OBSERVATION II
J. Germain, 28 ans, marchand forain admis à l’Asile de Rodez, le 11 août 1898, décédé le 15 août 1898, atteint de débilité mentale et de mélancolie anxieuse. Constitution forte, émotivité extrême, colères faciles et violentes, tendances à l’obssession.
Etant à la pêche, fut piqué par une vipère ? et s’affecta beancoup après avoir entendu citer l'exemple d’un individu qui était mort quatre jours après des suites d’une piqüre de même nature. Il cesse de boire et de manger de peur qu’on ne l’empoisonne ; ne dort pas. Certains objets lui font peur, un verre par exemple, un chien, un chat qu'il s’imagine être attirés par le venin qu'il croit en lui. Au moment de son admission, il est très anxieux, il est enveloppé dans une couverture ; il recommande d’une voix plaintive qu’on ne l’endorme pas, qu'on ne le tue pas. Il demande avec angoisse si l’on veut l’étoutfer etc. Il se meut d’un bout de préau à l’autre, en proie à la plus grande anxiété, posant sans cesse les mêmes questions, cherchant à être rassuré. Refuse de manger de peur qu'on l’empoisonne. « II fait le malheur de tous ; on lui a changé son sang. » Il se calme vers le soir, on l’interroge, il raconte qu'il s'était fait des illusions, il se moque de sa propre bêtise qui lui a fait passer 6 jours sans manger, ni dormir, explique ses idées délirantes. Il ne voulait pas dormir parce qu’il avait entendu dire que lorsqu'on a été piqué par une vipère, on meurt si lon dort. Il ne‘voulait ni manger ni boire parce qu’il se croyaitenragé et qu'ilavait peur que, le croyant dangereux, ses parents ne voulussent se’ débarrasser de lui. Il lui semblait que lorsqu'il sortait il attirait le soleil et que lorsqu'il rentrait au contraire chez lui, il faisait venir la nuit, Il croyait qu’on lui faisait des nuits exprès pour lui, afin de
SO l’endormir et de le tuer. Il se croyait couvert de venin et voyait des chiens et des chats qu'il pensait attirer par ce venin. Dans ses crises d’angoisses, J... était pris des mouvements impulsifs, les plus violents. s
Un soir, après un bain, il demeure tranquille, pendant plusieurs heures dans sa cellule, puis il s’agite; tout à coup, il se prétipite contre la croisée de la cellule, avec toute l’impétuosité dont il est capable et brise deux car- Teaux.
Un autre jour il est repris de son angoisse, on le met au bain, soudain il brise le couvercle de la baignoire, le jette au loin, enfonce une porte d’un coup de pied, passeà travers, et maleré les gardiens, s'échappe dans Pintérieur de l'asile. Tout cela fut l'affaire d’un instant. Enfin un soir, vers huit heures, on entend des coups violents dans sa cellule, on ouvre, on le trouve tout couvert de sang: d’un coup de dent, il s'était fait sauter les deux dernières phalanges de l'index de la main droite, et s'était déchiré l'extrémité des autres doigts. Il portait sur le crâne une horrible blessure qu'il s'était faite en se précipitant sur le parquet, la tête la première. Le cuir chevelu était détaché en arc de cercle de la calotte crânienne, sur une longueur de 15 à 20 centimètres. Ilretombait en lamelles sur la joue gauche, découvrant une grande partie de la moitié gauche du crâne. On ne trouva pas de lésion osseuse. Il mourait Le lendemain.
Ces automutilations sont irrésistibles. Elles ontles caractères de l’impulsion consciente. En vain, les malades luttent-ils contre leurs idées obsédantes, ils se sentent impuissants à les chasser, comme ils se sentiront impuissants à chasser l’impulsion née de leur angoisse. Celle-ci grandit, arrive à son paro- .xysme, le malade est à bout de forces, l’idée s'offre à lui, qui peut opérer une dérivation, le délivrer de
RACE ISA Pangoisse qui Pêtreintet qu’il ne peut plus supporter, l’idée de suicide par exemple (leurs automutilations, ne sont parfois que destentatives de suicide avortées). Le ressortde la volonté est laché : c’est une décharge, une explosion qui, éclate en mouvements violents, impétueux, convulsifs par leur soudaineté; c’est comme une tension nerveuse, accumulée en trop grande quantité qui fait irruption au dehors. On connaît la violence des mouvements qui suivent une émotion contenue, la colère par exemple. Ces automutilations, à la manière des impulsions conscientes, s’accompagnent d’un sentiment de détente, d’un soulasgement marque. C’est, sous une forme plus intense, le cas du dégénéré qui voit tomber son angoisse, l'idée obsédante satisfaite.
Tout different est le cas du malade qui fait l’objet de l’observation suivante, elle est extraite des Annales médico-psychotogiques de mars 1896. Celui-ci s’arracha l'œil droitet se mordit profondément la lanœue, croyant que la perte de l’un de ces organes le rachèterait de ses fautes. Remarquez qu'ici l’auto mutilation est due non à l’angoisse, mais à une conception délirante de même nature que celle qui les fait refuser d’aller à Ja selle dans la crainte de s’affaiblir, ou refuser les aliments parce qu’ils ne peuvent pas les payer.
Ce n'est pas tout; on sait qu’à l’état normal on ne peut penser, sans parler mentalement sa pensée ; si cette parole mentale devient plus vive, elle peut s’extérioriser et s'accompagner de mouvements de la langue et des lèvres. Les malades, parlent malgre
OR RE eux et « disent des choses qu’ils ne voudraient pas dire ». Ils se trouvent ainsi conduits à admettre qu'on parle par leur bouche, qu'on leur emprunte leur pensée, et, par une pente naturelle, ils en viennent à l’idée de possession, particulièrement de possession diabolique. Cesont des hallucinations psychomotrices. C’est à cet ordre d’hallucinations que doiventêtre rapportées, ce nous semble, les deux observations suivantes :