‹ Des aveugles: considérations sur leur état physique, moral et intellectuel, avec un exposéChapitre 27 sur 67 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Il faut avoir assisté à Téducation de quê1(][uês avéoglesnés, pour savoir jiifequ* à quel point ils portent l'amour Aè la science, jusqu'à quel degré ils sont en général possédés du désir de connaître. Ne pensez pas qu'il fkille aVêc eux chercher chaque jôxir de nouveaux tn6yèns de côptiver l'ftttentiôn et d*eXcitefMé goût de l'étude; il faudrait plutfit réprimer quelquefois un penchant , qui peut allet jusqu'à comprofriettre la santé. Il n'est guëre d'objet qui de piiiëssè intéresser ces enfans, pour peu qu'on sache le mettre à leur portée, et le présenter comme il convient à la nature de leur esprit. S'ilà se montrent indifférens à une leçon, à (3dupsâr il faut s'en prendre à la leçoh plutôt qii'à ëtlX. Dèé observations réitérées m'ont convaincu qu'un défaut d'application die leur part, même quand ils n'oi4 f^ dèpas^i le fj^euiief âge, doit presque toujours être attribué à ui^e métbode défectueuse, s'il n'a pour cause un vice d'org^ahisatiôti. Tant i) est vr^i que cette soif de l^ âciânce ^ ^ 9PVu:(^ vrf^wi^ chins le oœur de l'homme. Qui ne croirait en effet au premier abord, que dans leur situation les aveugles ne dussent peu s'mquiéter d'une foule de notions qui nous occupent; qu'ils ne fussent portés à répondre souvent par un froid que rn importe, à tout l'étalage de notre savoiri Loin de là» on les

veîl s'enquérir enrieusement de celles des coniiftissaiyce&biH mairies auxqueHes ih sembleraient devoir rester complètement étrangers, et ils puisent dans cette étude une satisfaetion réelle. Un jeune aveugle américain disait qu'avant d'avoir commencé à apprendre quelque chose, // ignorait le bonheur de vivre [\)\ et ce mot est l'expression du 'sentim^t génial dominant dans nos instituts.

On pourrait eiter une foule de traits, qui âtteMént chez l'aveugie-né oet immense besoin de participer à la connai»sanoe humaine, que Dieu a mis dans I*âme de la créature tth tetligente; j'en prencbun au hasard. H y avait naguère au fend de la Bretagne un jeune homme âgé d'enviroh vinçtàmt ans, qui privé de ht vue dès Venfance, était parvenu par d'opiniâtres eflbrts à s'initier dans la pratique de quelque» iiistruraens, dans la connaissance des chants de l'église de son village^ Le désir de pousser son instruction plus loin l'agitait ea secret. Un jour le hasard le met en rapport «veo an compatriote ancien élève de l'institution ; la confia fstnpd R^est pas longue, car l'un ne parle que le français et l^ipitre n'mtind que le bas-breton ; mais le jeune paysan apfmA ainsi qu'il existe dans la capitale de la France une maison eà Pon instruit les aveugles ; alors la pensée de se Mldra à Paris sai^ son esprit ; il y songe la nuk èft te jour ; enfin il prend sa résolution ; toutes les instances qu'en lui adresse sent vaines. Confiant en Dieu qui doit avoir assuré à cette intelligence qu'il sent vivre en lui, des moyens d'arny^ à ^on (^mple|; développemeot , il détefioim» un enfant du pi^ à le guider, et muni de la bénédiction de son curé; i! part W. pafivre ay^iîgle, ^nin^ argent, §9Ds Rpj)\ii, \^Q,r wi)( Jtt^ne la langue dos ooatréoa qu'il travorse ; il franchit k pied les cent Heues oui le s^aretut de la j^nde cité, et il

(1) Annual Report, Boston, 1833.

arrive ! . . . . Son âge mettait obstacle à ce qu'il pût être admis dans Tasyle ouvert à Tenfance ; toutefois il y trouva quelques ressources pour satisfaire jusqu'à un certain point aux vœux ardens qui lui avaient inspiré sa hasardeuse entreprise. (1)

Après tout, il y a pour les aveugles, dans Tinstruction , quelque chose de plus et de mieux que la satisfaction de cette curiosité instinctive départie à l'espèce humaine , ou le charme de loisirs dont la vue abrège pour nous les instans. En développant leurs facultés, qui par suite de leur condition resteraient sans cela comme engourdies, en élevant leurs idées, qu'une position sociale inférieure tend en général à rabaisser, l'instruction devient pour les aveugles d'un prix infini ; elle leur communique une politesse, une urbanité de manières à laquelle ils seraient, comme je l'ai dit précédemment, peu portés par la nature, et qui est pourtant d'une haute conséquence pour leur avenir, puisqu'ils obtiennent ainsi plus facilement des marques d'intérêt et une utile protection. Elle les [dispose aussi à de bonnes mœurs : j'ai remarqué constamment que, parmi les aveugles, ce qui n'étonnera pas au surplus les personnes qui auront lu avec quelque attention les pages ci-dessus , les plus instruits sont toujours ceux qui se conduisent le mieux ; il importe par conséquent de les instruire même dans une foule de connaissances, dont il semble au premier abord qu'ils ne peuvent

(1) Admis dans l'asyle fondé par une société de patronage et de secours pour les aveugles, Cherriot trouva auprès de M. Goltat, Tun des professeurs les plus distingués de rinslitution de Paris, un généreux secours pour commencer des études musicales ; par malheur, ses doigts, raidis par l'âge ou par une longue inactivité, se sont montrés rebelles au mécanisme du piano, et malgré le zèle du maître, malgré ses propres efforts longtemps soutenus, des circonstances particulières venant aussi ajouter aux obstacles que lui opposait la nature, il a fallu finalement qu'il renonçât à cette instruction avant qu'elle pût lui devenir véritablemeDt fructueuse.

faire aacun usage. Il arrive quelquefois que des personnes superficielles demandent, à propos de telle ou telle, partie de l'enseignement qui leur est donné, à quoi cetasert-UP il n'est jamais venu à l'esprit des aveugles de £Edre une semblable question.

