‹ Des aveugles: considérations sur leur état physique, moral et intellectuel, avec un exposéChapitre 36 sur 67 · CHAPITRE IV ET DERNIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV ET DERNIER

Si les établissemens dont j'ai exposé le système dans lis pages précédentes, forment un ensemble satisfaisant pour k oœur et pour Tesprit; s* ils apportent un puissant allégement à rinfortune à laquelle ils sont afiectés , il est bien évident toutefois, qu'ils ne sont nullement en rapport avec les besoins que présente partout cette portion , si digne d'intérêt , de la population. Dans le pays oîi elle est le plus favorisée, en Angleterre, cinq aveugles sur cent peut-être sont secourus avec intelligence. Pour ne parler que des enfans, on voit, en se référant aux notes statistiques que nous avons recueillies, combien est faible la proportion dfi ceux qui peuvent recevoir l'éducation dans les instituts existans, combien par conséquent restent plongés dans ce fatal abandon, origine d'un état de misère et de dégradation auquel cette création avait pour but de mettre un terme.

Mais le nombre de ces instituts fat - il doublé , triplé même, ce qui imposerait à la société une lourde charge^ qu'ils seraient encore insuCBsans pour recevoir tous les jeunes êtres de cette classe susceptibles d'éducation. Autant en dirai'je assurément des adultes aptes à exercer une industrie. C'est un fcât constant, (^w les ressources resteront toujours

ici au-dessous des exigences, à moins qu'on ne se place à un autre point de vue , qu'on ne modifie profondément le système adopté. Et d'abord, est-il de toute rigueur que l'enfant aveugle ne puisse chercher quelque développement moral et intellectuel ailleurs que dans un institut spécial! Toutes les personnes qui ont sérieusement médité la question , sont loin de répondre par l'affirmative. M. Klein, dont nous avons si souvent, dans cet écrit, invoqué la haute expérience, est d'avis que le jeune aveugle soit envoyé à l'école ordi'naire dès l'âge de cinq à six ans (1 ). Si le maître est doué de quelque intelligence, il aura soin de donner à son disciple infirme une place où il soit tranquille. H le préservera des agi^ ceries de ses camarades; là bientôt rinstruction orale éveil" fera son attention ; le désir de savoir se manifestera en lui; par la mémoire il retiendra une foule de notions qui échappent à l'attention distraite des autres enfans, et brillera entre eux par des réponses justes et précises aux questions qui lui seront adressées. Qu'on mette entre ses mains quelques tableaux en relief, et il apprendra à lire aussi promptement, quelquefois plus promptement qu'eux. En définitive , sa présence dans l'école, loin d'y jeter quelque dérangemmit,

(I) Anlétung^ etc. Dam les vUIei même, il co&Tie&drait que les piths enfaos aveugles fussent conduits à Vas'de commua ouvert à la première •n£ance. Ils y recevraient des soins que ne peuvent souvent pas leur donner des parens obligés de gagner péniblement le pain de la famille^ et y appoN feraient, par k nature de leurs habitudes, moins de gène que la plupart dts en£ans voyans. Un asile spécial pour les petits enfans atteints de cécité, est assurément une heureuse pensée, mais elle ne saurait être réalisée que dans une grande ville, où même la fréquentation assidua devient très difficile, à cause des distances à traverser pour conduire les enfuis le matin et les ramener le soir. Toutefois, dans un quartier populeux et pauvre, un tel établissement peut se former et rendre d'importans services. Nous citerons à cet égard l'atUe Saint^Hilaire^ fondé par les soins actifi et intelligens du docteur Katier, dans le douzième arrondissement de Paris, et qui admet de douae à cpûnze petits enfans aveugles, dont Ti^struction est cpmipencée d'après la isétkodi Jftfiotot.

deviendra un objet d'émulation. Voilà ce qui se passera dam le plus grand nombre des cas.

n est vrai que l'enfant aveugle est la plupart du temps, dans l'état présent des choses, repoussé de l'étude commune comme il sera plus tard repoussé de l'atelier commun. Mais c'est à combattre le préjugé qui est l'origine de cette répulsion qu'il faut s'attacher. L'action de l'administration pourrait s'exercer utilement, dans notre pays, à cet effet. Une ins* tniction générale adressée à tous les instituteurs, devrait leur apprendre le parti qu'on peut tirer des aveugles, et les principes, si simples après tout, comme on l'a vu, qui servent de base à leur éducation première. L'ignorance à cet égard est entière dans nos provinces. Il est un nombre considérable de nos communes rurales, où n'a pas encore pénétré l'idée qu'il soit possible d'instruire des aveugles. Au sein des villes même, vous entendez souvent traiter de fable les résultats obtenus dans tel établissement spécial, par ceux qui n'ont pas pu encore en être témoins.

