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CHAPITRE VI

Associations ouvrières, formées depuis la révolution de 1848.

Qui ne sait qu'elles se sont singulièrement multipliées ? On le conçoit : on ne les avait jamais tant vantées. Les ouvriers crurent , sur parole, qu'ils n'avaient qu'à s'associer entre eux pour se soustraire au pouvoir des entrepreneurs d'ouvrage, les rendre inutiles, s'en partager les profits, et améliorer ainsi leur propre sort. On leur disait qu'il n'y avait de salut pour eux que dans l'association , et ils ont voulu en faire leur levier d'Archimède; sans s'apercevoir .que ce levier manque de point d'appui^ du moins conome ils prétendaient l'employer.

Je né suis pas de ceux qui nient, d'une manière absolue, l'utilité de l'association des travailleurs pour eux-mêmes, et par conséquent pour la société : ce que je nie , c'est que l'as-

f 8 MS ÀUQCUWiOHB OSTBlàM*.

sociaiion, telle que tant de gens veulent la mettre en pratique, soit utile, ou puisse Tétre. On a beau affirmer que la misère des ouvriers serait facilement prévenue, s'ils se réunissaient pour fabriquer et vendre les produits de leurs fabriques ou entreprises communes ; qu'ils pourraient soutenir d'autant mieux la concurrence des riches fabricants ou capitalistes , que, sans sortir des habitudes de sônples travailleurs , dont ib toucheraient le salaire , ib recevraient , en outre, leur quote part des bénéfices du fabricant ou patron ; que de cette manière il n'y aurait plus ni maîtres , ni salariés , ni chefs, ni subordonnés, mais des associés, d^ eointéressés, des frères de travail que l'indig^3ce n'atteindrait jamais , et qu'en se généralisant, ces associations généraliseraient le bieor être. On a beau , dis-je , répéter ces magnifiques promesses ; les bouHnes qui les font devraient bien, avant tout , déterminer les conditions sans lesquelles il n'y a , pour les associations ouvrières , ni succès ni durée. Là , uniquement là , est le point d'appui du levier de l'association* Or , cda n'axas encore été &it : on n'a, à cet égard , que des hypothèses , des assertions , que

DBS ASSOCtATtOKS OTTVBIBKSS. 59

le moindre examen rédait à néant; mais des preuves , aucune. Et , jusqu'à ce qn*on en ait , l'utilité des associations , je veux dire de ceUes que l'on a tant prônées et pour lesquelles on se passionne si vivement» reste fort problématique.

De tout ce qui précède, il ne faudrait pourtant pas conclure (je l'ai déjà fait assez entendre) y que tout est Men avec l'organisation actuelle du travail. Je dis à dessein l'organisation du travail , à cause de ceux qui nient qu'3 en existe une ; car, dans toute société, le travail est nécessairement organisé, par la seule force des choses, comme l'état de cette société le comporte ; ici d'une manière , là d'une autre.

Mais si tout n'est point parfait chez nous sous ce rapport, néanmoins la condition des masses y est infiniment meilleure, depuis notre révolution de 1789 (l), qu'elle ne l'était aupara-

(i) Les classes ouyrières doivent Téritablement leur éroaDcipatioD à la révolution de 1789. Mais, comme quelque mal se trouve toujours à côté du bien, les résultats principaux de rimpulsiou qn*en a reçue l'industrie sont SQ^ tout l'introduction, danscelIcKii, de nouvelles roacbines non moins coûteuses que paissantes » et la tendance des

60 DBS ASSOCUTIOirS OUYBIBBBS.

vant, et surtout qu'elle ne le serait par les changements que proposent les réformateurs actuels, c'est-à-dire par l'organisation du travail telle qu'ils la veulent. Ce que demandent ceuxci, c'est, pour les principales industries urbaines et manufacturières , l'association des ouvriers commanditée aux frais de l'État ^ ou même le droit au travail avec un salaire su ffisant , qui serait toujours garanti aux ouvriers , n'importe la position de la société^ qu'elle puisse ou ne puisse pas donner du travail.

Personne n'ignore qu'une promesse aussi radicalement inexécutable a inauguré l'avènement de la République ; mais que l'Assemblée nationale, beaucoup plus sage que le Gouvernement

capitaux ^ principalement des gros capitaux , à se réunir pour s'accrottre encore dans des associations demeurément riclies , contre lesquelles les petits capitalistes , les capitalistes isolés (ne pouvant se procurer ces machines), ne sauraient lutter, obligés qu'ils sont de supporter des frais généraux proportionnellement plus élevés que s'Us les possédaient, et de faire leurs achats de matières premières moins en gros , par conséquent à de moins bonnes conditions ; en un mot , de fabriquer plus chèrement. Ces deux faits si importants me semblent avoir été admirablement exposés par M. Rossi.

