‹ Des aveugles: considérations sur leur état physique, moral et intellectuel, avec un exposéChapitre 35 sur 67 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Nous passons aux établissemens où l'éducation est surtout dirigée dans le but de développer cette aptitude manuelle, propre à assurer par le travail l'existence des aveugles indigens qui y sont admis. Les établissemens du Royaume-Uni se présentent ici en première ligne. Dans l'ensemble , ils donnent lieu, comme on va le voir , à des observations d'un haut intérêt. Au commencement, ce principe que les aveugles appartenant en très grande majorité à la classe pauvre, c'étaient des ouvriers et non pas des savans qu'il fallait s'attacher à former dans les établissemens spéciaux qui leur sont mverts, Ait appliqué d'une manière trop absolue. Tout enseignement intellectuel en était banni, et il y en eut même >ù Ton nia l'utilité d'apprendre à lire aux individus atteints le cécité. En Ecosse, ce système exclusif dont ce livre tout mtier fait assez ressortir le vice radical , éprouva des modi- Scations ; peu à peu on en a corrigé partout l'excès, c'est-àiire qu'on a admis l'instruction comme un complément indispensable qu'il faut savoir combiner avec les travaux industriels, de manière à relever l'être moral et à ajouter ainsi, dans bien des cas, à la valeur productive de l'être physique. Dans l'état de choses actuel, le degré de l'instruction varie beaucoup d'un établissement à l'autre, mais enfin l'instruc-

242 DBS AVEUGLES.

tion est admise dans tous, et Ton trouve le moyen d'y consacrer un temps qui n'est point prélevé sur les heures de travail, et devient plutôt pour les ouvriers une véritable récréation (1).

Ce changement, apporté dans le système primitif, n'était pourtant pas une solution cécnptële de la question. Certains établissemens, généralement ceux d'Angleterre et d'Irlande, ont conservé le caractère d'école industrielle, c'est-à-dire, sont exclusivement ouverts à Tenfance, à l'adolescence; d'autres, ceux de l'Ecosse, conservent ou admettent d^ adultes aveugles, appellent même dans certains cas le concours d'ouvriers voyans, et deviennent ainsi de véritables dsiles. Cest entre ces deux modes qu'il faut se prononcer. L'écrivain judicieux , dont je viens d'invoquer l'appui, lés a étudiés tous deux avec soin, les a vus en action sur leslienx tnèmes, et se prononce formellement en faveur da second. H importe de bien préciser les motifs sur lesquels se fonde cette adoption.

Dans les écoles, les en&ns sont forméâ, pendant m nombre déterminé d'années, à un métier qu'ils doivent exercer iDi jour; puis, leur temps accompli, ils sont renvoyés avec une Ratification de 50 à 100 fr. , ou bien avec un assortiment de tous les outils nécessaires à la pratique de l'état qu'ils Mt appris. Les élèves, dans ces sorte» d'établissemens. Se tenouvellent assez fréquemment ; mais combien en est-il parmi eux qui tirent parti, au dehors, de l'itistruction qu'ils ont acquise \ Ainsi cette instruction a été étendue â beaucoup, . mais en définitive elle n'est profitable qu'à un très petit nombre. Au contraire, dans l'autre S3rstème on admet moins d'individus au bienfait, mais ce bienfait ne devient pas illasoire. La restriction même à un petit nombre d'admis, finit

(i) VûtÀ Oarion» Bfl^(, p« 7.

par être plutôt apparente que réelle. En effet, la masse dea travailleurs change plus souvent qu'on ne serait tenté de lé croire ; on a observé que, soit par décès ou par toute autre circonstance, un dixième et jusqu'à un septième , quitte Tasile ( 1 ) , dont la population se renouvelle de la sorte tous les dix, ou au plus tard tous les quatorze ans.

Sous le rapport économique aussi, il est clair qu'il y a un très grand avantage à conserver des ouvriers formés, et à ne pas les remplacer sans cesse par de jeunes apprentià, qui travaillent peu ou travaillent mal, et causent par conséquent aux établissemens des pertes considérables. Ce résultat est avéré par la comparaison des produits du travail dans les établissemens soumis à ces divers régimes. Nous voyons par exemple à Liverpool, qui est une simple école de travail, 108 élèves produire en 1836, seulement pour une valeur de 46,040 fr., tandis que dans la même année le travail des soixante individus de Tlnstitution de Glascow, soumise à d*autres règles, s'élève à 62,850 fr. Ainsi, il y a près de moitié de travailleurs de moins et le produit est d'un quart plus élevé !

n résulte de là, que dans un établissement où •« les aveugles ne restent pas après leur instruction, on ne peut enseigner que des métiers qui n'exigent ni l'emploi de grands capitaux, ni le concours de plusieurs ouvriers, ni enfin l'em* ploi de machines coûteuses ; chaque métier doit être im travail individuel, au lieu que dans un asile , Tusage des machines à vapeur et la division du travail pour la fabrication l'un seul produit, peuvent être introduits avec un immense avantage (2). »

Un autre avantage des asiles, c'est de fournir les moyens

(1) Mapport, p. »,

tu DBS AVEUGLES.

d'occuper tout le inonde, jusqu'à celui à qui la nature a refusé l'aptitude nécessaire pour la pratique complète d'un métier, et qui n'est capable que de quelques travaux élémentaires qui complètent une confection. Ainsi dans l'asQe d'Edimbourg , la £Eibrication des matelas en crin est Toocapation principale. La manipulation du crin avant qu'il puisse être tordu» donne du travail aux moins habiles. Un degré d'aptitude de plus» rend apte à tordre le crin« Plusieurs tissent la toile, travail qui ne rapporterait que peu de chose dans cette contrée s'il était fait isolément ; les filles cousent les enveloppes, et les ouvriers les plus intelligens les remplissent. Par cette division du travail, on obtient des salaires qu'aucun métier pratiqué isolément ne saurait procurer.