L'envoi des enfans aveugles à l'école commune aurait cet important avantage, de maintenir au sein de la famille ces êtres qui ont tant besoin qu'elle ne se détache pas de leur infortune. J'ai parlé de la tendresse, de la sollicitude maternelle en leur faveur. Sans doute des traits frappans peuvent être cités à cet égard et sont même fréquens à l'honneur du cœur humain. Mais il arrive aussi que des parens qui ont pu s'en remettre, pendant plusieurs années, à un institut des soins attentifs qu'exige la cécité, en ont perdu l'habitude quand le jeune infirme revient les chercher au foyer paternel. Souvent même les occupations de la vie y mettent obstacle. H est alors un fardeau incommode. Volontiers on l'eût laissé dans l'asile où on n'avait pas à s'inquiéter de lui. On s'était même fidt à l'idée qu'il n'en sortirait jamais. Voilà ce qui est observé jonrnellement, parmi les familles de la classe laborieuse surtout.

CONCLUSION. 26f

Quelle doulonrense existence est dès-lors préparée au jeune aveugle! L'éducation qu'il a reçue au-dehors, si elle n'a pas en un succès complet, si elle n'a pu aboutir à lui faire un sort, aura enccM^ ajouté à son malheur ; car si simple que soit Yéecie spéciale où il a été élevé, il est évident que le séjour qu'il y a fait l'a placé dans une sphère étrangère à sa ccHidition primitive, et a développé en lui des idées, des goûts, des habitudes, qui ne conviennent guère aux nouvelles circonstances au milieu desquelles il se trouve placé.

Que si, au contraire, cessant de considérer l'aveugle comme im être entièrement à part, que la nature s'est en quelque sorte réservé, et où l'art ordinairement appliqué à l'enfance n'a rien à faire, les soins de la famille se combinent avec ceux de l'école, pour susciter peu à peu ces germes d'activité intellectuelle et manuelle qui se cachent au sein des ténèbres qui l'enveloppent , sa condition changera complètement. Dans le plus grand nombre des cas, il deviendra, lui aussi, un habitant laborieux du lieu natal. Elevé comme tout le monde, il se fera industrieusement sa place dans la communauté, de même que les autres infirmes, de même que le bossu ou le boiteux qui ne peuvent pas toujours choisir non plus leur destination ici-bas. Ce résultat , l'aveugle l'atteint quelquefois, nous l'avons vu, par ses propres efforts indivi* duels non secondés, parfois même entravés par les préventions de ceux au milieu desquels il vit ; que serait-ce donc s'il était sagement guidé dans cette voie !

On comprendra fort bien que ces idées n'excluent point l'existence des institutions spéciales. Elles sont indispensables, en effet, pour compléter l'éducation des enfans aveugles. Evidemment ce n'est que là qu'ils peuvent y trouver les moyens de développer les merveilleuses dispositions que la nature a parfois mises en eux ; mais combien ne seront-ils pas mieux préparés à tirer parti du séjour qu'ils y feront^

f70 DBS AVEU OLE 6.

qcumd ils auront, dès leoni pramiers ans» fait partie de rëaole eomnrane! C'est aouvent un aajet de décoaragement pour lea maîtres, dans nos établissemens spéciaux, qu'on leur confie des enfans qui touchent à Fadolescenee et ont été jusque-là laissés dans le plus incroyable abandon. On conçmt quelles dijfficultés rencontrent leurs tentatives en face de cette torpeur physique et morale créée par de longues habitudes de complète oisiveté; souvent il n*est plus temps; l'étincelle qu'on eût pu faire jaillir plus tôt du contact du savoir avec cet entendement engourdi est éteint, et, après quelques années d'efforts, il faut renoncer à le tirer de ses ténèbres natives. Au contraire, l'envoi des enfiems aveugles à l'école commune eût suscité les dispositions naturelles ; on eût pu connaître ainsi quels sont, dans le nombre, ceux qu'une aptitude plus prononcée destine spécialement à recevoir une éducation complète et appelle naturellement à l'admission dans Tinstitut spécial ; et comme cet institut se trouverait renfermer une population d'élite, il n'y serait plus fait dès-lors des sacrifices sans résultats, qui servent de prétexte aux hommes superficiels pour s'élever contre l'existence même de cette sorte d'établissemens.

