‹ Des assemblées représentatives. Par l'auteur des Considérations sur une année de l'histoire de FranceChapitre 9 sur 16 · CHAPITRE AIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE AIL

' * De TOpposition.

La définition de l’opposition se trouve implicitement contenue dans celle de la minorité : elle est V action de la puissance éventuelle de la minorité.

Car, de supposer que l’opposition peut être l’action de la puissance réelle de la majorité, ce serait dire une chose vide de sens , puisque l’opposition n’agit que contre le ministère, et que la majorité, nécessairement indivise avec lui , ne peut être censée opposée à elle-même.

Comment la puissance éventuelle de la minorité , être purement idéal , peut-elle arriver à exercer une action? Parce que, de même que des hommes constants exercent la puissance réelle de la majorité, de même des homines constants, aspirant à une majorité future, donnent corps à la minorité par une espèce de pacte entre eux, et lui créent une action en agitant sa valeur fictive , eu lui prêtant tout le développement que les circonstances , le talent, l’intrigue et l’espérance peuvent y ajouter ; en

s’emparant de tout ce qui peut se dérober à la majorité; enfin en étant sans cesse attentifs à entraver sa marche et à morceler sou empire.

Ici il faut bien se garder de confondre l’op position, parti dans l’État , avec un parti qui serait hors de l'État. 11 faut distinguer entredes hommes opposés à tels hommes , mais amis de l’État, et des hommes qui seraient opposés à l’Etat même. Ces derniers cherchent ordinairement à se glisser dans les rangs des autres; mais de loyaux opposants n’achètent pas un renfort par Un déshortneur.

Nous voyons donc dans la minorité deux choses: la minorité, quand on la considère par rapport à l’assemblée; l’opposition, quand ou la considère par rapport au ministère.

Ce n’est réellement que contre ce dernier qu’elle a corps et action; eu sorte que, si elle parvient à conquérir la majorité, la chambre n’éprouve qu’un changement d’opinion; mais le ministère éprouve un changement d’hommes, parce qu’il se trouve tombé dans la minorité , et que la majorité nouvelle en forme nécessairement un nouveau.

Mais, comme nous l’avons dit plus haut* rassemblée n’éprouve même pas un changement d’opinion, car cette opinion n’est le pins souvent qu’un prétexte : le ministère est cha ugé,.

cela satisfait l’ambition sans perdre l’Etat. L’opinion reste, parce que l'État se perdrait s’il changeait de direction comme de ministres.

Les deux partis font un échange de sentiments, et la direction uniforme se transmet de majorité en majorité , et de ministère en ministère. Tout cela, s’écriera-t-on, n’est ni noble ni scrupuleux : c’est ce qu’on peut discuter; mais deux choses au moins ne peuvent se mettre en question; la première, que tels sont les éléments inévitables du gouvernement représentatif, et qu’il faut ou le refuser, ou les accepter; la seconde, que ces règles sont d’un positif inattaquable, et que l’Etat où elles régnent est assuré de marcher daDS la roule la plus droite et dans la plus invariable paix.

Nous veuons d’établir que l’opposition pouvait devenir la majorité , mais qu’au moment même où ces éléments contraires s’unissent, ils se neutralisent , et ce qui devient majorité , cesse d’être opposition.

Maintenant nous nous demanderons ce qui arriverait si cette neutralisation ne s’opérait pas, et si l’opposition, devenue majorité, restait cependant opposition; autrement dit, si le ministère restait opposé, ou si le ministère opposé restait.

Ou ne supporterait pas cette proposition dans

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la patrie du gouvernement représentatif; mais si elle veriait à être admise etappliquée ailleurs, le résultat probable de celte épreuve faite sur la machine politique , serait qu’elle irait ( pendant la durée de l’expérience) dans le trouble et hors des règles de sa constitution ; et qu’eufin si malgré ce désordre elle continuait de subsister, il faudrait conclure de ce qu’elle prospère contre la nature de son gouvernement, qu’elle peut,*:t dès lors qu’elle doit se passer de lui, et qu’un autre régime lui est plus convenable.