BÏS ASSOCIATIONS OUYBIÀRBS. 61

provisoire , n'a pas ratifié cette promesse. Toutefois , voulant améliorer la condition de l'ouvrier dans la mesure du possible , ou tenter au moins une expârience , et donner satisfaction à une opinion fortement prononcée, l'Assemblée a voté ( le 5 juillet dernier] une somme de trois millions, non pour prêter des fonds à titre de secours aux industries en souffrance, mais pour fonder et encourager les associations de travailleurs, soit entre eux seuls, soit entre eux et les patrons. Elle a encore ordonné »

par le même décret, la création d'nn conseil, chargé de distribuer ces trois millions aux s(h eiétés libres et volontaires d'ouvriers constitués de manière à placer leurs membres dans une position supérieure à celle de simples salariés.

Ce conseil a sagement décidé de n'accorder le concours de l'État qu'aux associations industrielles entre ouvriers seuls ou entre ouvriers et patrons qui, présentant des garanties sérieuses de succès et de durée, auraient pour objet l'exploitation d'une profession ou d'une entreprise déterminée.

On pense bien que les demandes de sociétés qui se trouvent ou prétendent être dans ces

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conditions, ont été nombreuses; qu'il s*esl formé des sociétés nouvelles entre les maitreâ et les salariés de plusieurs établissements arrêtés dans leurs travaux par la crise actuelle, afin d'obtenir le prêt d'une fraction des trois millions votés; et que beaucoup d'hommes qui ne croyaient pas à l'utilité, même à la possibilité de l'association ouvrière, réclament aujourd'hui une part de l'allocation (1). *

On comprend , au surplus , que cet appui de l'État rende les associations d'ouvriers faciles pour une partie d'entre eux, et leur donne

(1) Ce serait à ce point» si je doi» ea croire certaines confidences, que des maîtres de manufactures ont essayé d'-ai détonrner une parUe à leor profit exclusif, en présentant, à 4'appui de leurs demandes, des statuts où figurent comme ouvriers de leur industrie , avec quelques contre-mattres qui, souvent même, étaient déjà leurs cointéressés , des hommes qui n'avaient signé que par complaisance. Mais il est juste d'^youter que la commission chargée d'examiner les demandes , ne les admet qu'après avoir pris ses renseignements avec beaucoup de soin et de sévérité. Deux' chiffres le prouveront : ie nombre des demandes adressées au ministre du commerce jusqu'au H janvier était de cinq cent onze, et le 12 décembre la commission n'avait encore accordé le secours de l'État qu'à trente«deux associations.

respér^mcs, souvent même le moyen , de s'âe* ver au-dessus du rang de simples salariés.

On comprend encore que les associations ouvrières si nombreuses qu'a fait naître tout à coup la révolution de février , quand les pavés de ses barricades n'étaient pas encore tous replacés, ont dû se ressaitir des désordres de l'époque , et qu'elles ont existé de fait pendant quelque temps, sans se constituer régulièrement et définitivement. Aussi , se sont-dles anéanties ou réformées pour la plupart.

Parmi les associations dont les journaux du temps ont le plus parlé (car c'est toujours la presse ou la notoriété qui me détermine dans le choix des exemples), je citerai les deux suivantes :

La première est l'association formée , dès le commencement du mois de mars, entre les ouvriers employés dans les ateliers de mécanique de MM. Ch. D^rosne et Gail (quaide Billy , n" 38 ). Elle prenait à f entreprise ^ pour un prix convenu d'avance, les parties de travaux que lui conunandaient ces deux fabricants ; puis elle distribuait les tâclies et partageait le total des salaires comme il lui convenait , sans que MM. Cail et Derosne , dans les ateliers et

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avec l'outillage , la houille et la fonte ou le fer desquels les travaux s'exécutaient» pussent s'en mêler en quoi que ce fût. Mais , immédiatement après les journées de juin , ces ouvriers , qui n'avaient pas réalisé les gains qu'ils s'étaient promis d'abord , sont revenus d'eux-mêmes aux anciens usages de l'établissement ; et aujourd'hui , assure-t-on , ils ne voudraient pas recommencer.

La seconde est l'association des tailleurs , établie rue de Clichy , dans l'ancienne prison pour dettes. Celle-ci existe encore à peu près comme M. Louis Blanc l'avait organisée ; et , de toutes celles créées à la même époque, et par conséquent d'après les mêmes principes , c'est presque la seule que je sache avoir duré jusqu'ici sans bien grandes modiûcations dans sa constitution primitive. Fidèle à son origine et à son titre d'Association fraternelle et égalitaire, elle affirme qu'elle répartit également les bénéfices et les pertes entre tous les associés. La durée du travail est de dix heures par jour ; et le salaire, qui est le même pour tous, s'y paye à la journée. Seulement, les directeurs, les em-

wmmm^

DBS ASSOCIATIONS OUVBIEBES.' 65

ployés principaux et certains agents ont droit (l ), en SUS du salaire commun, à une indemnité, qu'ils touchent réellement , pour raison des dépenses que nécessitent leurs fonctions (2).

