CHAPITRE V
LB TACT BT l'OUÏB.
Après avoir étudié Taveugle dans le sens qui lui manque, nous avons à le considérer dans ceux dont il est pourvu ; il en est un qui peut lui rendre une partie des avantages dont le prive la cécité. Ce sens, dont j*ai à peine parlé encore, bien qu'il tienne une place considérable dans la vie morale et matérielle des aveugles , c'est Touïe. Ordinairement , quand il s'agit de cette classe d*êtres, les résultats auxquels ils parviennent par le moyen du toucher , frappent au premier abord ; ce sont les seuls visibles pour nous ; ils nous étonnent et nous émeuvent, et nous nous habituons naturellement à leur attribuer un intérêt à-peu-près exclusif. J'ai longtemps partagé Terreur commune : c'est par une série d'observations attentives que j'ai reconnu l'importance de l'ouïe chez les aveugles, et compris que ce sens est pour eux ce que la vue est pour nous dans une foule de circonstances de la vie de relation.
On doit voir, par exemple, que tous les termes qui nous servent à préciser les caractères si variés de la figure humaine , ces mots laideur j beauté^ grâce , expression^ physionomie, et tant d'autres qui modifient ceux-ci à l'infini, ne signifient absolument rien pour des aveugles ; il ne se peut toutefois que, vivant parmi nous et s'appropriant notre lan-