Les écoles spéciales d'aveugles devront donc être mainte* nues; elles formeront le second degré du système dont l'ap*» plication fera participer les enfens aveugles aux bienfaits de l'instruction primaire ; elles le compléteront , en leur oflrant les moyens d'arriver quand il y aura lieu à l'instruction supérieure intellectuelle, musicale ou technologique. Ces écoles secondaires ou normales devront être formées sur le plan de celle de Paris (1 ) ; elles montreront le parti qu'on peut tirer

(i) n est à peine nécesnire de faire remarquer que raoetmiplissenMiit de ce plan, suppose la translation des établissemens consacrét aux aveuglesy dm département de Tintérieur à celui de l'instruction publique, translation dès kô^empa récUmée pour te$ écotes d« sourd&^miietSK

des aveugles dans toutes les branches; elles seront «n témoignage vivant qui pourra être invoqué pour vaincre le préjugé , et la souroe d'un bien£edt qui s étendra de la sorte à la classe entière des aveugles ; mais comme elles impose* font des charges que ne compensera aucun bénéfice maté* riel, il ne faudra pas trop les multiplier. Deux ou trois de ce genre dans les principales cités d*un grand état suffiront aux besoins. J'ai fait pleinement connaître le plan d'après lequel sont réglées les études dans rétablissement qui devra, dans ce système, être, ^on servilement copié, puisqu'il comporte M-même d'importantes améUorations. iu moins imité qlit à ses bases ; il est donc inutile d'entrer dans plus de dé* tails ; mais quelques remarques fondamentales restent à faire sur ce point important.

D est d'un haut intérêt que, dans la disposition du local de ces établissemens comme dans le régime qui y sera adopté, on ait soigneusement égard à la constitution physique et morale des aveugles (1). Les plus simples connais* sanees hjrgiéniques révèlent le régime alimentaire qui doit être ici adopté. C'est une nourriture tonique , substantielle, en général animale; de grands soins de propreté et, rappe* lons-le de nouveau , des exercices gymnastiques, des jeux propres à hâter le développement des forces musculaires ne sont pas moins impérieusement exigés.

Un point très important encore, c'est la situation du lieu choisi pour y fixer les institutions ou autres maisons d'aveu-

(1) M. Klein, qui a porté sa sollicitude dans les plus petits détails, fait jus» lement remarquer qu'il faut qu'un établissement affecté aux aveugles soit construit d'après un plan simple et régulier ; qu'il présente le moins possible de marches, de passages, de cabinets ; que les angles des murs et des boiseries soient arrondis ; que les portes se ferment d'elles-mêmes, ainsi que les ftnètres, de manière à ne pas rester entr'ouvertes ; que les escaliers soient lar^ et avec appui de chaque côté et que les enfans soient habitués à y prendre toujours la droite^ etc« {ItcMuck^ {k^ 3$Q et sulv.)

m DBS AVEUGLES.^

gles. En général les lieux bas et humides doivent être répudiés. A tout âge les aveugles ont besoin d*être constamment exposés à l'air libre, au grand soleil. Le site ne doit pourtant pas être trop élevé , car alors la trop grande ténuité de Tair pourrait parfois développer ces affections pulmonaires auxquelles les aveugles sont assez souvent prédisposés, aina qu'il a été dit dans la première partie. En général, dans toute contrée, c'est au midi plutôt qu'au nord que devra être établie l'institution spéciale; les conditions d'acclimatation seront dès-lors plus faciles pour les enfans. Combien de fcns n'ai -je pas été frappé des chances fikheuses que devait susciter contre l'existence d'un de ces jeunes êtres, sa brusque transplantation des extrémités méridionales de la France i Paris, où ses habitudes de concentration et d'inactivité le rendaient bien plus encore accessible aux inconvéniens d'une température basse, variable surtout. C'était une plante bëe et déUcate qui avait perdu son soleil, et qu'on entourait queU quefois en vain de ces précautions destinées à la préserver de l'action du milieu nouveau dans lequel elle se trouvait placée. Témoin de faits pareils, je me disais que la création d'une institution au moins, semblable à celle de Paris, dans une de nos grandes cités du midi , devrait être considérée comme commandée par l'humanité.