D résulte du vif désir de s'instruire manifesté par la plupart des aveugles , que ceux qui sont bien organisés semblent également aptes à tous les genres d'étude, et s'y livrent avec une égale ardeur. Tandis que dans nos collèges les jeunes gens ne réussissent en général que dans un ordre exclusif de travaux, les langues anciennes ou les mathématiques, ici il n'est pas rare, il est même ordinaire, de voir le même sujet faire marcher de front les études littéraires, scientifiques, musicales, et même la pratique d'un art manud; mais de ceci peut naître un grave inconvénient : l'attention trop divisée se fatigue, les forces intellectuelles s'épuisent, et après l'adolescence, l'aveugle destiné peut-être à devenir un sujet extraordinaire , n'est plus qu'un homme qui sait un peu de tout, et qui n'a rien porté au-delà d'un certain degré. Ëh ! comment voudrait-on, en effet, qu'un homme embrassât à la fois avec succès la grammaire générale et la logique, la littérature française, les langues anciennes, les mathématiques, la géographie et l'histoire, et qu'il fut de plus musicien consommé et tisserand habile! C'est trop évidem* ment ; mais on n'a pas toujours mis assez de mesure sous ce rapport dans nos instituts. Se présente-t-il un sujet distingué? comme il est propre à tout, on veut lui tout apprendre et il avorte. Un fait fort digne de remarque, c'est que, depuis qu'il y a des établissemens spéciaux destinés à l'éducation des aveugles, on voit bien à la vérité dans cette classe un plus grand nombre de jeunes gens instruits et bien élevés , ce qui suffit pour avérer le bienfait général de l'éducation envers la masse des individus atteints de cécité, mais

il n'apparaît plua, ce semble, comme autrefois, de ces aveu-gles étonnana dont la biographie nous a conservé les noms. Ne poarrait-on pas, en grande partie , attribuer ee résultai à Tabus que je viens de signaler!

L'instruction des aveugles a pour principe et pour moyeit fondamental Templdi du rehef, par lequel on rend sensibles aux doigts, des lettres, des lignes, des notes, ordinairemenft gravées pour les yeux. Me est complétée par un enseigne^ meoût oral, dont ce que j*ai dit sur le râle important que joue le SOIS de Touïe dans l'organisation des aveugles peut suffisamment faire apprécier toute l'importance. Voici cooiment on est arrivé à ce système d'instruction dont la base est, on le voit, si simple, si conforme à la nature, si rigotfreuaement indiquée par la condition même des aveugles, et dont la découverte ne date pourtant que de nos jours, tandis qu^il y a tant de rêveries péniblement élaborées qui remontent aux premiers âges du monde.

Dans Vite de 1783, patmi ces artistes ambulans qui alors comme à présent rasseinUaient chaque soir autour d'eux le public parisien, ami des arts à bon marché, la foule manifestait un intérêt particulier pour un orchestre composé de dix ou douze aveugles, jeunes encore pour la plupart ; afin de rendre leur concert plus piquant, les pauvres musicteùs avaient placé des lunettes devant leurs yeux fermés, et ils nS&ciùiëtït de lire dans des feuilles ouvertes sur un long ptrpitre autour duquel ils étalent rangés. La singularité de ce spectade , jointe à une exécution passable , augmenta h foule des curieux. Dans le nombre, se trouva certain jour tm homme dont le cœur s'ouvrait faciletnent aux impres^ sions que fait naître Thumanité sotlffrante ; il resta frappé , et sô demanda s'il n'était pas pos^ble de remplacer par un moyen adapté à cette triste condition, un vain simulacre de Vissimi, et d'dÂir tcrm i tme dasse entière d'infortunés des

équivalens propres à les consoler de la privatic») que leur infligeait la nature. Les aveugles , se dit-il , distinguent les objets par les accidens de leur surface ; ils apprennent par le toucher à discerner jusqu'aux nuances les plus dâicates des choses ; pourquoi ne percevraient-ils pas également des signes rendus palpables t Arrivé à ce point, il rassembla tous les renseignemens que fournissait l'histoire de quelques aveugles-nés célèbres,sur les procédés particuhers dont ils s'étaient servis.

En Angleterre Saunderson avait imaginé une plfmche àodealer; en France, F aveugle du Poiseau^ et mademoi* selle de Salignac, avaient employé des earaetèires saiUans; en Allemagne , Weissembourg atteint de cécité dès l'âge de sept ans, avait su s^' approprier un mode de signes en relief dont il étendit l'usage à l'étude de la géograpMe ; par ces prôeédés il avait instruit une jeune personne aveugle, mademoi^ selle Paradis, qui douée d'une fort belle voix, et d'uli véritable talent nrasical, vint à Paris en 1784, et y fut accueillie, avec un vif intérêt dans les concerts spirituels de l'hiver. 6e v<yage fiit un hasard heureux, pour l'investigateur patient des moyens spéciaux d'instruction employés par les aveugles.

Mis Êïi relation avec la jeune cantatrice, il put constater qu'dle avait appris à épeler avec des lettres en carton , et à lire des mots piqués sur des cartes avec une épingle; Oriee à ces rensdgnemens, il ne tarda pas à obtenir la base d'un système complet d'éducation, en faveur d'un ordre d'infirmes voués jusque-là en général à l'ignorance et à la misère. Vers ce temps, d'autres infirmes non moins dignes d'intérêt, kfis Bûurdâ-muets, venaient pour ainsi dire d'être rendus à là parele et à î'inteMigence par l'abbé de TÉpée. L'ami de l'humanité, qui par cette création nouvelle associait son nom à celiB 4b ce itigne ÎBStitutewchMt'esÉinie de la foe/téritë, s'iip-

pelait Valentin Hauy : c était le frère du célèbre cristallographe(l).

