‹ Des bains de mer chez les enfantsChapitre 6 sur 33 · CHAPITRE r · texte numérisé non relu

CHAPITRE r

GENCRILITES SUR LES BIINS DE MER

DES BAINS CHEZ LES ANCIENS. — ORIGINE DES BAINS DE MER. — BUT DE CET OUVRAGE. — L'eAU DE MER EST UNE EAU MINÉRALE. — ACTION COMPLEXE DES BAINS DE MER. — NÉCESSITÉ DE l'iNTERVENTION MÉDICALE DANS l'eMPLOI DE LA MÉDICATION MARITIME. — LES BAINS DE MER CON- VIENNENT AUX PERSONNES AFFAIBLIES, MAIS PRINCIPALE- MENT AUX ENFANTS. — UTILITÉ D'ÉTUDIER LES DIVERS AGENTS DONT SE COMPOSE LA MÉDICATION MARITIME. — l'action des BAINS DE MER VARIE SUIVANT LE LIEU, L'eAU ET l'air de la plage. — EFFETS GÉNÉRAUX DE L' ATMO- SPHÈRE MARITIME ET DES BAINS DE MER. — LES PLAGES CHAUDES ET SABLONNEUSES DE l'OCÉAN SONT PRÉFÉRABLES, POUR LES ENFANTS, AUX PLAGES FROIDES DE LA MANCHE.

Le premier de tous les principes, la condition fondamentale d'un Téritable établissement de bains de mer, doit être celui-ci : loin des villes. . et non pas dans les villes.

Léopold Auàt. {Desplagts di Provence.)

La manière de vivre des anciens, la nature de leurg occupations, le genre de vêtements quUls avaient adopté, la chaleur du climat, tout contri-

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bua, pendant les premiers siècles, à faire de Tusage du bain une mesure essentiellement hygiénique. Cet usage remonte donc, chez tous les peuples, à la plus haute antiquité. Chez quelques nations, il constituait même une pratique religieuse aussi sévèrement prescrite que sévèrement observée. La mythologie nous apprend que les bains étaient déjà connus dans les temps héroïques ou fabuleux. Ainsi, lorsque Ulysse raconte ses aventures dans le palais magique de Circé, Homère prête à son héros le langage suivant :

« Une nymphe apporte Teau, allume un grand « feu sous le large trépied et laisse s'échauffer le a liquide élément. Puis, quand Tonde a frémi dans a l'airain sonore, elle me place dans une riche bai- « gnoire, puise sur le vaste trépied Tonde attiédie a par un doux mélange d'eau froide, et Tépanche « sur ma tête et mes épaules pour délasser mon « corps de la fatigue qui Taccable. Et quand elle a m'a lavé et parfumé d'essences onctueuses, elle « me revêt d'une tunique et d'un riche mana teau ». (1)

Chez les Grecs, les bains publics faisaient partie des gymnases dans lesquels la jeunesse venait développer ses forces, tout en cultivant son intelligence; le bain chaud était en outre employé dans un grand nombre de maladies, comme on peut le voir dans Hippocrate.

(1) Odyssée, chant X, v, 356.

Ennemis du luxe et de la mollesse, les Romains commencèrent par se baigner dans le Tibre et, pendant de longues années, ils puisèrent, dans l'exorcicc salutaire de la natation, les forces qui leur étaient si utiles pour supporter les fatigues de la guerre. Plus tard, obéissant aux progrès d'une civilisation encore grossière, ils firent construire des établissements publics, remarquables par leur simplicité, où riches et pauvres allaient chaque jour se baigner en commun.

Les bains étaient d'un usage tellement fréquent à Rome, qu'Agrippa, gendre et ministre de l'Empereur, faisant exécuter une foule de travaux et de monuments, pour l'agrément et l'utilité du peuple, établit, entre autres, cent soixante-dix bains publics où, pendant une année, le peuple fut admis gratuitement. Les Romains se trouvèrent si bien de cette coutume hygiénique que, pendant longtemps, au témoignage de Pline, ils ne connurent pas d'autre eyatème de médecine. Le bain chaud était le plus généralement employé; cependant, après la guérison d'Auguste, par les bains froids, ces derniers devinrent pendant quelque temps à la mode, mais ils tombèrent en défaveur après la mort de Marcellus, causée, dit-on, par ce mémo remède. Vers la fin du règne de Néron, grâce aux efforts d'un médecin de Marseille, les bains froids reprirent ia vogue qu'ils avaient momentanément perdue.