Cette association , qui avait toute la prédilection du fondateur, se compose en grande partie d'hommes qui l'ont entendu aux conférences du Luxembourg : on conçoit donc qu'elle doive apporter plus que* d'autres du zèle à mettre ses théories en pratique. Mais il est bon de faire

(1) Voir l'article 38 de Tacte de société.

(2) C'est ainsi que j'ai vu ceux qui représentent l'association à l'extérieur, et dans ses rapports avec la clientèle, avoir une mise aussi propre et aussi recherchée que celle de la plupart des maîtres tailleurs de Paris.

Cette association, qui, dans le principe, comptait, assuret-on, jusqu'à quinze cents ouvriers employés dans ses ateliers, et fournissait en même temps dli travail à plus de deux mille familles du dehors ( voir la page 4 de l'acte de société imprimé), a été réduite depuis , m'a-t-on dit dans ses bureaux, à n'occuper que quarante ouvriers seulement, et en aurait présentement (décembre 1848) près de quatre cents. Quoi qu'il en soit, son acte de société, dressé les 9 et 10 août, mentionne un capital de 70,000 francs réalisé à cette époque (article 11), si on en croit la copie imprimée de cet acte.

66 DES ASSOCIATIONS OUYBIEBBS.

observer que les indemnités accordées à plusieurs de ses membres venant infirmer en fait^ tout en sauvegardant les apparences y l'égalité du salaire , lui ont permis de conserver les hommes qui lui sont le plus nécessaires , et sans lesquels rétablissement n'aurait sans doute pu se soutenir.

Quant aux associations ouvrières formées depuis les journées de juin ; elles sont de plusieurs sortes.

Les unes ne sont autres que les associations plus ou moins modifiées qui existaient auparavant ; les autres sont nouvelles. Les unes, voulant participer à l'avantage promis par le décret du 5 juillet, se sont adressées au ministre du commerce , et lui ont soumis , comme il l'exigeait, leurs statuts. Les autres ne lui ont rien demandé ni rien soumis, mais ont profité des modèles de statuts émis par l'administration.

Les statuts des sociétés qui sollicitent une part dans les trois millions sont évidemment , à Texception de certains détails, les copies d'un modèle rédigé ou adopté par la commission

MMI^M^

D£S ÂS80ÇUTI0NS OUYAlàUS. 67

chargée de distribuer cette somme (l). Bt ce modèle t évidemment emprunté lui-même en grande partie au cahier d'avril 1848 du journal V Atelier^ était déjà, à peu de chose près, le contrat d'association des lûjoutiers, dont j'ai parlé plus haut* Les articles en sont pour la plupart fort sages ; mais il est peut-être à regretter, sous le rapport moral, qu'un gérant qui se retire reste libre de s'établir dans la même industrie , et qu'il ait ainsi un grand intérêt pécuniaire à s'emparer de la chalaadise. Ce doit être là, bien certainement, une cause de nikie et de courte durée pour les associations qui am* raient d'ailleurs le plus d'avenir (2).

(1) Tous ces statuts sont divisés en six titres, rangés dans le même ordre.

Le premier détervûDe la forme , le 8ié|e et la durée de la société.

Le second parle du fonds social et de la manière de le former.

Le troisiène eat relatif à Tadministratien.

Les inventaires et la répartition des bénéfices font le sujet du quatrième.

Le ctnquièuie oonceme les admiasioM, retrtHcB et tidosions des membres.

Et le sixième, la fin de la société , sa reconetitiition et les modifications aux statuts.

(2) C'est ce(^*ont très-bien senti nosbijoatien, dont

68 DES ASSOCIATIONS OUYAIERES.

Du reste , tous les statuts soumis au ministre du commerce, ou qu'on devait lui soumettre, et qui ont passé sous mes yeux , sont ceux :

1® D'associations entre ouvriers seulement ;

2^ D'associations entre patron et ouvriers, le premier n'apportant à l'entreprise que son intelligence et son travail , sans capital d'aucune sorte;

3^ £t d'association entre patron et ouvriers , le premier apportant , outre son intelligence et son travail , un fonds social composé de valeurs industrielles qui consistent en ateliers , métiers , machines , etc.

Aujourd'hui, 8 janvier, il n'y avait encore qu'un seul de ces contrats qui mentionnât l'apport, réellement effectué, d'une somme en argent ou en billets de banque (l).

Mais il ne faudrait pas tirer de ce fait^ re-

les statuts conUennent un article destiné à prévenir un tel abus.

(1) C'est celui d'une association entre patrons et ouvriers pour la fabrication de cbàles : les premiers lui ont fourni 60,000 francs. Il est vrai que de son côté l'administration avait accordé une somme beaucoup plus forte. Ces renseignements m'ont été donnés au ministère de Fagricultore et du commerce.

DES ASSOCIATIONS OUVRIÈBES. 69

lativement à la réussite probable des associations ouvrières, une conséquence aussi fâcheuse que dans les temps ordinaires.