n serait à propos que , dans ces écoles, se trouvât une section séparée, consacrée à ces jeunes enfans à peine arrivés encore à l'âge où les facultés se développent. Cette époque est quelquefois tardive chez les aveugles. Jusque-là, leur enfance réclame des soins que peut seule leur donner une patiente et minutieuse sollicitude. S'ils sont confondus avec leurs condisciples plus âgés, ils ne peuvent, indépendamment de quelque danger que présente parfois pour eux cette confusion, les suivre dans leurs progrès ; et, se dégoûtant de l'étude, ils avortent sans retour. Le point essentiel, il faut le

dire, dans l'éducation des aveugles, c'est de la commencer à propos ; on ne doit s y prendre ni trop tôt, ni trop tard; et, plus encore que pour 1* éducation ordinaire, il importe de consulter les dispositions individuelles. A cet effet, qu'on se garde d'augmenter outre mesure le nombre des élèves.. On ne saurait croire quelles difficultés naissent pour les maîtres d'une trop grande agglomération d'enfans à élever. L'inconvénient qui en résulte dans tout établissement est bien plus sensible encore quand il s'agit , comme ici , d'individus placés dans ime condition exceptionnelle , et qui requièrent souvent des soins particuliers , si l'on veut que l'instruction soit pour eux suivie de réussite. Cent élèves dont un tiers du sexe féminin, telle devra, en général, être la limite. Cette limite est souvent dépassée ; elle l'est de beaucoup , par exemple , à Paris , par le besoin d'affaiblir la quotité proportionnelle, nécessairement élevée, des frais administratifs en la répartissant sur un plus grand nombre de têtes; mais je ne répondrais pas que ce ne soit parfois aux dépens de quelques-uns des sujets qui sont admis dans l'établissement.

Le choix des personnes appelées à diriger ces établissemens mérite aussi beaucoup d'attention. Il faut en général le faire tomber sur des hommes dont les mœurs soient douces, égales , et dont l'affabilité habituelle puisse surmonter et rompre cette raideur de caractère à laquelle les aveugles sont naturellement portés. Une remarque qu'on croirait puérile et qui sera cependant intéressante et vraie pour tous ceux qui ont observé de près les aveugles, c*est qu'un timbre de voix agréable et sonore est une condition que devraient réunir à toutes les autres les personnes préposées à l'éducation de cette classe d'êtres ; ce serait pour elles un puissant moyen de succès. En effet , les aveugles, comme on l'a vu, jugent les gens d'abord d'après la voix comme nous les ju-

geons d'aprëd la physionomie. Us en reçoivent des impressions plus on moins fkvorables ; ils se sentent plus ou moinâ portés vers les personnes, suivant les qualités de leur organe. L'aeeent est donc pour eux ce que le regard est pour nous , et toute la puissance du maître doit bien souvent rédder dans le charhie heureux cm dans la force que la nature lui aura dontiée Sous ce rapport. Recherchez surtout pour diriger ces jetmes infortunés des hbmmes amis de l'enÊmce et disposés à raisonner avec elle ; car une volotité impérieuse et capricieuse leur devient un joug insupportable. Comme ils réfléchissent beaiicoùp, ils contractent de bonne heure l'habitude de laisser prendre une grande influence à leur raison ; c est donc par elle qu'il faut tes conduire , et ils deviennent alors Beâucotip plus fkciles à diriger que léS ënfans Voyans. CTest tout le contraite si Ton s'y prend d'autre façon : il sera difficile alors de les dompter. Sur un point quelconque , s*îls cMent quand leur raisoti leur dit qu'ils ne devraient pas céder, c'est qu'ils se soumettent à la force briité ; mais rien n'égalé alotâ leur anxiété triste et sombfe , et c'est là encore une nouvelle cause de cet état de langueur dont j'ai parlé. n faudrait qu'à chaque établissement f&t âttàôhé un médecin qtti se fài spécialemeht occupé des maladies de* yeux. Il ne s^àgif pas de rendre des individus à la lumière, et il fkut sdgUeusëfnent âôùsfraire ces énfaus qtlel l'art a déclarés incurables, à l'âCtioii du chariatanîsme ; mais dans le nombre il s'en frotvë toujours qui ont te' sentiment de là lumière ou jouissent d'un point visuel ,* et dont l'état pêUt quelquefois être amélioré par des soins attentifs (1).

