CHAPITRE III
LE LYMPHATISME. — SA FREQUENCE CHEZ LES ENFANTS DES GRANDES VILLES — SES CAUSES. — IL EST LE FLEAU DE CERTAINES CLASSES DE LA SOCIETE. — EFFICACITE DES BAINS DE MER CONTRE CET ÉTAT CONSTITUTIONNEL. — OPINION DES AUTEURS A CET EGARD. — LA MÉDICATION MARITIME EST PLUS EFFICACE DANS CE CAS QUE LES AUTRES MÉDICATIONS TONIQUES. — IMPORTANCE QUE l'ON A TOU- JOURS ATTACHÉE A LA BONNE CONSTITUTION DES ENFANTS. — NÉCESSITÉ DE FORTIFIER LES ENFANTS FAIBLES. — LE MEILLEUR MOYEN DE LES FORTIFIER EST L'hABITATION PROLONGÉE SUR LE BORD DE LA MER. — HÔPITAL
DE BERCK. — l'Éducation physique est trop négligée EIÏ FRANCE. — NÉCESSITÉ DE s'OCCUPER DE l'ÉDU- CATION PHYSIQUE DES ENFANTS. — LES BAINS DE MER CONVENABLEMENT EMPLOYÉS SONT LE MEILLEUR MOYEN DE COMPLÉTER CETTE ÉDUCATION PHYSIQUE. — DE LA MANIÈRE DE RENDRE LA MÉDICATION MARITIME UTILE AUX ENFANTS ET AUX JEUNES GENS. -^ AVANTAGES QU'OFFRI- RAIENT AUX ENFANTS FAIBLES DES MAISONS D'ÉDUCATION SITUÉES SUR LE BORD DE LA MER. — LÉGENDE d'UN MÉDECIN DE FLORENCE.
Les médecins qui habitent Paris ou les villes populeuses de la province, ceux qui résident dans des localités dont la température est froide et humide,
rencontrent à chaque instant dans leur clientèle des enfants pales, étioles, à chairs molles et blafardes, à muscles peu développés, chez lesquels Tappétit nul ou capricieux est quelquefois entièrement dépravé. Lorsque Ton passe la main sur les parties latérales du cou de ces enfants, on sent de petits ganfçlions qui roulent sous le doigt comme le feraient des noyaux do cerises. Chez les uns il existe une inflammation peu intense de la muqueuse oculaire ou palpébrale ; chez les autres on aperçoit un eczéma léger autour du nez, des lèvres ou des oreilles] chez d'autres enfin il existe un gonflement plus ou moins prononcé de la lèvre supérieure, un suintement, quelquefois même un écoulement du conduit auditif. Le médecin est rarement consulté pour ces alTections, que les parents attribuent toujours à la dentition ou à la croissance et que, par un sentiment d'amour-propre mal entendu, ils ne veulent jamais regarder comme l'expression pathognomonique d'un vice constitutionnel.
Dans cet ensemble de symptômes (|ui constitue la scrofule bénigne ou fugace do Sauvages, tous les praticiens reconnaissent Tinflucnco fâciieuso que Tatmosphère des grandes cités exerce sur la constitution des enfants, les troubles fonctionnels (|uo Tair impur des villes détermine dans do jeunes organismes. Pour le médecin observateur, familiarisé avec les afïeclions de Tenfance, cette scrofule léij:uro que Ton remarque à peine, dont on no pronunoo même pas le nom tant ses manifestations sont iiu«
perceptibles, peut cependant, dans une circonstance donnée et sous l'influenoe d'une cause fortuite, rcvô' tir tout à coup la forme grave do celle cruelle maladie et faire en quelques jours lo désespoir do toute une famille. Afin do conjurer do semblables accidents, afin d'éviter d'aussi déplorables conséquences, le praticien prudent doit modifier do bonne heure la constitution des enfants dûbilos et détruire chez eux, dés l'Ago le plus tendre, touto prédisposition lymplialiquc. C'est dès l'enfanco qu'il faut agir lorsqu'on craint une maladie héréditairo, parce que, comme ledisent lcaD"Ril!iot otBarthez: a Les mo- • difications qui s'opèrent dana l'organisme sont i plus nombreuses, plus complètes et plus rapides « dans l'enfance qu'à toute autre époque do la vie. » Le médecin no peut donc mettre trop de soins à guérir toutes les expressions pathologiques dj nature strumeuse qui apparaissent dans le cours do l'enfanco, quelque simples, quelque légères qu'elles puissent sembler à tous.