Sur quels motifs cependan t pourrait se fouder la prolongation de cet te situation? Quelles prétentions pourraient s’en appuyer; quelle puissance la soutenir? Les causes d’un effet contradictoire ne se rencontrent pas dans l’ordre régulier; ainsi l’effet dont il s’agit étant hors du système représentatif, c’est aussi hors de ce système qu’on doit en chercher la cause.

Essayons de la découvrir, ou tout au moins de l’imaginer.

Pour y parvenir , nous supposerons d’abord un Etat«ancien détruit par une révolution, un nouvel Etat créé par elle et fondé sur ses principes, enfin de nouveaux hommes formés à l’instar du nouvel État pour en être les organes et les directeurs.

Nous supposerons ensuite une autre race

d’hommes martyrs de la vieille foi,' victime» de la nouvelle , restés orthodoxement fixés, non aux formes y mais aux principes de l’ancien Etal , par conséquent exclus de droit <ki nouveau.

Nous supposerons enfin une secousse qui renversé le chef du nouvel Etal et rétabli celui de l’ancien. Tel est notre avant-scène , et c’est ici que le drame commence.

Cette secousse est diversement interprétée.

Selon les hommes nouveaux (i) c’est ubc victoire dans le nouvel Etat :1e chef change; l’Etat subsiste, les hommes restent et le dirigent comme par le pas$é; il y a gouvernement de fait, et la révolution est substituée.

Selon les hommes anciens ( 2 ) c’cst une victoire contre Je nouvel Etat: il tombe,* ses apôtres le suivent; les vieux principes ressuscitent , et la révolution est morte. ; ‘

(1) On doit entendre aussi par hommes noumriurcfcux deiaccicns qui ont adopté leurs principes, principes, il est Vrai , modifiés comme ils ontdùi’ctrc dans les phases d’une longue révolu» tion , et parvenus du point d’avoir dans le mal celte régularité qui prolonge sa durée , et cette apparence d’ordre qui le dissimule aux ames honnêtes.

(2) On doit entendre aussi par hommes anciens ceux des nouveaux qu’un sens droit et une conscîénéc pure ont raine-

.nés aux principes monarchiques.

La question reste indécise. Quelle puissance a le droit de la résoudre? Sans doute le chef de l’ancien Etat, car la victoire lui donne le pouvoir absolu, et la servitude des uns et le dévouement des autres lui répondent de l’obéissance.

Le chef dont on attend la décision suprême consacre et modifie les formes du nouvel Etat, et promet les principes de l’ancien; sage compromis, digne de concilier les partis. Cependant la lutte subsiste. Les uns se vantent d’avoir sa confiance; les autres cherchent à se flatter d’avoir son inclination.

« Le nouvel Etat, disent les hommes nouveaux, a été maintenu par nécessité, mais il a aussi été adopté par choix et convictiou.

»On n’a pu conserver les formes sans les principes , ni la machine sans les machinateurs.

» La puissance souveraine agit donc par les principes des hommes nouveaux , décrète par leurs conseils, gouverne par deur action, et parle par leur organe. -

t j$,Par conséquent, quiconque attaque les idées nouvelles , attaque le Souverain; quiconque s’oppose aux hommes nouveaux , s’oppose au Souverain ; quiconque combat un Assemb. / io*

projet présenté par les hommes nouveaux, c cnnbac le souverain. » . ■ c

Qui n’aime point Coltin, n'cslimc point son Roi.

On ne peut sedissimuler que ce raisonnement met les hommes de l’aucieu Etat dans une position singulière. •

C’est celle d’adopter, de protéger, d’aimer même, s’ils le peuvent, les principes du nouvel Etat , précisément en raison de leur : amour pftûr l’ancien , dont le premier devcdr est le respect de la volonté royale. 1 ■ "

C’est celle de soutenir des systèmes qui ont -détruit eux et la patrie, et qu’ils jugent encore ■subversifs de la monarchie, et de consacrer la ruine des principes de l’ancien Etat par le plus sacré de ceux cju’ils y ont puisés.

