‹ Des aveugles: considérations sur leur état physique, moral et intellectuel, avec un exposéChapitre 28 sur 67 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

éCRITCHB.

Je n'ai pas encore parlé de l'écriture : cet art , qui est placé pour nous avec la lecture au premier degré de l'instruction , doit passer au dernier pour les aveugles. S'il s*agit de les initier au procédé d'après lequel nous retraçons nousmêmes notre pensée pour les yeux, avec une main que guide la lumière, c'est l'objet d'instruction qui leur oppose le plus de difficulté : ausai est-ce celui vers lequel tendent en général le plus vivement leurs pensées. On a fait diverses tentatives pour le mettre à leur portée. Les premières paraissent remonter à la fin du xvii" siècle : mademoiselle Walkiers, de SchafTouse, dont parle Tévêque anglican Bumet (1), avait appris à écrire couramment au crayon , au moyen de caractères , taillés en creux dans le bois , qu'elle parcourait avec une pointe en fer , afin d'habituer sa main à tracer la forme des lettres. Jusqu'à ces derniers temps , ce qu'on avait de mieux pour faire écrire les aveugles , quand la forme des lettres leur était bien connue au moyen d'un procédé analogue à celui qui vient d'être cité , c'était la planche inventée par Haiiy , planche diversement modifiée dans la suite par lui ou

(1) Forage en Suisse et en Italie^ vol. x, lellre 2 ; Rotterdam, 1718.

m DBS AVBUGLBS.

par d'autres (1), mais qui consistait toujours au fond enui^ châssis à tringle, sous lequel se plaçait le papier et où la maint de Taveugle se trouvait dirigée de manière à tracer droit lesi lignes d'écritures. Cette méthode avait néanmoins bien de^ inconvéniens , et les aveugles n'arrivaient guère ainsi qu'à une écriture la plupart du temps illisible.

Pour bien comprendre tous les obstacles qu'a à surmonter l'aveugle qui veut parvenir à écrire , on doit songer qu'il lui faut apprendre , 1"* à former les lettres ; 2® à leur donner une hauteur et une largeur égales; 3® à laisser, soit entre les lettres , soit entre les mots , les intervalles nécessaires ; toutes règles pour l'observation desquelles nos yeux nous guident, tandis que l'aveugle n'a rien pour guider sa main. H est clair que , si l'on pouvait exercer longtemps les élèves à tracer des lettres dans de certaines limites qui les fixeraient, quant à ces trois points essentiels , l'habitude une fois prise d'écrire avec régularité, ils n'auraient plus qu'à laisser courir la main ; ce serait une opération purement machinale comme pour nous; mais il fallait trouver le moyen. Après divers essais , j'étais parvenu à découvrir un procédé infiniment plus simple que tout ce qu'on avait imaginé jusqu'à présent et

(1) Notamment par M. Heilman, de Mulhaosen, élève d'Haûy. Cet aveugle, doué d'une mémoire prodigieuM, avait acquie des coraiaissaooe» très éteoduet eo histoire ; il était également versé dans la philosophie et la litléh rature de l'Allemagne ; marié à la veuve d' Avisse , aveugle comme lui, mais non moins intelligeute, il fut quelque temps, sous Tempire, en Alsace k la tète d'une tisseranderie de coton dans laquelle il faisait travailler Navires aveugles.

Le perfectionnement apporté à la planche à écrire par Heilman, consistait prÎBeipalement en ce que le papier se trouvait placé sur un taffetas épais, de telle sorte que par la pression la lettre se trouvait empre'mte, et pouvait êtrt à peu près perçue en retournant le papier. On parvenait aussi à rendre cette empreinte sensible pour les yeux au moyen d*nn papier noirci. Je ne donne pas au surplus de plus longs détails sur ce procédé, longuement décrit dans Touvrage de M. Guillié (Essai sur l* Instruction des aveugles^ etc., p. 137 et suiv.), attendu qu'il est aujourd'hui complètement abandonné.