Cet état constitutionnel, si fréquent aujourd'hui, désigno sous lo nom do Mal' aria UTbana, par lo docteur Bourguignon (1), sous celui do Cachexie urbaine, par le docteur Bcrtillon (2), constitue une affection tolloment connue qu'il est inutile d'en décrire les symptômes d'une manière plus minutieuse. Les médecins la déplorent souvent sans pouvoir lui
(1) Union, médicale, Juia IS6I.
[2) Union médicale. Juillet 1862.
opposer da médication réellement efficace, parce qu'elle est presque toujours le résultat immédiat et nécessaire des conditions mêmes d'existence dans lesquelles se trouvent placés leurs jeunes malades, conditions qu'il leur est, la plupart du temps, impossible de modifier.
Les causes qui produisent la scrofule bénigne ou le lymphatisme, comme on l'appelle aujourd'hui, sont aussi nombreuses que diverses. L'habitation dans une contrée froide et humide, une alimentation insuffisante ou peu réparatrice, une vie trop sédentaire, une hygiène mal entendue, une mau^ vaisc éducation, des repas mal réglés, occasionnent chez les enfants des eflets identiques.
Un grand nombre d'enfants trouvent dans le travail et dans la vie sédentaire que leurs études exigent, au moment même où ils auraient si grand besoin d'exercice, une cause réelle d'affaiblissement de leur constitution. Je no puis m'empécher, en me plaçant à un point de vue essentiellement médical, de regretter que certaines prescriptions hygiéniques, d'une utilité incontestable, ne soient pas toujours mieux observées dans la plupart de nos maisons d'éducation.
> Les enfants et les jeunes gens travaillent aujourd'hui beaucoup plus qu'ils ne le faisaient autrefois, c'est une vérité que tout le monde se plaît à reconnaître. Leur instruction sera-t-elle plus grande ou plus solide que celle de leurs devanciers ? Je laisse à l'avenir le soin de résoudre cette question.
" Uichelet a dit avec raison : a On n« peut se diasi-
■ muler la profonde altération dont sont visible- « msnt atleinles nos racea de l'Occident. Les causes « en sont nombreuses. La plus frappante, c'est l'im-
■ mensitô, la rapidité croissante de notre travail.
• Nos résultats sont immenses. Nous versons de
■ notre cerveau un merveilleux fleuve de sciences, « d'arts, d'inventions, d'idées, de produits, dont « nous inondons le globo, le présent, môme l'avenir. a Mais h rjuol prix, tout cela ? Au prix d'une effusion « épouvantable do force, d'une dépense cérébrale qui d'autant énerve la génération. Nos œuvres
• sont prodigieuses et nos enfants misérables i]).* Une hygiène ma! entendue, des soins exagérés,
une éducation physiqueviciée par les parents euxmêmes, contribuent souvent à débiliter les enfants, â augmenter, à créer même chez ces derniers des prédispositions ffichouBeB. C'est ainsi que depuis quelques années on fait, dans l'hygiène de la première enfance, un usage abusif des bains tiédes adoucissants. J'ai souvent été consulté, au retour de la belle saison, pour dos enfants do 18 à 30 n que les parents croyaient atteints de quelque maladie organique, parce qu'ils urinaient à chaque instant. Cos enfanta, qui avaient la peau blanche, les chairs molles et qui venaient de passer l'hiver h Paria, prenaient chaque jour un bain tiède d'eait de son. Je n'ai jamais prescrit autre chose dans ce
(|) tu Mrr. Paria, Hachelte, p. 413.
c^as que dos bains ou des frictions aromatiques. Sous la seule influence de ce traitement, essentiel-, lement fortifiant, la peau de ces petits malades se colorait, leur organisme reprenait le ton que lui avait fait perdre Tusage immodéré des bains tièdes et les accidents disparaissaient entièrement. Il en est de même de certains enfants qui sont blêmes et boufïis, parce qu'ils suivent un mauvais régime alimentaire et qu'ils ne mangent que des fruits, des sucreries ou des pâtisseries. Il suffit de régler chez eux les repas avec sévérité pour voir leur teint changer et leur santé générale s'améliorer.
Si maintenant nous portons nos regards vers les villes industrielles et si nous examinons ce qui se passe dans les fabriques et dans les manufactures, nous voyons un grand nombre d*enfànts dont les jeunes années s'écoulent au milieu de l'atmosphère impure et malsaine des ateliers, épuisés par un travail au-dessus de leurs forces Là encore nous trouvons une cause puissante et incessante d'étiolement pour Tenfanco.
