MOYENNE DES DIFFÉRENCES DE HAUTEUR
ENTRE LA MAREE HAUTE ET LA MAREE BASSE SUR LES PRINCIPAUX POINTS DU LITTORAL DE LA FRANCE ^l\
Port de l'Adour.... 2"80
Arcachon 3 90
Cordouan 4 70
La Rochelle 5 34
Saint-Nazaire 5 38
Le Croisic 5 00
Port-Louis 4 70
Lorient 4 48
Audierne 4 00
Brest 6 42
Ile Brehat 10 02
Saint-Malo 11 36
Granville.
Cherbourg
Barfleur
La Hougue
Embouch. de l'Orne.
Le Havre
Fécamp
Dieppe
Boulogne
Calais
Dunkerque
IS'-aO 5 64
5 ei
Les chiffres contenus dans ce tableau et les remarques du savant professeur de TEcole polytechnique font voir la rapidité avec laquelle la hauteur des marées augmente à mesure que Ton s^éloigne des plages unies et sablonneuses du sud-ouest de la France, et que Ton avance vers les côtes accidentées de la Bretagne et de la Manche. Ils démontrent également Tinfluence que la forme et la nature des
(1 ) Pour avoir la plus grande différence de hauteur observée enlre la marée haute et la marée basse^ il faut augmenter ces quantités de i/lO^environ.
côtes exercent sur Télévation des eaux, dans le phénomène des marées. Toutes ces considérations expliquent d'une manière mathématique les accidents qui attristent si souvent certaines plages trop peu unies et beaucoup trop déclives de la Manche, où Ton voit chaque année des baigneurs, surpris par la marée montante, se noyer loin du rivage , ou deA nageurs in^prudents entraînés, malgré leurs efforts, par la mer qui descend tout à coup avec une force et une rapidité qu'il ne peuvent maîtriser.
Lorsque la mer monte sur une plage large, peu inclinée, où elle découvre beaucoup et sur laquelle la hauteur moyenne de la marée est de 3 m. à 3 m. 50 ^c, comme cela se voit sur les plages sablonneuses du golfe de Gascogne, le flux met six heures à parcourir une distance souvent très-grande. Dans ce cas, la mer s'élève tout au plus de 50 à 60 centimètres par heure, et les enfants peuvent, sans le moindre danger, suivre en s'amusant le mouvement ascendant de la marée.
Lorsque, au contraire, la mer monte sur une plage à fond irrégulier, à pente rapide, où elle découvre ., . peu, et sur laquelle la hauteur de la marée est de
8 à 12 mètres, le flux, comme cela se voit sur certaines plages de la Manche, atteint une élévation de * 2 à 3 mètres par heure. Dans ce cas, la mer couvre la plage avec une telle rapidité que les enfants qui jouent sur la grève ou qui s'amusent sur les rochers, sont quelquefois emportés par les flots sans avoir vu le danger qu'ils couraient, ou ne l'ayant
VU trop souvent qu'au moment où déjà ils ne pouvaient plus s'y soustraire.
L'étude de la géographie physique seule démontre donc que les plages sablonneuses de TOcéan sont beaucoup jilus sûres pour les enfants que certaines côtes de la Manche aux falaises abruptes. En étudiant le littoral de la France, au point de vue de la géographie médicale, on voit en outre que les plages tièdes et sablonneuses du sud-ouest de la France doivent quelquefois encore être préférées aux plages froides et humides de la Manche sous le double rapport de l'hygiène et de la thérapeu" tique.
S'il importe au praticien de bien connaîtte les propriétés physiques et chimiques de l'eau de l'Océan, il ne lui importe pas moins de bien connaître les propriétés physiques et chimiques de l'air que l'on respire sur le bord de la mer. Les personnes qui habitent les grandes villes sont, en général, peu famiMarisées avec l'atmosphère maritime et avec ses phénomènes météorologiques, et cependant un grand nombre d'entre elles, sans expérience aucune et quelquefois sans guide aucun, vont tous les ans demander à sa bienfaisante influence les éléments d'une constitution nouvelle pour des enfcints qui leur sont chers. Il y a. donc pour le médecin une nécessité absolue, je dirai môme il y a pour lui un devoir impérieux à bien connaître les propriétés de cette atmosphère afin de pouvoir d'avance indiquer aux malades les règles qu'ils auront à suivre lors-
■&.^>^!^TînB. ^ . ■ ■ .1^1^-1 r,i-^B^^*i».«MW.^^Wi«^HM^MBÉ
qu'ils se trouveront dans ce milieu si salutaire, si vivifiant, il est vrai, mais qui est en même temps si excitant et si éminemment variable.