C’est celle de voir ce qu’ils aiment entouré par ce qu’ils craignent , l’objet de leur contiauce assiégé par celui de leurs soupçons, et les lignes de l’ennemi placées, pour ainsi dire, entre eux et le fort qu’ils défendent.

Enfin cette position a cfela surtout de dangereux pour eux et de triomphant pourdehrs adversaires , qu’elle les réduit presqu’aü silence ou à la dissimulation ils peuvent à peine sortir du cercle qui captive leur franchise , sans tou-

cher à des limites augustes, à un domaine qu'ils révèrent , et la justification prenant forme d’offense, ils se trouvent coutraiuts de paraître coupables pour ne pas risquer de le devenir.

Mais si leur défense s’interdit la publicité, peut-être en descendant daus le fond de leur pensée, y trouverons nous l’apologie suivante:

« Nous n’examiuons fias si le chef de l'ancien Etat a respecté le nouveau par choix et conviction.

» Ou si sa prudence lui a fait une loi de ne pas marquer son retour par un mouvement politique.

» Ou si sa clémence ne s’est pas imposé de juger l’œuvre innocente , pour ne pas trouver les ouvriers coupables.

» Ou si , assiégé dès ses premiers pas par les hommes du nouvel État , accoutumés à n’être ni vaincus , ni coupables, mais vainqueurs, accrus de chute en chute et indifférents du maître, pourvu que le règne leur reste ; si, en^ touré d’eux seuls , tandis que la fidélité confiante attendait au loin-ses regards, il n’a pas reçu d’eux ses premières notions sur le vœu du peuple et la situation de l’État; si sa religion n’a pu y être surprise ; et si, dans sa magnanimité , il n’a pas immolé ses propres sentiments

à une opinion qui s’est exclusivement qualifiée publique. »

L’examen de ces questions devient superflu, puisque le nouvel Etat a été conservé, modifié et affermi sur les ruines de l’ancien. C’est un fait de la volonté royale. 11 efface les vices et exclut la discussion.

Nous? ne discutons donc ni le mérite qu’il renferme, ni les motifs qui l’ont conservé; nous ne nous portons point pour juges d’une sagesse couronnée ; nous convenons même que tout l’ancien État ne pouvait renaître aussi facilement que tout le nouveau pouvait tomber , et ^ que partout ou les bases de la monarchie sont reconnues , il est facile de transiger sur ses formes (i).

Mais nous nous demanderons si la volonté royale , en adoptant de nouvelles formes , a prétendu consacrer de nouveaux principes.

Non , et nons le disons avec orgueil » puisque nous le puisons dans ses propres paroles ;

(i) Biuke dit qnelque part: « Je ne parle pas des formes de la constitution (de l’assemblée nationale ) qui, telle quelle est mérite assez qu’on y trouve à redire , mais des matériaux qui la composent , pour la plus grande partie , ce qui est d’une conséquence dix mille fois plus grande que toutes les formes do, monde. »

il serait contradictoire, il serait même sacri^ lége, d’imaginer qu’un monarque pense régner et transmettre son trône sans extirper d’autour de lui les principes de l’anarchie et du despotisme.

Nous devons donc croire qu’un Roi , qui, par une modération inconnue aux siècles passés > semble économe de la liberté quand le peuple est prodigue delà puissance , s’il a appelé une délégation de ses sujets à discuter les lois de l’Etat ; s’il a obtenu du ciel cette juste mais immense faveur de n’y compter que des hommes dévoués jadis à son infortijne , et qui viennent aujourd’hui se dévouer à sa gloire, n’a pas jugé leur concours inutile pour rétablir les bases de son empire.

Telle est notre ferme et naturelle opinion Je jour où nous entrons dans la carrière qu’il nous ouvre. Nous croyons y avoir pour but l’affermissement de la monarchie, ej pour , soutiens le vœu du monarque et nos propres forces. Ces deux mobiles vont triompher de tous les obstacles.

Cependant nous découvrons bientôt des raisons de craindre que notre espoir n’ait été présomptueux; car, taudis que nous attendons qu’on dirige nos efforts dans un système de

lois régénératrices , le temps passe et notre zèle se consume dans les transactions communes d’un Etat paisible et régulier.