S*il est vrai de dire que l'affection scrofuleuso est le fléau de l'enfance dans les classes pau\res de la population, il n'est pas moins exact de dire que le lymphatisme, qui est le premier degré de cette affection, qui en est, en quelque sorte, la première manifestation pathologique, est souvent le partage presque assuré des enfants appartenant aux classes riches de la société. Ce lymphatisme, quel que soit le nom qu'on lui donne. Mal' aria, Cachexie ur-
baine, n'est autre chose que la scrofule bénigne de Sauvages. Il est, chez les enfants des grandes villes, le ver rongeur de notre société moderne ; il donne naissance à une foule d'affections organiques plus ou moins graves, et se termine souvent par la dégénérescence tuberculeuse. Cet état pathologique, quelquefois dû aux conditions hygiéniques et climatériques essentiellement mauvaises dans lesquelles les enfants se sont trouvés placés pendant
. les premières années de leur existence, dépend fréquemment de causes organiques ou héréditaires qui se montrent malheureusement de plus en plus fréquentes chaque jour. Quelquefois aussi, trop souvent même, pour le médecin, il est la traduction d'un état morbide ancien d'une nature spéciale, que le père a légué à ses enfants comme un triste et fatal héritage.
A tous ces enfants qui ont les cheveux blonds, la peau fine et blanche, les chairs molles et bouffies, qui sont pâles, délicats, quelquefois d'une maigreur extrême, et qui doivent leur constitution lymphatique aux causes diverses que nous venons d'énumérer, il faut, comme à de jeunes plantes qui s'étiolent, donner de l'air, de la lumière, de la chaleur. Les bains de mer et l'atmosphère maritime jouis^ sent, dans ce cas, d'une action spéciale et peuvent remplacer toutes les autres médications. Il est impossible, quand on ne l'a pas observé soi-même, de se figurer l'influence salutaire que l'eau et l'air de la mer exercent sur ces petits malades. L'effet que
œs deux agents thérapeutiques produisent est si prononcé, si rapide, qu'il est souvent impossible de reconnaître, dans les enfants frais et roses qui courent sur la plage, les petits êtres qui sont venus, qAielques semaines auparavant, faibles et languissants, chercher sur la côte la santé qu'ils avaient perdue.
• Cette modification profonde de la santé, et, par suite, de la constitution, est due à Tactiôn qu'exercent sur réconomie les agents hygiéniques que l'on trouve au bord de la mer : a L'habitude de l'unia for mi Lé, dit John Hunter, rend le corps humain a très-sensible aux plus légères variations almos- « phériques; si au contraire on est habitué à ces «[variations, le corps devient beaucoup moins «susceptible d'éprouver de semblables impres- « sions (1). »
On comprend dès lors la facilité avec laquelle les enfants des grandes villes contractent des indispositions pour les causes les plus légères. Les raffinements anli-hygiéniques que le luxe moderne a apportés dans la construction des maisons, les doubles croisées, les tapis épais et moelleux, les calorifères, les cheminées trop étroites, soustraient, pendant une partie de l'hiver, les enfants de la classe riche à l'action directe de Tair et de la lumière, et les habituent à une température beaucoup trop uniforme.
^\) Ohserv. on anim,, by J. Hunter.
Dans la médication maritime, au contraire, le corps se trouve journellement en contact avec un milieu d'une température peu élevée ; Pair vivifiant de rOcéan excite les muqueuses, la lumière solaire stimule la peau. Cette médication donne donc à Torganisme une tonicité que ne saurait lui procurer Tair énervant des grandes villes. Aussi tous les auteurs sont-ils unanimes à proclamer ses bons effets. Ecoutons ce que dit à ce sujet le docteur Gaudet, un des praticiens qui ont le mieux étudié cette médication en France : a Les enfants subissent une « foule de maladies dont ils ont puisé le germe au a berceau même, qu'ils soient nés de parents trop a jeunes ou mal portants, ou morts victimes d'une « maladie organique. Le système de l'organisme, « ainsi vicié che;z eux dès son origine, a besoin « d'être renouvelé ou complété. Les bains et l'air do a la mer sont les agents les plus propres à atteindre « ce but; leur action combinée se montre si prompte a et si énergique à cette occasion que, sous le rap- « port hygiénique et thérapeutique, elle peut être « considérée comme merveilleusement appropriée à « la constitution et aux maladies des enfants. On « concevra d'avance ses effets quand on saura que a les qualités de Pair et l'efficacité des bains, dans a l'enfance, ont pour auxiliaires les jeux à Tair de « la mer et les exercices journaliers qu'ils prennent a sur la plage. Aussi ne pouvons-nous assez dire a aux parents qui amènent leurs enfants aux bains « do mer : Que vos enfants passent leur vie sur le « bord de la mer.