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qui t4mii p^ut^tr» à eauae de sa fiinplimté mime, D ecmsiste en une ptoehe d'un métal quelconque dana laquelle se trouvent eoupéee une ou plusieurs Ugnes dentelées en haut et en baa et d'une largeur eorrespcmdante à la grandeur qu'on veut donner aux oaraotères. Le corps d'écriture , la largeur des lettres , Fespace à laissa entre elles , la pente à donner aux queues , tout se trouve ainsi rigoureusement déterminé , et il ne &ut plus que de Tattention de la part de Télëve , en touchant les dents supérieures avec la main gauche , pour qu*il ne puisse se tromper. Au surplus , deux essais seulement cmt été faits jusqu ici d'après ce procédé , l'un sur une jeune personne dont la mort prématurée est venue arrêter les progrès, T autre sur un élève de l'institut de Paris, le jeune Tranchery, plus tard professeur à Tinstitution de Boston, qui, dans l'espace de quatre à cinq mois , parvint à écrire comme jamais , je crois, aveugle n'avait écrit jusque-là.

Ce fUt en 1829 que fut faite cette nouvelle épreuve de la méthode dont il s'agit , sous la direction d'un surveillant de l'établissement ( 1 ), à qui je l'avais fait conndtre et qui vouhii bien en faire l'application. Le 24 mai de cette année, je reçus de cet estimable jeune homme une lettre dans laqudle était incluse une autre de son élève ; il me disait : « Je crois vous surprendre agréablement en exposant sous vos yeux une preuve du progrès rapide qu'a fait l'élève Tranchery, que vous avez confié à mes soins pour lui apprendre à écrire ; vous devez voir avec plaisir les succès que j'ai obtenus. Je lui ai d'abord enseigné toutes les lettres simples de l'alphabet, ytt //a apprises ai^ec beaucoup de facilité d'après votre procédé; après quoi, je me suis servi d'un autre moyen fort simple, que je désire vous faire voir, pour lui

(1) M. Saint-Martin. - > >• ""^

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apprendre à écrire des lettres plus petites, un peu régulières et en lignes directes telles que vous les voyez. »

Ce procédé , dont parlait Tauteur de cette lettre , qui me procura en effet , ainsi que les quelques lignes pleines d'un sentiment si vrai de Tranchery , un moment de douce satisfjEiction (1 ), consistait dans une feuille de carton, sur laquelle étaient collées de petites bandes horizontales, dont Tintervalle creux marquait le corps de la ligne et la surface saillante la distance à laisser entre chaque ligne d écriture. L'aveugle appliquait son papier sur cette feuille, et en suivait, avec le doigt de la main gauche , les diverses arrêtes, de manière à obliger en quelque façon la main droite à tracer une écriture régulière.

Malgré un pareil succès , je n'oserai pas dire que la méthode ne doive encore être soumise à l'épreuve de nouvelles applications. C'est Texpérience seule qui pourrait en avérer définitivement tous les avantages.

Au surplus , comme les aveugles ne peuvent guère écrire autrement qu'au crayon d'après ce procédé , et qu'il leur est impossible de se relire , l'importance en est singulièrement diminuée. On a plusieurs fois essayé de composer une encre au moyen de laquelle l'écriture pût offrir quand elle est sèche un relief suffisant ; toutes ces tentatives sont à peu près resr tées sans succès. Un système imaginé dans ce but, il y a quelques années, par M. Challan, était trop compliqué pour devenir d'un usage général, et il a été abandonné. Je le répète , la pratique de cet art est tellement difficile pour les aveugles , la nature leur a opposé ici de tels obstacles , qu'or-

(1) La leUre n'était pas signée et contenait les lignes suivantes : « Sans doute qu'en lisant ce peu de mots vous ne reconnaissez point une main habituée à vous écrire; mais l'impression du crayon et quelques autres circonstances peuvent bien vous en faire présager quelque chose ; cependant je suis ravi de vous laisser le doux plaisir de deviner un de vos bienfaits. )>

dinairenient dans les procèdes inventés pour eux à cet effet, à côté d*un avantage qu*on obtient, se trouve presque toujours un inconvénient qui le balance.