On a vu, dans un précédent chapitre, en quelle forte proportion doivent se trouver, sur le nombre total des aveugles, ceux qui ont perdu la vue à un âge plus ou moins avancé. En général ces aveugles ne peuvent guère continuer le genre de travail qui leur a jusque-là procuré des moyens de subsistance. D leur faut ordinairement une besogne simple et £adle, et qui n'exige pas un nouvel apprentissage. Il est clair que le système qui est exposé ici, s'adapte surtout à la situation des aveugles de cette classe.

Si l'on suit, au-dehorsdes établissemens, les aveugles qui y ont reçu Tinstruction industrielle, on reste encore frappé de l'avantage que présente pour eux le système qui consiste à les garder comme ouvriers , quand leur apprentissage est terminé. L'expérience a montré que, séparé de ses semblables, à moins qu'il ne soit soutenu par le puissant intérêt que suscite en lui sa qualité de chef de famille, l'aveugle perd bcilement courage ; l'énergie lui manque bientôt contre les obstacles qu'il rencontre pour utiliser ses bras ; il recule devant les avantages qu'a sur lui le clairvoyant à plusieurs égards. Des institutions d'Ecosse, sont sortis déjà plusieurs

aveugles qui, animés du désir de se suffire à eux-mêmes, après quelque temps reconnaissant leur impuissance, ont voulu renoncer à l'établissement qu'ils avaient formé, et rentrer dans l'asile dont ils avaient cru pouvoir se passer (1 }.

On lit dans le rapport annuel de l'Institution des aveugles de Dublin, pour 1833 : « Nous avons vu avec peine que des élèves qui avaient acquis une grande habileté, dans un ou plusieurs métiers, et qui étaient sortis de l'établissement avec d^excellens principes et une somme assez notable de gages reçus, n'ont pas réussi dans des entreprises, fondées en divers lieux, par défaut de l'appui qu'ils méritaient si éminemment, et que leurs fonds s' étant graduellement épuisés , ils ont été forcés de retourner à Dublin pour y augmenter la masse considérable de pauvres qui y existe. » Les mêmes faits ont été constatés à Liverpool. Là aussi, on a pu remarquer que tandis qu'à Glascow, à Edimbourg, les efforts des aveu- ^es réunis sont soutenus, encouragés, par les témoignages les plus vifs de sympathie , personne ne s'inquiète plus du sort du pauvre travailleur aveugle, quand il est perdu dans les rangs de la société, d'où il résulte que ce travail ne lui procure plus que d'insuffisantes ressources. Ainsi l'avantage est à tous égards à l'asile, et telle est aussi la conclusion unanime de tous les surintendans d^établissemens d aveugles d^ Angleterre, que l'auteur, auquel j'ai emprunté ces détails, a pu consulter (2 ). On verra un peu plus loin que la création d'une classe d'établissemens très distincts de ceux dont je viens de parler, peut être également invoquée à l'appui de ce système.

Je ferai suivre ces considérations générales de quelques détails sur les établissemens. Le premier qui ait été ouvert

(1) Rapport, p. H,

(2) Rapport^ p. 13.

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aux aveugles en Angleterre, où la statistique ne peut encore présenter à cet égard, comme en France, que des dmméoi incertaines, est presque contemporain de notre Institution 4$ Paris ; mais il ne fut pas établi sur les mêmes bases. Ce fat en 1791, à Liverpool, qu'un simple citoyen (1) fonda, nvec le secours de souscripteurs , un asile pour instruire de jranei enfans appartenant à cette classe d'infortunés, dans les tr»? vaux manuels et la musique seulement. L'établissement prit avec le temps une importance toujours croissante ; en 1832^ on y comptait 111 élèves de l'un et de l'autre sexe ; non^tf ç qui n'a guëre été dépassé depuis. On n'admet pas d'élèyen au-dessous de douze ans ; mais il n'y a point de règle attr delà de cet âge ; dix-huit avaient quitté l'établissement dans le même laps de temps, la plupart avec une gratification de 50 à 100 francs, destinée à leur fournir les moyens de continuer l'industrie à laquelle on les avait initiés; sous les rapports financiers la maison se trouvait dans une situation assez florissante; toutes dépenses soldées, elle avait en valeurs diverses une somme de 2,492 liv. sterh ( 62,300 fir.), les objets manufacturés avec soin par les élèves et d'un débit assuré , comptaient sur cette somme pour près de moitié* En 1837 , la valeur de ces produits s'élevait à enviroi) 45,000 francs formant près du quart des recettes tptalesf» Depuis le 17 janvier 1791 jusqu'à la fin de l'année }Q43, 1,133 aveugles ont été successivement admis dans cet établissement; sur ce nombre, 431 n'étaient pas entièrement privés delà vue (2).

L'établissement de Londres qui date de 1799 a été fondé sur le même plan , par une société de souscripteurs , en tête

(1) M. Pudsey Dawson, esq.

(2) Report of i/te slate of the School for îhe blinda Uveipool, 1843, io-folio.

ASItES. 9(7

desquels figurent plusieurs membres de la famille royale, et dont fait partie quiconque s'engage à donner 25 francs par an ou 250 francs à la fois. Un président, huit vice-présidens et yin^^- quatre membres surveillent la direction et Tadminisitration de cet établissement, qui est dans un état prospère; il est, selon toute apparence, Tun des plus richep dç ce genre qui existent; il n a pas moins de 300,000 fr. de revenu, et possède des propriétés foncières de la valeur de plus d*uQ million et demi de francs. Le nombre des élève? était, en 1844, de 142 ; Tâge d'admission est entre 12 et 25 ans. En général , quatre à cinq années sont consacrées à l'apprentissage d'un métier ; mais quelque^uns sont admis à rester après leur apprentissage. Pendant une période de 43 années, 318 individus, en outre de ceux qui ont été admis en permanence dans l'établissement , qui y sont décédés ou qui en ont été exclus pour cause d'incapacité ou d'inconduite» sont rentrés dans leurs familles aptes à gagner, selon leur habileté respective, de 6 schellings ( 7fr. 50 c. ) à 1 livre 8 schellings (35 fr. ) par semaine. Des ateliers qui y ont été établis, sont sortis, dans Tannée précédente, divers articles entièrement confectionnés par des ouvriers aveugles s'élevant à une somme de 1,427 livres ( environ 37,700 francs ) (1 )» Ces produits sont en partie fournis pour la vente par des aveugles sprtis de l'établissement et qui sont admis à les y déposer, système &vorable aux ouvriers aveugles du dehors piiisqu'i) assure l'écoulement de leurs produits qui leur présente souvent de grandes difficultés ; l'institution de Paris 1'^ adopté dans ces dernières années.

