ABSORPTION
Quelques médecins ont supposé qu'il se produisait dans le bain do mer un effet médicamenteux, c'est-à-dire qu'il y avait absorption par la peau d'une certaine quantité d'eau salée. Ce n'est là
qu'une supposition gratuite ; le resserrement physiologique qu'éprouvent les tissus sous l'impression du froid s'oppose évidemment à tout phénomène d'absorption cutanée. Le docteur Lecœur, de Caen, a commis cette erreur : <c Un autre effet des bains <c de mer que je dois signaler ici, dit ce médecin, « est Tespèce d'irritation assez vive parfois que les a sels et autres principes que contient Teau de mer tf déterminent sur la peau. C'est à cette irritation « que cette sorte de bains doit en partie son eflî- « cacité. Il est, de plus, hors de doute que quelques- « unes de ces substances sont absorbées et agistf sent comme toniques, comme résolutives, soit a que l'absorption se fasse par la surface cutanée ^ « ou par la muqueuse pulmonaire ou digestive.
a Toujours est-il, et l'expérience est là pour le « prouver, que des individus pâles, souffrants, a étiolés, les enfants et les adolescents surtout, « chez lesquels Vabsôrption est plus active, ne tt tardent pas, après un court séjour sur le littoral a et l'usage de quelques bains, à en subir l'heucc reuse influence et à voir leur constitution se « modifier d'une manière avantageuse » (1).
Ceci ne prouve nullement l'absorption des principes salins de l'eau de mer par la peau. L'auteur a confondu ici l'action particulière que l'eau de l'Océan exerce sur le tissu cutané et l'action générale que l'atmosphère maritime produit sur l'orga* nisme tout entier.
{{) Lecœur. Op. cit., tome I", p. 33.
Mais si Tabsorption est nulle pendant le temps toujours très-court de Timmersion, il est plus que probable qu'une partie du sel, qui reste chaque jour sur la peau après le bain, finit par être absorbée et par pénétrer d'une manière insensible dans réconomie.
Les effets physiologiques que je viens de décrire sont ceux que l'on observe le plus habituellement, mais on ne doit pas oublier que chaque enfant a sa manière de sentir propre, sa manière de réagir spéciale. L'action physiologique du bain de mer est donc toujours modifiée par le tempérament, par la constitution, par l'idiosyncrasie du petit baigneur ; il est impossible d'établir à cet égard rien d'absolu. Les phénomènes immédiats ou primitifs sont plus intenses et durent plus longtemps chez les enfants faibles et pusillanimes que chez ceux qui sont forts et courageux. Chez certains enfants, la période de réaction, que le docteur Pouget appelle avec beaucoup de justesse période d'équilibration, dure de une à trois minutes ; chez d'autres elle dure un \
peu plus La disposition particulière de l'enfant, sa constitution, l'état de l'Océan et de l'atmosphère, l'habitude jouent dans tout cela un rôle important. Aussi, le moment d'apparition du frisson secondaire est-il éminemment variable, sans toutefois être jamais éloigné de l'instant où ont apparu les premiers phénomènes de la réaction.
La plupart des enfants éprouvent un sentiment de bien-être général dès qu'ils sont habillés, d'au-
très au contraire conservent pendant quelques ins- ^ tants une sensation de froid presque désagréable :
la peau chez eux reste marbrée et violacée. Trop faible ou trop lente dans ce cas, la réaction n'imf prime pas une activité suffisante à la circulation
' capillaire. Ce résultat est dû le plus souvent à l'état
de faiblesse des enfants ou à la durée trop grande du bain dont' l'action imprudemment prolongée tend, ainsi que nous l'avons déjà dit, à épuiser la force vitale. L'air et le lieu de la plage ont une grande influence sur la manière dont se produit chez les enfants le phénomène physiologique de la réaction.