Il eut, comme de raison» les plus grands obstacles à vaincre pour appliquer ses procédés nouveaux à un cert^ nombre de sujets réunis, pour fonder cette première institution d'à* veugles jusque-là sans modèle, et d'après laquelle ont été depuis établis tous les asiles analogues qui existent aujourd'hui en Europe et en Amérique. Les premiers pas en sont curieux à observer. Ce fut d* abord un jeune homme aveuglené (Lesueur) qui mendiait à la porte d'une église ainsi que la plupart de ses confrères d'infortune, et à qui l'ardent ami des aveugles fut obligé de promettre, pour le déterminer i venir recevoir ses leçons, une somme égale à celle qu'il recueillait chaque jour de la charité publique. U éprouvait sur lui ses moyens d'instruction presque au fur et à mesure qu'il les créait. Encouragé par le succès , il s'adressa à la Société philanthropique, et trouva sur-le-champ des patrons dans l'illustre Bailly , et dans la Bochefoucauld-Iiancourt^ qui devait depuis attacher son nom à tant d'autres œuvres de bien public. Avec ce puissant secours , il put étendre ses soins à d'autres aveugles, et subséquemment colloquer ses enfans adoptifs dans une maison de la rue Notre-Dame-des- Victoires. En 1786, ils étaient vingt-cinq, tous élevés gratuitement. Les progrès sensibles de ces jeunes gens, commencèrent à fixer l'attention publique sur cette étrange école; et l'instituteur, accompagné de ses élèves les plus avancés, se rendit à Versailles ; la cour assista avec intérêt à un exercice dans lequel les disciples rendirent suffisamment témoignage du zèle ingénieux de leur maître. Vers le même temps, r académie des sciences aussi se fit rendre compte de sa méthode : les commissaires, en indiquant ce qu elle avait

(i) Voir è la fia d« ce votant, A pp — dice B, la Kotieê hiograpfnqut^

de commun avec certains procédés individuellement usités auparavant par quelques aveugles, en accordèrent pleinement à Haûy le perfectionnement , Textension et Tapplication systématique (1 )•

Le premier usage du relief est consacré au premier degré de Finstruction, la lecture. On se sert, pour apprendre à lire aux aveugles, de livres imprimés en caractères saillans. Longtemps avant Haûy , ainsi qu'il vient d'être indiqué, on avait eu Theureuse idée d'appliquer à l'état de cécité un procédé analogue : dès le xvi* siècle, en Espagne et en Italie, des lettres en bois avaient été gravées dans ce but; mais au lieu d'être saillantes, elles étaient creuses; la perception devenait plus difficile; lorsqu'on imprimait sur ces planches , le fond se trouvait noir , les lettres seules étaient blanches, l'encre n'ayant pu pénétrer au fond du caractère; d'ailleurs elles n'étaient pas mobiles, de sorte qu'il fallait autant de planches que de pages : c'était le procédé actuel du stéréotypage. En 1640, un maître écrivain de Paris, appelé Pierre Moreau, fit pour la première fois foudre des caractères mobiles en plomb à l'usage des aveugles ; mais soit qu'il fat rebuté par les difficultés, soit qu'il manquât de ressources pour l'achèvement de son entreprise, elle resta suspendue, et il n'arriva point à l'impression réelle, qui appartient véritablement à Valentin Haûy.

Les lettres que fit d'abord fondre sous sa direction la Société philanthropique eurent près de six lignes de hauteur, parce qu'on se figura qu'il fallait leur donner cette dimension pour les rendre plus faciles à distinguer; c'était une erreur : l'expérience a prouvé que de trop grandes dimensions obligent l'aveugle à palper plus longtemps, et ralen-

(I) Rapport à rAcadémie des sciences en date du 18 féTrier 1785, p. 18 ; commissaires : le duc de la Rochefoucauld-Liaqcourt, Desmarets, DenuHirs et Vicq à*Am.

tissent par conséquent la lecture. Il ne faudrait pourtatit pas abaisser la grandeur des lettres jusqu'à celle des caractères ordinaires d'imprimerie ; les aveugles sotit susceptibles d'en discerner la forme ; mais ce sérail M un travail qui deviendrait bientôt pénible et ph)pre à émousser la délicatesse de leur organe. Le terme moyen dans lequel on Soit rester, c'est une longueur de deux lignes environ ; telle eèt auësi celle des caractères fbtidus dans le principe en Prantôéj et avec lesquels ont été composés les traités élén»^taires et recueils choisis, qui ont composé jusqu'à ces dernières années la bibliothèque spéciale de Tinstituticm de Pariii (l)é Ces caractères rangés dans une casse sonblable à celle des imprimeurs, et aisément placés par les avevgles etix*mêmes dans un châssis dont les dimensions répondaient au format in-4^ ou in-folio, recevaient un papier hutnide qtii, grâce à la forte pression du rouleau d une piresse ^iirticulière (2) présentait une saillie de lettres suffisante pour les

(1) Chacun des volumes in-folio reventit moyennement à 6 firanes | Tattcienne administration, par une mesure peu propre à en répandre l'usage |>'ârifti les a^ènglès \ les fkis^it Vendre 30 fr. ; ils avaient été vendus danà le principe jusqu'à 60 fr. ! le prix fut réduit en 1S40, dès mon avènement k la direction de rétablissement, à 10 fr.