Les établissemens de Bristol, Norwich, York, Manchester (2) et quelaues autres de moindre importance, ne présen-

(1) An jiccpu^t of the Schoçl for the indigent blinda etc., London, 1844, iu-iS.

(S) Je Ils dans le neuvième rapport de cette inititution, relatif à Tannée

i48 DES AVBUGLBS.

tent aucune particularité remarquable; quelques-uns renferment des vieillards oisifs, et ont par conséquent un caractère hospitalier; tel est, par exemple, celui de Norwichqui comprend à la fois desenfans de douze ans et des individus qui doivent, pour être admis , avoir accompli leur cinquantecinquième année.

L'établissement d'Edimbourg, qui a été fondé en 1793 , et qui est par conséquent le second en date du Royaume-Uni, appelle un examen plus attentif. Cette fondation fut surtout due au concours actif et zélé de l'aveugle Miller, inspiré par ses amis Blacklock et Moyses, dontl es noms ont été souvent cités dans cet ouvrage. La maison n'avait d'abord été qu'un hospice dans lequel on était admis pour sa vie entière, moyennant une somme modique de 15 livres sterl. ( 375 fr. ) ; mais elle prospéra peu sous cette forme, et bientôt on comprit la nécessité de la constituer sur d'autres bases. Elle est aujourd'hui un institut mixte, qui se distingue de tous les établissemens d'aveugles, et dont Torganisation présente, à certains égards, d'assez grands avantages , puisqu'elle a à la fois le double caractère d'école et de maison de travail. L'établissement est soutenu par des donateurs et souscripteurs, et administré par un comité tiré de leur sein et composé d'un président, de quatre vice-présidens,d'im trésorier, d'un secrétaire, d'un comptable et de douze directeurs non rétribués. D y a en outre un agent-général chargé de diriger la portion de l'établissement qui forme comme une fabrique , une directrice de l'établissement des femmes, un chapelain et deux maîtres de musique ; la directrice et le chapelain sont chargés de l'en-

1847 (p. 7) : « Il peut être établi ici comme un fait très aatisfoiiant» qu'autant que nous en sommes informés, nul de ceux qui ont fait un séjour de quelque durée dans cet asile nett retombé^ après l'açoir quitté, dans une vie d'oisi" veté et de paupérisme, et que tous au contraire ont fait d'honorables dforts pour se soutenir par le travail de leurs propres mains.

ASILES. ÎI9

seignem^t qui est donné aux enfans admis dans Tinstitution. Les salaires réunis de ces cinq employés s'élèvent à environ 5,500 fr.

71 individus du sexe masculin et 24 de l'autre sexe en frisaient partie en 1844 ; presque tous les premiers sont externes et se rendent le matin à rétablissement, soit pour les leçons, soit pour le travail ; plusieurs sont mariés. Quant aux personnes du sexe féminin , le plus grand nombre au contraire, à quelque âge qu'elles soient parvenues, sont logées dans l'établissement. En 1844, on n'en comptait que cinq qui fussent domiciliées au dehors. On est admis dans l'éta* Missement à tout âge, jusqu'à la cinquantième année ; sur les 294 individus qui, à cette époque, avaient figuré dans l'éta*blissement depuis sa fondation, 14 avaient été admis au dessous de 10 ans, 174de 10à20 ans, 71 de20 à SO ans, 25 de 30 à 40 ans, et 10de40à50 ans ( l).Le travail commence dans les ateliers dès 6 heures du matin, du 15 mars au 15 octobre, et le reste de l'année à 8 heures. L'apprentissage est de trois années; ce temps accompli, les ouvriers travaillent à leur compte, c'est-à-dire qu'ils reçoivent le prix de façon de ce qu'ils font. Leur gain est réglé chaque semaine et leur est payé le lundi soir. Ils forment eux-mêmes , entre les mains de l'un d'eux, une caisse de retenues pour l'adiat des provisions alimentaires ou de chanfifage, nécessaires à chaque individu ou à chaque ménage pendant l'hiver. En 1844, le produit de la vente des objets fabriqués dans l'établissement s'était élevé à environ 82,500 fr. La seule fabrication de matelas en crin dont nous avons parlé ci-dessus, comptait pour près des deux tiers sur cette somme, et la vannerie qui vient après pour un cinquième. Des règles sévères

(1) Report hy the direciors of tke Edinbwgh Asylum for the industrious blind, 1845, p. 5.

im DES AV1«:UGLES.