Pour le physiologiste, l'atmosphère est l'immense réservoir où « les plantes puisent Tacide carbonique a nécessaire à leurs besoins, et les animaux l'oxy- « gène qui alimente leur vie. C'est encore à l'air « que les plantes empruntent directement ou indice rectement leur azote, et c'est là que les animaux « le restituent, de telle sorte que l'atmosphère, mé- « lange d'oxygène, d'azote et d'acide carbonique, se a renouvelle et se reconstitue incessamment par « mille échanges qui dérivent des phénomènes de « la végétation et de ceux de la vie animale. « L'homme est donc lié à l'atmosphère par des rap- « porls nécessaires, constants, non interrompus, « qui sont en harmonie avec son organisation et la « condition de son existence.
a L'air agit moins sur nous en raison de sa con- « stitution, peu sujette à varier, que parles qualités a que lui communiquent certains principes dont il a est le véhicule et pour ainsi dire Texcipient. » (1)
Mead, Buchan et d'autres praticiens ont dit que les brises de la mer étaient salées. Il ne faut pas conclure de là que le sel marin se volatilise et dire que l'atmosphère maritime contient comme principe constituant du chlorure de sodium.
{{) Michel Lévy. Traité d'Hygiène. Paris, 1830. Tome 1> p. 323.
Quoique Tatmosphère m«ritime ne renferme pas, (somme éléments constituants, les principes mêmes de Teau de mer, on ne peut nier cependant que, grâce au mouvement des flots, grâce au souffle de la brise, cette atmosphère ne soit continuellement imprégnée d'eau salée qui s'y insinue en goutelettes impalpables que le vent soulève à chaque instant de la crête des vagues. La sensation que l'on éprouve lorsque, après une longue promenade sur la côte, on passe la langue sur les lèvres ; le goût salin des plantes qui croissent sur le bord de l'Océan, prouvent sans réplique qu'il existe du chlorure de sodium en suspension dans l'atmosphère maritime. Si ce phénomène était, comme l'ont cru quelques personnes, un simple phénomène d'évaporation, il atteindrait son summum d'intensité pendant les plus grandes chaleurs do Tété, ce qui est contraire à l'observation : c'est donc la poussière de la mer soulevée par le vent qui est salée. Pour que cet effet se produise, il n'est pas nécessaire, ainsi que le supposent quelques auteurs, que la mer et l'atmosphère soient très-agitées ou que les flots viennent en écumant se briser sur le rivage ; il n'est pas nécessaire qu'il y ait une véritable tempête. Les médecins qui tiennent ce langage oublient que l'Océan n'est jamais tranquille; les mouvements réguliers et incessants du flux et du reflux, la brise qui ne manque jamais, suffisent pour donner lieu à ce phénomène de pulvérisation.
L'atmosphère maritime a une odeur particulière
assez difficile à définir, mais qu'il est impossible d'oublier quand on Ta une fois sentie. Cette odeur, qui tient à Tcvaporation des matières extractives que contient Teau de mer, est plus sensible lorsque les vagues déferlent sur des rochers couverts de varechs que lorsque ces mômes vagues viennent mourir ou se briser sur le sable. Elle est plus forte par les gros temps, alors que les flots déposent sur la rive, au milieu des détritus de toutes sortes, les algues et les fucus qu'ils ont arrachés aux profondeurs de rOcéan. L'odeur de la mer a de l'analogie avec celle de certains iodures, de certains bromures. D'un autre côté, l'iode et le brome ont une odeur chlorurée remarquable. On peut peut-être dire, sans se tromper, qu'il se dégage de la surface incessam* ment agitée de l'Océan, du chlore, de l'iode et même du brome. De cette manière tout concorde et la sensation éprouvée par notre odorat, sensation si réelle, si manifeste, et les faits observés, qui ne permettent pas de douter, un seul instant, que l'air et l'odeur de la mer ne jouent un rôle immense dans les effets physiologiques et thérapeutiques de la médication maritime.