Quatre jeunes filles, d'une constitution un peu délicate, prenaient des bains de mer aux Sablesd'Olonne. La saison était favorable, l'été très chaud, et cependant la réaction s'opérait difficilement chez elles. Lorsqu'elles sortaient de l'eau, elles étaient pâles, avaient la peau marbrée, et souvent, après s'être habillées, elles éprouvaient un sentiment de froid assez prolongé. D'après mes conseils, leur mère les amena à La Tremblade. Sur cette plage peu distante de la première, mais beaucoup plus chaude, la réaction se fit parfaitement, et un état de bien-être général remplaça chez ces jeunes baigneuses la sensation de froid qu'elles ressentaient habituellement à la sortie du bain. Dans cette circonstance, les bains de mer furent pris par ces jeunes filles dans des conditions de santé et de constitution identiques, au milieu de conditions at-
mosphériques exactement semblables. La différence des effets physiologiques observés chez elles aux Sables-d'Olonne et à La Tremblade ne peut évidem^ ment être attribuée qu'à la différence climatérique de ces deux plages.
« Il y a, dit le docteur Gaudet, telle cause passa- « gère qui peut entraver accidentellement la venue c des phénomènes réactifs. Un enfant qu*on avait « laissé avec les pieds nus sur le rivage , avant a d'entrer au bain, en sortit bleu et grelottant « contre son habitude (1). » Je vois souvent les enfants qui prennent des bains à La Tremblade attendre sur la plage l'heure de la pleine mer en s'amusant à courir, jambes et pieds nus^ après les mille objets que la marée montante apporte sur le sable. Cet exercice, loin d'avoir comme à Dieppe des résultats fâcheux , loin de rendre les enfants bleus et grelottants^ est, au contraire, très-salutaire, et constitue, à mes yeux, une préparation au bain froid excellente, très-propre à habituer les enfants pusillanimes au bruit et au mouvement de l'Océan, très-propre surtout, par le ton qu'il donne à la peau, à régulariser chez les petits baigneurs la marche et le développement des phénomènes physiologiques que détermine chez eux le bain de mer.
Un jeune homme de 18 ans, d'une constitution très-délicate, avait, à plusieurs reprises, essayé de prendre des bains de mer sur les côtes de la Man**
(1) Gandet. Op. cit., p. 81.
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che. La réaction se faisant mal chez lui, ces bains lui étaient devenus excessivement désagréables, et il y avait complètement renoncé malgré son médecin qui les lui conseillait tous les ans. Ce jeune homme vint à La Tremblade. Il passa là toutes ses journées, jambes et pieds nus^ à se promener sur la plage, à ramasser des coquillages, à visiter, lorsque les grandes marées le permettaient (1), les viviers à huîtres situés à une certaine distance en mer. La tiédeur de Teau, la chaleur de Tatmosphère lui donnèrent envie de se baigner. La réaction se fît parfaitement, et à la suite du premier bain il éprouva un bien-être qui lui était inconnu : il continua. Sa mère, qui Tavait vu si souvent sur la côte de Granville, pâle et grelottant, appréhendant le bain froid, était heureuse de le voir se jeter avec plaisir dans Teau. La saison que ce jeune homme passa à La Tremblade le fortifia beaucoup ; elle lui fît le plus grand bien, et le réconcilia entièrement avec les bains de mer.
Les effets consécutifs des bains de mer diffèrent suivant la constitution des enfants, suivant leur état de santé, et selon une infinité de circonstances que le médecin doit apprécier avec soin. Le docteur Roccas a voulu classer ces effets consécutifs nar groupes distincts, se succédant avec régularité et d'une manière mathématique ; et il a minutieuse-
(1) I.a mer se retire d* autant plus loin et laisse à marée basse uue partie d*autant plus grande de la plage à décourert^ qu elle s*est^ à son plein, plus avancée sur cette plage.
16'^ bain; je dirai même qu'ils se produisent à cette époque avec une intensité beaucoup plus grande. L'habitude de la mer, les effets déjà obtenus, rendent évidemment, à mesure que la saison avance , les bains beaucoup plus salutaires, beaucoup plus efficaces. C'est alors que la peau des enfants se colore, qu'elle prend du ton, qu'elle brunit, que leur système musculaire se développe et que leurs membres s'allongent d'une manière souvent très-remarquable.