Alors notre certitude diminue de jour en jour, un silence absolu d’une part, une attente inutile de l’autre, dissipent nos illusions, et nous sommes enfin forcés de reconnaître qu’uu esprit différent du nôtre siège dans le ministère. Cette lumière nous frappe, non pas seulement dans telle proposition ou dans l’absence de telle autre , mais dans les paroles , dans les phrases, dans le ton, dans tout ce qui énonce l’opinion , dans le poids et l'interprétation publics qu’on donne à nos discours privés, enfin dans tout l’atmosphère qui nous entoure.

La division existe, nous ne pouvons le nier.

D’une part, le vide d’institutions et de principes que nous a fait la révolution est donné pour un édifice qu’il suffit de perfectionner et d’embellir : c’est le château ü’Allant; les yeux enchantés le voyent. De l’autre, les ouvriers n’aperçoivent qu'une table raze et demandent des pierres pour bâtir; ils demandent moins , ils demandent qu’on leur en promette, qu’on reconnaisse au moins qu’elles n’existent pas, qu’on fasse ses plans, qu’on arrête ses devis; l’espoir fera crédit pour le reste.

Rien de tout cela n'est obtenu, et nul accord enfin n’est jugé possible entre une majorité nombreuse et le ministère. Qu’en résulte-t il ?... que le ministère subsiste, et que nous nous trouvons dans cette position inconnue dans les fastes des gouvernements représentatifs, d’avoir à parler à la fois comme chambre, comme exprimant le vœu du pays, comme majorité et pourtant comme opposition.

Dans une situation si étrange, que d’entraves n’avons-nous pas & prévoir !

Au premier mot que nous dirons des vieux principes, nous nous trouverons peut-être arrêtés , repoussés par des monopoleurs qui n’admettent de royalisme qu’à leur taux.

]Xous nous verrons ironiquertient régentés ou pédanteSquement catéchisés par de jeunes hommes tout frais échappés de ce nouvel État où tout était jeune, hommes , projets et principes; vaincus heureux, qui ont enjambé de la défaite au triomphe ; phalange aguerrie à l’intrigue, qui , du haut de son'suc-cès, regardera avec une pitié superbe la risible iunocence des hommes sincères et religieux, disciples de la conscience et du bon sens , et tous neufs encore à la tactique des assemblées.

Si un mot trop dur, une vérité trop nue se

montrent à la tribune , sur les bancs , dans des salons» on en fera l’acte et l’opinion de la chambre»

Si le respect que commande le frontispice de la loi , en nous détournant de la rejeter» nous, suggère l'idée conciliante d’amender» on refusera de voir l’obéissance d’admettre * pour pe considérer que l’andace de modifier*

On redoublera l’embarras de notre situation en nous proposant , au nom d’intérêts matériels, viagers ou même annuels, mais qui frappent tous les regards, des mesures qui leur immoleraient des intérêts moraux et impérissables, mais qui échappent au vulgaire ; nous balançant aiusi entre la crainte de perdre notre popularité, si ‘nous n’accordons pas la préférence à l’intérêt humain , ou de fbrfaire notre houneur et le but de notre mission , si nous consacrons ,1a ruine de ce que nous venons rétablir.

On se proclamera sans doute d’accord avec «ou£ sur toutes les théories, pourvu qu’elles soient reléguées à l’indéfini. On conviendra qu’un empire subsiste par tels principes, pourvu que ces principes soient toujours avoués , jamais employés. On enverra aux petites-maisons quiconque parlera de pratique; n’ad-

mettant jamais qae , là où il s'agit de bien à faire, on peut temporiser; mais que là où il s’agit de mal à détruire , il faut prendre la cognée , parce qu’il gagne plus de force par la durée qu’on ne peut en acquérir par l’attente. ,