Sur les bords de l'Océan la pression atmosphérique est plus grande qu'ailleurs; Tair, par conséquent, contient plus d'oxygène, c'est-à-dire plus d'air vital. Les oscillations barométriques, thermométriques et hygrométriques y ont des amplitudes minimes. Ce double phénomène météorologique, que Ton néglige presque toujours, mérite cependant
à bien des égards de fixer l'attention du pathologiste.
La pureté de l'atmosphère maritime donne à la lumière une intensité remarquable qui a dans le traitement des maladies do l'enfance une haute importance. Elle rend l'action des rayons solaires aussi vive, aussi complète que possible et permet aux enfants de jouir des bénéfices d'une insolation continuelle qui leur oat souvent aussi profitable que l'action mémo des bains de mer.
L'atmosphère maritime a une température beaucoup plus constante que l'atmosphère terrestre. Ce phénomène est dû à la constance ou plutôt à l'uniformité de température des eaux de l'Océan qui se communique à l'atmosphère ambiante. De là deux espèces de climats : ceux qui sont soumis à l'influence do l'atmosphère maritime, ce sont les cltmais marins; ceux qui ne ressentent pas cette influence, ce sont les climats continentaux.
Les climats marins sont en général, et toutes choses égales d'ailleurs, des climats constants, c'està-dire des climats dans lesquels les moyennes des températures de l'hiver et de l'été diffèrent peu entre elles (1] ; dans les climats dits continentaux, au
(t) Cette propriété de l'atmosphère maritime de rendre la température moyenne plus coneiaute sur le littoral eipligue tomniPdi 11 ES lai 1 que certaines plantes passent l'hiver en pleine leire pri's de» côtes, tandis qu'elles ont besoin d'nn : diïiaDDe quelquefois tiès-légère de ces mêmes
contraire, ces moyennes s'ècarteni constdè)N»l4^ ment l'une de Fautre. On appelle ces dtrniera elU mats, pour cette raison, climats variables ou i^\^ cessîfs.
L'atmosphère maritime, plus denso, plua oxygénée, plus lumineuse, plus constante duna Ha température que Tatmosphore terrestre, toujours agitée par les brises, est sans cesse ronouvok^o pur les vents et par des phénomènes mét6oruloglt|UOH de toute nature. Tout cela contribue à la rendra d'une pureté excessive.
Les vents sont les modificateurs les plus pulHHuntM de l'atmosphère ; ils sont dus à la dllTéronco (le densité des diverses parties qui la compoNunt. Hi l'air avait partout la môme densité, lo ropoi^ et l'équilibre de l'atmosphère ne seraient Jatnal» troublés. Mais cet équilibre se rompt & chaque instant sous l'influence d'une inégalité de température partielle, et il en résulte un mouvamant atmosphérique que Ton appelle vent. Len chau« gements partiels qui surviennent dans la dermïl& tst dans la force élasti'^ue de Tair, sous Tinfluence d/9 causes agissant à un moment Atmiik et (VnM manière inégale sur différents points d« Vaiff^A^ phère, déplacent une portion de ce flai'lç, lui liOff^ muniqtient un mouvement de pf^/grewrf^/n é^ doDjarait naissance â un o^rjraot d'iîiir ^juî <y/ftstitM« le renC 11 m yjrASxt ^:^uû dMïS U« d./lér'^Ws ^^aac^n de 10o^:àa a/trkn de«( ty/'Ar^^U ^u rn^n^
courant ou, comme Ton dit vulgairement, selon le point de Thorizon d'où souffle le vent, on donne à ce dernier un nom pai^liculier emprunté à Tune des divisions du rhunib.
La vitesse du vent varie depuis 30 m. par minute, ce qui est le vent le plus faible, jusqu'à 2,700 m. qui est la vitesse qu'atteignent quelquefois les tempêtes et les ouragans. La vitesse du vent ordinaire est de 100 m. par minute ou de 6 kilomètres par heure.