(à) La presse dont on se servit d'abord, était semblable à cette qu'on èfaifîreie pàttt fouler le dt-ap, Mais elle était tfès Imparfaite, «t il arrivait t^t la pression s'exerçait moins bien $Ur le^ bords de la pkmcbe; on j subalkiia une presse à cylindre analogue à celle dont se servent les imprimeurs en taitlè-douce , mais il y eut alors uii nouvel ihcbnvéîiient ; lé ftapièt étant déplacé par le mouvement de rotation du cyKndne, le foulage était souvent très défectueux ; M. Gioutier, imprimeur du Roi, imagina pl,us tard de faire servir ses presses ordinaires à Timpression eh relief, et réussit ; toutefois, ^e Îll6 à 1820, époque où furent confectionkièis un a^sez grand nôtnbfé de volumes, la presse à cylindre fut de nouveau adoptée à TinstitutioB. "Bxt 1843, une presse, construite d'après un modèle envoyé ae l'institution des iÂvébgles de Philadelphie, eï dont l'instUiition de Paris a été dotée par le ministre des travaux publics, a commencé de fonctionner. Elle produisait une forte pression verticale, qui donnait un relief assez net et solide $ mais quelqve défectuosité radicale de construction, amenait fréqtkemment sa mise hors de service ; en outre, comme il n'en pouvait sortir à la fois que deux

rendre sensibles au doigt exercé de Télëve. Il suit de ce système d'impression, que les lettres ne peuvent être retournées

en sens inverse de la lecture dans la planche de composition comme dans l'impression ordinaire ; elles se lisent ainsi sur la forme de même que dans la page imprimée , de gaudie â drâte. Deux feuillets tirés étaient collés ensemble et formaient le recto et le verso d'un feuillet de nos vohmes.

n était facile, en comparant ces lettres saillantes aux caractères usuels d'imprimerie^ de reconnaître qu'elles avaient subi certaines modifications, dans la vue de les rendre plus saisissables au tact. Ces ehsmgemens étaient loin d'êtrte suffisans, et on l'a fort bien senti dans l'étranger : en Ang^ terre, plusieurs personnes animées de vues bienveillatités pour le saveugles, entre autres MM. Gall , Alston et Taylor, ont consacré de longs travaux à créer une typographie spéciale à leur usage, en modifiant les caractères romains ordinaires de manière à leur en rendre la perception plus facile> sans qu'ils soiexii moins lisibles pour les clairvoyans; car tel est ici le double problème à résoudre (1). En 1832-, la société royale des arts d'EiUmbourg, pour arriver à im dieux parmi ces divers systèmes^ eut l'heureuse idée de mettre au concours la question. Les coneurrens devaient indiquer lu forme et la hauteur des lettres ou cafactëres qu'ils jugeraient le mieux adaptés à la condition des

fêîiitfeb ik'^, éh à dil reVétiir à Vanciei^^ presi^è^ ()ùî, à ^êu p\fés dànft le âiéiiie temps^ en produit six ou huit.

(1) Ces travaux ont été analysés avec beaucoup de soin par M. l'abbé (^rtoby ijïrecteur de Tinstitutiou des sourds-muets et des aveugles de Bruges, ïbhs tftt tÂf>^ort adressé k\x ibdinistrfi de rintérieur du royàiime dé Belgique, à k suite d'un voyage fait en Angleterre (Bruges, 1838, in-8). Je ne puis prendre un meilleur guide pour faire connaître ces tentatives, i|ui témoignent si ^aàtenieiit de ta sôllicitiide de leur auteur en faveur dû ^véloppement de Tinstruction parmi les aveugles.

aveugles, ainsi que le meilleur mode pour obtenir avec cet alphabet une imprimerie en relief satisfaisante et peu coûteuse.

Six mémoires forent envoyés à la Société ; dans le nombre celui de Taveugle Hay obtint la préférence ; toutefois son alphabet ne fot point définitivement adopté, et la Société crut devoir provoquer de nouvelles recherches. Cette fois, elle eut à se prononcer entre quinze alphabets , dont douze formés de signes entièrement arbitraires ; les trois autres n'étaient que des modifications des lettres ordinaires. Parmi les premiers, il y en avait qui présentaient un système d'écriture sonographique ; c'est-à-dire qu'un signe spécial répondait à une syllabe, comme dans l'écriture de quelques langues orientales. Tel des inventeurs avait accompagné ses travaux d'observations philologiques d'un grand intérêt. Ceux qui avaient créé un système de signes spéciaux, arguaient généralement de ce que nos lettres ayant été créées pour retracer la parole aux yeux , ne pouvaient par cela même être combinées d'une manière satisfaisante pour le toucher ; ils établissaient qu'en réalité aucun des alphabets usuels n'était adapté à la condition des aveugles, et qu'en adoptant un de ces alphabets on était dans l'alternative ou bien de n'apporter aux lettres que des altérations de peu d'importance» insignifiantes pour le doigt appelé à les palper, ou bien d'introduire des modifications profondes, qui les rendraient impénétrables, à moins d'une clé, à l'œil des voyans; que s'il fallait une clé, mieux valait opérer une réforme radicale, en préférant un système de signes savamment calculés pour répondre à toutes les exigences de la cécité, dont on devait après tout se préoccuper exclusivement dans la question ; car il importait peu que le système de lecture dont elle serait dotée fut d'une perception plus ou moins facile pour un autre sens, qui était, lui, abondamment pourvu à cet égard.

Ces considérations avaient certainement une certaine valeur ; souvent dans l'instruction des aveugles, Texpérience Ta montré, on a fait fausse route en voulant trop les rapprocher des clairvoyans, par les moyens employés pour les instruire; il est évident, ainsi que j'ai déjà eu occasion de le faire remarquer que c'est par le but et non pas les moyens qu'ils doivent, autant que possible, leur être assimilés sous ce rapport; mais, si Ton examine avec une sévère attention l'objet soumis au débat, on reconnaît que ce n'est pas ici le cas dappliquer ce principe. Effectivement, c'est pour rendre les aveugles à la vie commune qu'on les instruit; c'est pour ajoutera la facilité de leurs rapports avec la généralité des hommes, qu'on met à leur portée la parole écrite \ il est donc préférable d'adapter simplement à leur usage la forme qui lui est usuellement donnée ; en choisir une autre c'est en quelque sorte agrandir la séparation que la nature a établie et que l'art a la mission d'effacer : c'est empêcher en un point important , (œil qui voit de se confondre avec le doigt qui touche. Non 1 qu'il n'y ait point, s'il est possible, d'initiation à imposer aux clairvoyans en ce qui concerne la méthode employée par les aveugles ; ou tout au moins, si, comme nous le verrons ciaprès, l'aveugle possède un moyen spécial plus commode et plus rapide de lire la parole écrite , qu'il connaisse et pratique même celui qu employent ses semblables doués de la vue ; il y rencontrera peut-être quelque difficulté que des signes inventés pour lui ne présenteraient pas , mais tout a pour lui des difficultés, et celles qu'il aura à surmonter ici seront compensées par des avantages manifestes.