Mamurra, Mécène, Agrippa, construisirent ensuite des bains dans lesquels ils étalèrent toutes les

merveilles du faste et de l'opulence. Avec le luxe la débauche pénétra dans les bains publics comme dans les bains privés, efe les abus les plus graves ne tardèrent pas à entraîner la suppression de ces établissements, primitivement et exclusivement destinés à Tentretien de la santé publique.

Il me serait facile de prouver que presque tous les peuples ont connu Tusage hygiénique ou Tusage médical du bain chaud et du bain froid, même celui du bain de rivière, mais comme ce fait est étranger à mon sujet, je me bornerai à renoncer, renvoyant pour sa démonstration aux ouvrages spéciaux.

Si Torigine du bain ordinaire se perd dans la nuit des temps, il n'en est pas de même pour celle du bain de mer. Pline le naturaliste raconte, il est vrai, qu'un certain Sergius Orata fit venir à grands frais Teau de la Méditerranée dans ses viviers et dans ses étuvesde Baïa; il ajoute même que cet exemple fut suivi par Lucullus et par quelques autres riches personnages. Mais, pour le médecin, il ne saurait y avoir aucune parité, aucune similitude, entre le bain

d^eau de mer ainsi pris dans une piscine artificielle, et le même bain, pris dans les flots de l'Océan.

Les bains de mer, considérés comme une médication spéciale et tels qu'ils se prennent aujourd'hui, ont une origine toute moderne. L'Angleterre et l'Allemagne s'en occupèrent les premières, dans la seconde moitié du dernier siècle. La mer du Nord, la Baltique, la Manche, virent à cette époque les premiers établissements de bains s'élever sur leurs

côtes, La France suivit tardivement l'exemple donné par lea peuples germaniques. Quelques établissements do bains do mer ayant été enfin créés à Dieppe, à Boulogne, au commencement de ce aiècle, les praticiens français s'occupèrent alors de la médication maritime.

Depuis, ces établiasemonts se sont multipliés 'à l'infini; mais, à mesure qu'ils sont devenus plus nombreux, ils se sont, à l'envi les uns des autres, écartés du but essentiellement médical pour lequel ils avaient été institués. L'hygiène et la thérapeutique ont partout cédé le pas au plaisir, et l'on voit aujourd'hui, dans toutes nos stations maritimes les plus renommées, les fêtes les plus brillantes se succéder sans cesse, lo jour et la. nuit, au grand préjudice souvent de la santé des baigneurs.

L'épigraphe que j'ai choisie prouve que je veux étudier la médication maritime au point de vue sérieux de la thérapeutique. Je ne destine pas cet ouvrage, je me hàto de le dire, aux gens du monde qui vont aux bains de mer dans le but d'y chercher des distractions ou do s'y amuser. Ces personnes, que je n'entends nullement blâmer ici, n'ont pas besoin des conseils du médecin; tous les bains de mer leur conviennent. Pourvu qu'elles choisissent une plage gaie, bruyante, et qu'elles ne fassent pas d'imprudences, elles obtiendront toujours le résultat désiré.

J'écris pour les médecins qui voient dans la médication maritime un moyen hygiénique ou un moyen

thérapeutique, et qui se proposent toujours, lorsqu'ils envoient des enfants aux bains de mer, d'obtenir un des trois résultats suivants : entretenir la sanlé de ces enfants, fortifier leur constitution, ou guérir les maladies dont ils sont atteints.

La médecine moderne peut, à juste titre, revendiquer rhonneur d'avoir appris tout le parti que la thérapeutique pouvait tirer des bains de mer, mais ce sont les praticiens du Nord qui ont trouvé cette importante médication. Le lymphatisme, la scrofule, toutes ces aflections constitutionnelles contre lesquelles Teau de mer est journellement conseillée, sont Tapanage presque exclusif des contrées froides et brumeuses du Nord. N'est-il pas naturel que les praticiens de ces contrées aient, les premiers, trouvé un remède effîcace contre des affections qu'ils rencontraient à chaque instant? Ceci est tellement exact, que le premier ou\Tage qui parut en Angleterre, sur la médication maritime, portait ce titre significatif : De tabe glandulari sive de usu aquœ marinœ in morbis glandularum (1). R. Russell avait immédiatement compris que cette médication s'adressait spécialement aux enfants lymphatiques et aux enfants scrofuleux. Les ouvrages qui furent publiés ensuite en Angletterre établirent et confirmèrent le môme fait, tout en agrandissant le champ de la médication maritime.