Le point le plus important, à mon avis, n'est pas alors de savoir s'arrêter à femps, comme le dit le J
docteur Roccas ; mais bien au contraire de savoir j
prolonger, autant que possible, le séjour des enfants sur le bord de la mer. Le plus sûr moyen, en effet, de retirer de la médication maritime tous les avantages que cette médication peut ofTrir aux enfants, consiste à leur faire prendre des bains aussi longtemps que la saison le permet Lorsque les bains ne sont plus possibles, si l'on veut consolider et rendre durables les eiTets obtenus, il faut que les petits baigneurs habitent longtemps encore les bords de l'Océan ; ils profiteront ainsi des effets salutaires qu'exerce sur eux en toute saison l'atmosphère maritime. Mais pour que ce séjour leur soit profitable, il faut absolument que le littoral choisi se trouve dans un climat tempéré et que le mode d'habitation et la manière de vivre des enfants soient, contrairement à ce qui se voit tous les jours, entièrement conformes aux prescriptions de l'hygiène et de la thérapeutique.
Il est une question qui se présente à chaque instant dans la pratique et qui est résolue d'une manière bien différente par les divers auteurs. Combien faut-il de bains de mer pour produire chez des enfants un effet thérapeutique réel ? En d'autres termes, de combien de bains se compose pour les enfants une saison de bains de mer ? L'usage et Topinion publique veulent qu'une saison de bains de mer se compose de 20, 25 ou 30 bains tout au plus. Beaucoup de médecins partagent même cette manière de voir. « Après le 25® bain, dit le docteur <t Roccas, les bains de mer ne produisent plus d'effets sensibles (1). D Un telle manière de voir, qui ne repose sur aucun fait, ne saurait être admise par les praticiens. Chez les enfants naturellement faibles, chez ceux qui se trouvent affaiblis par la crois* sance, chez les enfants lymphatiques ou scrofuleux, une saison de bains de mer doit durer autant que possible. Ces enfants ne sauraient jamais demeurer trop longtemps sur le bord de l'Océan : pour eux, la médication maritime doit être, en quelque sorte, indéfiniment prolongée. Il ne faudrait pas conclure de là, cependant, que pour aller plus vite ces petits malades doivent prendre deux bains par jour.
La pratique des doubles bains est toujours dangereuse. Un certain intervalle et le repos de la nuit sont toujours nécessaires entre deux bains de mer. Il faut que la réaction, entre deux bains, puisse se
' (1) Roccas, Op* du, p. 2$.
faire entière, complète. En ra'exprimant ainsi, je ne p;irle pas dos baina pria dans la Méditerranée qui ne sont souvent que dea bains d'eau tiède aalée.
Les baina do mer chauds sont loin do produire chez les enfants des eiTets aussi prononcés que les bains d. la lame. Comme ces derniers, ils activent la circulation générale et donnent de l'énergie à la circulatisn capillaire. Par l'excitation qu'ils produisent. Ils occasionnent fréquemment des démangeaisons il la surface du corps. Sous leur influence, la peau (les enfanta devient plus dense, plus colorée, l'appctit se développe ; toutes les fonctions se régularisent Ces bains ont donc sur l'organisme une ac* tion pliysiologique analogue à celle des bains de mer froids, mais cotte action est beaucoup plua faible. Moins toniques, ils sont en même temps moina stimulants. Pour que ces bains produisent de bons cflels, il faut que leur action aoit aidée par toutes les ressources d'une hygiène bien entendue. Loin de pouvoir remplacer entièrement les bains de mer, ainsi que Vogel le croyait au siècle dernier, ils sont princii)alement employés chez les enfanta qui sont trop jeunes ou trop faibles pour supporter le spasma initial du bain à la lame, ou chez ceux qui ne pouvent pas suffisamment réagir contre la soustraction do calorique que le baia froid opère toujours dans l'organisme. « On doit, dit le docteur Gaudet, ad- . a ministrer les bains de mer chauds aux enfants qui I n'ont pas atteint leur deuxième année, qui tous-i < Mat, qui, par suite de faibleaae native ou mor»
« bide, n'ont aucun caractère de réaction cutanée « et se présentent avec un teint blafard, des chairs « flasques et des membres grêles (1). » Il est de toute évidence que des enfants arrivés à un tel degré de faiblesse ne peuvent pas supporter les bains de mer froids.