Tels furent aussi les motifs sur lesquels la Société d'Edimbourg fonda sa décision. Sur un rapport fort savant de M.W.Taylor, elle écarta tous ces systèmes bizarres auxquels on pourrait indéfiniment ajouter, et adopta définitivement lai-

m DK8 ÀTBDfiLBS.

phabet de M. Fvy de Londres , qiit n'aj^mtait aux lettres uatiellee que de« modificationa imigtiifiantaa peur l'œil des voyans, bien qu'asses importantea pour le doigt de Taveugie ; oa nystëme introduit vers 1836 à Glasioew* par M. John Alston (1) a pasaé de là en Amérique. De nombreuses impressions ont été exécutées d'après oe système dans les deux pays depuis emîron dix ans. Les Saintes Écritures ont été ainsi mises à la portée des personnes privées de la vue» sans parler d'une foule d^autres ouvrages classiques et littéraires, qui sont venus grossir d'année en année cette bibliothèque spéciale, et forment aujourd'hui un article de librairie, dont rimportanoe commerciale n'est pas sans quelque intérêt (2).

La France ne pouvait rester étrangère à un tel mouvement. J'avais , quant à moi , vivement à cœur le reproche adressé de l'étranger à Tinstitution de Paris, de cette sorte d'apathie avec laquelle elle s'était reposée après la découverte de son fondateur , sans chercher à y ajouter les perfeetionnemens, que le temps apporte toujours aux créations du génie inventif de l'homme. Dès 1836, le savant Ramon de la Sagra , comparant dans un ouvrage intéressant (3)

(i) John AUton Esq.y trésonev et bieiifeit«ttr de llnsdtutioii des aireugles. de GUfcow, dont j'iHirai oecasion 4e perler oi*aprèft, et qu'il a fût bien gobnaitrepar récrit intitulé Statements oftke éducation emplojrments and internai arrangement adoptedat theAsylumfor the ètind, etc., dixième édition in4, I94€. Cet homme de bien est nort eu i94T.

(2) M. Alston, dans le document ci-dessus oité, parle» p. 21, du chargement d*un navire à Liverpool, le premier de ce genre qui ait été fait, de volumes en relief ponr TAmérique.

(3) Cinco meses enios £stadat*Vkidos dé h Am&riea dd Norit^ m-4; Paris, 1836. L'auteufi reproduisant ces observations dans un mémoire lu à l'Académie des sciences en ISST, y ajoute des détails relatifs aux poids de la matière employée dans les deux systèmes , et il conclut ainsi : « Si^pesons avec ces données deux ouvrages imprimés, l'un avec des caractères améiîcains, l'autre avec des caractères ordinaires, en forme de marteau, employés à rinsiHution de Paris ; le poids du métaV serait avec ceux-ci de SU gr., et

LECTURE. I4n

notm viêttx i^stëme typographique avec eeitii qu*il vernit devoir, quoique naissant à peine» déjà en grande activité àUH États-Unis, disait que grâce aux améliorations introduite» dans ce pays , un volume de 76 pages, imprimé à Boston , n'avait qu'un pouce et demi d'épaisseur , c'est-àdire près de moitié moins qu'un volume imprimé à Paris; et que chaque page contenait en moyenne 787 lettres au lieu de 408 ; il s'ensuivait qu'un volume américain présentait l'équivalent de quatre volumes français. Frappé de ces résultats, je m'attachai à faire entrer notre établissement dans ces voies, et je m'associai à la première tentative conçue dans ce but par la société Biblique ; cette association voulait mettre les aveugles de France à même de pouvoir , aussi bien que ceux du Royaume-Uni, lire le Nouveau-Testament; des caractères furent fondus sous ses auspices en 1840 par un de nos plus habiles fondeurs (1), d'après le système adopté à Glascow et à Philadelphie, et l'Evangile de St-Marc se trouva ainsi tout entier compris dans un volume oblong portatif et commode. Une petite méthode de lecture, destinée à initier des doigts habitués à un autre relief à la connaissance du nouveau système , était jointe à ce fragment des saints Évangiles.

L'essai fut accueilli à l'institution sans trop de défaveur, mais avec défiance. On ne se défait que difficilement d'habitudes dès longtemps contractées, et il est naturel que la routine ait peut-être, sauf exception, plus de puissance sur les aveugles que sur le commun des hommes qu'elle domine pourtant, comme on sait , avec une force contre laquelle lutte

de 225 gr. avec les caractères américains. Mais comme les surfaces occupées par les uns et les autres se trouvent dans la proportion de 29 à 72, la matière ^i, en caractères américains y entrerait dans quatre pages in-4, remplirait neuf pages sept dixièmes^ ou près de dix pages avec le caractère français » (1) M. MarcelUn Legrand .

146 DKS AVEUGLES-

longtemps parfois l'esprit de progrès. Quoi qu'il en soit , la réforme retardée par de certaines circonstances toutes intérieures, fit son chemin dans les esprits et fut adoptée en principe. Mais alors quelques points qui partageaient encore les réformateurs durent être examinés. Fallait-il adopter comme à Glascow les lettres romaines , égales entre elles et formant une ligne pleine, d'où rien ne sort pour Tœil ou pour le doigt, ou bien valait-il mieux préférer ces lettres appelées en imprimerie bas de casse y qui se prolongent en dehors de la ligne sous forme de tête ou de queue? Fallait-il encore laisser au corps de la lettre la forme arrondie, ou bien, comme on l'avait fait à Boston , transformer en angles toutes les courbes plus ou moins prononcées qu'elles présentent. Nous examinâmes avec le plus grand soin ces questions , et en définitive les lettres du bas de casse furent adoptées comme plus faciles à discerner (1 ), précisément à cause de ces prolongemens en dehors de la ligne que présentent plusieurs d'entre elles ; les lettres du haut de casse furent adoptées simplement comme majuscules , et l'on ne trouva non plus aucun avantage marqué à dénaturer désagréablement le caractère pour les yeux, en lui donnant la forme anglaise. Le nouvel alphabet combiné d'après ces principes fut confié, en 1842, à M. Marcellin Legrand qui avait accompli , ainsi qu'il a été