maintiennent les habitudes d'ordre et de moralité dans Tét^ blissement. Le travail commence et finit par une prière d'im demi-heure. Le samedi soir et le lundi matin, il y a im exer« cice religieux auquel tout le monde est tenu d'aasister. Deux heures sont accordées dans le cours de la journée pQor ]f déjeuner et le dîner. En liiver le déjeuner est apporté A pris BOUS le toit de rétablissement. Celui qui arrive aprèfi rheure fixée subit une punition* Si Ton se montre paresseux si Tpp perd son temps à causer, si Ton ne prend pas ^oiq i^ matériaux qu il s agit de mettre en œuvre, pn çnconrt d^ amendes proportionnées aux fautes, et finalement le renvoL Sp ca^ de roaladiç^ les ouvriers reçoivent pendant la pr^ mière sempine, s'il est bien constaté que cette maladie jf^ été causée par aucun excès de leur part , le montant de fiO qu'ils gagpeiit ordinairement ^ et les seiuainçs suivantes 11 moitié. liç sont soignés ^ous la surveillance (ks diri^ctHuy qui ne les perdent point de vue du reste , bien qu*ilç répd^ au-dehors de l'établifsan^ent , et les soumettent à une ï^ pecUon régulière et constante ; ainsi i)s ne peuvent (9ç mm^ sans leur con^entenient; ceu;c qui restent ç^b^taîr^ vfi peuvent cboi^jir leur logeinent que d'après Tayis du dirMteur; îi^ ^nt tenu9 4 y ^re rentrés (èaque spir à 9 kmn? Toute apparu n()e d*îvre«ie serait sévèrement punie, Q Mt int^rditt ik)us pejpe 4e r^^oiri tm^\ mm)»^ ^ Yio^ts^, da travailler chez lui au m^m métier qu'il protiqBe idm l'ét^blis^ment- Snftn i à\9(m ^ obligé d'^yoir fait àm

Tanuée un dépôt qudiWBque à )a çaisi^ d'^gne, Dt V«

accorde une primç plu^ PU moins forte 4 ceux dont )e dépôt a éM ^ p]^ élevé. Ç^ règles diy§riies sont lu^ quatre fi»

par an aux m^m^es ii^ l'in^titutipn. aSn m^ Rersgone m

puisse prétendre qu'il les ignore. Je terminerai ce qui concerne cet établissement en rapportant le jugement dont il était l'objet, il y a déjà plusieurs années, de la part d'nn Qb|^|-

teur non prévenu en faveur des institutions charitables di^ Royaume-Uni. *• En somme, disait M. Howe (1), l'institatioD d'Edimbourg est la meilleure que j'aie vue en Europe; c'est celle qui approche le plus du but que doit se proposer un tel établissement, à savoir de mettre ceux qui y sont admis à même de pouvoir ultérieurement se soutenir pv leurs propres efforts. **

L'établissement de Glascow, dont j'ai déjà eu occasion de parler^ présente, dans son organisation, une grande p^rit^ avec celui-ci; mais il en diffère en ce que l'instruction intellectuelle y a une part plus importante. Aussi h propw* tiop des individus aptes à s'instruire, c'est-à-dire non encore arrivés à l'âge adulte, y est-elle plus élevée. Sur les quatre^ vingtrhujt aveugles qu'il comprenait, en 1845, on y comptait quarante-cinq enfans ou jeunes gens de l'un et de l'auU^ 8e:^e. En sus des aveugles, quinze individus adultes jouissant de la vue, étaient admis comme ouvriers pour compléter le tm? vail des aveugles^ et en accomplir certaines parties qui ocrent trop d'obstacles à la cécité. L'établissement forme de la sor^/^ deux sections distinctes ; l'école oii l'on est admis, i^oyenuant une petite pension dç 160 fr. , entre dix et seiz^ ans, çt ]% manufacture, qui comprend des individus de ^out âgç dont une partie seulement réside dans rinstitutioPf La d|if^ dji cours d'instruction est de trois ans ; mais ce teo^p^ est prolonjl^ si on le juge nécessaire , ou bien les él,èves w apprentis passent dans la classe des ouvriers^ Le produit ^ travaux s'est élevé chaque année , dans pet établissem^tf dans une assez forte proportion ; en 1028, année de sa fondation , il fut de 9,600 fr. envirgn; il a été , en 1846, dç près de 127,500 fr., dont près d'un tiers a été payé aux

(1) Jddres$ of the tntstees of ihe New^En^iand Instftution for the educa' iioH of t/u hlind^ etc., p. li, Boston, \^,

Î5t DES AVEUGLES.

ouvriers pour prix de leurs labeurs ; produit très élevé qui atteste la bonne direction imprimée à cette section de rétablissement, et qui balance à très peu de chose près la dépense qu'elle entraîne ( 1 ) ; du reste , les règles administratives et disciplinaires qui président à cet établissement sont à jpea près les mêmes que celles que je viens de &ire connaître. Comme à Edimbourg, et mieux encore peut-être, tout est combiné pour provoquer le zèle laborieux des aveugles , et les porter à ces sages habitudes d'économie propres à fonder partout l'avenir des classes laborieuses. Ils forment entre eux une caisse de secours mutuels , que grossit le produit provenant de la vente d'un écrit du respectable Alston, bienfaiteur si intelligent de l'institution.

Tels sont les deux établissemens écossais. Des considérations de diverse nature que présente cet écrit, il résulte qu'ib offrent à bien des égards la solution du problème que soulève l'amélioration du sort des aveugles indigens, et qu'ils remplissent la plupart des conditions désirables pour arriver au but proposé.

Aux États-Unis enfin , où les institutions de bien public prennent toujours un si rapide développement, les établissemens d'aveugles ne sont pas restés en arrière : Boston, New- York et Philadelphie ont vu presque simultaném^t s'ouvrir un de ces asiles consacrés à cette classe d'infortunés. Après quelques années d'existence seulement, ces institutions, fondées par des associations et dotées par les gouvememens locaux, sont arrivées à l'état le plus florissant. La maison de Boston , ouverte en 1831 par M. Perkin , dont l'institution a gardé le nom, comptait 101 élèves de l'un et de l'autre sexe

(i) La perte de Tinstitution sur la manufacture a été seulement estimée i 18 ]w,f 1 sch., ou 451 fr. i5 c. {V.Nineteeath R^rt by tke directon oftk» Jsylumfor the àlmd, GlaKOW, 1846.)