La pensée générale qui ressort de tous ces contrats , c'est qu'ils ont été rédigés dans le but d'organiser de véritables assurances contre la misère. Voici, au surplus, les observations que leur examen m'a suggérées ; elles ne sont pas, je crois, sans intérêt, car elles en feront connaître l'esprit et les tendances.

Il suffit de comparer entre eux les statuts d'un certain nombre de ces réunions industrielles , qui s'adjoignent des ouvriers , non plus à titre de simples salariés , mais à titre de membres intéressés ou de sociétaires , pour établir entre ces associations deux grandes catégories , sous lesquelles toutes viennent se ranger.

La première catégorie comprend les associations dans lesquelles l'ouvrier forme avec un patron ou une compagnie quelconque responsable, qui apporte ou n'apporte pas de fonds, une société dans laquelle lui , manouvrier, joue avec son travail le rôle de commanditaire ayant part seulement aux bénéfices , mais ne pouvant être poursuivi en cag de faillite, et, à ce titre,

70 D£8 ASSOCIATIONS OUVBIEJIES.

restant toujours étranger à la gestion des afiEsûres. Sa part dans les bénéfices , le degré de surveillance (fx'û peut exercer , ses droits » en un mot y sont précisés par les statuts ; mais ils ne nuisent pas aux droits des chefs qui conseryent l'administration , ni à la hiérarcliie de Fatelier, puisque l'exclusion pour cause valable de l'un des travailleurs peut toujours être prononcée par le chef de l'entreprise.

Les récompenses, sous le régime des primes, sont facultatives, et dépendent de la libre estimation et du libre consentement du patron.

Bans l'association (où il n'y a point de primes) , les récompenses sont fixées d'avance et (d)ligatoires; et sous ce rapport, quand elle réalise des bénéfices , la position de l'ouvrier est mdlleure. Mais si, comme il est à craindre» le patron , voulant retrouver la portion de gain qu'il doit abandonner , abaisse un peu le taux des salaires » où sera , en définitive, l'avantage pour l'ouvrier? Par les habitudes d'ordre et d'épargne qu'il fait contracter , un salaire toujours à peu près le même est bien préférable pour lui à un salaire ordinairement plus fort, mais avec des alternatives de hausse et de baisse. Ce n'est pas

DES ASSOCIATIONS OUTBIEBBS. 71

tout : la part laissée aux gérants ou directeurs pour les indemniser des soins de gestion et des pertes que seuls ils supportent, doit être telle, nécessairement , que , même dans les meilleurs temps , la part des ouvriers ne s'en trouve que médiocrement accrue. Faisons observer aussi que la sévérité des règlements permettant d'exclure les mauvais ouvriers , les avantages de l'association sont surtout pour les hommes d'ordre et d'intelligence, qui prospéreraient à peu près autant ailleurs.

Bien plus. Un fabricant habile qui offrirait aux bons travailleurs des conditions enregistrées , ayant force obligatoire et leur assurant plus de fixité dans le gain , les verrait probablement, à son grand profit, affluer dans son usine. S'il en était ainsi, un énorme avantage serait acquis à son établissement , qui aurait un autre mérite, celui d'une morale influence sur les nouveaux admis. Il est évident, en effet, que tout nouvel associé qui entrera dans un semblable noyau composé d'hommes de choix, y trouvera , pour persévérer dans ses bonnes habitudes et redresser ses défauts , une salutaire influence, que lui-même pourra exercer à son

72 DES ASSOGIilTIONS OUTl&BRKS.

tour sur tous ceux avec lesquels il sera en rapports fréquents*

La seconde catégorie comprend les associations composées exclusivement d'ouvriers soumis (un chef est partout nécessaire) à un gérant chargé de l'administration , mais à un gérant élu par eux et révocable. Ces sociétés excluent par conséquent tout maître ou patron.

Elles laissent au gérant assez de latitude pour diriger les affaires. Toutefois , ce n'est pas sans se prémunir contre ses actes arbitraires , soit par une révocation , soit par un appel devant le conseil des prud'hommes ; et, tout en lui confiant souvent le choix des employés , elles stipulent que ceux-ci ne recevront jamais un salaire double de celui de l'ouvrier le plus rétribué.

Mais il est des inconvénients particulièrement inhérents aux associations de cette espèce , et qui laissent beaucoup d'inquiétude sur leur avenir. Gomment 9 en effet, assurer l'existence de sociétés de commerce qui se constituent sans crédit ni capitaux, ni subvention, ni commandite solide un peu importante , et même sans qu'elles en puissent attendre? Telle est pourtant la position de presque toutes ^ je

DES ÂSSOCIÀTIOIfS OUYBIÂBKS* 73

pourrais dire de toutes les associations purement ouvrières. Car on ne saurait considérer comme fonds social suQisant les très-minimes sommes et les outils que chaque travailleur y apporte, quand il apporte quelque chose, ni les retenues qui doivent être faites sur son salaire, pour former à la longue ce même fonds. N'est-ce pas s'exposer, aux époques de crise, et même dans les temps prospères , soit par des manques de commandes , soit par des retards dans les rentrées, à ne pouvoir faire à leurs membres les payements de semaine ou de quinzaine? Supposons ce cas, un jour ou l'autre inévitable ; les ouvriers seront obligés, pour vivre, de se séparer, et de retourner chez les anciens patrons (si leur place n'est pas prise). Et, une fois dissoutes, ces sociétés ne se reformeront plus.

