INTRODUCTION
JLa conclition humaine qui résulte de la cécité , est sans doute l'une des plus dignes d'exciter l'intérêt public au sein d*une société parvenue à un certain degré de perfectionnement. En effets sans parler de la privation de ces jouissances infinies dont Taspect de la nature colorée est pour nous une source perpétuelle^ que de misères primitivement attachées à cette condition ! Dans les ténèbres étemelles ou s^écoule sa vie , l'aveugle est frappé d'une incapacité physique à laquelle les plus importantes acquisitions
vin INTRODUCTION.
intellectuelles ne sauraient jamais suppléer, et dont même elles lui font quelquefois plus fortement encore sentir les tristes résultats ; il dépend de tout le monde, et personne ne dépend de lui ; il est à la merci de tout ce qui l'entoure , livré sans défense au contact des choses et à l'injustice des hommes; la plupart de nos moyens d'existence lui sont interdits; un préjugé funeste vient encore ici en aide à la nature et oppose à l'aveugle de nouveaux obstacles pour trouver sa place dans la famille sociale. Comme il n'a parfaitement conscience que de l'espace qu'il occupe, il hésite à se mouvoir , il ne se meut que rarement , que lentement, et par là il se trouve amené à un état de langueur funeste, vers lequel l'entraîne encore une imagination qui n'a pour aliment que la froide reproduction de surfaces incolores. Ainsi isolé du reste de l'humanité, concentré et défiant, véritable prisonnier dans l'univers ^ comme l'a dit heureusement (i) le docteur Blacklock, aveugle-né lui-même, c'est bien à cet être que semble surtout s'appliquer cette pensée de philosophie chrétienne, qui présente la vie de l'homme comme un triste et pénible voyage dont le port est l'éternité.
Cette condition spéciale, ainsi résumée dans ses traits les plus généraux , s'offre à l'examen de tout homme dont l'esprit est éclairé et le cœur ouvert à de
(1) Encyclopédie britannique^ art. Blind.