La cause la plus ordinaire des vents est Tinégalité de température à laquelle se trouvent soumises les diverses régions de l'atmosphère. Cet échaufTement inégal des couches atmosphériques donne naissance à deux courants d'air, l'un allant de la région chaude à la région froide, l'autre allant de la région froi Je à la région chaude. A cette cause générale, qui agit d'une manière incessante, viennent s'ajouter une infinité de causes particulières, telles que les obstacles que les montagnes opposent à l'action des courants d'air, le resserrement qu'éprouvent ces mêmes courants à travers des vallées étroites. Les alternatives du jour et de la nuit, produisant des variations régulières de température dans les diverses régions de l'atmosphère, occasionnent naturellement dans ces mêmes régions des vents d'une direction différente.
L'échauffement inégal de la terre et de la mer produit sur les bords de l'Océan un phénomène météorologique d*une régularité constante que les^
marinfi connaissent sous 1o nom de brisQ de mer et de briso de torre, et qu'il importe do faii-e connaître aux baigneurs aiin qu'ils puissent à volonté s'exposer à son iniluence ou s'en préservor selon les effets salutaires ou nuisibles qu'il produira chez eux : à des heures détermincea du jour le vent souiïle de la mer, à d'autres heures il souffle de, la terre. Voici, dans nos climats tempérés, en quoi consiste ce phénomène des brises, A mesure que la Boleil monte à l'horizon, et sous l'influence de la chaleur produite par les rayons de cet aslre, le sol de la côte acquérant une température plus élevée que l'Océan, communique cet excès de chaleur aux couches d'air aveclesquelles il est en contact. Cellesci se dilatent, puis, en vertu de leur pesanteur spéciBque devenue moindre, elles tendent à s'élever. L'eau de la mer s'échauffant moins que le sol de la côte, l'air qui est en contact avec elle acrjuiert une température moins élevée que la couche d'air qui se trouve en contact avec le sol, et conserve par conséquent une densité plus grande. L'air do la côte, plus léger, s'élève ; l'air de la mer, plus dense, Bo précipite alors vers la terre pour le remplacer. Le courant d'air ainsi produit par cette espèce do tirage que détermine la chaleur de la terre forme la lirise de mer. Cette brise, qui rafraîchit toujours les côtes, commence peu de temps après le lever du soleil et augmente progressivement d'intensité jusqu'à deux ou trois heures de l'après-midi, moment où la chaleur du jour arrive à son
maximum ; elle dimim^e ensuite jusqu'au soir, puis réquilibre se rétablit au coucher du soleil.
Un efïet inverse se produit pendant la nuit.
Aussitôt que le soleil a disparu de l'horizon, la terre se refroidissant par voie de rayonnement beaucoup plus rnpidemcnt que TOcéan, Tciir qui est en contact avec le foI do la côte devient à son tour plus froid et plus dense que celui qui se trouve en contact avec la mer. L*appel se fait alors du côté de rOccan, et la brise de terre soufile toute la nuit j asqu'au moment où le soleil venant à se lever détermine de nouveau un courant en sens opposé dans Tatmosphère.
La brise de mer, devenant plus forte a mesure que la chaleur atmosphérique augmente, il en résulte, comme je Tai déjà fait remarquer, qu'une température atmosphérique, d'un degré thermométrique donné, est beaucoup plus supportable sur le bord de l'Océan que dans l'intérieur des terres.
Les vents empruntent ordinairement certaines propriétés climatériques aux contrées d'où ils proviennent. Ainsi, en France, les vents d'ouest, qui ont passé sur l'Océan, sont généralement humides ; les vents de nord et de nord-est, qui ont traversé les steppes immenses de la Russie, sont secs et froids. Lèvent connu en Provence sous le nom de mistral, et qui provient des glaciers des Alpes, est célèbre par sa violence et par son àpreté.
L'atmosphère maritime est susceptible de se charger accidentellement de principes étrangers qui
— 7S — modifient sa composition et qui augmentent ecs pr-ip-'it-tùabienfaisantcs. C'est ainsi que sur quelques pl;i^es favorisées de l'Océan l'arôme résineux et balsamique du pin maritime mêle son parfum aux vapeurs ioduréea et bromurées des alijues et des vareclis. L'atmosphère maritime, déji si imprégnée de sel, devient alors osccssivcment salutaire et oiïrc au praticien des ressources aussi précieuses qu'efficaces dans la thérapeutique des maladies du jeune Aqc.