Ce n'est pas tout. La révocabilité des gérants, qui sont d'ailleurs généralement élus pour un temps ticop court, peut aussi entraîner de grades chances de déconfiture ; surtout dans lés associations où beaucoup de membres, désireux de voir arriver chacun à son tour à l£^ surveillance et à la gérance , ou mieux peut-être d'y

74 ras AMMSIAUONS O^YBlilIlS.

arriver eux-mêmes , veulent qu'on renouvelle souvent les chefs , et jouent ainsi à Tadministration, selon l'expression d'un gérant qui me signalait cette cause de ruine.

Hais il est de généreuses et sages combinaisons, communes aux deux sortes d'association , et que je dois signaler.

Telles sont :

1^ L'obligation imposée aux sociétés dont les affaires exigent une augmerUaiion définitim dans le personnel des travailleurs , de ne pas prendre, pour compléter le nombre jugé suffisant f de simples salariés , mais de nonunef de nouveaux associés.

2^ L'obligation de choisir autant que possible les nouveaux membres parmi les ouvriers aoc>dentellement employés par l'association coomie auxiliaires salariés, toutefois après un temps d'essai ou d'apprentissage qui a mis à nmm d'apprécier leurs qualités.

' 3^ La sévérité de leurs statuts et de leurs règlements d'atelier^ qui permettent d'exclure les hommes sans conduite, ou convaincus d'actes contraires à leur honneur et à l'intérêt de la société.

DIS ASSOCIATIONS OUYBtEBES. 75

Je connais même à Paris wie association véritablement modèle (composée seulement de huit ouvriers fondeurs en cuivre et fer ) , dont l'etemple nous prouve combien ces travailleurs eux-mêmes, lorsque l'expérience leur a appris toutes les difficultés, tous les déboires, toutes les illusions des associations présentement à la mode , sentent que de pareilles sociétés ne sont réalisables qu'avec des hommes choisis. Au mois de mars dernier, ils avaient adopté le principe de l'égalité des salaires et des droits ; mais, au bout de six semaines, ne pouvant plus s'entendre ni se soutenir, ils ont renoncé à tous ces rêves pour transformer le gérant élu par eux en un véritable midtre, si l'on peut ainsi parler, dans le bureau duquel on ne doit pas entrer, auquel on doit une obéissance absolue, et qu'on ne doit pas même interroger ou interpeller ailleurs qu'aux séances du conseil d'administratiœi ou en assemblée générale. Et, avec ce maître qu'ils se sont volontairement donné, ils observent un règlement d'atelier rigoureux au delà de tous les autres, et où Von trouve un article prononçant l'exclusion immédiate de tout sodétwe (je copie) c que l'on saurait faire partie

76 DBS ASSOCIATIONS OUVBIBHES.

c d'une société qui aurait relation à la politique» c et aurait pour but de renverser le gouverne- < ment. » Enfin, le bon sens et la prévoyance du gérant et de ses camarades leur ont fait établir une caisse particulière, où chacun d'eux doit avoir 1 50 francs, sur lesquels il peut retirer jusqu'à 100 francs à l'entrée de l'hiver pour ses provisions , mais en les restituant après cette saison au moyen d'une retenue d'un franc par jour faite sur son salaire.

Telles sont encore, parmi les sages mesures qu'adoptent toutes ces sociétés :

4^ La fondation d'une caisse de réserve, destinée principalement à leurs besoins conmierciaux imprévus, et subsidiairement à l'accroiss^nent du matériel et du fonds de roulement.

5** La formation d'une caisse de secours mutuels pour les malades et les infirmes, que vient alimenter davantage le montant des amendes prononcées.

6<» Enfin celle d'une caisse dite de fonds de retenue indivisible , dont les sommes n'appartiennent plus aux sociétaires, ne peuvent jamais être partagées entre eux , et doivent, à l'expiration de la société, permettre à une société

DBS ASSOCIATIONS OUYBIÈBES. 77

nouvelle de continuer la première, ou bien être employées, par les soins de Fadministration départementale, à des œuvres de bienfaisance dans rintérêt des classes ouvrières, du moins autant que possible.

Ces caisses , et souvent le capital roulant y sont nourris par les retenues imposées dans certaines proportions au salaire des associés.

Dans la majeure partie des associations ^ les salaires , on le conçoit, sont inégaux , en raison du travail ou des services rendus. Ils sont fixés, soit à la journée, soit aux pièces , conformément aux usages et tarifs de la profession.