Les premiers essais deR. Russell, de Buchan, de

(i) R. Russel. «550.

Vogel, firent naître en France quelques traités spéciaux. Les docteurs Mourgué, Gaudet, Pouget, appelèrent successivement Tattention du corps médical sur Tefficacité des bains de mer. Tous s'accordèrent à faire Téloge de cette nouvelle médication, tous proclamèrent l'énergie dont elle leur semblait douée dans les maladies de Tenfance. L'exemple donné par ces savants praticiens fut promptement suivi, et la science compte aujourd'hui de nombreux écrits sur les bains de mer.

En présence d'une opinion aussi généralement admise, j'avais toujours attribué à la médication maritime l'importance qu'elle doit avoir dans la thérapeutique des maladies du jeune âge. Familier, d'ailleurs, avec cette médication, depuis ma jeunesse, je l'employais souvent dans ma clientèle. Des raisons de santé m'ayant déterminé à conduire sur les bords de l'Océan deux jeunes baigneurs qui m'étaient chers à bien des titres, je fus amené à étu-> dier, d'une manière plus particulière, les effets des • bains de mer chez les enfants. Pendant trois saisons consécutives je passai mes journées sur le bord de la mer, consacrant mes loisirs à étudier la topographie du pays que j'habitais accidentellement, comparant entre eux les effets des bains de mer pris sur telle ou telle plage, étudiant en même temps les effets de ces bains sur mes deux jeunes baigneurs et sur les autres enfants qui se trouvaient avec eux. Dans cette circonstance, comme toujours, la médi-

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cation maritime fut sûre, puissante ; elle confirma mes prévisions, réalisa mes espérances.

Pendant ces longues promenades sur le bord de rOcéan, alors que chaque jour je foulais aux pieda, sur le sable de la plage, le varech, les fucus, tous ces coquillages si riches en principes iodés, alors que chaque jour je voyais ces enfants se baigner, se promener en mer, se livrer au plaisir de la pêche, respirant avec bonheur la brise salée qui leur ddhnait à la fois de la force et de la santé, une pensée m'a plus d'une fois vivement frappé. Parmi les médecins, il en est qui n'ont jamais vu la mer, d'autres qui ont presque toujours vécu loin de ses bords. Un grand nombre, par conséquent, ignorent les ressources que la médication maritime offre au praticien dans les maladies de l'enfance. Etrangers, ou à peu près étrangers à cette médication, ils y ont rarement recours et se trouvent ainsi, dans beaucoup ds cas, privés, malgré eux, d'un moyen thérapeutique puissant.

J'ai cherché à venir en aide à ces confrères, en publiant ce livre, dans lequel je me propose d'étudier la double influence que l'eau et l'air de la mer exercent sur la santé des enfants, l'action de l'atmosphère maritime ne devant, selon moi, jamais ôtre séparée de l'action des bains de mer.

Mon but sera rempli, si je parviens à initier quelques médecins à l'étude si intéressante de la médication maritime, et si je réussis à leur démontrer que pour obtenir, par cette médication, un résultat

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thérapeutique assuré, il leur suHîra, presque toujours, do donner aux malades qu'ils enverront sur le bord de la mer, un petit nombre de consoila aussi simples que faciles à suivre.

S'il suffisait d'un certain nombre de faits épars et dêtachéa pour fonder la seience des bains de mer, celle-ci devrait depuis longtemps être eomplète, car les livres et les notices publiés chaque jour sont remplis do faits isolés, d'observations multipliées. Mais dans l'étude des sciences il n'en est pas ainsi, la synthèse est absolument nécessaire Une interprétation judicieuse, rationnelle des faits, peut seule jeter un peu de clarté dans ce chaos, dans cette mêlée confuse, et restituer, aux faits observés, leur valeur réelle, leur signification véritable. Il y a longtemps que le docteur Mérat a dit ; « C'est la né- « cesBllé de joindre les méditations de l'esprit à ■ l'observation des faits évidents, qui fait toute la < difïïculté de la médecine. » (1) Fidèle à cette doctrine, dans le cours de cet ouvrage je citerai un petit nombre de faits, mais je tâcherai de les lier entre eux et d'en tirer des conséquences rigoureuses.