< Le temps n*est pas éloigné, peut-être, où les bains de mer seront employés généralement comme le meilleur moyen d'éducation physique dans Tenfance, où ils sont déjà un agent thérapeutique si précieux que jusqu'à ce jour nous ne connaissons pas une seule exception à leur eOicacité dans les scrofules et le rachitisme. Déjà les parents conunencent à amener leurs enfants aux bains de mer dans Tunique but d'augmenter les chances de leur santé et de leur fournir des éléments de résistance contre les prédispositions morbides qui leur sont habituelles (1) > « On ne peut se figurer, dit le docteur AfTre, quelle influence salutaire exercent l'air pur et vivifiant de la mer et les bains de mer sur ces enfants pâles, étiolés, aux yeux caves et cernés, à la démarche vacillante, tristes, inquiets, sans appétit, sans forces. Apres un ou deux mois de séjour sur nos bords maritimes, ils se retirent presque tous avec le teint coloré, l'appétit ouvert, les forces musculaires doublées, gais et jouissant de cette animation qui caractérise les enfants d'une forte constitution (2). >
c On observe fréquemment chez les enfants^ selon le docteur Pouget, pendant les bains ou peu de temps après, un accroissement rapide qui ne s'accompagne ni d'amaigrissement, ni de fai-
(1) GaudeU Recherches sar les Bains de Mer, p. 111.
(2) Aff^. Manuel du Bai^n.int. Paris. P. 46.
« blesse ; d'autres, courbés et languissants par un « allongement excessif, se redressent et repren- « nent toute leur énergie. L'habitation de la plage a amène en peu de temps un changement remar- « quable chez les enfants faibles, pâles, lymphatf tiques, étiolés par Tair altéré, stagnant des cités a populeuses, par la mauvaise direction que Ton y « donne aux moyens hygiéniques dont ils auraient <c un si grand besoin. L'air de la mer, vif, pur, sticc mulant ; la chaleur, la lumière solaire, l'exercice, « le repos de l'esprit, leur donnent une énergie, une « vitalité nouvelles. Leur teint s'anime, leur peau a brunit, leurs yeux brillent, leurs digestions sont « plus faciles, leur pouls plus développé (l). »
Russel, l'un des premiers qui aient bien senti ces vérités, faisait couper les cheveux de tous les enfants scrofuleux qu'il soumettait à l'usage de l'eau de mer, et les exposait, le col découvert, à l'air des côtes; il les renvoyait, dit-il, avec les membres fortifiés et la contenance assurée qui est propre à leur âge.
Voici comment s'exprime le docteur Bertillon : a De toutes les influences, de toutes les indications « du bain de mer que l'on peut signaler, aucune « n'est plus vive que celle qui concerne l'enfant, a S'il n'est pas réellement déjà atteint d'une affec- « tion organique grave, ou doué d'une constitution «héréditairement viciée, on voit comme par en-
(1) Pouget. Des Bains de Mer^ p. 52,
« chantement se fondre dans Peau de mer tous cea « symptômes de débilité, de lymphatisme, d*ataxie V. qui, à la ville, résistaient aux meilleurs soins, efc frayaient fort la famille et le médecin lui-même ; « les glandes se résolvent, les écoulements muqueux « cessent, les sueurs, les petites fièvres nocturnes « disparaissent, Tappétit redevient régulier, la peau « se colore d'incarnat en môme temps qu'elle se c bronze; la vivacité de Texpression, lagaîté re- « naissent et demeurent. » [Union médicale, 180*2.)
a De tous les âges, dit le docteur Roccas, Feua fance est certainement Tépoque de la vie à laquelle « convient le mieux la pratique de la mer (1). »
Voic\enfln comment s'exprime le docteur Quissac, de Montpellier, dont le témoignage ne sera pas suspect, puisque cet auteur a eu pour but de démontrer, dans son ouvrage, l'abus des bains de mer et leurs dangers. « L'action tonique des bains de mer a semble en quelque sorte spécifique pour favoriser tt le développement de la constitution, tant que le a corps n'a pas acquis son entier développement, « c'est-à dire jusqu'à l'âge <le dix-huit à vingt ans. a Administrés pendant cette période de la vie, en « supposant toutefois que leur indication soit bien <c établie, ils augmentent la somme des forces radi- « cales et favorisent le développement des organes a par l'heureuse influence qu'ils apportent dans les
fl) Roccas. Traité pratique des Bains de Mer. Paris, <80î, P. 42.