Il existe en outre , entre les membres des diverses associations ouvrières de Paris, un lien de sympathique et louable confraternité qui les porte à s'aider ûiutuellement, et fait qu'ils achètent les uns aux autres , et se vendent moins cher qu'au public, les objets de leur fabrication ou de leur industrie. Non-seulement les associations se donnent réciproquement leur pratique , mais encore elles ont celle de beaucoup d'ouvriers qui ne font partie d'aucune.

Cest ainsi que de pauvres blanchisseuses dans la plus grande détresse, parce qu'elles étaient

7S BSS ASfiOCUTIOKS OUylaiEBlft.

abaokiment sans oinrrage depuis pkirieat*3 mm, en ont trouvé tout i eoup eA s*assodant y %t bien plus qu'elles n'en peuvent faire (1).

Certes, les associations ouvrières doivent puiser quelque force dans cette mutualité de bons services. Mais il ne faut pas se faire illusion : cette aide n'est pas acquise à toutes. Des blanchisseuses , des couturières , des eordonniers, des tailleurs, peuvent presque compter sur la pratique de leurs camarades et des ouvriers qui les connaissent ; mais en quoi cette bonne volonté de se soutenir les uns les autres pourra-t-etle profiter aux associations de carrossiers , de fabricants de machines, et surtout d'objets de luxe , puisque les ouvriers ne s'en servent pas , n'en consomment pas?

Je n'ai encore fait connaître des associations ouvrières formées depuis les journées de juin ,

(1) Ces mots, Association fraternelle de blanchis-^ seuseSf écrits sur la maison qu'elles occupent, ont ea cette singolière verto. Cette association n'appartient pas à la classe de celles dont il s'agit ici , mais à la classe de celles que je Tais faire connaître à l'instant. La réciprocité de services qu'elles Se rendent est à peu près la même pour tontes.

l>m À8M€U1iÛllft OffTliiBIS. 7t

qiie cifiUes dent l(3s ififiSaièi^ » a»ûs de Tordre et honorables autant qu'utiles, n'ont d'autre bul qna d'amélîoFer leur conditkm par le travail. Mais U ea esl d'autres dont beauoeup de membres , qui fréquentât les clubs de cette eapit^e, ont assisté aox conférences du Luxembourg , fait partie des ateliers nationaux, et en ont encore les mauvaises et 4urbulentes tendances.

Enfiii , ces sociétés , dans lesquelles on ne s*adresse la pavole qu'en s'appelant eitoyen , semblant organisées, pour la plupart^ autant en avHiée politique qu'en armée mdustridile de véritiriiles et bons travailleurs.

SHes s'intitulent Aêsociaiions fràiemellêÊ; dénomination qu'elles écrivent ordinail<ement, et en grosses lettres^ à la porte des maisons qu'elles occupent 9 en y aputant le nom de la profusion qu^eUes exploitent. C'est à la fois un drapeau indiquant le parti auqud appartiennent un grand, nombre de leurs membres, et une enseigne qui leur procure immédiatement, comme je viens de le dire, la pratique des autres associations ouvrières.

Voilà pourquoi nous voyons aujourd'hui, dans Paris , toutes ces annonces :

80 DES ASSOCIATIONS OUTBlàliES.

Ici , d'une association fraternelle de cuisiniers ;

Là, d'une association fraternelle et générale des ouvriers cordonniers et bottiers ;

Ailleurs, d'une association fraternelle et égalitaire des tailleurs^ ou bien d'une association fraternelle des ouvrières lingères et couturières ^ etc., etc., etc.'^

Et , presque dans chaque quartier, d'une association fraternelle des ouvriers coiffeurs.

Voulant savoir à quoi m'en tenir relativement à ces sociétés, j'ai dû en visiter plusieurs, et, en outre, prendre sur elles des informations auprès de beaucoup de personnes , surtout auprès des gérants ou autres qui en font partie, et plus particulièrement encore auprès d'un homme qui m'avait été indiqué comme un de leurs plus zélés propagateurs et conmie les connaissant le mieux. Celui-ci, le seul presque à qui j'aie cru pouvoir confier mes doutes, car je n'avais pas alors d'opinion arrêtée sur tous les points du sujet , m'a paru, comme beaucoup d'autres qui n'avaient pas ses lumières , plein de ca$ur et de conviction. J'aime à lui rendrq

DBS ASSOCIATIONS OUYBIEBBS. 81

cet hommage , quoique je sois loin de partager toujours sa manière de voir.

Voici maintenant le résumé des renseignements que j'ai recueillis. Certes, je ne les croîs pas tous exacts ; mais on en peut accepter une partie comme ayant été vue par moi, et le reste comme exprimant Topinion de ceux de qui je les tiens.

Il y a peut-être aujourd'hui , dans Paris , plus de quarante de ces associations fraternelles qui sont organisées ou vont bientôt Fêtre. Chaque jour, pour ainsi parler, voit accroître leur nombre et celui des membres de chacune.

