INTRODUCTION. IX
généreuses émotions, sous deux aspects très distincts et également importans : elle est à la fois un objet de bienfaisance sociale et d'observation scientifique. En effet, en même temps que la privation de la vue constitue l'une des plus grandes infortunes qui puissent affliger l'humanité, et peut-être celle qui réclame la plus abondante part dans la commisération de tous, elle fait surgir un être moral à part, non moins curieux à étudier pour le physiologiste que pour le métaphysicien, dans l'organisme incomplet qui sert son intelligence. L'individu atteint de cécité dès le berceau a donc droit à intéresser à la fois, au plus haut degré, l'ami de l'humanité et le savant ; ni l'un ni l'autre ne lui ont pourtant accordé jusqu'ici , il faut le dire, qu'une attention passagère et bien in* suffisante.
On peut assurément s'étonner que la société ait fait aussi peu, jusqu'à ces derniers temps, pour une situation qui, comme on le reconnaît en observant ses propres impressions, excite si facilement la pitié individuelle. Chez les anciens, on ne trouve nulle trace de quelque institution destinée à soulager le malheur des aveugles; ils étaient pourtant nombreux en Italie et dans l'Asie romaine, ainsi qu'il résulte de divers ouvrages de médecine, bien que la variole, qui entre pour une assez forte proportion comme cause productrice des cécités de naissance, ne fut pas alors connue, à ce qu'il semble, du monde civi-