« fonctions de la digestion, de la nutrition, etc. On a ne saurait douter de leur vertu en ces circon- « stances (1). »
Que Ton répète encore que l'amour du plaisir, la curiosité, le besoin de changer d'air, conduisent seuls les malades sur les bords de TOcéan ; c'est là un sophisme qui tombe de lui-même et que l'expérience médicale de chaque jour repousse victoriensèment. Cette objection d'ailleurs n'est pas nouvelle; Baglivi la réfute dans le chapitre intitulé : De mutando aère in longis et difficilihus mor^ bis (2). Sans doute on ne peut nier que les plaisirs, les distractions que l'on trouve au bord de l'Océan, le spectacle de la mer, si imposant pour celui qui n'en a jamais joui, n'exercent une grande influence sur l'organisme ; mais on ne peut pas dire que les effets de la médication maritime, chez les enfants principalement, se bornent à cette influence morale. L'eau de mer, que l'analyse classe à la tète des eaux chlorurées iodiques fortes, est la plus minéralisée de toutes les eaux connues. Par sa composition chimique seule, elle exei ce donc sur la peau une action tonique et stimulante remarquable. L'atmosphère maritime de son côté exerce sur la muqueuse des bronches une action tout aussi vive, tout aussi stimulante. Quand on considère l'étendue de la mu-
(\) Quissac. De l'Abus des Baius de Mer^ de leurs dangers Paris, i853. P. 26.
(2) Bagl. op, omnia. Lugd. 1704. P. 387.
queuso bronchiquo chez les enfants, l'importance de l'absorption pulmonuii-e ou cutanée dans le jeune âge, on comprend tout le prix que doit avoir, pour un organisme qui se développe ou pour un« constitution débilitée, une atmosphère sans cesse renouvelée, riche on oxygène et en lumière, imprégnée do molécules salines, quelciucfois même chargée des senteurs bienfu^î santés du pin maritime.
L'action spéciale qu'exerce, sur la maqueuss bronchique, l'atmosphère vivifiante do l'Océan met la médication maritime bien au-dessus de toutes les médications toniques. Cotte médication constitue même, dans la thérapeutique des maladies de l'enfance, un mode de traitement plus cnoi^que, plus riche en éléments reconstituants, que les traitements hydrothérapiques ordinaires, qui n'ont et qui ne peuvent avoir, sur la membrane muqueuse bronchique, qu'une action secondaire ou consécutive.
Les médecins ne sont pas les seuls à proclamer cette importante vérité, que l'on doit fortifier les enfants faibles afm de leur assurer une bonne santé dans l'avenir. Les philosophes, les poètes, les moraliates, se plaisent tous à reconnaître les avantages d'uno bonne conatiUition. a L'homme, dit Platon, n'est un beau spectacle que lorsque la beauté et la force de l'ùine sont on harmonie avec la beauté > et la force du corps (I). ■
Les poètes du paganisme n'ont-ils pas exprimé la même pensée lorsqu'ils ont dit :
Gratior et pulchro veniens in corporevirtus. (Virgile.) Mens sana in corpore sano. (Ju vénal.)
Montaigne, lorsqu'il traite de l'institution des enfants, s'exprime ainsi en parlant des soins que Ton doit donner au jeune écolier. <t Endurcissez-le à la a sueur et au froid, au vent, au soleil et aux hazards « qu'il lui fault mespriser ; ostez-lui toute mollesse « et délicatesse au vestir et au coucher, au manger « et au boire ; accoutumcz-le à tout ; que ce ne soit « pas un beau garson et dameret, mais un garson « vert et vigweux (1). »
Un de nos plus savants prélats, un homme dont s'honorent également l'épiscopat et l'instruction publique en France, Mgr Dupanloup attache lui aussi une haute importance à l'éducation physique des enfants. « Il suffit, dit ce prélat émincnt, de voir le <t sourire, le regard, le coloris, la grâce qui brillent « sur le visage d'un enfant et embellissent sa phy- «sionomie; il suffit de voir quelle vie l'anime, <t quelle ardeur le transporto et l'élancé, pour com- « prendre .que la beauté, la dignité, la pureté, l'é- « nergie, l'adresse, l'agilité du corps ne sont en aU' « cune façon méprisables... L'éducation physique « a pour but de rendre l'homme, corps et âme, <t aussi fort, aussi sain, aussi indépendant que pos-
({) Essays de Michel Montaigne. Liv. I, chap. XXV.