Les auteurs qui ont préconisé les bains de mer chauds les ont presque tous regardés comme une médication transitoire, propre à habituer certains enfants aux bains de lame trop froids de prime abord pour eux. « Nous donnons, dit le docteur « Gaudet, ces bains à la température de 31** que a Ton abaisse de jour en jour jusqu'à celle de 25^ ' a Ils sont considérés comme des moyens prepa- « ratoires devant amener à Tusage des bains « froids, comme des succédanés devant les rcmpla- « cer temporairement , et sont descendus aussi bas a que possible, à 22 degrés centigrades (2). » Quelle que soit l'autorité du docteur Gaudet, je doute que des enfants d'une constitution délicate puissent jamais supporter de tels bains pris dans une bai-^ gnoire.
L'usage fréquent que l'on fait des bains de mer chauffés, en Angleterre, on Allemagne et sur toutes les côtes de la Manche, l'importance que les praticiens de ces contrées attachent à cette médication, témoignent d'une manière péremptoire en faveur
(1) Gaudet. Op. cit., p. 19.
(2) Gaudet. Op. cit.^ p. 26.
de l'opialon qua je soutiens, que les plages tempérées conviennent mieux à l'enfance que les plaies froides du Nord. Sur ces plages, en efTet, où l'eau de l'Océan est souvent à 22 ou 23°, des bains à la lame très-courls, dans lesquels les enfants réagissent facilement et en jouant, sont presque toujours possibles ; et ils seront certainement mieux supportés par eux que des bains d'eau d» mer portée artificiellement à cette température et pris dans une baignoire, dans le seul but d'habituer ces petits baigneurs à la mer. Sur de semblables plages, cette précaution devient à peu près inutile. Les bains d'eau de mer chauffés sont donc des bains fortifiants que l'on emploie toutes les fois que le bain à la lame trop froid peut ollrir quelque danger pour les enfants, et dont l'usage doit naturellement être plus répandu sur les bords de la Manche que sur les plages semi-méridionales du golfe de Gascogne. Après le bain de mer chaud, dont la durée n'excédera jamais 10 ou 15 minutes, les enfants devront toujours se livrer à un exercice modéré sur la plage.
Des médecins, redoutant à l'excès la stimulation que produit chez certains enfanta le contact de l'eau de mer, ont conseillé de mitiger ces bains en y ajoutant de l'eau douce ou des substances cmollientes, telles que de l'amidon, de la gélatine, etc., afin, disent-ils, d'émousser leur action. Un tel précepte ne tend à rien moins qu'à dépouiller les bains de mer chauds de toute leur efCcacité et à les
transformer en véritables bains d'eau douce. Le seul moyen de rendre ces bains toujours supportables, toujours salutaires chez les enfants, consiste à en modifier la durée et la température^ selon la constitution des petits baigneurs.
Voici un exemple qui démontre l'utilité que peuvent avoir dans certains cas les bains de mer chauds : Un enfant de neuf à dix ans, d'une constitution éminemment délicate, ayant eu déjà un rhumatisme articulaire général et ressentant encore des douleurs erratiq^ues, fut envoyé aux bains de mer. La peau de cet enfant était décolorée, l'appétit presque nul, très-capricieux ; il existait chez lui un souffle cardiaque prononcé. Consulté sur l'opportunité des bains à la lame dans cette circonstance, je les défendis et les remplaçai par des bains de mer chauds à 30** ; je recommandai en même temps de faire jouer cet enfant sur la plage une partie de la journée afin de le soumettre à l'action salutaire de l'atmosphère maritime, et afin aussi de lui procurer le bénéfice non moins utile d'une vive insolation. Au bout de quelques jours la peau de cet enfant prit de la couleur, l'appétit se développa, les battements du cœur perdirent leur irrégularité, les douleurs erratiques disparurent. Les forces revinrent peu à peu, et au bout de trois semaines le petit malade n'était plus reconnaissable. Il partit dans les premiers jours de septembre, se promettant bien de revenir une autre année prendre de vrais bains de mer, qui modifieront certainement d'une
manière beaucoup plus efCcace sa santé et sa constitution.