Un si grand nombre de personnes ont eu recours aux bains de mer et ont pu en apprécier les heureux résultats qu'il n'est plus permis aujourd'hui I do nier leur etTicacité. L'eau de mer est une eau sa- H Une à un haut degré. Répandue sur une grantle H lurface du globe, en contact perpétuel avec des ter-

(t) Dict. de méd., art. Théorie;.

rains de nature diverse, battue, agitée en tous sens par les courants, les marées et les vents, impré^ée de détritus de plantes et d*animaux marins, cette eau est, en outre, une eau minérale par excellence. Comme tous les bains minéraux, les bains de mer ont une action réelle, certaine, dont on ne s'est pas servi aussi souvent qu'on aurait pu le faire. Leur action, tout aussi sûre que celle des autres eaux thermales, est môme beaucoup plus étendue. Ces bains, en effet, ont une action aussi complexe que variée, car, si l'eau de mer exerce une action tonique et stimulante sur la peau, latmosphère de* l'Océan exerce une action non moins vive, non moins stimulante, sur la muqueuse pulmonaire et sur les fonctions digestives. Le changement de lieu, les effets du voyage, le spectacle de la mer, la modification du régime alimentaire, l'exercice que l'on prend dans un pays nouveau, dans des conditions d'existence tout à fait nouvelles, tout concourt, au bord de l'Océan, pour agir sur l'organisme d'une manière salutaire. Mais en dehors de cette influence morale que je suis le premier à reconnaître, on ne peut nier que les bains de mer ne constituent par eux-mêmes un moyen thérapeutique puissant dont l'application, faite avec prudence et persévérance, a produit et produit chaque jour encore des effets remarquables dans une foule d'affections, dans une foule de maladies. Il est donc peu d'agents thérapeutiques doués d'une action aussi énergique, aussi efficace. Mais en raison même de cette efficacité, il

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ne faut pas en user sans précaution, sans distinction aucune ; ce serait une erreur qui pourrait avoir lea conséquences les plus funestes.

Le nombre toujours croissant dos voies do communication, la facilité avec laquelle on exécute aujourd'hui des voyages, jadis longs et diflTiciles, ont depuis pou rendu les bains de mer d'un usage beaucoup plus général qu'ils no l'étaiont autrefois. Cet état de choses, qui semblait no devoir procurer que des avantages, n'a pas tardé à devenir une source d'abus, je dirai même une source do dangers. Beaucoup de personnes vont aujourd'hui aux bains de mer, comme elles vont à la promenade, sans se demander s'ils conviennent ou s'ils ne conviennent pas à leur constitution, sans même demander à leur médecin si ces bains leur sont ou ne leur sont pas salutaires. Le désir de s'amuser, un besoin incessant de distractions toujours nouvelles sont, bien souvent, les seules raisons que l'on allègue pour s'y rendre. Les motifs les plus futiles, des relations de voisinage, des relations de société suffisent même fréquemment pour déterminer le choix que l'on fait de telle ou telle plage, et l'on voit les baigneurs insoucieux aller indifféremment à Dieppe ou à Biarritz, comme si ces bains, si différents entre eux par le climat et par la nature de la plage, jouissaient de propriétés identiques. Il n'y a pas de médecin qui ne voie, tous les ans, des faits déplorables être la conséquence do cette manière d'agir.

D'un autre côté le luxe, lea toilettes, lea plaisirs

qu*ofTrent toutes les stations maritimes, n'ôtent que trop souvent, aux bains de mer, leur vrai caractère, qui doit être avant tout essentiellement médical. Partout, les soirées, les bals et les fêtes prennent une partie du temps que les baigneurs devraient consacrer au sommeil ou au soin de leur santé. La plupart de nos établissements de bains sont, il est vrai, merveilleusement appropriés pour tous ces genres de plaisirs et d« spectacles. Malheureusement les baigneurs, les baigneuses surtout, y trouvent de trop nombreuses occasions d'oublier, au détriment de leur propre intérêt, les lois de Thygiène et de la prudence, dont Tobservation est toujours si nécessaire sur les bords de TOcéan.