( sible des accidents extérieurs. Ce seul mot suilit i pour faire comprendre l'importance et la nécessttô «de cette éducation. En etîet, sans vne constitu-
■ tion forte, l'homme le plus intelligent et le plus
■ laborieux est réduit h l'impuissance. Triste jouet
■ des maladies, il se trouve arrêté à chaque pas
■ dans la carrière. Les lettres, les eciencos, les arts, 1 les métiers les plus humbles comme les profes- < sions les plus élevées, rien n'est possible sans le » secours d'une bonne santé [I). »
Le meilleur moyen de garantir les enfants des maladies auxquelles ils sont si fréquemment ex-, poses consiste à les fortifier pendant que leur corps se développe. Le praticien ne doit pas oublier qu'un grand nombre d'affections propres au jeune &ge sont dues souvent à un rcgi:ue mal entendu, à une éducation mal dirigée, à un genre de vie factice ou efféminé; or, en pathologie, prévenir vaut mieux que guérir. Dans notre société parfois trop civilisée, les enfants sont élevés dans do véritables serres chaudes. On surcharge leur estomac d'aliments stimulants, on surexcite leur système nerveux par des lectures qui sont au-dessus de leur portée; leurs muscles ne sont pas assez exercés, leur intelligence l'est beaucoup trop. lin un mot, on fait tout pour vieillir ces petits ôtrea avant l'àgo et pour les priver , du seul bonheur qui leur convienne icimce et l'insouciance. Enlraînis par un
. fol amour ou par un ridicule orgueil, les parents, dans leur aveuglement, ne voient pas que l'enfant p"écoce qu'ils entpurent de tant de soins et qu'ils destinent un jour à être un savant, sera tout simplement un homme malingre et rachitique qui ne deviendra jamais, comme ils l'espèrent, une des lumières de ce monde.
Les bains de mer et l'habitation sur le bord de l'Océan oiTreat au médecin un moyen toujours sûr de modifier des constitutions délicates, de refaire môme des constitutions entièrement viciées. Le docteur Gaudct insiste avec raison sur la nécessité de soumettre les enfants k un séjour prolongé sur /es côtes, lorsque l'on veut obtenir des eiïeta curatifs certains. « Plnsieura des enfants alTectés do ■ scrofule ou de rachitisme, dit-il, ont passé à u Dieppe avec des avantages incontestables l'hiver « et le printemps qui ont suivi les bains de mer ; 1 ils ont évité ainsi les récidives si fréquentes chez « eux quand ils retournent hiverner dans les « grandes cités (1). » Les observations faites à Dieppe, celles qui ont été faites sur un grand nombre d'autres plages, prouvent sans réplique l'eiTicacité des bains de mer dans les alTections lymphatiques et dans les affections scrofuleuses qui apparaissent si souvent d'une manière insidieuse chez les enfants débiles.
Cette vérité thérapeutique a reçu depuis peu une
(t) Gaudet. Des Bains de lier, p. 101.
démonstration pratique et en quelque sorte officielle. L'administration de TAssistance publique vient de créer à Berck, département du Pas-de-Calais, un hôpital de cent lits, afin de faire prendre des bains de mer aux enfants scrofulcux des hôpitaux de Paria et afin aussi de donner à ces enfants le bénéfice d'un séjour prolongé sur le bord de la mer : les effets obtenus sont trcs-satisfaisants. Voici comment s'exprime M. Blondel, inspecteur de l'Assistance publique, dans une lettre qu'il m'a fait l'honneur de m'adresser à ce sujet : « L'hôpital tf de Berck est situé sur le bord do la mer, sur une a belle plage. On y envoie les enfants de nos d hôpitaux de Paris qui paraissent dans de bonnes « conditions pour profiter de ce mode de traitement; a ils y passent l'été et l'hiver, prennent beaucoup de « bains, ont une bonne nourriture, font autant « d'exercice que possible, et, jusqu'à présent, tout « fait espérer que le résultat sera des plus satis- « faisants. Une visite récente de médecins de Paris « a constaté des améliorations qui ont surpassé a . toute attente. Le traitement médical, en dehors tt des bains de mer, se réduit à très-peu de choses. » Depuis lors, j'ai visité l'établissement de Berck, et j'ai pu m'assurer moi-même des bons résultats qu'il donne sous la savante et intelligente direction du docteur Perrochaud. Ces enfants, presque tous rachitiques, continuellement exposés, nu-pieds, à Tinfluence salutaire de l'atmosphère maritime, se livrent à la pêche, à la gymnastique, et ont une
■îture composée en grande partie de poisson' et de coquillages : ils ont tous l'air heureux. Par l'action seule de co traitement hygiénique et sans médiralion inlernc, leur teint se colore, leurs forces reviennent et les formes les plus graves de raffeclion scrofuleuse s'améliorent rapidement. L'inriuenco que l'atmosphère maritime exerce sur CCS enfants est telle qu'il est facile, en les visitant, de distinguer immédiatement ceux qui sont arrivé» depuis quelques semaines de ceux qui ne le sont que depuis quelques jours. Puisque l'administration de l'Assistance publique obtient d'aussi bons ,- résultats sur une plage froide de la Manche, et dans un département qui, d'après le docteur Boudin, est, après le département du \ord, celui qui fournit le plus grand nombre de plithisiques en France (1), ne pout-on pas dire que les résultats seraient bien plus satisfaisants encore, si les circonstances avaient permis de fonder cet établissement hospitalier sur l'Océan et dans des conditions climatériques mieux appropriées au traitement de la scrofule ?