Enfin , on ira pent-être jusqu’à calomnier notre but. Des hommes qui ont demandé et obtenu toutes les places, à travers tous les régimes, aux dépens de tous le6 serments, tandis qu’ils ignoraient notre fidélité absente , des hommes tout ambitieux quoique satisfaits, lassati nedum satiati , diront du milieu de leurs.. titres et de leurs emplois que dous voulons des titres et des emplois. Il ne leur .manquerait que des preuves à donner. En effet, si e^us voulions les gagner par souplesse , n’eut - il pas suffi de vendre nos cousciences? Si nous voulions les emporter par force, n’eut-il pas suffi d’user sans ménagement des droits de la majorité ? Mais non; pour la première fois peut-être dans une représentation la conscience aura paru d’un trop haut prix pour être marchandée, et l’intérêt personnel d’un trop vil pour servir de base à uu traité. Nous avons, il nous est permis de le dire à Dieu comme aux hommes , pous avons quitté nos terres et nos familles.

rompu une économie forcée par une révolution qui n'a rieu laissé d’entier que notre honneur ; nous nous sommes pressés dans les érections; nous sommes venus, et nous ne l’avons fait que par le sentiment d’un vrai patriotisme ; nous ne l’avons fait que par un dévouement religieux pour notre Roi dont nous voulons raffermir le trône , pour la monarchie dont nous voulons réhabiliter les principes, pour le peuple enfin dont nous voulons fonder la religion, la morale et la paix.

Ainsi, pour terminer une réponse péremptoire à nos accusateurs, nous dirons :

Que les foi mes du nouvel État ont été admises et, ses principes exclus, parce qu’on ne peut refaire une fondation ancienne sans exclure les bases modernes.

Qu’une monarchie peut se soutenir et même prospérer sans le secours des hommes nouveaux , qui, s’ils s’entendent ( ce qui n’est pas prouvé) à conduire les formes du nouvel État* sont par instinct inhabiles ou hostiles à l’égard des principes de l’ancien.

Que le nouvel Etat modifié est la volonté royale, et que nous le révérons et le défendrons comme tel ; mais que ses principes sont le

contraire de la volonté royale, et que comme tels nous les repoussons et les combattrons.

Enfin, et par conséquent, qu’une chambre peut être opposée aux artisans du nouvel Etat; qu’elle peut attaquer et leurs principes et euxmêmes, et ne s’en montrer que plus ardemment dévouée à l’autorité royale.

C’est ainsi que dans la situation donnée se Justifieront les hommes de l’ancien Etat (puisqu’une majorité est ici réduite à se justifier), et peut-être nos lecteurs leur reprocheront-ils d’être fidèles à leur vieille nature , en ayant longuement et pesamment raison.

* Mais ils l’auront en vain ; les faits, les superficies et les enseignes parlent : il ne s’agit pas des coeurs, mais des fronts. Les hommes nouveaux prendront en main la bannière ancienne et se feront titrer royalistes sur la foi de leur quatrième serment. Les hommes anciens marcheront sous les drapeaux de l’opposition , et seront jugés factieux contre la foi de leur vie entière. Hélas ! il faut tout dire; des gens de bien , des hommes sincères s’y tromperont eux- mêmes; ils ne pénétreront point dans ces distinctions subtiles , et, soumis sans réflexion,

ils traiteront notre dévouement dp révolte. Il

faut dire encore plus; des esprits sages, mais timorés, des hommes alliés de la plus sainte cause s’alarmeront sur ses résultats. « Qui sait, diront- ils, si le désir d’abattre une puissance nuisible à la monarchie ne peut pas entraîner jusqu’à nuire à la monarchie meme , et faire endommager l’arbre pour déraciner le lierre qui l’entortille? Qui sait jusqu’où , éclairée aujourd’hui, trompée demain, peut conduire cette témérité d’expliquer le coeur des rois? Qui sait si la généreuse hardiesse des fidèles actuels , ne peut pas mettre un titre funeste aux mains des rebelles à venir, et si ce courage, des Voisin , des Sully, de résister au monarque, par attachement pour lui-même % ne peut pas devenir , pour d’autres , le droit insolent de lui résister contre le bien public ? »