(1) Cest id au reste un point très délicat. Souvent on est tenté d'opérer kl enfans qui sont dans celle situation^ c'est-à-dire de pratiquer ce qu'on appelle une pupille artificielle ; mais à la suite de cette opération survient parfois une

CONCLUSIOÎ^. jhi

n serait donc itn|$drtant qu'ils fiissènt souvent visités dans l^ëtifutidë ; il y a &U silrplùS de graves ihconvénieiis à contbtiâtéf eôfiifhe ôii la fait quelquefois , dans la même perâofihè, les feîiciibns dé directeur et de médecin qui s'excluent réciprbquelïiëht à plusieurs ëgardë ; eh thèse générale, it faUt qtië le che^ d'un tel institut soit uii homme propre à enseigner et habitué à former f enfance ; car, avant tout » it iinporte qtté Tétablisséftient conséHre le caractère d*urié maison d'éducation , et se préserve de cette tendance 4 prendre l'aspect d'un hôpital, qu'une personne appairtenànt à î*aft médical est généralement portée à lui irtiprimer, tendance propre à compromettre entièrement les résultats qu'on pouvait en attendre.

Ûriè partie essentielle des attributions de ces étabh'sseméns, consisterait dans l'essai et l'application de tous lés procédés spéciaujL ima^hés pour initier les aveugles à telle ou telle branche de iios connaissances. C'est de là qu'après avoir été sagement expérimentés, ils passeraient dans les écoles inférieures. Ces expériences se feraient sous les yeux mêmes des membres d'un conseil de perfectionnement, qui devrait présider à la marche de cette instruction spéciale et en seconder l'essor. Je n'insiste pas sur ce point dont il sera facile de comprendre l'intérêt. Il doit souvent arriver, s'il n'existe rien de pareil, qu'un établissement est livré à la routine et reste stationnaire. On se tiendrait soigneusement , dans une vue conforme, en rapport avec les établissemens étrangers , afin de pouvoir adopter successivement les innovations utiles qui auraient été tentées et appliquées ailleurs ; jusqu'à présent il n'y a eu que des relations accidentelles entre les divers

inflammation qui détruit complètement le degré de vision, lequel est de la plui grande importance pour soustraire, dans les actes ordinaires dé la tie, l'Aveugle à cette dépendance véritable malheur de la cécité.

geons d'aprëd la physionomie. Us en reçoivent des impressions pins ou moins fkvorables ; ils se sentent plus ou moins portés vers les personnes, suivant les qualités de leur organe. L'accent est donc pour eux ce que le regard est pour nous , et toute la puissance du maître doit bien souvent résider danë le charine hetireux ou dans la force que la nature lui aura dontiée Sous ce rapport. Recherchez surtout pour diriger ces jétihes infortunés des hbmmes amis de F enfance et disi)osés à raisonner aVëc elle ; car une volohté impérieuse et capricieuse leur devient un joug insupportable. Comme ils réfléeliissent beaiicoùp, ils contractent de bonne heure l'habitude de laisser prendre une grande inJBuence à leur raison ; c*est donc par elle qu'il faut les conduire , et ils deviennent alors Beàucotip plus faciles à diriger que lèS ènfâns Voyans. Cest tout le contraire si Ton s'y prend d'autre façon : il sera difficile alors de les dompter. Sur un point quelconque , s*îls cMent quand leur raisôti leur dit qu'ils ne dévraieni pas céder, c'est qu'ils se soumettent â la force brute ; mais rieii li'égalé alotâ leur anxiété triste et sombfe , et c'est là encore une nouvelle cause de cet état de langueur dont j'ai parlé. n faudrait qu'à chaque établissement fdt âttàbhé un itïédècin qui se fbi spécialeméht occupé des maladies de* yeux. 11 ne s^âgif pas de rendre des individus à la Itmière, et il faut sdgtieuëëfnent soustraire ces énfans qfie l'art a déclarés Incurables, à l'action du chariatanîsme ; rtiais dans le nombre il s'en fTotivé toujours qui ont le sentimeht de la lumière ou jouissent d*un point visuel ," et dont l'état peut quelquefois être amélioré par des soins attentifs (1).

