‹ Des aveugles: considérations sur leur état physique, moral et intellectuel, avec un exposéChapitre 33 sur 67 · INSTITUTIONS. Î · texte numérisé non relu

INSTITUTIONS. Î

l'établissement, et dont la rente qui s'élève à 829 fr. , seconde les efforts des élevés à leur sortie , pour l'achat d'instrumens de travail» de matières premières, etc. (1).

La France possède en outre , à Lille , deux établissement d'éducation pour la cécité, l'un affecté aux garçons, l'autre aux filles; ces maisons qui renferment environ vingt-cinq enfiins aveugles , sont confiées à deux congrégations respectables qui y dirigent Tinstruction conformément aux principes et d'après les procédés adoptés par l'école de Paris. ESlet sont soutenues par des bourses départementales. Les aveugles n*y forment au reste qu'une section de l'établissement et la moins nombreuse : c'est essentiellement aux sourds-muets qu'il est consacré. A l'institution qui leur est affectée et que dirige avec talent , à Rhodez , M. Rivière , vient aussi d'être annexée une section contenant environ quinze aveugles.

An sujet de cette réunion d'enfans appartenant à deux classes d'infirmes si distinctes, réunion que nous retrouverons dans diverses contrées , une controverse s'est établie ; je ferai connaître les argumens principaux cités de part et d'autre : cette réunion, disent ses adversaires , ne saurait être justifiée que par quelque convenance économique , à laquelle il est parfois indispensable de se soumettre. En principe, rien- de plus bizarre qu'une telle association. L'esprit et le cœur établissent ici une analogie que repousse la nature des choses. Il s'agit de catégories d'individus qui ont respectivement besoin d'appui , dont l'éducation réclame des secours spéciaux : cela est vrai ; mais cet appui, ces secours, diffèrent complètement. Il n'y a là aucune assimilation réelle à établir. Comment donner les mêmes maîtres à des enfansplus

(1) Les employés de rinstitution ont en outre fondé, eo 1849, one oM^rr dé pUtemeni destinée ■ venir en aide à rinsoflBfanoe de cette cefiMe.

tao DBS AVBUOLBS.

profondément séparés encore entre eux» que ne Veai chacuiMi des deux catégories des personnes pourvues de touA leurs sens ! Une seule barrière est déjà si difficile à franchir» et ici 3 y en a deux ! Ajoutons que ceux-là même que nous fonlonB rapprocher pour les instruire, tendent au contraire» pw ce qui DOIS trouvons de commun en eux, à s'isoler, peut-dtM à as repousser ; de telle sorte que des dispositions instinetivii» fôcheuses pour le caractère moral et pour la félicité futarii peuv^t se développer sous Tinfluence de cette nasoeîatigi irréfléchie» avant l'époque où la raison en eût fiMÎkniMt triomphé (1). Un écrivain que j'ai souvent cité» M* G«*kfc| se prononce aveo une grande force contre la fusion des «Veir gles et des sourds-muets dans la même école* • Mettis en rapport, dit-il (2 ), des aveugles ou des sourds-Hraete aves des hommes pourvus de tous leurs sens , aveugles et sourds^ muets trouveront dans cette société des douceurs, des aeeeim intelligens ; mais associer des sourds-muets et des aveufj^, c'est ravir aux uns et aux autres la seule censolation qfk'ik puissent avoir, celle de vivre au milieu d'êtres qui les coaih prennent, avec lesquels ils puissent se mettre en mppcMrt* »

L'opinion contraire a trouvé un apdogiste fort inteUigsot dans l'auteur expérimenté d'im écrit relatif à l'instîtat de Ziirich que j'ai déjà eu occasion de mentionner (3^. MLd'Or^ qui a depuis longtemps sous les yeux cette réuBÔofei deadeas classes d'êtres, et a pu par conséquent en eenstater les rdsal tats , reconnaît que l'enseignement, surtout renseigneimal scientifiquei réclame des maîtres ctistincts; mais seas hemmoÊmf de rapports, l'instruction peut être dennée et sera^onnéeares

(!) M. f abbé Carton, qui ne nie pas cette répoliion teerèle, pense qoe le ■ rilhii i M»yea ée b éirtila tt i e est éé rtanir tm den daiws â^haÊtma. [Le sourd-muet et Vaveugle^ 1. 1, p. Si4.)

(2) Annales^ t. ▼, p. 244.

(i) ViMtktii des mmigtêê et dês smi niê m» m t $ degsuich^ tie,, fiSiStt et suiv.