11 faut eu convenir, ces raisonnements sout spécieux , et le meilleur esprit peut se perdre dans le labyrinthe de politique et de morale

où vous engage une aussi fausse route 11

peut s’y perdre; mais un moment de réflexiou lui fait retrouver son fil, et il s’aperçoit 'bientôt que ces conséquences , possibles dans des données communes, disparaissent dans une représentation dont l’unique but est d’ac.croilre la puissance royale; qu’étant en cela dans une

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( «'Si )

route directement opposée à celle de la représentation ordinaire, on ne peut aussi la juger par les règles générales ; que le succès de ses efforts devant être d’amoindrir sa propre puissance, elle détruit par le triomphe même l’abus du triomphe; et qu’enfin cet abus, cet envahissement de droits ne pourrait être à craindre que si la représentation était vaincue, puisqu’alors la monarchie, privée des bases qu’on aspire à lui donner, perdrait une force qui profiterait tôt ou tard au peuple et à ses représentants. Il est bizarre que dans une lutte où la représentation ne combat que pour donner, on s’alarme des usurpations qu’elle peut faire, au lieu de s’alarmer des armes qu'elle donne contre elle-même et des concessions nuisibles au peuple qui peuvent en résulter(i).

Parlons enfin avec une pleine franchise , dut-elle même être sévère ; jugeons la masse; laissons l’intérêt personnel faire ses exceptions et la voix publique les évaluer. Qui donc a conféré à ces hommes nouveaux l’amour de la vieille monarchie?

(i)Tout ce chapitre, écrit en février 1816 , eût Jû être imprime' alors. Il développait des aperçus qui eussent eu au moins h mérite de la nouveauté.

Où sont leurs épreuves et quels gages lui ont-ils donné dans un temps où l'infidélité publique exige des cautions particulières?

Donneraient-ils, nous le demandons à leur intime pensée, donneraient-ils leur fortune et leur vie pour le monarque?

Si une nouvelle l’évolution livrait le trône à de nouvelles mains, les verrait-on tous résigner leurs places et mourir ou vivre une génération dans l’exil pour lui garder leur foi?

Et, sansadmettredessuppositionssi extrêmes, seraient-ils ministériels s’ils perdaient leurs emplois? Croiraient-ils au ministère sans majorité, s’ils avaient la majorité avec le ministère, et bien plus, s’ils avaient la majorité sans le ministère ? Les hommes nouveaux doivent aimer les choses nouvelles. Elles sont la garantie de leur puissance -, peu importe alors qu’elles le soient ou non de la puissance de l’État. La révolution tient lieu de tout ce qu’elle a détruit. Il faut qu’elle règne et prospère. Quelle serait leur pensée si l’avenir leur laissait soupçonner des bornes à sa durée ? Laissons la démêler à leur conscience et ne nous enfonçons point dans ces profondeurs. ISous voyons , d’un autre côté , des hommes dont l’ame est sur le front, le coeur sur les lèvres.

fct toute la politique au grand jour. Us veulent , comme ils le disent, le nouvel ordre et les vieux principes; ils veuleat-enfin , non seulement le monarque, mais la monarchie, nou seulement le Roi, mais sa race (i).

(i)Ud Journal imprima dernièrement , pour l’instruction "de scs .1 bon nés , celte définition de la légitimité : a La légitimité est la continuation du pouvoir daus une même fa- » mille. » Un des lecteurs en conclut que quel que soit le prince du sang qui. succède à un roi régnant, ce prince est roi légitime. Nous redressâmes scs idées en lui disant : « La lé- » gitimité est le droit de succession au trône de mâle en mâle, » par ordre de primogéuiture. •> Nous ignorons si les idées Ses antres ont été redressées , et si ce journal qui, comme tout journal ; ne paraît, conformément à la loi, que sous t autorisation du Roi , a dû se croire autorisé à rectifier, d’ua trait de plume , les vieilles lois de la succession à la couronne. Q il;, nd on voit le» chartes antiques abandonnées aux commentaires des feuilles volantes, on est tenté de regretter que la charte nouvelle, en regardant ces grandes vérités comme axiomes, ait dédaigné de s’expliquer sur elles.

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