CHAPITRE V
PHENOMENES PATHOLOGIQUES PROPRES A L'ENFANCE . QUI RECLAMENT L'EMPLOI DE LA MEDICATION MARITIME.
LA MEDICATION MARITIME EST UNE MEDICATION GENERALE QUI CONVIENT DANS LA THERAPEUTIQUE DES MALADIES CHRONIQUES PLUTÔT QUE DANS CELLE DES MALADIES AIGUËS. — ELLE EST UTILE DANS LES ETATS PATHOLOGIQUES GENERAUX OU DANS LES DIATHÈSES. — DIATHÈSE LYMPHATIQUE. — DIATHÈSE SCROFULEUSE. — FAIBLESSE CONSTITUTIONNELLE. — FAI- BLESSE ACCIDENTELLE. — CONVALESCENCE. — CROISSANCE. AFFECTIONS DE l'eSTOMAC ET DES INTESTINS. — DYSPEPSIE DES ENFANTS OU MALADIE DES ENFANTS GATES. — AFFECTIONS VERMINEUSES. — LA MÉDICATION MARITIME EST CONTRE- INDIQUÉE DANS LA PHTHISIE PULMONAIRE. — SON UTILITÉ DANS CERTAINES FORMES DE BRONCHITE. — BRONCHITE C4TARRHALE OU NERVEUSE. — BRONCHORRÉE. — TRANSPI- RATION EIAGÉRÉE DES ENFANTS — INCONTINENCE d'URINE NOCTURNE. — CHORÉE. — CHLOROSE. — LA MÉDICATION MARITIME CHEZ LES ENFANTS DOIT ÊTRE SECONDEE PAR DES CONDITIONS CLIMATÉRÎQUES ET HYGIÉNIQUES SPÉCIALES.
La médication marilime est un médication générale que Ton emploie dans la thérapeutique des maladies de Tenfance dans tous les cas où l'organisme
a besoin d'être fortifié. Comme je Tai déjà dit, et comme Buchan l'a fait remarquer longtemps avant moi, cette médication est plus souvent applicable dans le traitement des maladies chroniques que dans celui des maladies aiguës; elle ne s'adresse pas à un organe en particulier, elle agit sur toute la conelitution. Il ne faut donc pas apprécier les phénomènes pathologiques qui réclament son emploi par le nom qu'ils portent ou par le rang qu'ils occupent dans le cadre nosologique, mais bien par les éléments morbides qui les constituent.
On a recours à l'action stimulante des bains de m3r chez les enfants toutes les fois qu'il y a diminution d'énergie de la force vitale. Cet état de l'économie se reconnaît à des symptômes de langueur et de débilité qui se manifestent dans tous les organes et dans toutes les fonctions. La médication maritime produit alors les résultats les plus heureux, que cet état de faiblesse soit inné ou constitutionnel, ou qu'il soit l'effet de la croissance ou de la maladie.
Lorsque l'on consulte les ouvrages qui ont été publiés récemment sur les bains de mer, on est frappé du nombre considérable de maladies que la médication maritime est appelée à guérir. Tout le cadre nosologique sans exception aucune y est passé en revue. Panacée merveilleuse, l'eau de mer guérit l'hémoptysie et la phthisie pulmonaire; elle guérit même les engorgements chroniques de la plèvre costale et les varices noueuses ou dif^
fuses l (I) Je n'imiterai pas ces auteurs. Tout en rcrannaiasant avec eux que Ja médication maritime est excessivement puissante, je dois avouer qu'elle est loin de procurer la guérison immédiate de toutes lea maladies. 11 faut quand on l'emploie ne jamais oublier la maxime si vraie du professeur Graves : u Le médecin doit se souvenir qu'à une maladie à « marche clironique il faut opposer des remèdes à « action prolongée. » Les baina de mer sont donc indiqués dans toutes les affections do l'enfance où la faiblesse et l'anémie prédominent, c'est-à-dire toutes les fois qu'il y a atonie des différents aystèmes de l'économie, et tous les praticiens savent combien ces affections sont ordinairement longues. De toutes les diathèses qui aflligent l'enfance, la diathêae lymphatique est celle que l'on rencontre le plus fréquemment dans les diverses classes de la société. J'ai fait connaitre ailleurs les causes si variées de cette affection dont les cas deviennent de plus en plus nombreux chaque jour J'ai dit combien il était urgent, alin de remédier à un tel état de choses, de fortifier dès le bas âge les enfants délicats, a lea modiflcaliona qui s'opèrent dans l'or- > ganisme étant plus complotes et plus rapides dans * l'enfance qu'à toute autre époque de la vie. n (Riliiet et Garthez.) Les caractères que j'ai donnés du lymphatismo sont tellement connus des praticiens que je ne les décrirai pas de nouveau. Tous
(I) S^ilDioa, p. 48eU9.