(i) M. Tabbé Carton, dans le rapport cité plus haut, fait connaitre, !>• 96y que iM . Taylor, l'homme en Angleterre le plus eut fait de tout ce qui se rattache à l'instruction des aveugles, et sur le rapport duquel la société d'Edimbourg avait décerné sa médaille aux Lettres capitales du docteur itfj de Londres* lui a déclaré qu'après une étude approfondie de la matière, il changeait décidément ttuplniony et que, malgré tout ce qiCil avait écrite révidence des avantages attachés au système opposé, le déterminait à Tadopter. Ce témoignage imposant ne put que fortifier M. Carton lui-même dans le sentiment favorable à l'adoption des lettres du bas de casse qu'il avait précédemment conçues ; c'est le système qui a également prévalu dans Texé- CtttioD de caractères fondus à Paris, sous la direciion de M. de la Sagra, pour l'institutioii de Madrid.

dit plus haut , le premier essai de ce genre dans notre pay» et bientôt les impressions commencèrent. La réforme était ainsi consommée. Le vieux relief fut entièrement abandonné , ei une nouvelle bibliothèque classique, formée de volumes commodes et peu coûteux , commença de parsdtre ( 1 ).

Avec le secours de tels livres, et de tableaux conçus d'après le même système, les enfans aveugles apprennent à lire quelquefois avec une surprenante rapidité (2); toutefois, bien que la méthode employée ait subi d'importantes améliorations , je soupçonne qu elle n'est pas arrivée encore au degré de perfectionnement quelle peut atteindre; l'usage a trop maintenu, je crois, l'épellation qu'on cherche à bannir en général de l'enseignement primaire; l'épellation doit être plus vicieuse encore pour l'aveugle que pour le clairvoyant , par cette raison bien simple que comme il est beaucoup moins feu^iie d'embrasser plusieurs caractères en même temps avec le doigt qu'avec l'œil , on arrive bien plus difficilement à une prompte composition de la syllabe, l'habitude de lire lettre par lettre une fois prise. Ceci n' empêcherait-il pas quelques-

(1) Elle se compose dès à ^^résent d*\iae grammaire française, d'abrégés d'htJtoire ancienne , et tï histoire de France , ttélémens d'arithmétique, de musique , de géographie et d'histoire naturelle. Chaque objet est comjpri» dans un seul volume du format petit in-4, et est livré au prix de cinq francs, laissant à l'établissement le bénéfice ordinairement obtenu en imprimerie. L'exécution de ces volumes a été dirigée avec zèle et intelligence par rinsti-* tuteur M. Guadet, qui est en même temps Tauteur des abrégés d'histoire. Le résultat est sans doute satisfaisant. Toutefois nous devons reconnaître, soit imperfection des caractères, soit défectuosité dans les papiers, soit enfin inexpérience dans les procédés de tirage, que nous sommes encore loin d'avoir atteint la beauté des impressions qui nous ont servi de modèle. (Voir a la fin du volume, la première planche en relief. )

(2) «t Ce n'est pas une chose surprenante dans notre école , que de voir des enfans apprendre leurs lettres en moins d'une semaine, et lire au bout d'un mois. £n six semaines ou trois mois, ils lisent assez couramment le Noiveau-Testament, et ils an-ivent à ce résultat sans donner une attention exclusive à la lecture. » 'Howe, Sixteenth Rfport, 1848. p. 3.)

uns de cesenfans d'approcher, autant qu'ils en seraient sus^ ceptibles, du degré de rapidité auquel nous parvenons dans la lecture? Des exercices dans lesquels les syllabes et les mots élémentaires seraient gradués, non d'après un vain ordre alphabétique , mais de manière à habituer le toucher à les discerner en les effleurant pour ainsi dire, n'amèneraient* ils pas un meilleur résultat? Je livre ces doutes aux réflexions des maîtres intelligens, chargés de faire franchir à l'enfance des aveugles ce premier pas, si important dans la carrière de l'instruction.

Quoi qu'il en soit, et bien que les impressions en relief d'après un système de caractères primitivement inventés pour l'œil, aient des résultats importans pour le dévdoppe» ment intellectuel des aveugles , il faut pourtant reconnaître que le but n'est pas ainsi pleinement atteint; en effet, le nombre des volumes imprimés de la sorte doit rester finale^ Bbent assez restreint. Pourquoi d'ailleurs l'étendrait-on outre mesure ; pourquoi ferait-on rentrer dans le cadre de ces impressions, des ouvrages autres que ceux qui sont directement utiles à l'instruction, des ouvrages de lecture courante , puisque peu d'aveugles arrivent à lire tout à fait couramment et de manière à ce que les mots » les phrases qui sortent si laborieusement sous leurs doigts apportent un charme véritable à leur esprit ; puisque même plusieurs avouent qu^arrivés à un certain âge, ils sentent en eux la délicatesse du tou-^ cher s'émousser, et trouvent plus difficile encore de palper avec succès ces caractères , qui opposaient déjà de notables obstacles à leur enfance? Dans le fait, la lecture des pages saillantes qui devrait surtout être précieuse à 1 aveugle-né adulte^ n'est généralement , du moins en France (1), que

(1) On pourrait croire, d*après divers documens fournis par TAngletem et les États-Unis , qu'il en est autrement dans cet conUrées, et que là, pcalètre par suite de plus de persévérance et de zèle pour la lecture de l'Écriliiit

d'un assez faible intérêt pour lui ; et quant à l'individu devenu aveugle à un âge plus ou moins avancé , il n'y a guère d'exemples qu'il ait cherché à y avoir recours comme un 8oulagem«it contre l'ennui, qui aœompagne ordinairement les premiers tetnps de cette cécité tardive.