ACTION PHYSIOLOGIQUE DE l'aTUOSPHËRE UARITIUE.
Dans l'ouvrage éminemment pratique qu'a publié sur les bains de mer lo docteur Gaudet, ce savant médecin apprécie ainsi l'action vivitlanto qu'exerce sur les enfants l'atmosphère maritime : a II y aurait, dit-il, un long chapitre à faire, si on 1 voulait étudier les influences salutaires qu'exerce & particulièrement sur les enfants l'habitation des u bords de la mer pendant les trois mois de l'été. « On reconnaîtrait en elles le tableau abrégé des a effets connus des bains de mer à cet âge, sous le tt rapport moral et physique, et on serait amené à 1 les considérer avec les médecins anglais et « allemands, tels que Buchan, Vogel, Miihry, « comme un auxiliaire efficace des bains de mer ou
I subrégat prééminent dans les cas où ceux-ci ne « sont pas pratiqués. |1) > «■ Les effets physiologi-
II ques qu'exerce sur l'organisme l'air de la mer, « dit de son côté le docteur Roccas, pour être 1 moins sensibles et moins observables que ceux a dej bains de mer, n'en sont ni moins réels, ni V moins dignes d'atteotlon. (2) »
Plus aCUrmatif que ces auteurs, je dirai que
(I) Gaudet. Op. cil., p. 100.
!j Kocoas. Op. cit., p. 270.
l'atmosphère maritime a, sur Torganisme des enfants, une action tout aussi vive, tout aussi efficace que Teau de mer. S'il était possible, même, d'isoler par la pensée les actions respectives de Teau et de Tair de la mer, je n'hésiterais pas à accorder, dans les efîets obtenus par la médication maritime, une part sinon plus grande, du moins une part égale à l'atmosphère de la mer qu'à l'eau de l'Océan. Lorsqu'un enfant prend des bains de mer, l'eau de l'Océan n'agit sur lui que pendant un • temps très-limité chaque jour ; l'atmosphère maritime, au contraire, agit sur son jeune organisme d'une manière incessante, et pendant le jour et pendant les longues heures de la nuit. L'eau de mer n!agit que par son contact sur l'enveloppe
cutanée, l'air de l'Océan exerce à la fois son action vivifiante sur la peau et sur la muqueuse
bronchique dont la nature spéciale et l'étendue considérable donnent lieu, dans le jeune âge, à d'importants phénomènes de stimulation et d'absorption pulmonaires.
D'un autre côté, si l'on considère l'atmosphère maritime sous le double rapport de sa composition et de ses propriétés physiques, on voit de suite que cette atmosphère a, sur l'économie des enfants, un mode d'action identique avec celui de l'eau de l'Océan. Comme cette dernière, elle agit sur leur organisme par sa température, par sa densité, par ses principes constituants et par les mouvements que lui communiquent les phénomènes météore-
logiques qui se passent à cliaque instant au milieu d'elle.
Plus pure, plus dense, plus lumineuse, d'une température plus constante que l'atmosphère terrestre, incessamment renouvelée par la brise et par les vents qui régnent sur les côtes, l'atmosphère maritime agit sur tous les organes et modiQe profondément toutes les fonctions de l'économie. Elle tonifie la peau et les muqueuses, fournit à la respiration des éléments plus réparateurs et rend l'hématose plus complète. L'intensité de la lumière, si remarquable sur le bord de l'Océan, joue un rôle immense dans cette stimulation générale. Sous toutes ces influences viviriantes, la peau se colore, se vascularise, les fonctions respiratoires se font plus facilement, les organes profonds se dégorgent, le système musculaire lui-même acquiert uneénergie inaccoutumée. L'appétit, continuellement excité par l'air salé que les enfants respirent sans cesse, devient beaucoup plus vif; les fonctions digeatives prennent de l'activité et régularisent les fonctions si importantes et si souvent viciées, chez les enfants, de l'assimilation et de la nutrition. Les qualités piiysiques que possède l'atmosphère maritime, les phénomènes météorologiques dont elle est lo Bîégo, lui donnent une action toute spéciale sur l'organisme. Plus fraîche en été, plus chaude en hiver que l'atmosphère terrestre, elle est éminemment propre à modifier les fonctions de la peau et da la muqueuse bronchique chez les
, la pea u et da la muqueuse
ri
enfants qu^ont étiolés Tair impur des grandes cités et Tatmosphère trop concentrée des appartements modernes.