ASILBS. 2ft3

en 1846. L'état satisfaisant des revenus avait même permis l'acquisition d'une maison de campagne située à quatre ou cinq lieues de Boston, où les enfans sont envoyés au printemps pour se livrer en plein air à cette vie active, si nécessaire au maintien de leur santé. Le zèle de M. Howe, que la société fondatrice avait au préalable envoyé en Europe pour visiter les établissemeos d'aveugles, fut dans Torigine puissammoit secondé par un aveugle «né, ancien élève de l'institaticm de Paris , M. Emile Tranchery , que M. Howe amena avec lui d'Europe, ainsi qu'un autre aveugle de l'institution d'Edimbourg. L'établissement forme deux sections très distinctes : l'école m les études sont très fortes et très variées, et la maison de travail. L'âge d'admission pour la première est de six à quinze ans, et la durée du séjour de cinq ans. Il n'y a pas de limite bien déterminée pour la seconde. On évite avec soin, en général, de mêler les adultes avec les enfans ; parmi ceux-ci, s'il s*en trouve qui après quelques années sont jugés incapables de recevoir une instruction quelconque dans un métier, ils sont rendus à leurs familles ou renvoyés dans un hospice.

Le lever a lieu dans l'école à cinq heures du matin. Deux heures sont occupées par les soins de propreté, la prière, le déjeuner, et la promenade avec exercices propres à fortifier le corps. De sept heures à une heure après-midi, les élèves scmt occupés à l'étude, avec une interruption de dix minutes entre chaque heure de classes. A partir d'une heure, conmiencent les travaux manuels , qui , dans cette section de l'établissement , n'ont pour but que d'exercer les doigts. Le soir, tous les élèves sont réunis pour écouter des lectures.

Quelques jeunes gens, qui après avoir passé cinq ans dans l'école, sont admis dans l'autre section, continuent toutefois pendant deux ans à prendre part à l'enseignement scolaire.

iU DES AVEOGLES.

Au boïït de ce temps, ils font définitivement partie dé hftbriqtle ou rentrent dans leurs fiunilles.

En 1849, le produit total de la vente des objets fabriqnÀ, Consistant en matelas en crin , coussins , brossés , âàttat et articles de &ntaisie confectionnés par les femmes, sW âe?é à environ 53,800 fr. Sur cette somme, près d'un cinquième ft été payé en salaires à trente-et-un aveugles de Tun et de Tautre sexe» à raison de 346 fr. environ par incfivîdti ; ces trefite-et-un aveugles composaient, à proprement parler , te département industriel ; bien que le gcûn obtenu par eux sdt assez élevé, il est évident que la plupart, de Taveu du rapporteur auquel nous empruntons ces détails, ne trouveraient pas au dehors dans le produit de leur travail des ressources suffisantes pour pouvoir s'établir et soutehir une &mille. Mais te 83rstëme qui consistée admettre pour la journée des Ouvriers logés au dehors, et dont les produits sont vendus i leor compte dans l'établissement, a commencé d'être appliqué â quelques individus, et promet d'^heufeux résultats (1). Ajoittons que la balance des dépenses et des recettes de la &brique, présentait simplement un déficit d'environ 300 àoU hirs ou 1 ,500 francs, perte assurément bien fkible si l'on considère l'importance des résultats obtenus.

L'institution de Philadelphie eut poUr fondateur Testimable Friedlander , depuis décédé , qui vint comme le docteur Howe chercher des enseignemens en Europe. Ëd 1Ô41 on y comptait 58 élèves appartenant soit à l'état de Pensylvanie, soit aux états voisins. L'âge d'admission est entre sept et seize ans. L'instruction présente des résultats satisfaisans, et l'on y publie même un écrit périodique imprimé en relief (iS/ii^/i/'^ Magazine) , et en grande partie composé de morceaux dus aux élèves. L'instruction n'y a

(t^ ^fieetUk annwd Re^t o/iU tmsteet^ ete«» Gvnbridp, iW^ p« it.

AsitBs. m

institatioli. Cdle-ei se rapproche darantage des ëtablisBeineflÉ dfl ttCme geiïfe que présente l'Europe continentale; dea aaba partîcaliers y sont dotmés à Tëditcation des jetnies Wèê qpLtm hcdbittie» quand elles ne suivent pas les dasses, à laquer à toutes les opérations domestiques que comporte rAttUissemeht (1 ).

L'iùstitution de New-York est plUs considérable ; le hombre dés atreugles qu'elle contenait eh 1844 était de 99, La limite dé rage d'admission est portée ici à tingt-cinq ans. Les élèves fi)niietit deiit divisions, et consacrent une moitié de la journée àFinstruction, et Tautre au travail et à la musique (2). Quelques autres établissemens ont été fondés récemment sur les tnêmes principes, dans les états d'Ohio, d'Indiana, de Virginie et de Kentucky ; ils sont moins considérables et n'appéRerd pas un examen particulier. Dans toutes les parties de rUnion 9 au reste , on reconnaît la nécessité de donner une attention spéciale à la section industrielle, et de procurer ultérieurement aux aveugles sortis des établissemens des moyens d'employer utilement leur temps , soit en les admettant comme ouvriers à la journée, soit en fondant pour eux des maisons spéciales de travail.

Ces maisons spéciales de travail pour les aveugles, forment une nouvelle classe d'établissemens, qui a dû naturellement prendre origine sur le continent européen, où tes adultes sont rigoureusement exclus des institutions. C'est au respectable Klein qu'est due cette création. Ayant reconnu plus tard, avec toutes les personnes qui ont sérieusement médité la question, que, dans un très grand nombre de cas, l'aveugle

(1) SUlh annual Report of tfte managers of the Pensylvanîa InstîtU" Uon, etc., Philadelphie, 1839, p. 8.