(1) Cest ici au reste un point très délicat. Souvent on est tenté d'opérer ki enfans qui sont dans celle situation, c'est-à-dire de pratiquer ce qu'on appelle une pupille artificielle ; mais à la suite de cette opération survient parfois une

n serait donc itii^tortant qu'ils fussent souvent visités dans \*ëtihiïcé ; il ^ a àti silrpliiS de graves inconvénieils à confbiidré, Hôthûie dii la fait quelquefois , dans la même personne, les fenciiôns de directeur et de médecin qili sWcluent réciprbquèthëfit à plusieurs égardë * en thèse générale, il fiitit qûè le che^ d'iin tel institut soit uii homme propre à enseigner et habitué à former l'enfance ; car, avant tout , il importe que Tétablisséftient conséfve le caractère d'uiiè maison d'éducation , et se jpréserve de celte tendance 4 prendre l'aspect d'un hôpital, qu'une personne appartenant à Tàft ttiédical est généralement portée à lui irtiprimer, tendance propre à compromettre entièrement les résultats qu'on pouvait en attendre.

Une partie essentielle des attributions de ces étabb'sseméns, consistei'ait dans l'essai et l'application de tous les procédés spéciaux imaginés pour initier les aveugles à telle ou telle branche de iios connaissances. C'est de là qu'après avoir été sagement expérimentés, ils passeraient dans les écoles inférieures. Ces expériences se feraient sous les yeux mêmes des membres d'un conseil de perfectionnement, qui devrait présider à la marche de cette instruction spéciale et en seconder l'essor. Je n'insiste pas sur ce point dont il sera facile de comprendre l'intérêt. Il doit souvent arriver, s'il n'existe rien de pareil, qu'un établissement est livré à la routine et reste stationnaire. On se tiendrait soigneusement , dans une vue conforme, en rapport avec les établissemens étrangers , afin de pouvoir adopter successivement les innovations utiles qui auraient été tentées et appliquées ailleurs ; jusqu'à présent il n'y a eu que des relations accidentelles entre les divers

inflammation qui détruit complètement le degré de vision, lequel est de la plui grande importance pour soustraire, dans les actes ordinaires de la tie, l'Aveugle à cette dépendance véritable malheur de la cécilé.

ITI DES ÂVEUQLBS.

Ainsi s'établirait également la transition difficile à opérer de rinstruction théorique à la pratique industrielle, soit dans Tatelier commun, soit dans le domicile respectif des individus. Il y a , san^ doute , de grands obstacles à surmonter à cet é^pxd ; ilsi pe sont pas toute^is invincibles. Dans beaucoi^p de cas l'aveugle n'aura besoin que d'être protégé pour aniy^r 4 cet^ position. Or, c'est encore \pi résultat qu'il iaut f»fiSi^ev d'obtenir; car, enfin , ce n'e^t pas indéfiniment que ^o\t ss pr()}onger dans les asile^ le maintien des §4ulte8 q^i y |cpt 44wis. Autrefnent , le bienfait devr^t être népe^r^ ipent limité à un petit nombre 4'i^<^vidus, .par l'in^posisilHlité de donner aux asiles, fj^ute de ressourpes, une exteosipn &i# santé pour le^ admettre touii.

C'est ^ur ces bases qu^ devraient être fondée , d^ng Qps 4ép^rtemen8 , des établis§qfnpi^s pour 1^9 aveugles.

Si inaintenant nous tournons nptre attpntion si^r les inoyens dp réalispr çpfi utiles et bipnfais^tes institiitiops » nous v^rrpn$ qu'elles n'imposeraiei^t aux localitéfii qu'une chfurge bi^ %^f ^ t ^^ pl^ 9^^ compensée as^émput p^r Ips avantages goi çn çé^tefaient» D'^bprd il n'est guère de villes on peu îçPPft^tes qui n'f^eut à leur disposition un local conve- ^Ig gour cptt^ 4^£Aûigtipu- Qn peut calculer pnsuite, d'après CCI 4)^ rétM>li|»l$eowt de F^i» dépenfie ^ confection de liyf^i €4r^t^rp^, t^ble^ux» essais divers» etc., tous fi^ gflçl 1^ iUfilpQ ne çeraient p^ chargés , combien la dépense IflHiit faible pour plusieurs 4âpartemena qui y ccmtribue- ¥|içat iH Wpupun , soit par la Icndsition de bourses, «oit par Wf^ allocation annuelle ou de toute autre &çon. L'état poorliit y ponpo^rir pour une portion ; mieux serait encore d^ap- W^ les citoyens & toiner des associations de bi^ public , ^ani le |)Ut de Itmder de tels éteblissemens. Ce mo4e serait sans pontredit préférable à tout autre ; mais il est encore peu consacré par l'usage dans notre pays, où l'administration