INSTITUTIONS. iH

final est wmsumé L'ivrag^e est porté à une existence calma umà mfÊàhinmi )a aoatd-maet est tarbalent et par siBta inapi^iqtték II y a exoèe d'activité é'un côté et d'inactivité der«Mra< Comment» eounrinfloence d'un instituteur habile» ne riarilerait'it paa de li une leçon tivantCi qui deît teodra à mmmMt une jwrte meeuf e dMis tes baUtudea respective» dfli 4nb eati^forîea de disciples. Les aveugles et les sourdsmuais ecmMcasant e&eflelparne pas s'aimer; lespremiem tétfwigusni itne seifte de crifaite et d'éloign^nent à l'égard da leuA aairtalracles tteo pstlaos> ils ks eoiisîdte»t somme dea dtrea d^giadéa de l'aMrttmt pruEicipal de l'homme; le boumU ifMMl » vif et agiloi da ssb coté^ i qui tous les actes de la via Boni fiwilemetil aocesaîMes, t^arde en pitié oes paaviea etrea <|ai ne peuvent maichef sans aide; mais ces prévw it io n a se diflsqpeM par dea idatioba habituelles» par une comiaia^ saiiee réeipro^, ^us intkie f Ql parfais la crainte se cbiiiige ai sjfMipailûa al le mépris en a&niràiten. • Saut^etU nmsê ofiHmê M dêê êùtêrdê-ma^tê manifêsêêr ai^ée émotion Uur étam0 p<mrfheiikté des a¥€Ugleêf ei Uê derniers se mettra iweo eànfimnce soiss la etmdaiie dès ptefHiers* n

^ Parler de eoBMsereé social oïlre les sourds-muets et lea aTodglea leisemble à vm fÊOLtsàmét, puisqu'oti dirait croire phoÉM i l'imposHbifité des oemsMUMations Milre ces deux ciiÉteÉ d'infcrtunés; td n'est pdiùt la cas oependaak Im sourd-muet peut apprendre la langue articulée ( toujours il est vrai sans articulation agréable), il comprend des mots prononcés lentement, en stdvant atientiventeni iitA yeux le ii ol i fem m l dsa organes de la parole^ L'aveugle eménd cm que dit le sourd-muet, éf le Soufd-iùtlet voit ëë ^ùé iSSt l'afveogle. LesourdHDmet apprend la langue écrite, et l'aveu- ^ Èe fàoàSMm ûvtt les IbmêS 4rt tes eairactères de récriture ; le premier écrit avec les doigts sur le dos du second, et cetaM eèmprend eè qw cehn-'lè écrite L'avèugfe d'aillears

S3S DES AVEUGLBS.

peut se rendre intelligible au sourd-muet par la langue naturelle des signes, signes d'appel, d'indication, comme aussi en imitant les mouvemens propres à certaines actions (1 ). »

« Les sourds-muets et les aveugles peuvent recevoir en* semble avec avantage l'instruction dans les travaux manuels. On ne saurait alors voir sans intérêt combien le sourdmuet met d'attention et d'empressement à assister l'aveugle, en portant ceci et cela, et en se chargeant pour lui des fonctions pénibles. Quant à la possibilité de réunir les [aveugles et les sourds-muets dans une même habitation et à la même table, personne assurément ne pourra la révoquer en doute. •

La conclusion , c'est qu'on ne saurait se faire à cet égard une opinion trop absolue. La réunion peut être admise en principe ; mais elle suppose de la part du mdtre » il fiiut le dire, une sagacité et une sollicitude toutes particulières.

L'Allemagne marche en tête à la suite de la France, dans . la carrière de l'instruction des aveugles. Dans la capitale de l'empire d'Autriche est une institution fondée, en 1804, par M. EUein, dont l'intéressant écrit a été si souvent rappdé dans cet ouvrage. M. lUein, qui n'avait aucune connaissanoe de la méthode d'enseignement appliquée déjà depuis plusieurs années à Paris, fut obligé de faire comme Haûy» c'està-dire de créer les procédés au fur et à mesure que Teiigeaient les progrès de l'élève qu'il avait pris chez lui (2) ;

(1) A Tappui de ce que dit ici Tauteur, je citerai un fait propre à tution de Paris. Pendant environ vingt ans, un sourd-moet qû y amit M en partie élevé, y a été employé en qualité d'ouvrier tailleur. H parvouit à le foire comprendre habituellement des élèves.