{^ Fi fth annual Report of die managers ofthe Ne^^York institution ^tXe.^ N«w-Xori^ 1841.

ttô DES AVBUaLES.

n'a réellement les moyens de tirer parti derinstroction industrielle qui lui aété donnée que dans un atelier spécial, où se trouvent réunis les outils adaptés à sa condition et les secours particuliers qui lui sont nécessaires ; que le manque d'un tel atelier livre ces jeunes gens la plupart du temps i Tabandon et à Toisiveté, à la sortie de rétablissement qui a reçu leur enfance ; il songea en conséquence à remédier à ces inconvéniens, par la formation d*un nouvel établissement qui servît de complément au premier. (Test à quoi il parvint avec le secours d'une association de personnes bienfaisantes, qu'il détermina à concourir à cette généreuse entreprise. L'impératrice voulut figurer en tête de la liste de souscription, et elle donna 3,000 florins (7,800 fr.). L'archiduc Antoine accepta le protectorat de cet asile , auquel fut afiecté un peu plus tard un beau bâtiment situé en face de l'institation. A la fin de 1830, on y comptait 11 aveugles^ nombre qui s'est plus que quadruplé dans la suite, car il était en 1844 de 47 , sur lesquels 25 appartenaient au sexe masculin. Parmi ces aveugles figurent , indépendamment des and^is élèves de l'institut, des jeunes gens âgés de dix-huit à trente ans, qui n'avaient pas pu y être admis, et qui furent reconnus aptes à apprendre un métier.

En cette même année 1844, suivant le compte officiel rendu aux souscripteurs ( 1 ) , les recettes s'étaient élevées à environ 44,500 fc. L'association possédait en valeurs d'actions et fonds divers légués ouéconomisés,environ 165,000fr.; parmiles recettes, les cotisations des membrescomptaientpour environ 12,000 fr. , et le produit des concerts, bals, donnés au profit de Tœuvre, pour 16,000 fr. Au nombre de ces recettes, figure également une somme d'environ 1 ,600 fr . , comme pro-

(1) Ja/ires Bericht ûber dos ff^irken des Fereines zur Versorgiing und Beschàftigung eiwachsener Blindent etc., Wien,1845.

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dût de la vente desartides fabriqués par les jeunes travailleurs aa compte de rétablissement, produit qui serait bien peu âevé relativement au nombre des individus qni y sont compris f s'ils n'étaient autorisés à travailler sur commande pour des étrangers.

Les articles fabriqués dans l'établissement sont tarifés de tdle sorte que, les frais de £Eibrication déduits, il reste pour l'ouvrier un sixième du prix fixé, prime d'encouragement qui devient un fond d'épargne à son profit. La dépense totale s'est élevée en 1844 à environ 39,000 fr. Sur cette dépense, figure une somme de 1,600 fr. environ» donnée ocmime secours à des aveugles du dehors, pour les encourager à une vie laborieuse. Les ouvriers hommes sont principalement menuisiers ou ébénistes , cordonniers et vanniers. Le tricot et autres ouvrages analogues occupent les fiUes. La musique figure aussi parmi les occupations de ces jeunes gens, soit comme distraction, soit aussi comme moyen de concourir à des concerts , qui comptent , comme on Ta vu, au rang des ressources les plus importantes de l'établissement.

D'autres établissemens semblables ont été également fondés à Prague , à Munich , etc. , en Allemagne ; à Copenhague , en Danemark , etc. , pour suppléer à l'insuffisance des instituts d'éducation, et porter remède à l'état d'abandon où se trouvent plusieurs de ceux qui y ont été élevés lorsque le moment d'en sortir est arrivé ; car on a compris partout que cette création peut seule compléter le système des établissemens du continent européen, système que je m'attache ici simplement à bien préciser.

La France ne pouvait rester en arrière de l'étranger à cet

égardi Dès 1841, j'invoquai l'appui de personnes généreuses,

au cœur desquelles la condition des aveugles excitait un vif

sentiment de sympathie ; ma voix fut entendue : une asso-

dation se forma sous la présidence d'uii ma^strat éminent (1), avec le titre de Société de patronage et de secoure pouh les aveugles en France , et un peu plas tard s'ouvrit un établissement où quelques aveugles jfurent admis en qualité d*ou* vriers, et furent occupés comme tisserands, vanniers et rem<pailleurs.

L'établissement, qui est aujoard'hùi situé boulevard d'Enfer, n. 8, n'a pas pu prendre encore un grand développement, Aais il est sagement entendu et bien dirigé. Voici sur qudies bases il est assis ; je laisse parler l'intelligent secrétairegénéral actuel de la Société (2) :

« La société abandonne aux ouvriers aveugles le produit intégral de leur travail , et leur accorde en outre un secours qui diminue à mesure qu'ils deviennent plus habiles dans leur métier. La première année de son apprentissage , l'aveugle reçoit un secours de 75 centimes par jour ; la seconde année, ce secours est rédtdt à 50 cent. , et la troisième an* née à 25 cent. ; ce dernier secours continue ensuite de Id être alloué jusqu'à ce que le conseil décide que l'ouvrier est capable de se suffire à lui-même par son travail. A l'aide de ce secours, joint au produit de son travail , l'ouvrier aveugle supporte non-seulement toutes les dépenses de sa nourriture, de son entretien et de son blanchissage , mais encore le prix des matières premières et les menus frais d'atelier. Un comptecourant est ouvert à chaque aveugle, et si les recettes dépassent les dépenses , le bénéfice lui appartient. »

« La rémunération des employés repose sur le même système. Les contre-maîjres conservent le produit de leur tra« vail, et la société y ajoute une indemnité, calculée de manière à les iritéresser aux progrès des ouvriers aveugles. »

(1) M. Portalis^ preoiier président de la cour de cassation. (S) M» Morel^ Adresse aux membres de ia société^ mars 1849^

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Pendant Tannée 1848, treize aveoglea, dont dix internes, ont participé aux bien&its de cette œuvre.

« Sur les dix aveugles internes, huit ont été à leur compte oourant ; trois d'entre eux ont reçu 76 cent, de subvention par jour ; deux ont reçu 50 cent., deux autres 25 cent. ; un enfin n'a rien reçu de la Société pendant les sept demiem mois de l'année. Sur ces huit ouvriers , six ont un excédant de recettes, un est au pair, et un seul est en déficit par une circonstance toute particulière : c'est un ouvrier vannier qui, faute d'ouvrage , a été forcé de se mettre au rempaillage des chaises et de travailler ainsi dans des conditions défavorables.