CONCLUSION. m

â eu si longtemps Thabitude de vouloir tout iairei que nous avons nous-mêmes contracté celle de ne pouvoir nous passer d'elle , et de croire fermement qu'il n'y a rien à faire sans son aide. Dans l'étranger, où cette doctrine n'est pas autant accréditée , la plus grande partie des établissemens de tout genre destinés au soulagement des classes souffrantes sont formés par voie d'association ; et il va sans dire que ce sont ceux qui sont le plus activement et le plus économiquement administrés , ceux qui ont indépendamment de leurs re* vçnus un fonds de réserve , tandis que les nôtres sont toujours en déficit. Eki effet, l'administration est alors composée des principaux souscripteurs eux-mêmes, c'est*à-dire des personnes qui ont intérêt à ce que leurs propres deniers ne soient pas détournés de la bien&isante destination qu'elles ont voulu leur donner.

Un avantage très important résulterait , pour les instituts d'aveugles, d'une organisation administrative basée sur l'association. En eflbt, quelle apparence que les personnes bienfaisantes qui auraient fait des sacrifices de temps et d'argent pour élever ces en&ns pauvres , les abandonnassent ensuite à euK-mêmes, s'ils continuaient à se montrer dignes de leurs soins t II est clair que les élèves se trouveraient ainsi avoir dans le monde des patrons naturels , dont ils ont toute leur vie le plus absolu besoin, et c'est effectivement ce qui se passe dans l'étranger. Chez nous , au contraire , où c'est à peu près le gouvernement seul qui s'en occupe , les huit ans qu'il leur accorde dans son institution de Paris une fois écoulés , presque personne ne s'en mêle plus , et, sauf quelques exceptions amenées par la création de l'honorable société de patronage et de secours que je m'honore d'avoir fondée, ils deviennent ce qu'ils peuvent.

D'après ces idées l'hospice des Quinze-Vingts deviendrait, dans une de ses sections, Tannexe et le complément de

Tinstitution de Paris, une autre section de Tasile conservant, pour les vieillards , le caractère hospitalier qu'il doit à son saint fondateur* Réforme importante qui mettrait le sceau, pour cette grande cité , aux bienfaits dont les aveugles sont dès à présent Pobjet de sa part.

Telle est la simple organisation que je propose pour l'amélioration du sort des aveugles en général, et que je soumets spécialement à l'adoption des pouvoirs publics dans notre pays. Il est évident qu'on obtiendrait de son adoption ce résultat désirable, que tous ces infortunés seraient avec le temps mis à l'abri de l'abandon et de la misère; tous, en effet, recevraient le bienfait de Pinstruction et clés moyens de ira* vail ; un plus grand nombre seraient mis à même d'arriver à une situation honorable dans le monde, à la fortune , à la réputation.

J'appelle sur ces vues d'organisation l'attention de tous les amis du bien public ; il s'agit de quelques milliers d'individus qui seraient ainsi arrachés à l'infortune et à la dégradation , rendus à la société qu*ils honoreraient par leurs talens et par leur haute moralité : la nature en a fait de malheureux infirmes ; la société en ferait des citoyens utiles : heureuse et frappante métamorphose dont il appartient sans doute à notre patrie , qui l'a conmiencée dans l'autre siècle, d'offrir dans celui-ci la complète réalisation !

Puissent les considérations diverses que j'ai présentées dans cet écrit, frapper l'administration ou plutôt susciter d'abord, en faveur d'une grande infortune, ce vœu public dont l'élan imprime de notre temps au pouvoir une irrésistible impulsion! Puisse -t- il en résulter une amélioration réelle et complète dans le sort de cette portion de nos concitoyens ! Tous ceux qui croient qu'un peu de bien doit marquer notre rapide passage sur la terre , comprendront sans peine que

Tespérance de voir cette amélioration réalisée , et la pensée d'avoir pu contribuer à hâter un tel résultat , forment la plus douce récompense que j'attende des réflexions et des travaux dont les aveugles ont été pour moi depuis si longtemps Tobjet.

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