‹ Des aveugles: considérations sur leur état physique, moral et intellectuel, avec un exposéChapitre 22 sur 67 · LE TACT ET L'OUIE · texte numérisé non relu

LE TACT ET L'OUIE

de cette langue ; qu'ils puissent en posséder toutes les ressources et la manier avec une habileté et un succès qu'ils n obtiennent que rarement , comme on Ta vu , en se servant de la parole , c'est ce qui doit résulter de tout ce que je viens de dire , et telle est aussi l'origine , mal aperçue jusqu'ici , du goût reconnu et des hautes dispositions naturelles que les aveugles manifestent en général pour la musique. On comprend que rien ne leur manque ici,, qu'aucun obstacle insurmontable ne vient arrêter leurs progrès ; bien au contraire , ils peuvent appliquer à cette étude un organe stimulé par la nécessité , sans cesse exercé et pour ainsi dire afiSné par un plus firéquent usage.

Voilà en effet pourquoi les aveugles sont musiciens ; c'est un secret instinct qui entraîne tout leur être moral vers l'harmonie; ils la cherchent 9 ils la désirent; ils naissent musiciens parce qu'ils entendent , comme nous naissons poètes parce que nous Voyons. Il ne faut, pour être convaincu de ta vérité de cette assertion , qu'être témoin du zèle patient avec lequel un enfant aveugle-né , à peine débarrassé des premiers langes , cherche le rhythme et l'intonation sur le premier in^ tniment que vous mettez entre ses doigts. C'est aussi à cette disposition pour l'harmonie musicale, qu'il faut attribuer le goût que manifestent les aveugles pour les vers , et même l'aptitude à en îaivesans être poètes , comme je l'ai expliqué dans les pages précédentes; il y a là pour eux une disposition harmonique de sons qui doit charmer leur oreille , un arrangement rhythmique qui peut, à un certain degré, satisfaire aux besoins de l'une des parties les plus déUcates de leur organisation.

Parmi les aveugles, plusieurs ont cherché à faire conncutre cequ'ilspensentsurla musique; nul , ce me semble, n'y a mieux réussi que l'aveugle Brunner, aide-instructeur à l'institut de Zurich. Je cite l'exposé qu'il a présenté lui-même dans la

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préface d'l^)^ méthode de guitarie, ^xppgé qù s§ troave ans rçi)[)Arquable cpnfirm9.tion 4^3 observations consignéefi^ ^BOS l^s page§ précédeptesf. « Jp suis, dit M. Bsunrm, ft¥eQgle id&^ m^ plus tendre j^u^6SQe; j'^ beaucoup eutçi^du piirler 4ê y^ bewt4 4â 1^ Q^ture » de la lumière , ^ YéQht des couleunit

j^ in§ fai^ ^ i)§t ég^d ^^ images it^tuUiyes qmje ne gat^ mU( dçmm Pt dpnt la d^çription resterait toujours fort au* d9Pou£f de la réalité , Oftr s^ps doute je n'ai jamais su tireur de 1 ombre monotone qui m' entoure et prés^ter à mou imar ginatiofl^ m taUe&U véritable du monde poloré* SiJ^f^sér dais a^si^^ r idiome t j'i^spiaierais œp^idaut de rendre seosibU aux autres , par la voie d'assimilations , les idées qu^ je m*efi £ûs , eu cb^robaut d^s term^ de comp^raisou dans le aens doptjejoui^fHsurou^ement, lepréAteur m'a doué d-imeoittè 4^mt^, d*une aptitude spépiale pour lamusjque. d*au dia^nw ^emeut just§ ^ tout ce q^ AppctrUept au domaine dâs sons ; mi dév#)fq>p^ }^ s^timent du bçau d^s h musique , imi

mQH(iff UKUf entier^ grçmdef magi^îfiqu^^ s^^t m^eH à moi, |'iQiser#i§ presqui ^n qu« j'p la pensppti^ intuitive da oe

que je ne vois pas^ Lorsque j*en(endis k ehœur du priiUemju d*tïayd)i , je mB sentis comme farausporté dans une prairie ^maiUéo des plus belles âeurs. Il me semblqU çn^endre la tig§ croître , hs/euille^ bruire^ et dans mon âme ao pà-s gmi un jeu d# eouleurs, tel «uns doute que nul homme n'en a jamais vu. Ces hautes jouissano^ sont tes viéritaUes heuraB dç fête ée ma vie. Grâces soient rendues aux hommes géoâa tmm qié me lesonl£ùt goûter I ( 1) '?

Ëa muflique » on le vo^t , rien n'aupêdie que les a¥eQglfls n'aient de l'imagination , de Tesprit , du génie. U leur es( donné d'funpiver, dans cette langue qui est bien à eux , à eon expt ession la plus développée des sentimens de Tâine ; auaÂ

(1) VinsHtuÊ des mpeugkê du M^rkh^^i fî.

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