CHAPITRE m
Liberté du travail. — Controverses dont elle
est l'objet.
Ceux qui se prononcent contre cette liberté , comme ceux qui s*en déclarent les partisans , obéissent presque tous , j'en suis convaincu , à un même sentiment , le saint amour de leurs semblables ou de leurs frères. Pour se ranger à l'opinion des premiers, il faut s'exagérer singulièrement les inconvénients de la liberté; car elle en a , je ne le conteste pas. Mais quelles institutions , même les meilleures , en sont complètement exemptes? Pour repousser cette liberté , il faut, dis-je, s'en exagérer les inconvénients réels ; lui en attribuer de tout à fait imaginaires; n'avoir enfin aucune idée du mal produit par les maîtrises , jurandes et corporations, non au moyen âge, où elles eurent une si grande part à l'affaiblissement de la féodalité et à l'affranchissement des communes, mais avant 1789, et ignorer le bien immense qui
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est résulté de la Vbre concurraioe substitoée , dans l'industrie et le travail, au privilège de quelques-uns contre les droits de tous.
n en est d'ailleurs des avantages de cette li* berté conun^ de ceux des machines appliquées à l'industrie. Privé de ces nouveaux et puissants auxiliaires, aucun peujAe assurément ne pourrait lutter contre les autres peq[>les qui les ont adoptés. Aussi, malgré d'incontestables inconvénients , toiqours transitoires il est vrai » les machines, comme la concurrence , comme la liberté commerciale et industriçU^ , sont-elles pour les populations un immense bienfait. Toutefois , des réformateurs oon|eny)orains méconnaissant les services rendus à la fois par les machines et par h liberté du travail, et ceux qu'elles sont eijicore appelées 4 rendre à l'industrie , au cominerce , à la richesse publique , à la civilisation , les accusent de prci^que |ous 1^ maux qui affligent $iH}oufd*hui nos vieilles sociétés d'£urope. Us prétendent pouvoir remédier à ces maux, tout i coup et pour toujovurs, par la mise en pratique de leurs systèmes. Mais ils oublient deux choses : c'est que, avant de les appliqi^er» il faudrait d'abord leur rendre. faY^raUd
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ropinion publique; puis remanier, bouleverser complètement les habitudes et les institutions, refaire ce qu'on n'a jamais refait, ce que l'on ne refera jamais : le cœur, les passions et l'esprit humains , en opposition desquels on ne saurait jamais rien fonder de stable.
Pliant l'histoire à leurs théories, développant avec talent les faits qui leur sont favorables, tout en mutilant ou laissant dans l'ombre ceux qui leur sont contraires, ils affirment que le sort des classes ouvrières n*a jamais été aussi malheureux , aussi intolérable que maintenant. Perdant de vue la condition imparfaite de l'homme et sa destinée ici-bas , ils promettent de placer la société dans un état de choses parfait ; et, au milieu des misères inséparables, hélas! de l'humaine condition, de faire jouir à jamais chacun d'une félicité sans mélange.
Ils ont eniSn la singulière prétention de connaître la science de l'économie politique sans l'avoir étudiée , sans avoir observé les faits qui la constituent , et de vouloir à toute force appliquer leurs théories, sans tenir compte des résistances qu'elles doivent rencontrer, èide l'im-
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possibilité où elles sont de passer dans la pratique.
Ces théories, prônées au nom des plus nobles sentiments, Injustice et Isl fraternité j ne sont guère invoquées que par ceux qu'elles flattent ou qui en profiteraient : par l'ambitieux voulant exploiter la faveur populaire , et par le paresseux, l'homme sans énergie et de mauvaise conduite, qui trouverait à merveille de profiter du travail d'autrui et de vivre à ses dépens.. Ceux que dirigent de tels motifs ne rappellent-ils pas cette foule dégradée qui, aux plus mauvais jours de l'ancienne Rome , se tenait sur la place publique , toujours prête à exciter des troubles et des séditions; et qui n'étîiit pas plus le peuple que ne le sont , aux deux extrémités de l'échelle sociale , les castes privilégiées dans les pays où il en existe encore , ou biefa , dans les grandes villes , les habitants des maisons ouvertes au crime et à la débauche?
Les hommes qui demandent de bonne foi l'application de ces théories ne voient pas qu'elle ne peut avoir d'autre résultat que de tuer la confiance publique , d'anéantir ou au moins de
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faire retirer les capitaux , conséquemment de faire cesser tout crédit , tout commerce , tout travail, et d'appauvrir, de ruiner la nation. L'espèce d'essai qui vient d'en être fait , si l'on peut considérer comme tel celui des ateliers nationaux , l'a trop bien prouvé. Il a produit , non-seulement ces effets, mais encore, pour les classes qui ont besoin de gagner chaque jour un salaire, le chômage et ses conséquences, avec des idées fausses, des espérances illusoires, de tristes déceptions ; et , pour le pays , le soulèvement des passions, l'insurrection , l'horrible guerre civile ; enfin , quoique nous nous proclamions le peuple le plus civilisé du globe, un recul^véritable de la civilisation.
Qu'on ne s'attende pas que je m'occupe ici des théories auxquelles je fais allusion ; je ne sortirai pas du cadre que je me suis tracé. Ainsi, je ne dirai rien ni du droit au travail, ni de la limitation de sa durée, ni de la suppression du travail à la tâche et de l'abolition du marchandage, ni des ateliers nationaux, ni de l'égalité du salaire entre tous les travailleurs d'une même profession ou d'un même établissement industriel, ni de leur rétribution selon leurâ besoins,
IS BES ASSOCIATIONS OÙVBlÈaÈS.
et non selon leur travail ; ni dala création dans les villes ou bourgs de bazars, de banques cPé^ change où leurs produits seraient portés pour les vendre à prix fixe, ou bien même les troquer directement contre d'autres produits (1); ni de rémission par des banques nationales , afin de suppléer à la rareté de la monnaie métallique , ou même de s'en passer entièrement, de nouveaux papiers-monnaie et de titres hypothécaires ayant cours forcé ; ni de la proposition de décréter le bon marché (2), ni de la réglementation de l'industrie par l'État, qui deviendrait le régulateur de la production ; ni d'autres projets non moins chimériques et non moins funestes aux classes ouvrières.
Mais comme on insiste plus particulièrement sur les associations d'ouvriers, auxquelles l'État fournirait les ateliers , les matières premières ,
(t) Cette mesure permettrait, affirme-t-on, de supprimer un grand nombre d'agents inutiles, c'est-à-dire de marchands , et ferait bénéficier les $euls producteurs , c'est-à-dire les ouYriers, des profits de ces intermé^ diaires parasites, augmenterait la circulation des capitaux , et amènerait ainsi la baisse du taux de l'intérêt.
(2) £n réduisant de 25 p. 100 toutes les valeurs, tous les salaires , tous les revenus , tous les prix t
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les capitmiit , ^ifin totis les itiâtruméniâ 30 travail, et donnerait sa clientèle , nous allons les examiner*
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