Je dois signaler encore quelques autres procédés ingénieux conçus dans le même but, c'est-à-dire pour faire écrire les aveugles à la manière des voyans ; c'est d'abord le typhlographcy inventé par M. Gall d'Edimbourg, qui consiste en une planche sur laquelle un guide mobile aide à former avec régularité les diverses projections des lettres ; puis le procédé imaginé par M. le docteur Barrochin, aujourd'hui pensionnaire de l'hospice des Quinze-Vingts, et au moyen duquel il obtient lui-même une écriture au crayon fort satisfaisante ; enfin l'Espagne elle-même qui ne se présente qu'à peine, à notre attention, en ce qui concerne l'instruction donnée à cette classe d'êtres, nous offre pourtant un fait de ce genre qu'il ne faut pas omettre. Un aveugle-né de Barcelonne, M. Isem , qui par des efforts d'autant plus remarquables qu'ils ont été sans doute fort peu secondés, est parvenu à devenir un musicien distingué, a réussi à écrire très lisiblement d'après une méthode découverte par cet ingénieux étranger, et qui le met à même de retracer la musique exactement et dans sa forme ordinaire. La description en est consignée dans un écrit (1) digne d'intérêt, où l'auteur fait connaître les difficultés qu'il a dû vaincre pour arriver à ce résultat. Ce fut un médecin, devenu plus tard son biographe, qui appelé à le guérir, après avoir essayé en vain de lui rendre la vue, lui inspira tout au moins le désir de remédier à son infirmité et fut son premier maître; il lui donna donc des leçons qui lui procurèrent, dit-il, à lui-même une douce satisfaction, et à l'aveugle un bénéficia que le parecid

(1) Descrîpciones de aïgunos instrumenlos para ensenar à los cie^os las primeras lelras y la escrUura en notas de mmira^ por donJame Isern, cîego di nacîmîenio, Barcelon, 1837, in-4.

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tan apreciable como la qdquisicion de la vista por la que eff, *vnH0 hU^ H viaje. » Un bienfait .qui lui parut aussi appréciable que la vue, pour laquelle j'avais fait en vain le voyage. •♦

Chacun 4e ces prociédés appellerait, on le comprendra 9ans peine , une description minutieuse , et même une image fidèle des appareils que corriporte la méthode; je me bornée une simple indication, car , encore un coup , les personnes qui s'intéressent ^ux progrès de Tinstruction parmi les aveugles, neaaufaient attacher une grande importance à ces tentatives qui, si^ ingénieuses quelles soient, n'auront jamais qu'un succès partiel et resteraient même sans avantages sérieux, quand bien même elles pourraient être généralisjées. Faire tracer péniblement aux aveugles des caractères qu'ils ne peuvent woiv à leur manière , c'est-à-dire palper, et dont par conséquent ils ne sauraient véritablement se rendre aucun compte, c'iest en réalité peu de chose. L'essentiel, c'était de les doter d'un moyen , prompt et facile, de fixer leur pensée par écrit et de pouvoir se relire^ ce nipyen ils l'ont naturellement trouvé dans le système de M. Braille , dont j'ai fait connaître la base dans le chapitre précédent. Au moyen d'une planche de format in-4o ou in-8° , sur laquelle sont tracées des lignes horizontales , en rapport avec les ouvertures d'un grillage mobile , adapté à la plaiiche , le doigt de l'aveugle , armé d'un petit poinçon , trace avec rapidité et certitude des caractères disposés de manière à ce qu'il puisse les relire en retournant le papier. Ce mode d'écriture, auquel les aveugles sont initiés avec la plus grande facilité, est devenu usuel à l'institution de Paris; il sert aux élèves pour faire leurs deifoin-; ils prennent ainsi des notes dans la classe; ils se forment de petits recueils littéraires ou scientifiques; ils fixent leurs pensées ; chacun d'eux a une planche avec son modeste assortiment, comme les écoliers ordinaires ont la plume

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et Técritoire; ils apprennent ainsi à écrire et à lire en même temps; leurs progrès ont ^t.é secondés à un degré remarquable; enfin, les avantages de ce système sont tels au'il a fait complètement abandonner les procédés anciens pour écrire à là nianière des voyans dont je viens de parler.