C'est une opinion générale , j'allais dire unanime parmi leurs membres, comme parmi ceux qui les dirigent et s'efforcent de les propager, qu'il y en aura peut-être cent au mois de mai prochain; que dix mille individus au moins en font partie présentement, sans compter les adhérents, qui, tout aussi nombreux, s'ils ne le sont davantage, y demandent leur admission, mais qu'on n'a pu encore recevoir , faute d'ateliers ou de travail suffisant. Entendez-les : leur nombre sera doublé d'ici à six mois, et

82 DES ASSOCIATIONS ODVXIEHËS.

dans deux ans ils seront plus de cent mille (1).

Si leur vœu se réalisait , ils ne tarderaient pas à former, par leurs fréquentes communications, par raccord de leurs sentiments , et par leur nombre considérable , une sorte de corporation oud*union à part, laquelle, recevant le mot d'ordre de ses chefs , pourrait se lever un jour comme un seul homme, et renverser d'un coup de main le gouvernement. Dans tous les cas , si ces sociétés deviennent plus fortes, ou si Fimprévu marche comme elles le désirent, eUes seront, pour tout pouvoir qui leur déplaira, une menace incessante et comme une épée de Damociès ; car elles se composent , en grande proportion, d'hommes aveuglément passionnés , énergiques , et tout prêts pour la révolte.

Heureusement , on doit regarder comme cer-

(1) rai va des assoeiations fraternelles qui n'avaient pas plus de huit à douze membres ; mais d'autres aussi ma disaient en ayoir quatre cents (celle des ouvriers boulangers), neuf cents (celle des ourriers chapeliers réuuis, sur les quatorze cents ou environ qui existent k Paris), et jusqu'à quinze cents (celle des ouvriers eordoimiers et bottiers , et celle des ouvriers coiffeurs). Il y a là bien certainement des exagérations, et même de grandes; mais les mêmes nombres m'ont été donnés ailleurs.

Dits ASSOCtAlICmS OCTHikBBS. S3

tain que, à l'époque de la reprise des affaires , beaucoup d'ouTriers qui, faute de travail , s'y associent aujourd'hui , s'en retireront pour retourner chez les maîtres, où ils auront une paye mieux assurée.

J*ai des raisons de croire que deux ou trois hommes, qui ont toute la confiance ~de ces sociétés, exercent sur elles la plus grande influence^ leur servent de Ben commun, en reçoivent tous les jours les gérants ou délégués , fournissent des modèles dé statuts aux associations qui se forment, et donnent à toutes des conseils avec une direction. Parmi eux, il en est qui s'emploient de leur mieux à créer, pour chacune des professions occupant le plus de bras, et dont on peut le moins se passer , une grande et unique association qui en comprendrait tous les ouvriers. Quant aux travailleurs peu nombreux de certains métiers , on les réunirait à ceux des métiers analogues; et c'est comme cela , m'a-t-il été affirmé , que les ouvriers corroyeurs, mégissiers et tanneurs de cette capitale doivent se constituer, bientôt en une assocktioQ fraterncHe, réunissant les trois prof es* sions«

84 BSS ABSOCIATIONS OUTBIÙSS.

Le salaire, dans ces sociétés^ prend le nom de rétribution. Plusieurs , qui avaient été établies d'abord sur le pied de son égalité parfaite, sont restées jusqu'à présent fidèles à ce principe. Je citerai celles des blanchisseuses, des ouvriers en arçontierie, des coifTeurs, et encore celle des cuisiniers, qui, dans les trois restaurants ouverts par eux pour les ouvriers, rétribue le modeste laveur de vaisselle comme lecuisinier-chef ou le gérant (l).

Mais l'égalité du salaire tombe chaque jour en défaveur dans l'esprit des ouvriers, et les sociétés qui se constituent maintenant la rejettent ; ou si elles paraissent l'accepter dans les modèles de contrats ou statuts qu'on leur fournit , elles suppriment l'article qui la concerne dans l'acte signé par leurs membres. Il est bon , en outre , de rappeler ici que l'association des tailleurs de la rue de Glichy, fondée sur le principe pur de

(1) c'était da moins ainsi il y a trois semaines, si je dois croire ce qui m'en a été dit séparément par des membres et les gérants de ces associations , et par d'autres qui ne leur appartiennent pas. Mais des renseignements plus récents infirment l'égalité de salaires dont il s'agit pour une partie des ouvriers coiffeurs.

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Tégalité du salaire, accorde avec raison à ses chefs et à quelques autres, en sus du salaire commun , des frais de représentation , lesquels, en laissant inscrite cette égalité dans les statuts , Tinfirment dans la pratique. Au surplus , les sociétés qui persisteront à maintenir l'égalité en question succomberont certainement les premières après la crise actuelle, parce que tous les bons ouvriers les quitteront pour retourner dans les ateliers privés, où leur salaire, étant en raison du travail, sera plus élevé.