(2) Jacob Braun, né i Bruck, dans la Basse-Autridie, en 1795; cet aveuf^e développa dans la suite une adresse et une aptitude renuurquables pour Ifi travaux manuels ; le jardinage même ne lui est pas resté étranger. « U aèaa et plante dans le jardin, et y greffe aussi les arbres, » disait de lui, en 1819, son habile maître (Lehrbuch, p. 405], qui a, dans un petit écrit apécial, bit connaître les procédés dont il s'était servi pour l'inttrwro d le

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in bout de peu de temps, il put faire constater publiquement le dévekppemoit rapide des fecultés intellectuelles de son âëve. Ce succès excita l'intérêt d'une foule de persomies tnenfiEÛsantes , qui voulurent sur-le-champ aider M. Klein i poursuivre et à étendre sa philanthropique entreprise. L'impératrice se mit à la tête des souscripteurs ; enfin, en 1808, le gouvernement assigna un fonds propre à l'institution sur le tréscnr puUic , ainsi qu'un bâtiment spacieux et approprié de toute pomts à sa destination.

On reçoit dans cette maison , indépendamment des étèvei dont l'État fidt les frais, les en£Ems pauvres pour lesquels des biaifiûteurs particuliers s'engagent à payer les dépenses d'entretien et d'éducation primaire et industrielle , et les en* hoB riches qui exigent des soins particuliers et une instruction scientifique et littéraire plus avancée ; classification judicieuse , sur laquelle il convient d'appeler l'attention ; des élèvel( étrangers y sont également admis, et un jeune Egyp* tieo a été envoyé, il y a qudques années par le vice-roi, pour y iiaire son éducation.

L'âge d'admission est entre sept et douze ans ; le temps de l'instruction est de six années ; mais comme oa ne le fait partir que de la dixième, il en résulte que le séjour des âkves entrés plus jeunes se trouve dépasser ce terme de six ans, ce qui est judideusem^t établi. On n'admet du reste que les élèves qui n'ont d'autre infirmité que la cécité et qui sont reconnus susceptibles d'éducation : il y a un uniforme corn* mun et point d'externes.

Le temps est sagement distribué entre les études, les travaux et les récréations. Qiaque jeudi a lieu un examen anquel le public est admis, et qui commence par des morceaux de chant et de musique. La méthode d'instruction est ensuite exposée , et les élèves sont interrogés sur les divem dbjets de leurs travaux.

laé DKë AYËUQLEe.

Lm élbvfis 8oni soigneusement visités « si sslai cks» qpi Tétat de Tappareil visuel permet d'eqpérer <|u'oa poom 1« rendre la vue en l'opérant , est oonfié àeei eflet à m osai' liste*

Les employée sont s un directeur préposé à la conduite de teai l'établissement } un eccléeiastique ehargé de l'instraetisa religiense^ deux professeurs pour Tinstruotion soîentifiq^ ^ littéraire^ deux maitrea de musique; divers maStrea pour Tapprentissage des métiers; trois médedusi dea aurveîHeaa et gens de service*

Mtf Klein a eu rbeureuse idée^ imitée à Paria dam %m deniers temps, de fermer une élection de tous lea yreeédii qui en divera temps et en diverses oeirtréea otit été iiaafin^ pour riastvuotion des aveuglée; c'est là une sorte dtf musée ^éeial dont VoA du visiteur ne parcourt pas sana i n té r ft t ka objets assea mukipliféay et qiâ danaleuf e oftapl ie ati oa,parism mdeae dana leur biaarrerie^ atteateat encoie lea ^bfta d'un aMe honorable pour rhasMiBté M^vâkmàe ^l)f

127 jeunes aveugles avaient, en 1837^ été admia daaaerl étal^ssemeni depuia sa fondation (87 garçona et iOjoaaes fiilea). Tous, à l'eaceptien de 8| étmeat devenoa «veaglea dans la ptemièitf année de la m, de teHa tterta ^'û ne hwr reetait aucun sewenir d'avoir v«^ Quant aan rélultaÉi tiféa da l'instruotioD ^ VaUteur coNi^t 12 élkvM qpii a'étmei* montrée fort remarquablea Éaaatoualsdrappbrta^SS^ Cmm êtva aussi distmgiié», avaient ponrtaM feil da netablea pea» grès, tant dans les sciences que danele» arttt méeanîquseï 67 étaient reetéa laédieeres) lil Seulement^ soit qae leurCrg M Ms atien fôt knpal&ite^ toit ffitë leur édnsatîon eâtceae moMé tr^ tard; n'avaient pu acquérir ah eu n o iaal in i ti ftâ et

J.W. Kkin, Wieo, 1887^ iii-8, p. 87.

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