Les bains de mer constituent un agent thérapeutique beaucoup trop énergique pour qu*on puisse laisser les malades seuls maîtres d'en apprécier Topportunité et d'en régler l'emploi. « S'imaginer a qu'on puisse, sans distinction aucune, se plonger tt dans la mer avec avantage, ou même impunéa ment, pour le plus léger dérangement de santé, a serait une opinion bien fausse, dit Buchan ; tous a les remèdes qui peuvent faire beaucoup de bien, a peuvent faire beaucoup de mal. Aussi, un moyen « d'améliorer sa santé aussi généralement employé tt que le sont maintenant les bains de mer, doit-il tt fréquemment l'être mal à propos. » (1) « Dans un « pays où les bains de mer sont employés indistinc-

(1) Bucliau. Obs. prat. sur les bains d'eau de mer, page 15.

■ tement et sans prendre conseil, dit également Sir • Clarke, il nôceasaire à» faire connaîtra au public « la acrie des conséquences graves qui proviennent t naturellement do cette conduite inconsidérée et « imprudente (I) d

Si les praticiens de la Grande-Bretagne croyaient devoir tenir ce langage, il y a plus d'un demi-siècle, que n'aurait-on paa le droit de dire aujourd'hui, en voyant tous les ans dos familles entières ee diriger, ou plutôt se précipiter, vers les bords de l'Océan, Bans la moindre prudence, sans le moindre souci de leur santé. Aussi, que de mécomptes, que do regrets, au retour d'une saison de bains de mer, et combien est grand, chaque année, le nombre des personnes qui, au lieu d'y trouver la guérison qu'elles avaient espérée, en rapportent au contraire une aggravation réelle de leura maux! N'oublions jamais ce sage conseil d'Alibert : « Les bains de mer

■ sont d'excellents toniques dans les maladies chro- « niques qui les réclament ; toutefois, il importe de I no pas trop généraliser un semblable moyen. Il y » a plus d'un exemple de maux rendus incurables par a leur usage peu rationnel ou empirique (2). » Ainsi, tout en vantant, avec une conviction profonde, les ressources que présente l'eau de mer, je suis loin de vouloir en faire un remède universel, bien plus éloigné encore de vouloir faire de ce remède une application trop étendue.

(i) An essaf on wann. Loudon, (ï) Tiailé des Eauï miuàrnUs.

Lorsque les malades voudront retirer un bénéfice réel des bains de mer, ils devront recourir aux conseils de leur médecin, qui saura toujours en varier Tusage suivant leur constitution et suivant la nature des afîections dont ils sont atteints. C'est à cette condition seulement que la médication maritime produira d'heureux résultats. Pour agir convenablement, cette dernière doit, avant tout, être employée avec méthode et opportunité. Là est l'élément du succès.

Les personnes naturellement faibles, celles dont la constitution a été momentanément affaiblie par un motif quelconque, autre que certaines maladies des voies aériennes, et qui ont besoin de respirer Pair chaud et réparateur de la mer, se trouveront bien de leur séjour sur- le bord de TOcéan. Dans cette classe de malades, si nombreuse, si intéressante, se rencontrent un grand nombre d'enfants fatigués par la croissance ou par le séjour des grandes villes ; beaucoup de femmes du monde épuisées par les veilles, par des parturitions réitérées, ou débilitées par un allaitement trop prolongé ; un grand nombre d'hommes de cabinet ; car si le travail et Pétude sont deux amis qui ne trompent jamais et sur lesquels on peut toujours compter, il faut reconnaître qu'ils fatiguent quelquefois ceux-là mêmes qui les aiment avec passion. Que tous ces malades aillent, pleins de confiance, sur le bord de la mer, ils y trouveront des forces et un bien-être assuré.

On peut dire d'une manière générale que les bains

de mer sont indiqués toutes les fois que réconomie tout entière, ou quelques organes seulement, ont besoin d*être fortifiés, maison doit reconnaître quMls * constituent une médication beaucoup plus convenable chez les enfants et les jeunes gens que chez les personnes d'un certain âge. Il résulte évidemment de là, que les bains do mer sont un agent thérapeutique bien plus applicable au traitement des maladies chroniques qu'à celui des maladies aiguë?.

En thérapeutique comme en pathologie, on no doit jamais oublier cette maxime du docteur Barbier : il Les guérisons que le médecin tentera dans « la pratique de son art, seront d'autant plus sûres, « qu'il aura mieux étudié la capacité des remèdes, « qu'il connaîtra mieux la portée de leur puissance, a qu'il aura une idée plus juste, plus complète, des « changements organiques qu'ils vont susciter dans « les corps soumis à leur influence (1). »

Lorsque l'on a recours à une médication aussi complexe que la médication maritime, il est donc nécessaire d'examiner et d'étudier avec soin les divers agents dont elle se compose. C'est principalement lorsque cette médication doit être employée chez les enfants, qu'il faut se pénétrer de ce principe de philosophie médicale, et que l'on a besoin d'en faire une sévère et judicieuse application.

