CHAPITRE I
Mélancolie et états mélancoliques sympiomatiques.
Tout le monde connaît, pour l’avoir traversé, cet état de malaise, d'inertie et d’impuissance et les sentiments dont il est la source : cette tristesse, ces craintes, ces appréhensions « qu'aucune nouvelle,
aucun événement, rien d'extérieur ne jusüfie » (Ri-
bot) (1). C’est l’heure’où l’on voit tout en noir. Les
souvenirs pénibles, melancoliques affluent en foule
dans la conscience de l'individu, l’assiègent, l’obsèdent. L'avenir lui apparaît sous des couleurs sombres, menaçantes ; il se sent abattu, incapable de vouloir et d'agir.
Supposons maintenant que ce changement dans le
ton physique et mental de l'individu, au lieu d’être passager, persiste, que les mêmes causes physiques qui le suscitent, au lieu d’être transitoires, deviennent permanentes (car toute transformation dans l’état physique a son retentissement dans l’état psy-
(1) Maladies de la personnalité.
RE M EE chique), il se formera une nouvelle manière d’être, une nouvelle habitude physique et mentale. Le ton ordinaire de la vie psychique sera modifié; l'individu sera désormais dominé par la tristesse, le dégoût, indifférence. La mélancolie sera constituée. Ces sentiments, la tristese, le dégoût, l'indifférence, se révèlent dans tout son être, dans sa physionomie, ses attitudes, ses mouvements. Le mélancolique se tient à l'écart, absorbe dans ses idées tristes, l'esprit fermé à toutes les incitations extérieures. Il recherche l’isolement, le calme ; ne répond qu’à grand peine quand on lui adresse la parole, ne souffre pas qu’on cherche à l’arracher à sa douleur. Ceux qui étaient remarqués pour leur amour au travail, négligent leurs occupations les plus favorites, leurs affaires, leur tenue. Ceux dont les sentiments familiaux étaient le plus ardents, oublient leurs affections les plus chères, ne témoignent aux leurs que froideur et indifférence.
C’est là parfois toute la maladie, mais c’est l'exception. Inconsciemment, ils cherchent une interprétation, une explication, aux phénomènes intimes qu’ils éprouvent, et c’est ainsi que se constituent leurs conceptions délirantes. Tantôt ils se disent coupables d'avoir negligé leurs aftaires, ils s’accusent de crimes, de fautes timpârdonnables, « leur dernière heure est venue, on va les mener au supplice, etc. » (idées de culpabilité) ; tantôt ils s’'imaginent être ruinés, ils n’ont plus de ressources, ils sont réduits à la dernière misère (idées de ruine); tantôt enfin ils ne peuvent avaler, ils ont un corps étranger dans le pharynx, etc. (idées hypocondriaques).