L'air de la mer est loin d'occasionner chez les enfants une sensation de froid aussi désagréable et aussi dangereuse que Tair frais de l'intérieur des terres. Il sèche et rafraîchit, mais il ne pro« voque pas la toux comme le fait ce dernier. Il en est de l'air marin comme de Peau de mer qui mouille, mais qui n'enrhume pas aussi facilement que l'eau douce. Gela tient évidemment aux propriétés excitantes que communiquent à l'air marin les particules salines dont il est toujours imprégné. Je me hâte d'ajouter que je n'entends ici nullement parler des enfants ou des jeunes gens atteints de phthisie pulmonaire : chez ces jeunes malades Veau et Vnirde la mer sont toujours nuisibles.
Une autre propriété de l'atmosphère maritime, tout aussi digne de fixer l'attention du praticien, est l'action tonique et vivifiante qu'elle exerce sur le système musculaire. Les enfants se fatiguent beaucoup moins lorsqu'ils se promènent en tout autre lieu; il semble que l'air marin donne de la force et de l'énergie aux muscles ; cette action vivifiante se fait même sentir sur les fonctions cérébrales. Ainsi les hommes de cabinet qui habitent les bords de l'Océan remarquent souvent qu'une promenade de quelques heures au bord de la mer suffit pour reposer leur esprit et pour leur
permettre do reprendre, sans fatigue aucune, leurs
études habituelles.
L'actiou physiologique do l'atmosphère maritime, excitante et tonique comme celle de l'eau de l'Océan, se confond presque toujours avec l'aclion gonéralo que les bains de mer exercent BUF l'organisme II y a des cas cependantoù l'on peut étudier isolément ses eftets comme dans l'oliservalion suivante :
Une jeune fille de onze ans fut envoyée aux bains de mer. Cette enfant, fatiguée par la croissance, était, depuis plusieurs mois, pùlc, sans appétit, languissante. Le temps était pluvieux au moment de Bon arrivée et elle eo trouva, ficndaiit queLfuGa jours, iliiiis l'impussiliilité de preiiilfc des bains. Comme les promenades sont presque toujours possiblca malgré le mauvais temps (l| sur les plages sablonneuses bordées de pins, je conseillai à cette jcuno fille des courses journalières sur la côto, iesquL-Hos nV'laient en dclinitivo quo dc.î bains prolonges d'air maritime. Au bout de i[uclques jours la petite malade avait dûjii beaucoup plus d'appétit, ses forces étaient en partie revenues. Le mauvais
■e îiPndaulDne jpurniie e
(1) 11 C5t rsre (pi'il pleui le bord de l'Ocfan. L'Iii'ure la mirée dpsfi-Q.laiile ari'Oile pretiiiie tûiiiours uue inn.iî tioa dana l'éiat de l'slnioartiètE. QoelcjiieMa il pleul i diaUncÈ légère de la cùie, alors que le lemiis e-i simplci converl on njéme loiH à fail 1-eau sur le bord de la uiti veut de Ij mer, diseol ka marias, cbasse la j,Iuic.
temps ayant enfin cessé, elle put prendre des bains qui achevèrent et consolidèrent promptement une guérison commencée sous la seule influence de l'atmosphère maritime.