Lesagentsqui constituent la médication maritime sont: le lieu, ou le climat dans le quel on prend les

(1) Barbier. Mat. méd. Préf.

bains; Veau ou la plage ; l'air^ ou l'atmosphère marilime; les brises de mer, à Taction desquelles on se trouve sans cesse exposé sur la côte.

Il est beaucoup plus important qu'on ne le croit généralement, d'envisager la médication maritime au point de vue de la climatologie, c'est-à-dire d'étudier les différentes plages sous le rapport des avantages divers qu'elles possèdent et qu'elles doivent aux conditions climatériques et topographiques dans lesquelles elles se trouvent placées.

On néglige beaucoup trop ces considérations sur le climat des plages, dans l'application que l'on fait chaque jour de la médication maritime. C'est ce qui explique les mécomptes et les accidents qui résultent souvent de l'usage, aujourd'hui si universellement répandu et en même temps si irréfléchi, des bains do mer en France. Malgré l'intérêt que pré- S3nte cette question, je ne puis la traiter ici. Je me bornerai à en signaler l'importance et à examiner les conséquences pratiques qu'elle a pour le sujet spécial qui m'occupe.

Presque tous les bains de mer ont une action climatérique différente, particulière. Ils sont loin, par conséquent, de pouvoir être placés sur là même ligne, et sous le rapport de leur propre efficacité, et sous le rapport des effets spéciaux qu'ils produisent. En effet, lorsque deux stations maritimes sont situées sous des latitudes différentes, l'une offre aux baigneurs une chaleur atmosphérique vive , une lumière solaire intense, un terrain sablonneux sec

et léger, par conséquent très-chaud ; Tautrelui offre une température froide et humide, un ciel brumeux, souvent couvert, un terrain argileux, quelquefois marécageux. N*est-il pas évident que les agents hygiéniques que je viens d'cnumérer, seront loin, sous ces deux climats, d'impressionner l'économie souffrante d'une manière identique f N'est-il pas évident que dans la première de ces stations, les actions et les réactions déterminées dans certains organismes débilités, seront plus ^tièrcs, plus complètes, plus fortes que dans la seconde ? Dans dés conditions climatériques aussi essentiellement différentes, l'effet physiologique ou thérapeutique du bain de mer ne peut pas être le même.

Les conditions climatériques d'une plage étant une fois bien établies, il sera toujours facile au praticien de connaître les états pathologiques dans lesquels l'impulsion médicatrice, reçue par l'organisme sur cette plage, sera ou ne sera pas efficace. C'est dire que dans beaucoup de cas le médecin n'aura qu'à s'inspirer de cette pensée du professeur Dumas : « Les maladies chroniques qui se sont formées dans « une contrée, peuvent trouver leur guérison dans « un autre pays, et elles se dissipent en s'éloignant « de l'air, des lieux, et de toutes les causes qui les « ont fait naître. ?>

Ainsi, lorsque les malades des contrées humides du centre de la France voudront retirer de l'emploi des bains de mer tous les avantages possibles, ils prendront ces bains dans des conditions climatc-

riqucs difîcrcntcs do celles au milieu desquelles Us vivent habituellement. Ces malades devront donc aller demander, aux plages tièdes et sablonneuses de rOcéan, une chaleur bienfaisante qu'ils ne pourraient pas trouver sur les côtes souvent froides et humides de la Manche.

Si le médecin no doit jamais oublier Timportance qu'a le climat dans les eiîets physiologiques et thérapeutiques des bains de mer, il doit également toujours prendre en considération la nature de la plage, sur laquelle ces bains sont pris. Je n'ai pas besoin de dire que ces conditions climatériques, touch^int le lieu et la nature de la plage, ne peuvent pas être prescrites d'une manière absolue ; elles varient selon l'âge, selon la constitution, selon l'état des malades. C'est ce précepte si sage, que le docteur Lecœur a formulé en ces termes, dans l'Etude consciencieuse qu'il a faite des bains de mer : « Je crois, qu'envir « sages sous les points de vue hygiénique et théraa pcutique, les plages et les lieux, ainsi que les « différents fonds sur lesquels vient battre la mer, a doi'.ent avoir une importance marguée sur la tt composition de l'eau et sur l'effet des bains ; et je a pense que le médecin devrait prendre en considétt ration ces différentes distinctions, dans la presa cription des bains de mer, selon le tempérament, « la constitution, l'idiosyncrasie des malades, et la « nature des accidents que l'on veut combattre (1). »

(l) Lecœur^ de Caen. Des Bains de Mer. Vol. 1«^% page 41.