Il est vrai que les aveugles ne sont pas directement ei> communication , par ce moyen , avec les personnes qui jouissent de la vue, puisque la connaissance du procédé demande une première étude, bien courte sans doute pour tgute personne attentive, mais qu'on ne saurait exigpr d'une manière générale de tous ceux avec qui les aveugles peuvent se trouver en rapport; Tinconvénient qu'on ne saurait dissimuler suscita, de la part de Tingénieux auteur du système, de nouvelles recherches dans le but d'arriver à un mode d'écriture en points saillans, figurative de nos lettres et par conséquent adaptée en même temps au doigt. Secondé dans ces recherches par M. Fournier (1), Braille résolut le problême (2). Il a fait connaître lui-même avec détail son procédé dans un écrit (3) qui témoigne du zèle patient et laborieux de Tauteur dans la poursuite de ce résultat ; mais disops-le, il fallait l'acheter au prix de la rapidité, de la facilité que présente l'écriture précédemment élaborée par M. Braille; cette écriture a par conséquent été préférée; l'autre est restée comme un de ces travaux curieux, que ne

(1) Fournier (Alexandre], aveugle-né, fut instruit par Valentin Haûy^ dont il devint un des élevis les plus distingués, et qu'il accompagna en Russie lorsque |e célèbre instituteur fut appelé pour y propager sa mélhodc. M. Foùrhier est aujourd'hui retiré à Versailles, où il a dirigé lui-même l'éducation de ses enfans.

(2) |1 m'adressa à ce sujet , en i838, une lettre dans laquelle il disait : (t J ai rhonneur de vous soumettre un nouveau mode d écriture. S'il obtient votre approbation, je ne regretterai pas d y avoir consacré une grande partie de mes vacances. »

(3) Nouveau procédé pour représenter par des points la forme même des kttreSf p^ Louis Braille, in-8,1839.

doit point omettre l'annaliste exact de la marche progressive de cette instruction spéciale. En contribuant, au surplus. à mettre le génie inventif d*un autre aveugle, M. Foucault, sur la voie, pour trouver le précieux appareil dont je vais bientôt parler , et qui me paraît avoir définitivement résolu le problême , M. Braille a encore rendu un important service à cette cause, à laquelle son nom se trouve désormais si honorablement rattaché.

Il faut mentionner ici un procédé en usage dans quelques instituts d'Allemagne, et qui a une analogie éloignée avec celui que je viens de faire connaître. Il consiste à figurer à l'extrémité de petits morceaux de bois taillés en carrés longs, chaque lettre de Talphabet au moyen de pointes saillantes qui , appliquées à un papier placé sous un châssis, y pénètrent et y laissent l'empreinte de la lettre piquée ; Télève n*a qu'à retourner le papier et peut se relire. Ce procédé est très usité dans ces instituts. Les aveugles parviennent à écrire ainsi avec assez de rapidité , et ils se servent de ce moyen pour correspondre avec leurs parens et leurs amis, qui peuvent aussi facilement leur écrire par ce même moyen. Ce procédé a sans doute l'avantage de ne pas offrir une écriture énigmatique dont il faut avoir la clef ; il est évidemment un perfectionnement du procédé quelquefois employé par certains aveugles , consistant tout simplement à piquer les lettres avec une épingle ; mais il est plus lent et moins pratique que notre écriture usuelle en points, dont on n'apprécie pas encore à l'étranger toute l'importance pour l'instruction des aveugles.

Rappelons enfin simplement, à ce sujet , un moyen singulier inventé par deux jeunes gens de l'institution des aveugles d'Edimbourg, David Macbeath et Robert Milne, pour correspondre entre eux. Il consiste en un ruban auquel sont faits des nœuds, dont les diverses dimensions représejitent

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des classes de lettres convenues ; on peut en avoir la conception et Tusage en quelques heures; et je vois dans un recueil estimé qu'il est possible, au moyen de ce procédé, de transmettre une idée avec la même précision qu'avec la plume (1). L'usage en est toutefois assez incommode , et ne saurait jamais prendre beaucoup d'extension ; cette corde se pelote sur elle-même, et l'aveugle veut-il retrouver un passage dans ce livre ainsi fermé, il faut qu'il déroule la pelote toute entière. On a calculé qu'un chapitre de la Bible, écrit ainsi, formerait un boulet de 24 et que la Bible complète ne tiendrait pas dans une église.