Si Teau et Fair de la mer exercent une action physiologique spéciale sur l'organisme des enfants, le lieu de la plage exerce sur ce môme organisme une action non moins vive, non moins importante. Le lieu ou le climat a, chez les enfants, une telle influence sur la marche et le développement des phénomènes physiologiques de l'immersion et de la réaction, que le docteur Dut rouleau a pu dire avec autant de justesse que de raison : « Chez l'enfant et a dans l'hygiène, la question du climat domine celle a du bain (1). » C'est pour cela que les enfants faibles et lymphatiques qui ont besoin d'être tonifiés et auxquels il ne faut pas une réaction très-forte, et les sujets nerveux auxquels il faut au contraire une action dynamique vive, no devront jamais prendre leur bain dans le même lieu. Aux premiers, les plages océaniques du sud-ouest de la France ; aux seconds, les plages du nord.
L'action thérapeutique des bains de mer et de l'atmosphère maritime chez les enfants n'est autre chose que le résultat des effets physiologiques que déterminent dans leur organisme l'eau et l'atmosphère de l'Océan. Cette action se manifeste par des
(I) Ann. de la Société d'hydrolog. méd. de Paris. T. VI, p. 86.
modifications profondes dans le mode de vitalité et dans rélat général de la santé des petits baigneurs.
La médication maritime a pour effet chez les enfants de tonifier tous les organes, de modiCer la qualité du sang, de donner à Tenveloppe cutanée plus de chaleur, plus de vascularité, à la force vitale plus d^énergie. Elle donne aux muscles plus de ressort, à la peau plus de consistance ; elle la bronze pour ainsi dire et la rend, ainsi que la muqueuse bronchique, beaucoup moins sensible aux vicissitudes atmosphériques. L'incrustation saline que les bains de mer laissent sur la peau produit en outre une excitation générale très-propre à modifier chez les enfants les afTections des viscères internes.
Les efTets thérapeutiques des bains de mer comprennent toutes les modifications qui se produisent dans réconomie pendant et après les saisons balnéaires. Non-seulement les bains de mer occasionnent une amélioration immédiate dans la santé des enfants, mais ils impriment à leur économie tout entière une stimulation durable qui amène chez eux ]
d'importantes transformations dans les parties malades. C'est ainsi que, par l'usage réitéré de ces bains, on arrive à changer complètement les conditions générales de la santé dans le jeune âge, à créer môme des constitutions nouvelles. C'est un fait d'observation vulgaire que, sous l'influence de la médication maritime, les enfants faibles ou maladifs retrouvent les forces et la santé qu'ils ont perdues. Mais ce qui doit le plus frapper le praticien
dans cette médication, ce n'est pas tant la guérison des maladies dont les enfants sont atteints, que la disparition des prédispositions morbides dont un grand nombre d'entre eux paraissent menacés ; c'est, si l'on peut s'exprimer ainsi, l'immunité pathologique que ces petits malades acquièrent pour l'avenir, immunité précieuse que ne leur offre aucune autre médication.
J'ai déjà dit avec quelle facilité la toux cafarrhale qui se rencontre si fréquemment chez les enfants à l'époque de la croissance ou dans la convalescence de certaines maladies de poitrine et celle qui dépend d'une simple faiblesse de constitution, disparaissent sous l'influence de l'atmosphère maritime, aidée quelquefois par l'action des bains de mer. Dans ce cas, la médication maritime fait cesser tout à coup des accidents dont la persistance et la gravité in« quiétaient les familles, quelquefois môme les médecins, et débarrasse les enfants de ces récidives continuelles de bronchite auxquelles ils étaient fatalement sujets chaque hiver et toutes les fois qu'ils se mouillaient les pieds.