Quant aux bénéfices , le partage doit en être fait, tantôt également entre tous les associés, , tantôt au prorata des salaires gagnés par eux.

Du reste, ces associations fraternelles se forment, à bien dire, sans capitaux; voici comment :

Après qu'un certain nombre d'ouvriers du même métier sont convenus de s'associer, ceux qui possèdent de petites épargnes les réunissent , et tous se privent de ce qui n'est pas absolument nécessaire à l'entretien de leur vie , Afin de grossir le foiids commun. Comme ils attendent tout le bien possible de leur associa-

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Uon f aucun sacrifice ne leur coûte pour accroître ce petit fonds.

lia louent d'abord un local, et e*est preisque toujours la plus forte de leurs premières dépenses , parce qu'ils doivent payer un ternie d'avance.

Gela fait, ils y placent leurs propres établis ou métiers, ou bien ils en louent; puis chacun y apporte ses outils à la main.

Quand les sociétaires sont trop nombreux pour ce local , ceux qui peuvent s'y ifistaller, c'est-à-dire ceux qm n'ont pas d'ouvrage cbez les fabricants ou enlrepreneors, en prennent possession.

Yoilà donc l'atelier commun ouvert y la fabrique en activité, ou k maison de commerce constituée.

Je l'ai déjà dit : cUe a immédiatement pour chalands les membres dee autres aessociatkms ouvrières, et surtout des associations fraternelles. Ceux-ci vont dîner, par exemple, dans les restaurants ouverts par l'association des cuisiniers, dont ils trouvent d'ailleurs les mets un peu meilleurs et un peumoinschers qxieceux des maisons où ils allaient auparavant ; ceux-là por-

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lent leur linge à blanchir à rassociation des blanchisseuses ; d'autres font raccommoder leurs «haussures par Fassociationdes cordonniers, ou bien lui en commandent de nouvelles ; les cordonniers eux-mêmes vont acheter à l'association des formiers les formes dont ils ont besoin , etc. Enfin, quand une association ouvre boutique , la menuiserie est faite et les vitres sont posées par des ouvriers menuisiers et vitriers , le tout à des prix moins élevés* que pour le public.

Ces associations fraternelles sont, comme les autres associations dont j'ai parlé, des espèces de société en commandite. Chaque sociétaire doit y prendre une ou plusieurs actions , dont il remet en argent, en métiers ou en outils, la valeur nominale; ou bien il n'apporte à l'entreprise que son industrie, son travail, sur la rétribution duquel on fait une retenue jusqu'à payement de l'action. Celle-ci varie assez communément de 60 à 1 00 fr.

On conçoit que des ressources aussi modiques ne sauraient permettre d'entreprendre des travaux bien grands , ni de résister à une crise un peu longue.

as BBS ASSOCIATIONS OUTBIÈRSS.

Déjà même , des associations ouvrières , assure-t-on, auraient trouvé leur perte dans une circonstance qu'elles avaient regardée conune leur ancre de salut : voulant profiter de la baisse extraordinaire dans le prix des matières premières , elles ont fait tous les efforts , tous les sacrifices imaginables pour s'en procurer et fa^ briquer quelque peu ; mais elles n'ont pu placer leurs produits; elles n'ont point eu d'acheteurs.

Les statuts de nos sociétés fraternelles prescrivent , pour la plupart , du moins ceux dont j'ai pu avoir communication , de diviser les bénéfices en 100 parties, distribuées comme il suit :

10 au fonds de réserve;

30 à /a caisse d'association fraternelle ou de secours aux membres malades et infirmes;

50 à répartir entre les travailleurs, et

10 à une caisse générale des associationsréunies j ou à la banque du travail dont il sera parlé à l'instant.

Lors de la dissolution de ces mêmes sociétés.

V DBS ASSOCIATIONS OUYBIÈBBS. 89

l'actif devra être partagé en trois parties égales ou à peu près égales, destinées, savoir :

L'une , à la caisse d'assistance fraternelle ;

L'autre , à la banque du travail ;

Et la dernière, à être répartie, au marc le franc , entre tous les sociétaires travailleurs.

Ces associations , en attribuant une partie des bénéfices qu'elles espèrent réaliser à la création de ce qu'elles appellent la Banque du travail, ou la Caisse générale des associations-réunies , se proposent de former ainsi un fonds commun à toutes les associations dites fraternelles, pour venir en aide à celles qui en auraient besoin ou •qui voudraient se constituer. Mais ce n'est encore qu'un projet, et il est fort probable que, faute de capitaux , cette banque ne sera point fondée. On conçoit, au surplus, que ses chances d'existence sont les mêmes que celles des so* ciétés dont il s'agit, et que, dans l'hypothèse de leur succès , elle pourra , en contribuant à l'accroître encore, les relier intimement les unes aux autres, et devenir leur état-major général, d'où partiraient toutes les impulsions qu'on leur voudrait donner. Cela vaut la peine d'y réfléchir.

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