Nous arrivons maintenant à M. Foucault. Né en 1797, et devenu aveugle vers l'âge de six ans , il fut élevé à l'institution de Paris et y manifesta, dès ses plus jeunes années , des dispositions pour la mécanique, qui ne sont pas rares chez les aveugles. Sorti de l'établissement en 1818, il conçut divers projets, que la modicité de ses ressources l'empêcha de réaliser, et qu'il vit accomplir plus tard par d'autres. Qui croirait qu'à une époque où personne ne prévoyait encore cette immense découverte dos voies de traction nouvelles, qui doivent changer la face du monde , un pauvre aveugle , sachant que la vapeur était employée à mettre en action de puissantes mécaniques , rêvait ce qu'il appelait un chemin à coulisses sur lequel , avec le secours de ce moteur , on pourrait marcher avec une vitesse jusque-là inconnue! Ce fait est pourtant bien réel, et le projet parfaitement élaboré, a été communiqué par l'inventeur à plusieurs personnes qui Tattestent (2). Quoi qu'il en soit, admis à l'hospice des Quinze- Vingts, où il monta un petit commerce d'épiceries, M. Fou-

(1) Nof'th amerîcan Heview, 1830 La desciiptioi) détaillée de ce procédé, que je sigoale aniquement comme imn curiosité , est présentée , p. 30, dans récrit de M. Àlstoo, ci-dessus dté.

(i) Ouadetf Annales des sourdê-muets et des avBugles^ t« ii^ p» 284 <

cault se trouva plus en mesure de donner carrière à son es-^

prit inventif; ses idées se restreignirent dans un cercle plus étroit . mais où elles pouvaient être plus fécondes ; et abordant, vers 1839, les systèmes imaginés pour mettre l'écriture à la portée des aveugles , peu satisfait des procédés employés jusque-là, il parvint à construire à cet effet un appareil fort ingénieux et qui a eu un plein succès { 1 ).

Dans cet appareil, dix touches rangées verticalement font agir dix poinçons, qui viennent converger de manière à forr mer une ligne d'écriture de la grandeur ordinairç. Ces touches sont pressées par la main droite, qui procède ici comme sur un clavier , tandis que la main gauche fait avancer horizontalement, au moyen d'une manivelle , la mécanique de manière à figurer, au moyen de ces points successif, des lettres et des mots. Tout consiste, on doit le voir, dans la connaissance des combinaisons , d'après lesquelles les touches doivent être mises en action. Mais ces combinaisons, il est tel aveugle à qui il n'a pas fallu plus de trois jours pour les apprendre ; au bout de ce temps si court, il savait littéralement écrire tous les mots de la langue. L'habitude seule lui manquait.

Voilà certes un résultat prodigieux. Dans le principe, les poinçons piquaient légèrement le papier, et produisaient d^ points qui, sans être sensibles, à cause de la petite dimension du corps d'écriture, pour les aveugles , étaient d'une lecture pénible pour les voyans ; mais l'inventeur ne tarda pas à remédier à cet inconvénient au moyen d'un papier à d|écalquer, qui produisit des caractères en noir parfaitement lisibles. Cette écriture est la même pour tous et elle ne sau-

(i) Dans une lettre que m*a adressée rinvesteur en 1841, il ie phiil à reconnaître ce qu'il doit au système des lettres f^quées dé Louil BraUie,' et avoue que sans son admirable tableau cftiffré, il n'àuraU peUi^^irepètt ii bien réussi.

ràit être relue; ce sont-là ses désavantageai; liuiîs cbmbieri ils sont atténués par la certitude et par la facilité du résiiirat obtenu ; il ne s'agît ptuà en effet de lettres que là iiiàîh de Tàveugle tràcë ^iour ainsi dire au hasard, ei qui J)eûvent; malgré les plus pénibles efforts, devenir un amalgamé coït-;