Ces considérations cmt suscité la découverte, dont la France a encore l'honneur , d'^un nouveau système de signes repré* séhtatifs de la parole pour le toudier qui est à lui seul , en quelque sorte, un cours entier d'instruction et que je dois fiure ccumaître avee détail. La base est l'emploi du poini MiilaHi qui est d'une perception , on le comprendra satis pmhè, autrement facile que la lettre poiur le doigt de l'aveu^ gle. Rien assurément de plus simple et de plus ingénieux que ce système dont l'invention première appartient à M. C9i. Barbier (1). L'auteur avait trouvé le moyen de figurer tous lee sons et articulations, c'est-à-dire tout le langage, avec twU pmnts placés dans des positions relatives difiërentes. Voici comment il procède pour arriver à un résultat qui parait au premier abord si surprenant ; il partagé d'abord soq

sainte, non-seulement les aveugles qui ont appris à lire dans les premières àiinées continuent à lire dans un âge avancé, mais qu'il n'est pas raire de ttAr éftt aveugles parvenus presque à la vieiUesAe , apprendre à lire avec succès et en éprouver un bonheur réel. Une publication émanée de Tinstitution de Glascow en 1840, après avoir fait mention dô personnes âgées de soixante ans et aH delà 4td 96ûi parvenues à lite eu moins d'uùe année, donkié Une lettre adressée par Une dame des environs de Bristol à M. Alston, dans laquelle elle lui exprime sa vive reconnaissance pour le bienfait dont il a été l'origine pour elle, eià là Mettant à même de lire les saintdS Écritutes, qui lui apportent les êMours et les oonsolatioDS dont elle manquait pour la piê et pour la moH, four U temps et pour l'éternité. Le rapport publié sur l'institution de Boston pour 1842, contient, pages 20 et suiv.,de semblables témoignages. « Cent cas ^ dit l'auteur, 'pourraient être cités, montrant le plaisir et Tavantage que les pammocB phvcts da la vue en général retirent des livres en relief» »

(I) Giniles Barbier^ mort il y a quelques amées» avait coniaeré sa vie •I tottlÉs ses tfesswreas à vialiier sa modeste âéoMverle, qw lui lofiv l^lacs Imorablt daai là nimeire rwimniiipate des aveaflts.

alphabet de prononciation (voyelles et consonnes) , en cinq rangées horizontales de six caractères chacune. Chaque série est représentée par une marque spéciale formée de deux points; par exemple, la première, qui se compose des voyelles , est représentée par deux points placés dans une situation perpendiculaire comme notre signe de ponctuation ; ; la seconde , qui se compose des voyelles nasales , est représentée par deux points placés dans une situation oblique •* ; pour la troisième , qui se compose d'une première ligne de consonnes, les deux points sont placés horizontalement* •, etc. Nous avons ainsi , comme on voit , le moyen de représenter la série; mais chaque série est composée de six lettres. C'est au moyen d'un troisième point combiné avec le second que l'auteur détermine le rang de la lettre qu'il s'agit de tracer , dans la série ; par exemple , la lettre o est la troisième de la première série; je commencerai donc par indiquer la série au moyen des deux points ; , et j'indiquerai le rang de la lettre, au moyen d'un troisième point qui sera combiné avec le point inférieur de la figure que je viens de tracer , de manière à présenter les deux points horizontaux qui appartiennent à la troisième série , î • ; la série et le rang se trouvent de la sorte indiqués et la lettre o clairement figurée. L'élève n'a besoin que de savoir exactement l'ordre dans lequel sont rangées les lettres dans le tableau alphabétique.

Ce système d'écriture était un peu moins simple dans la forme primitive que l'auteur lui avait donnée; il fallait alors, pour figurer certains sons , un nombre de points plus considérable, et qui variait de telle sorte qu'il pouvait quelquefois en résulter de la confusion ( 1 ). Dans la forme que je viens de

(1) D'après ce système, les sons avec ou saus articulation, an nombre de trente-six, formaient un tableau composé de six rangées horizontales* Barbier ne demandait à l'aveugle d'autre étude que de retenir la place occupée dans le tableau par chaque son, c'est-è-dire de savoir d'une (açon impe»-'

faire connaître, cet ingénieux système obtint l'adhésion du premier de nos corps savans, de F Académie des sciences: trois rapports faits dans les années 1820 , 1823 et 1830 , au bas desquels sont apposés des noms qui sont à eux seuls une puissante garantie , ceux de Cuvier, Lacépëde , Ampère et Molard , constatent cette haute approbation.

Les illustres commissaires , après avoir payé un juste tri* but aux longs et opiniâtres efforts de l'auteur dans des recherches utiles à l'humanité , font connaître le but ultérieur de son système , qui est de donner aux aveugles des hvrea qu'ils imprimeraient eux-mêmes. Cette impression en relief n'exigerait ni casier , ni caractères mobiles , et elle serait toujours composée dans un type simple et uniforme. Pour obtenir ce résultat M. Barbier avait fait fondre des cadratins qui portent à une de leurs extrémités un trait en croissant, et à l'autre un trait droit : le premier signe peut prendre quatre positions, suivant que la convexité est tournée en dessus ou en dessous ; le second signe peut en avoir deux , une horizontale et une verticale. En combinant deux cadratins , on arrivera ainsi à faire figurer , conformément au système que je viens d'exposer , à l'un la rangée horizontale , et à l'autre le rang de la lettre dans la série. Ce procédé typogra* phique n'exigerait que peu d'adresse et serait facilement mis à la portée de tous les aveugles.