H Ces ouvriers, travaillant à leur propre compte, ont nonseulement supporté les dépenses de leur nourriture, de leurs vêtemens , de leur blanchissage , le prix des matières premières et les menus frais d'ateliers , mais la Société , après déduction de l'excédant des dépenses faites par l'un d'eux , se trouve encore débitrice envers leur masse d'une somme de 276 fr. 20 cent. (1). «

Cette œuvre, on le voit , n'attend que de plus larges subventions de la part du Gouvernement pour rendre d'importans services à la classe en faveur de laquelle elle a été fondée.

n me reste à parler, pour clore cet exposé des établissemens divers affectés au soulagement de la cécité , de celui qui est sans doute le plus ancien de tous, et dont une étrange organisation forme une catégorie absolument à part. Il s'agit de ce célèbre hospice des Quinze-Vingts qui a été simplement nommé jusqu'ici dans cet écrit : j'ouvre à ce sujet un des plus piquans écrits du xviii® siècle (2) , et je lis :

(1) Rapport fait à la troisième séance générale, 5 juillet i847| p, 11, ()} Lettres penanes, par lllonte$(iuieii^ leUrejSS*^

« J*allai« l'autre jour, voir une maison où Ton entretient trois cents personnes assez pauvrement. J'eus bientôt fiiit ; car l'église et les bâtimens ne méritent pas d'être regardés. Ceax qui sont dans cette maison étai^t assez gais ; plusieurs d'entre eux jouaient aux cartes , ou à d*autres jeux que je ne connais point. Comme je sortais , un de ces hommes sortait aussi; et m'ayant entendu demander le chemin du Marais, qui est le quartier le plus éloigné de Paris ; j'y vais, me ditil, et je vous y conduirai ; suivez-moi. U me mena à merveille, et me tira de tous les embarras, et me sauva adroitement des carosses et des voitures. Nous étions près d'arriver, quand la curiosité me prit : Mon bon ami , lui dis-je , ne pourrai-je point savoir qui vous étest — Je suis aveugle , Monsieur, me répondit-il. — Comment ! lui dis-je, vous êtes aveugle? et que ne priiez-vous cet honnête homme , qui jouait aux cartes avec vous , de nous conduire i — Il est aveugle aussi , me répondit-il : il y a quatre cents ans que nous sommes trois cents aveugles dans cette maison où vous m'avez trouvé. Mais il faut que je vous quitte : voilà la rue que vous demandiez : je vais me mettre dans la foule ; j'entre dans cette église où , je vous jure , j'embarrasserai plus les gens qu'ils ne m'embarrasseront. *•

De ce coup d'œil superficiel et empreint de quelque exagération du grand écrivain , passons à des détails précis. L'hospice, fondé par saint Louis, ht placé par ce prince dans un terrain appelé Champourri , voisin du cloître Saint-Honoré, où il est resté jusqu'à l'année 1780. A cette époque, il fut transféré au Faubourg Saint-Antoine, dans un vaste bâtiment qui avait dû servir de caserne à des mousquetaires. Il y est encore établi. Primitivement , les ressources des aveugles reçus dans cet hospice étant insuffisantes pour les faire vivre, ils étaient autorisés à y suppléer par la mendicité ; quelques écrivains du moyen âge font parfois mention

des quinze-vingts demandant à grands cris leur pain dans les rues. Ce métier était en quelque sorte régularisé pour eux ; et comme ils étaient formés en ime congr^tion dont les membres subissaient Tobligation du célibat, on avait même institué àea/rères voyans destinés à les conduire partout ou ils voulaient aller recueillir l'aumône des passans. Plus tard, au contraire, l'hospice pouvant faire une condition tolérable à ses membres , il leur a été sévèrement interdit de mendier (1). Avec les progrès de la société aussi, la loi du célibat a été abolie , et même le mariage encouragé parmi les aveugles, par le don d'une subvention de 30 centimes par jour à tout voyant qui épouse un aveugle ; de 15 centimes pour chaque enfant issu d'un tel mariage, jusqu'à l'âge de seize ans ; de 50 centimes aux veufs ou aux veuves après cinq ans d'union conjugale.

Il est résulté de cet état de choses nouveau, la transformation graduelle de l'hospice en un asile ouvert à des ménages dont l'un des époux au moins est privé de la vue; et cette transformation elle-même a eu pour conséquence inévitable, l'impossibiUté d'appliquer à cet hospice les règles d'économie intérieure sur lesquelles reposent en général les établissemens hospitaliers. Chacun ici , marié ou célibataire , a son logement particuUer et y vit comme il l'entend. Des dortoirs, des réfectoirs, des ateliers communs, ne sauraient en effet convenir à une telle situation ; l'hospice, au reste, étant un asile où sont reçus des aveugles appartenant à des catégories très tranchées, où sont indistinctement associés à ceux qui sont vahdes et aptes au travail, ceux qu'une circonstance quelconque en rend incapables , il est résulté de

(i) Le code pénal (art. 276) excepte de la disposition qui interdit la mendicité , l'aveugle et son conducteur, et admet en conséquence impliateraent pour celte classe d^nfirmes, la meodiciié partout où il n'y a pas d'asile qui puisse les recevoir.

cette confusion de graves inconvéniens ; voilà pourquoi, à diverses reprises et toujours infructueusement, des ateliers ont été établis aux Quinze-Vingts. L'oisiveté des uns a toujours été un exemple funeste pour les autres, et cet état de choses a contribué à accréditer de plus en plus le préjugé que les aveugles ne peuvent tirer aucun produit réel du travail de leurs bras. Si Ton voulait considérer en outre Tinfluence 4'un tel état de choses sur la classe entière des aveugles, qtti envisage toujours cet hospice comme son port de salut ici» bas, on arriverait à des conclusions plus graves, et Von verw nût qu'en définitive, dans sa condition actuelle, il lui &it probablement un mal moral que ne compense pas le bien matériel résultant , pour quelques individus , du partage de son splendide revenu (environ 400,000 fr.).