fus et indéchiffrable; avec l'appareil, Taveugle,' quand il saîï s'en servir , écrit nécessairement Bien. Son écriture sera régulière malgré lui, et si par distraction rf s èsi itoiiipé, Tefreùr né saurait jamais avoir une grande importance i Toutefois, M. Foucault n'aurait jpas jugé complet le moyen véritablement pratique qu'il avait inventé , pour corrès|)ondfe avec les voyans, s'il n'eût mis l'aveugle à même de pouvoir, en se relisant, corriger l'erreur qu'il a commise. A cet èfTéi, il construisit une seconde machine , au moyen de laquelle les lignes que tracent les poinçons se trouvent reproduites en même ten^ps, à peu de distance, en caractères saillans de plus grande dimension ; le problème était ainsi complètement résolu; car l'aveugle pouvait écrire à la fois pour le doigt -et pour l'œil. Malheureusement, ce second appareil est resté d'un prix assez élevé, ce qui le met tors de la portée de la plupart des aveugles, tandis que le premier, iikturèllement oçâucdup plus simple , peut èîré livré à dès conditions qiii le rendent accessible aux plus liiimb'les fortunes (1 j. Aussi est-il devenu usuel parmi les aveuglés de f'Mnce. Le renom s'en est aussi étendu dans l'étranger oîi rifiventéur ëh expédie journellement.

M. Foucault présenta, en 1843, ces deùk ingèhiettk ap- . pareils a la société d'encouragement pour Tindiistrie nationale, qui décida que l'un et l'autre seraient décrits et gravés

(i) il coûte de 80 i éi fradcs , tandis qil4 le j^i-ënifeir ^lënt S une somÂë ' eD<riron décuple. Le Catalogue ehiffiré, ou eicplicatioa de» comlnuaUons de tpoffbfi^ ;P|i. de j^oifçouf.c|ui. doivent amener la formation des lettreS| se vend à l'institution au prix de 1 franc.

dans son bulletin , et décerna à Tinventeur une médaille de platine.

Depuis cette époque, M. Foucault a poursuivi le cours de ses travaux et il est arrivé à un nouvel appareil qui n'atteste pas moins que les précédens le génie inventif de cet intelligent aveugle. Dans une lettre, qu'il m'a récemment adressée, il en explique lui-même la pensée et le but. Apres avoir expliqué que la première mécanique exige, de la part des personnes devenues tardivement aveugles, et habituées à manier la plume ou le crayon , une pratique qui leur est quelquefois pénible, M. Foucault ajoute : « J'ai donc pensé qu'il nous manquait un instrument qui pût convenir indistinctement à tous les aveugles , et avec lequel on écrivît immédiatement sans avoir besoin d'étude ; c'est le problème que je crois avoir résolu par la construction du clauier-im-' primeur, que j'ai eu l'honneur de soumettre à votre examen à l'exposition des produits de l'industrie nationale. Un résultat non moins précis pour nous, et que vous avez pu vérifier vousmême , c'est qu'on parvient à une rapidité qui dépasse de beaucoup celle qu'on obtient avec une autre mécanique. Cette machine, que j'ai eue à peine trois mois entre les mains, me permet déjà d'écrire 70 vers alexandrins à l'heure, et il est évident qu'en m' exerçant, j'arriverai encore à une plus grande vitesse. Je puis donc espérer qu'avec le clavier-iraprimeur les aveugles et les voyans eux-mêmes écriront aussi vite qu'à la plume.

«« La construction de cette machine a été longue et difficile, les pièces les plus importantes ont été recommencées jusqu'à trois fois, et j'ai mis plus de quatre années à la faire exécuter. Le clavier- imprimeur se compose de deux claviers parallèles, ayant chacun 30 touches; chaque touche porte un caractère en gros relief, et assez grand pour être reconnu par Taveugle dont le tact est le moins exercé. Pour compléter

ridée qu'on doit se faire de ce nouvel instrument, je dirai que , quelle que goit la touche de Tun ou Vautre clavier sur laquelle on appuie, la lettre qu'elle porte vient s'imprimer en noir, et enfin sur le papier et par la seule pression du doigt; le papier marche de l'épaisseur de cette même lettre. Il suffit donc pour imprimer un mot d'appuyer alternativement sur les lettres dont il est formé. Pour l'écart des mots entre eux, on presse du doigt une longue lame de cuivre placée entre les deux claviers.

a J'espère que cette courte explication suffira pour faire comprendre que dès qu'un aveugle connaît les caractères qui sont sur une touche, il est en état de reproduire sa pensée sur le papier. »» '

Une haute récompense était due à la nouvelle et importante invention de M. Foucault ; le jury pour l'exposition de l'industrie nationale, en 1849, lui a décerné une médaille d'or.

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