D était impossible de méconn^tre l'importance de ce syâ> tême , et tout le parti qu'on pourrait, avec le temps , en tirer

turbable, la ligne, et le numéro dans chaque ligne, de tous les sons. Cela étant, on avait à indiquer par uue première série de points rangés verticalement, le rang de la ligne dans le tableau, puis par une seconde série celai du son dans la ligne. Le mot bien^ par exemple, s'écrirait ainsi : 7 • S parce

qu'il se composait du son be, troisième ligne, premier rang, * * J et du

son ierij dixième ligne, quatrième rang. 2

Barbier abandonna cette combinaison pour celle qui obtint le suffrage de l'Académie^ et qui est plus simple comme théorie, mais moins pratique.

pour le développement intellectuel des aveugles. Devait-on toutefois donner à cette écriture syllabique, ufte préférence exclusive sur Timpression en relief avec notre alphabet, qui sert surtout à initier nos élèves aux règles de la langue , à l'orthographe, à Vétymologie! C'étaient là des besoins d'ins^ truction auxquels Gè procédé, si ingénieux qu'il fît > ne pou^ vait évidemment pas suffire. Puis, son application ne laissaitelle pas encore beaucoup à désirerl Les combinaisons de points i précisément à cause de leur grande simplicité , ne donnaient-elles pas lieu parfois à une appréciation vague et eonfusel

On le pensa à l'institution , tout en considérant l'emploi du point saiUanî comme une de ces idées mères qui donnent presque toujours lieu aux découvertes véritables , c'est-à^ dire à celles qui ont une réalisation complète et définitive^ C'est à un professeur aveugle , M. Louis Braille ( 1 ) , qui a 2Ùnsi assodé son nom à celui de Ch. Barbier, qu'il faut en rapporter l'honneur. «< Prenant les choses au point où M. Barbier les avait laissées , il transforma complètement le sys** tème , le rendit à la fois plus prompt , en simpUfiant consi-^ dérablement les caractères employés; plus grammatical, si je puis parler de la sorte , en représentant non plus les sons de la langue parlée , mais les lettres mêmes de la langue écrite ; plus général puisqu'il l'appliqua encore à tous les signes de ponctuation, aux chiffi*es, à l'écriture de la musique (2). •»

(1) Né en 1909 à Isgny, atix eûvimnà d6 Paris, L. Br&ille fàt admis en 1819 à riùslitulion Où il Ait appelé à enseigner, ap^ès en avoir été un des élèves les plus distingués. M. Btâillè, dirigé pat Bétta^et, a acqnis un talent remàr^ ^ble oonune violoncelle; il a été pendant plusieurs années organiste dé Pé* glise de Saint-Nicoklsde^Ghamps; il occupe firojourd'hui le btalfet de Tégliie des lazaristes (Saint-Vincent-de-Paul).

(1; J. Guidèly AntmUt de Védueathn des sourdi-mmu ^ dès àPtugtcs^ %. I, p. M.

Le syâtèinede M. Braille a pour base dix signes qu il ap« pelle fondamentaux, dont le plus simple » qui représente 1« lettre a , n a qu un point], et le plus compliqué , qui figure le g, n'en a que quatre. On obtient ainsi les dix premières lettres de Talphabet. Pais, comme on peut le voir dans la V planche en relief, Tadjonction systématique d'un ou deux points sous chaque signe fondamental , donne de nouvelles séries de dix signes, de telle sorte que, en définitive, il y a moyen de représenter jusqu'aux lettres accentuées, sans que le caractère le plus compliqué ait jamais plus de trois points en hauteur et deux en largeur*

Les mêmes signes fondamentaux , moyennant qu'ils soi^t précédés du signe spécial « S serviront à représenter les chiffres ; les sept derniers seront affectés à la notation musicale, conformément à des conventicms sur lesquelles nous reviaw drons ci-aprës*

Ce système qui n'annonçait pas , comme on voit, de gran-^ des prétentions philosophiques , qui ne touchait même pas à l'ordre de notre alphabet dont la lexicologie moderne s'est Souvent plu à montrer Fincohérence et la bizarrerie, ce sys** tème a pourtant ouvert, on peut le dire, une ère nouvelle dans l'enseignement des personnes privées de la vue. Ne le considérant encore qu'au point de vue typographique , il est clair qu'on devait être facilement amené à la pensée de se servir de ces signes si simples et si accessibles au toucher pour les impressions en relief. Toutefois , par suite de l'importance exagérée qu'on attachait en général à n'employer que des caractères que les voyans pussent lire , ce mode d'impression n'a produit jusqu'à ces derniers temps que des essais de peu de valeur. Mais l'expérience a fini par éclairer les esprits à cet égard. Les avantages d'un mode qui abrège considérablement les difficultés de la lecture pour l'enfance, qui la rend beauéoup plus rapide quand la connaissance en est acquise , qui

la perpétue à TépoqueGÙla délicatesse du toucher s'émoussant , les lettres ordinaires ne peuvent être perçues qu'avec peine, devait nécessairement prévaloir sur cette vaine considération qu'il offrirait à r œil pour lequel il n'était point fait une série d'énigmes à découvrir. Aujourd'hui on tend, à Tins^ titution , à accepter franchement le système de M. Braille et à en faire la base réelle de l'enseignement ; dans cet ordre d'idées on imprimerait en points saillants ( 1 ) les traités élémentaires, réservant pour l'impression usuelle, à laquelle les élèves seraient également initiés , les ouvrages moins indis-^ pensables, mais dont l'intérêt excitera toujours suffisamment les aveugles à vaincre les difficultés que présente la lecture.

(i) Des caractères ont été à cet effet fondus par M. Laboulaye; mais une opération conforme à celle du cliché de l'imprimerie ordinaire» dont un sorveillant de l'iDstitution , M. Victor Laass d'Aguen a eu l'heureuse idée, e*t venue, selon toute apparence, donner de nouvelles facilités pour l'adoption définitive du système des points saillans. L'inventeur écrit , comme sur du papier, sur une planche de cuivre peu épaisse, d'après le mode que je vais foire connaître ci-après, une page quelconque, puis en fait boucher tontes les petites cavités au moyen d'un étamage ; cette planche, placée sur la presse, produit ensuite autant de copies qu'on en veut. Une méthode de lecture s^achève à présent conformément à ce procédé.

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