Les faits que je viens de citer renferment un grand enseignement. Ils démontrent, comme je l'ai déjà dit, et comme on ne saurait trop le répéter, qu'un séjour prolongé des enfants faibles sur le bord do la mer suffit pour modifier complètement leur constitution, pour transformer même un
(t) Tralti' lie Réo;rni.|iir loÉdic. Tome ÏÏ/v^ise C60.
enfant souffreteux en un enfant fort et bien portant. Malheureusement, en France, on s'occupe beaucoup moins de l^amélioration de la race humaine que de celle des races animales. Par un , contraste bizarre dans nos mœurs, Téducation physique de nos enfants est l'objet de moins de soins que l'éducation physique de nos animaux domestiques ou de leurs produits.
Il faut savoir donner à chaque chose l'importance qu'elle comporte : penser un peu moins aux animaux, un peu plus aux hommes. Que les pères de famille, jaloux de la santé de leurs enfants, s'occupent donc désormais de leur éducation physique autant que do leur éducation morale, et qu'ils n'oublient jamais ce mot profond de Michelet : « Notre société si agitée, si violente, est une vraie « guerre à l'enfance (1). » Qu'ils méditent ces paroles empreintes d'une saine philosophie, et qu'ils cherchent un remèJe à un mal qui nous atteint dans ce que nous avons de plus cher, qui menace beaucoup plus qu'on ne le pense l'avenir de la génération actuelle. Pour arriver à ce résultat, aussi louable que fécond en conséquences, il faut opérer dans nos mœurs et dans quelques-uns de nos usages une réforme complète. Cotte réforme, en ce qui concerne nos habitudes balnéaires ou thermales, regarde le médecin et le père de famille.
Les bains de mer employés comme moyen
(1) La Mer, p. 414.
fortifiant dans l'enfance sont, depuis quelques années, devenus d'un usage général, je dirai même vulgaire, dans tous les rangs de la société. Mais, au point de vue de l'hygiène et de la thérapeutique, il s'en faut de beaucoup que Ton retire de cette médication "tout le parti que Ton pourrait en obtenir. Les enfants ne restent pas assez longtemps sur le bord de la mer ; leur constitution ne peut donc éprouver de modification réelle d'un séjour à la côte qui n'est le plus souvent que momentané, par conséquent beaucoup trop court. Les occupations des parents, les éludes des enfants, une foule de circonstances, constituent autant d'obstacles que le médecin ne peut pas toujours faire disparaître. On court passer quelques semaines sur une plage que l'on n'a pas eu le temps de choisir, où les enfants n'ont pas le temps de s'acclimater, et l'on part dès qu'un commencement d'amélioration se manifeste chez eux.
Dans une médication qui demande du temps et du repos, on fait tout à la hâte. On part, quand au contraire il faudrait rester, afin de consolider les résultats obtenus, afin d'habituer les jeunes baigneurs aux brises de l'Océan, qui les aguerriraient peu à peu contre les froids plus vifs de l'hiver. Aussi, la plupart de ces enfants voient-ils disparaître avec rapidité l'amélioration qu'ils avaient éprouvée de leur trop court séjour à la côte.
