sa majorité ; que si un représentant parle , si un journal le répète, si un salon le publie, eux seuls en doivent répondre , et qu’on n’aura pas plus le droit de juger- un corps fou ou exagéré.
parce qu’un dé ses membres aura été l’un ou ï’aulre , qu’on n’a le ch oit de juger une ville en démeuce , parce qu’il s’y trouve un hôpital des fous.
Noos avons examiné ce qui touche à la parole et à l’orateur, quant au fond, et par rapport aux sujets qu’elle traite. Ou pourrait eu dire aussi beaucoup sur les formes qu’elle affecte, la façon dont elle s’échange entre les •membres d’une chambre , enfin en quelque sorte l’étiquette de la discussion. Ce ne sont point aux esprits justes des considérations puériles, et les choses ne sont pas superficielles par cela qu’elles règleut des superficies.
11 y a une science d’égards et d’urbanité, une mesure de politesse sociale qui étend sou empire aussi légitimement sur les relations civiles et politiques qu’ailleurs. Les hommes graves et publics se respectent toujours euxmêmes. Quand ce n’est pas dans leur caractère personnel, c’est ail moins dans leur caractère public. Or, on ne respecte point un caractère en soi sans le respecter dans les autres. Il en résulte une bienséance de corps , où l’accord extérieur préserve l’harmonie intérieure , et l’hostilité se tempère par la courtoisie.
Ainsi, là où la modestie manque dans le
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coeur, elle devra n vous ne parlez ui
si vous discutez une ques » chambre,
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Défiez-vous donc , réfutez , c’est
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les armes courtoises sont seules a mis »
qui attaque avec le sarcasme oui ironie, P le slilet ou la dague.
Un des plus grands services que les assemblées politiques passent rendre au caractère d’une nation , ce serait d’en exclure , comme idiome étranger. , cette langue peifide et équivoque dout l’usage altère la sincérité du coeur par la duplicité de l’expression; alors le railleur , réduit à parler une langue morte , verrait sa plaisanterie gauchir contre le sang-froid de l’auditoire , et tomber de tout son poids à terre. On ne reviendrait pas deux fois à une semblable épreuve. ; ; < ■
Ceci n’esfc point une remarque superficielle ; la plaisanterie , dans les choses graves , dénote un cœur étroit et flétri, exempt de ces nobles inspirations qui s'allient si bien aux fortes et sévères pensées , jaloux ou dédaigneux des autres , épris et glorieux de soi-même. Le peuple , où ce vice bas et frivole dominerait , ferait préjuger contre son caractère, et oti pourrait affirmerqu’il y a peu de religion, la ou ou rencontre beaucoup d’orgueil , et qu il y a peu de solidité , là où il se revêt de formes frivoles. Le ridicule a d’ailleurs cela de dangereux, qu’il est ordinairement réduit à s’exercer sur les choses les plus nobles de la nature; carie vice s’v offre rarement et le crime jamais ; mais eu revanche , c’est le vice qui le donne. Au contraire , la vertu se présente à lui sans défense ,Asscml>. •' i3
son innocence qui ne se défie pas , sa modéra-* lion qui supporte , sa modestie qui ne s’arroge ni n’attaque , le laissent sans peine approcher ; bien plus ; son ignorance du monde , qui en * , blesse les formes, le provoque et l’attire; car cet allié du vice est toujours aux avant-postes, faisant feu sur quiconque ne porte pas sa t livrée : tant il est vrai qu’on n’est point exempt dn ridicule, sans qu’il en coûte un peu de corruption; qu’il faut un peu de vice pour ne le pas recevoir , davantage pour le donner ,
Ct qu’il faut enfin être parvenu soi-même à tthe suprême absence de vertu, pour prétendre
au triomphe d’en faire rire les autres.
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