Les personnes qui habitent le bord de l'Océan peuvent seules comprendre l'efficacité que possède dans cette circonstance l'air de la mer. Voici un fait entre autres qui m'a vivement frappé. Il y a quelques années, pendant la saison des bains de mer et alors que la chaleur atmosphérique était très-grande, une épidémie de rougeole se déclara à la Tremblade. Chaque jour je rencontrais sur la plage de petits
■- 142 — malades chez lesquels l'éruption venîtît de disparaître cl qui conservaient une toux très-forte. J'habitais alors le Perclie, contrée froide et humide, et j'avùue (jue, dans ma clionlcle, je n'aurais jamais ose permettre à des enfanls de sortir et d'aller se promener dans de telles conditions de santé. Sur le bord de la mer, les choses se passèrent d'une manière toute différente. Non-seulement je ne remarquai aucun accident chez ces enfanls, mais je constatai avec surprise que, chez eux et sous la seule influence de l'air marin, la toux disparut avec une rapidité inouïe. Ce fait significatif vient s'ajouter à un grand nombre de faits du mèma genre qu'ont publiés les auteurs qui se sont occupés de médication maritime. Le docteur Pouget a, dans son excellent ouvrage sur les bains de mer, cité un fait semblable à celui que je viens de rapporter.
Voici encore une observation qui prouve l'heureuse influence que l'atmosphère de la mer, parfumée des principes résineux du pin maritime, peut exercer dans la convalescence de certaines affections pulmonaires. Un enfant de quinze ans, qui habitait Boulogne, fut atleint vers la fin de l'hiver d'une pneumonie grave à marche régulière. Aussitôt que le petit malade fut en état de voyager, son père l'amena dans le! dunes de La Tremhlade, Il touasnit beaucoup, était maigre et avait considérablement perdu de ses forces. On était alors aux premiers jours du printemps. Les boia de pins qui bordent cette partie du littoral de la France jouissent
à cette époque de Tannée d'une température trèsdouce et répandent dans l'atmosphère un parfum aussi suave que salutaire. Cet enfant alla chaque jour s'y promener quelques heures ; il sentit peu à peu ses forces revenir. Ses courses journalières devenant de plus en plus longues, il finit par passer tout son temps dans les dunes et dans les bois, évitant avec soin l'air trop vif de la plage. La toux disparut entièrement, et au bout de quelques semaines cet enfant parfaitement rétabli put, sans danger aucun, retourner à son collège. Les conditions climatcriques que ce petit malade rencontra au bord de l'Océan lui furent très- favorables, et il est évident qu'il se rétablit d'une manière beaucoup plus rapide et surtout beaucoup plus complète que s'il eût, pendant èa convalescence, habité les côtes froides et brumeuses de l'extrême nord de la France.
Les bains de mer et l'atmosphère maritime ont pour action définitive chez les enfants d'augmenter la force vitale dans les cas si divers de faiblesse constitutionnelle, ou dans la convalescence des maladies qui ont apporté une perturbation profonde dans l'économie. Sous l'influence de ces deux agents thérapeutiques, l'eau et l'air de TOcéan, l'amaigrissement, la faiblesse musculaire disparaissent; les fonctions digestives acquièrent de l'activilé, de la régularité : il en est de même des fonctions de la peau et de celles non moins importantes de la muqueuse pulmonaire. La sécrétion de la muqueuse bronchique, toujours si abondante chez certains en-
fants blonds et lymphatiques, change de nature et tarit entièrement. C'est ce qui explique la rapidité avec laquelle on voit cesser sur le bord de l'Océan la toux si souvent interminable qui caractérise la coqueluche à son déclin, et la toux non moins rebelle qui, chez un grand nombre d'enfants, accompagne certaines bronchites à forme catarrhale.
Tout, dans la médication maritime, l'eau, l'air et le lieu de la plage, tout concourt à fortifier les enfants faibles, à guérir les enfants malades. Puissante et sûre dans la première période de la vie, c'est-à-dire pendant tout le temps que le corps de l'enfant se développe, l'action physiologique et thérapeutique des bains de mer est essentiellement tonique et constitue, dans le jeune âge, la médication réparatrice par excellence. Mais par cela seul que la médication maritime est susceptible de faire beaucoup de bien, elle peut, en raison même de son énergie, faire beaucoup de mal. Il est donc nécessaire d'étudier avec le plus grand soin les phénomènes pathologiques propres à l'enfance qui réclament son emploi afin d'en faire un usage toujours judicieux, toujours rationnel.