Pour en tirer un meilleur parti, il faudrait, en ramenant rétablissement aux simples proportions d'un hospice destiné aux aveugles incapables de travail ( 1 ) , fonder avec une pai^ tie de ses ressources ime véritable maison de travail , conçue d'après les bases ci-dessus exposées^ et ouverte aux aveugles susceptibles d* exercer une industrie. Des aveugles sortis des institutions , en formeraient le noyau principal ; d'autres y seraient adjoints. L'expérience a prouvé , comme je l'ai déjà dit, qu'un ouvrier devenu aveugle est en général obligé de renoncer au métier qu'il exerçait auparavant ; mais rien n'empêche qu'il n'en exerce un autre adapté à cette condition nouvelle. Cest ce que prouve l'exemple des insti* tutions étrangères, où, comme on l'a vu, sont admis avec

(1) Il y a à Chartres un hospice fondé pour les aveugles au xm^ siècle, dont l'importance a décru d'âge en âge jusqu'à notre époque. En 1350, le roi J«Mi atait ùxè à cent vingt le nombre des aveugles de l'un et de l'autre MM <|ui devaient y être entretenus ; mais ce nombre ne parait pas avoir été janais aUeint ; en 1710, il était de soixante-dix ; en 1790, il se trouva rédail à quinxe; aujourd'hui, moins de dix individus habitent rhospio9«

succès des sujets de vingt-cinq , trente ans et au-dessus ; rétablissement fondé à Kônigsberg par le général Bulow» exclusivement enfasfeur des soldais devenus aveug1és^{Mur< suite d'une ophthalmie , est Un fait plus concluant encore* 163 jeunes gens entièrement aveugles , et 19S à peu prëg aveugles, en tout 356 iiulividus, étaient, en 1830, sortis buo*ceàfiivement de cet établissemeât intéreisant, où on les gardait jusqu'à ce qu'ils eussent appris un état avec lequel il leur £git possible de gagner leur vie. L'établissement était soutenu fiar une Société de bi^aisance , dans les rangs de laquelle figurait l'aveugle Louis de Baczco, si distingué conivia écrivain (1).

Réformée d'après ce principe, dont l'application ne pourrait toutefois être que graduelle afin de respecter les droits acquis, cette antique fondation serait régénérée conformément aux lumières du siècle, et appropriée aux besoins bien enten^ dus de la classe d'êtres à laquelle elle est consacrée. Dans ces conditions nouvelles d'existence, au lieu de faire exclusivement le bien de qudques individus, l'hospice des Quinze- Vingts serait pour la masse des aveugles français un immense bienfait ; au Heu d'être en quelque façon un encouragement à l'oisiveté et à toutes les funestes conséquences qu'elle entraîne,' il deviendrait d'un puissant secours pour répandre parmi eux ces habitudes de travail et de moralité où les personnes privées de la vue sont plus spécialement encore, s'il est possible, destinées à chercher ici-bas le bonheur.

^ (1) A Rouen, dansks denoières anpéesdç )a fLestmvfitioD, une ast^ation de personnes bienfaisantes avait ouvert un asile où des aveugles étaient admis , pendant le jour , pour consacrer leur temps et leurs forces à divers travaux de tissage et de sparterie. Cette fondation, qui pouvait prendre la plus haute ioiportanca, si «Ue «ikt ^ secot>dée> a péri Cuite de U^ au®-* sans et par suite de mauvaise gestion.

A la fin de Tannée 1835 , Tauteur d'une notice intérêt' santé sur cet hospice (1) établissait que sur les 300 aveugles admis, 219 seulement résidaient à Tintérieur , les 73 autres ayant été autorisés à vivre au-dehors ; sur ces 217 individus, on comptait 76 hommes et 146 femmes. 125 aveugles étaient mariés à des voyans et 3 à des aveugles, en tout 125 ménages ; 35 ménages avaient 48 enfans et 127 n'en avaient pas. Les 219 aveugles étaient classés comme suit» sous le rapport de l'âge : au - dessous de 35 ans , 13 ; de 35 à 50 , 73 ; de 50 à 60, 49 ; de 60 à 70, 46 ; de 70 à 80, 31 ; de 80 à 90, 5; de 90 à 95, 2. Résultat qui prête appui aux remarques faites dans ime autre partie de ce travail relativement aux chances de longévité des aveugles.

Depuis environ vingt ans, la rétribution quotidienne des membres de l'hospice, qui a varié, a été élevée à 1 fr. 30 c. Sur cette journée, il reçoit :

1' En argent, 1 fr. 2 c. 3/4 par jour,

soit par an 375 fr.

2^ En pain, 612 grammes ( ou 20 onces) à nûson de 30 c, 64 le kilogramme

(ou 15 c. la livre) 68 50

3^ Un habillement complet tous les deux ans, calculé à raison de 8 c. 1/2 par jour 31

474 fr. 50 c.

Si nous ajoutons à cette somme les allocations pour l'é-

(1) Battelle, J^otiee historique et StatîsHqoê sur thospîee royal des Qmnzê'Vîngts^ in-S, p. SI*

poux voyant et pour chaque enfant, nous obtenons le montant de dépenses suivant :

Un aveugle marié sans enfans coûte . . 584 fr.

id. avec un enfant. . . 63S 75

id. avec deux enfans . . 693 50

Et ainsi de suite, en ajoutant 54 fr. 75 c. par chaque enfant en sus.

Indépendamment des membres internes et externes, Thos* pice compte dans toute l'étendue du territoire de cinq à six cents pensionnaires ; qui reçoivent par an 100 , 150 ou 200 fr. La pension est portée à 250 francs pour ceux des membres de Thospice, nommés à Tintemat, qui renoncent an bénéfice de la résidence sous le toit de rétablissement, et préfèrent rester au sein de leur famille.

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