Un grand nombre de personne n'accordent pas à
la médication maritime le rang qu'elle doit avoir,. et no lui attribuent pas Timportance qu'elle mérite. Il résulte de là que les bains do mer se prennent au milieu de plaisirs et d'écarts de régime qui en détruisent refTicaclté. On doit agir d'une manière toute différente, lorsque l'on conduit au bord de la mer dos enfants faibles ou des enfants malades. Au lieu d'aller passer avec eux quelques jours seulement Bur une plage bruyante, où il est impossible de les soustraire aux habitudes mondaines que leur imposent trop souvent la faiblesse et V amour-propre des mères, il faut les conduire loin des villes, sur une plage agresle, où, dans des conditions' hygiéniques parfaites, ils pourront , pendant plusieurs mois, respirer Tair pur et salutaire de l'Océan. Là, comme le veut Michelet, dans une maison k la côte un peu abritée et bien soleillée, sans souci aucun de leur toilette, ces enfants seront du matin au soir soumis u rinfluenco bienfaisante de l'atmosphère maritime. Les promenades sur la côte, la pêche, les pro* monades en mer formeront les plaisirs de chaque jour, ot remplaceront avec avantage les distractions futiles ot trop souvent dangereuses qu'offrent à la jeunesse les plages adoptées par la mode. Pris de cotte manière, les bains de mer constitueront une médication toujours sûre, toujours efïîcace, toujours agréable. Des enfants et des jeunes gens ne peuvent jamais s'ennuyer au bord de la mer. Les rochers, les dunes, les forêts de pins, la grève nue battue par les flots, forment partout do salutaires
promenades. Les enfants s'y amusent toujours, et les jeunes gens y utiliseront à chaque instant les connaissances qu'ils ont en géologie ou en histoire naturelle. Ces jeunes promeneurs seront assures de faire chaque jour pour leurs collections une ample et abondante moisson.
Croit-on qu'un grand nombre d'enfants de nos lycées et de nos collèges, qui sont d'une santé débile, ne verraient pas promptement leur constitution se modifier s'ils passaient leurs vacances près de la mer, au lieu de promener, comme ils le font, leur ennui et leur oisiveté sur les boulevards des grandes villes ? Croit-on qu'il n'en serait pas de môme pour les élèves de nos écoles spéciales, que les veilles et le travail épuisent si souvent avant l'âge ? Croit-on qu'un grand nombre d'officiers de notre armée n'auraient pas une constitution plus robuste et ne seraient pas plus aptes qu'ils ne le sont à supporter les fatigues de la guerre, si les jeunes élèves du Prytanée avaient la possibilité, chaque année, de passer plusieurs mois sur le bord de l'Océan ?
Afin de concilier les soins que demande l'éducation physique ainsi entendue et ceux que réclament l'éducation morale, afin do ne pas s'exposer à fortifier le corps- au détriment de l'intelligence, pourquoi ne créerait-on pas sur les bords de l'Océan et dans un climat tempéré, convenant à de jeunes organisations, des maisons d'éducation dans lesquelles on développerait les forces physiques des élèves en
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môme temps qu*on exercerait leurs facultés intellectuelles ? Un grand nombre d*enfants auxquels le séjour des villes est funeste, et auxquels par conséquent la vie de collège est interdite, fortifieraient là leur corps tout en cultivant leur intelligence.
L*air pur et vivifiant de l'Océan serait bien plus salutaire à ces enfants que le séjour monotone et souvent malsain des infirmeries. Ces maisons d'une simplicité extrême deviendraient plus tard d'agréables lieux de vacances pour un grand nombre d'enfants qui ont besoin de prendre les bains de mer, et qui ne le peuvent faire parce que leurs parents sont dans l'impossibilité de les y accompagner. De telles institutions, dignes d'une époque de progrès, mais de progrès bien compris, rendraient sous le rapport physique comme sous le rapport moral un immense service à la jeunesse actuelle. Là se trouve, à mes yeux, un avenir tout nouveau pour un grand nom^ bre d'enfants frêles et débiles, qui appartiennent à toutes les classes de la société. Ainsi se trouverait réalisée cette pensée si sage et si juste du docteur Gaudet : « Le temps n'est pas éloigné peut-être, où « les bains de mer seront employés généralement « comme le meilleur moyen d'éducation physique « dans l'enfance (1). »
La médication maritime est douée d'une action thérapeutique tellement puissante qu'elle doit être placée, dans le jeune âge, au premier rang des mé-
(l) GaudeU Op. cit., p, US.
dications toniques. Si Ton peut dire avec autant do vérité que de raison qu'il n'y a pas en médecine de remède plus commun et plus à la portée de tous que Teau de l'Océan , il faut reconnaître qu'il n'existe pas pour l'enfance souffrante de traitement plus efficace que le» bains de mer.
Que les médecins , que les pères de famille, que les hommes qui se sont voués à l'éducation n'oublient jamais la puissance réparatrice dont jouissent l'eau et l'atmosphère marines, et qu'ils aient toujours présente à la mémoire cette légende touchante que nous raconte un médecin de Florence : « Deux <K enfants parés de toute la grâce attendrissante de « la jeunesse meurent dans les hôpitaux de cette « ville. Sur la figure de l'un d'eux se peint une «t langueur pleine d'amertume ; les yeux de l'autre a s'éteignent dans une ombre éternelle. Ces enoc fants, dit ce médecin, ne seraient pas morts si on « avait pu les envoyer à la mer (1). »
(i) Michelet. La Mer^ p. 411.