les médecins ont dans leur clientèle de ces enfants au teint pâle, verdâtre, dont les yeux sont cernés, les paupières rouges et chassieuses. Ces enfants, qui sont souvent d'une maigreur extrême , ont Tair ennuyé, leur démarche est languissante. D'autres, au contraire, ont la peau blanche et rose, des cils magnifiques, les chairs flasques, un peu bouffies ; leur aspect extérieur rappelle celui des chérubins. Malheureusement ce teint frais et rose dont les mères sont quelquefois si fîères ne cache que trop souvent une constitution lymphatique, qui se décèle aux yeux des praticiens par d'imperceptibles nodosités que ces enfants présentent toujours sur les parties latérales du cou. La plupart de ces jeunes sujets ont au nez, aux lèvres ou aux oreilles, des éruptions dont la forme varie , mais qui sont toujours de nature strumeuse. On attache en général peu d'importance à ces éruptions , et l'amour-propre des mères permet rarement au médecin de leur donner la seule et véritable dénomination qui leur convienne. Chez le plus grand nombre de ces enfanta cet état constitutionnel est héréditaire, mais chez plusieurs d'entre eux il provient de la mauvaise nourriture qu'ils ont eue, du mauvais régime qu'ils ont suivi pendant leur première enfance.
Quelque prononcée que soit l'affection lympha» tique, elle cède toujours à la médication maritime. Mais il est nécessaire pour cela que les enfants fassent un séjour prolongé sur les bords de l'Océan. Il faut donc que la plage sur laquelle on les conduit
se trouve dans un climat tempéré afin que ces petits malades puissent être dit maf in au soir^ et pendant des mois entiers^ soumis à l'influence bienfaisante de Tatmosphère maritime. En agissant de la sorte, les enfants lymphatiques retireront un bénéfice certain des bains de mer , et Ton sera toujours assuré de voir leur constitution se modifier complètement.
L'affection scrofuleuse doit également être mise au premier rang des maladies qui trouvent un remède sûr et efficace dans la médication maritime. C'est peut-être même la diathèse qui réclame le plus impérieusement Tusage des bains de mer chez les enfants, et le séjour permanent de ces derniers sur les bo^ds de TOcéan. La constitution scrofuleuse n'est autre chose que l'exagération de la constitution lymphatique. Les enfants scrofuleux, tout le monde le sait, se reconnaissent à leur constitution délicate, à la beauté et à la transparence de leur peau, à leur teint pâle et blafard, à leurs cils magnifiques. Ils ont le ventre développé, la lèvre supérieure tuméfiée, les ganglions lymphatiques du cou engorgés ; le pourtour de leur nez présente de légères excoriations et ils sont sujets à des ophthalmies plus ou moins rebelles. Quelques-uns d'entre eux ont la tête volumineuse et sont doués d'une figure très-intelligente.
La cause la plus commune du vice scrofuleux chez les enfants est, sans aucun doute, l'hérédité. Mais cette aiïeciion dépend quelquefois de la mau-
vaise constitution des parents, de leurs maladies antérieures, de leur âge trop avancé ou relativement disproportionné. Elle trouve souvent aussi sa source dans le mauvais lait que les enfants ont tété, dans les soins inintelligents qu'ils ont reçus pendant les premiers mois de leur vie. C'est une observation que j'ai faite très-fréquemment dans l'arrondissement de Nogent-le-Rotrou, où toutes les femmes de la campagne allaitent des nourrissons qu'elles vont chercher à Paris ou qu'on leur envoie de la capitale. J'ai toujours été frappé du grand nombre d'accidents de nature scrofuleuse que j'ai vus se manifester chez des enfants arrivés bien portants chez leurs nourrices, et chez lesquels cependant il était impossible d'invoquer aucun vice héréditaire. L'absence complète de soins et une mauvaise alimentation suffisaient pour modifier en peu de temps les plus belles constitutions. Que d'enfants j'ai vus devenir ainsi scrofuleux pour être restés couchés dans leur berceau des semaines entières sans prendre l'air, pendant que leurs nourrices les gorgeaient d'aliments qui n'étaient nullement en rapport avec leur âge !
Ces faits sont beaucoup plus fréquents qu'on ne le croit. Buchan, qui a si bien fait connaître toutes les ressources que la médication maritime ofTre au praticien dans le traitement des scrofules, ctte des observations analogues : « Il n'y a aucun doute , c dit-il, que les enfants nés de parents d'une oonsti< c tution scrofuleuse, ne soient plus exposés que les