Je ne puis, à cet égard, partager la manière de voir du docteur Constantin James qui, sans donner aucune preuve à Tappui de son opinion, se borne à dire : « C'est au malade de choisir la plage qui est (t le plus à sa convenance et, sous ce rapport, je ne a vois aucun inconvénient à se laisser un peu guider « par la mode » (1).

Dans une question aussi grave, Thydrologie médicale a, ce me semble, d'autres devoirs à remplir que de s'en rapporter à la mode. Pour moi, comme pour beaucoup de médecins, le choix de la plage a une haute importance, surtout lorsqu'il s'agit d'envoyer, sur le bord de la mer, des enfants faibles ou des enfants malades. La géographie physique et médicale, la physiologie, la thérapeutique et l'hygiène se réunissent pour nous fournir, à cet égard, les preuves les plus convaincantes.

• Il existe, sur toutes les côtes, une corrélation rigoureuse entre la nature des plages et la nature du sol qui forme le littoral. C'est un fait que la géologie a parfaitement démontré, et en faveur duquel cette science apporte chaque jour des preuves irrécusables. Si donc une côte est boisée, verdoyante, bien cultivée, fertilisée par le cours d'une ou de plusieurs rivières, la plage contiendra de la terre végétale, et le sable sera môle de vase. L'eau tenant en suspension ou en dissolution quelques parties ou quelques principes de cette terre, sera moins pure,

(t) Guide aux Eaux minérales^ page 516.

moins limpide, et s'cchaufTera plus lentement aux rayons du soleil.

Lorsqu'une côte est formée de rochers ou de fala'ses abruptes, la plage, sauf quelques exceptions rares, partielles, est remplie de galets qui blessent les pieds et peuvent, chez les baigneurs inexpérimentes, occasionner des chutes ou des accidents plus graves. La mer monte sur ces plages avec rapidité et atteint en général une grande élévation. L*eau y est profonde, agitée par la houle ou par les vagues, souvent froide. Ces plages, à pente habituellement rapide, sonHoujours dangereuses pour les enfants. Leur fond, inégal et rocailleux, empêche d'ailleurs ces derniers d'y prendre, en toute liberté, en toute sécurité, l'exercice qui leur est fci nécessaire pendant le bain, et qui constitue, chez e:ix, une partie essentielle du traitement maritime.

Lorsqu'une côte, au contraire, est formée de dunes exclusivement composées de sable de mer et de débris de coquillages, sans mélange d'aucun autre éljment, la plage largement ouverte du côté de 1 Océan, unie, peu inclinée, contient un sable fin qui s'échauffe aisément aux rayons du soleil. La mer, sur ces plages, découvre beaucoup et s'élève peu, à marée haute. Lorsqu'elle monte, elle s'avance lentement, tranquillement. Ses vagues, roulant les unes après les autres, sur le sable que le soleil a réchauffé, absorbent peu à peu le calorique dont il est imprégné, et l'eau acquiert, là, une température beaucoup plus élevée qu'ailleurs.

Lorsque de telles plages se trouvent dans un climat tempéré, loin d'un grand centre d'habitations, loin de Tembouchure d'un fleuve, Peau de TOcéan est tiède, pure, riche en principes salins. Elles conviennent éminemment aux enfants, qui peuvent s'y baigner seula sans le moindre danger, jouer, se promener dans le sable des dunes, et se livrer, du matin au soir, sur la côte, à tous les plaisirs de leur âge. Il est évident que des bains, pris sur une semblable plage, auront, sur de jeunes organisations, une action toute spéciale. La prééminence des plages sablonneuses, pour les enfants, a toujours été reconnue par les praticiens qui se sont occupés do midication maritime. Les établissements de bains de mer les plus favorisés^ a écrit, il y a longtemps, le docteur Pouget, sont ceux qui se trouvent au milieu ou auprès de ces masses énormes de sable connues sous le nom de dunes fixes ou mobiles (1).

Ce que je viens de dire fait voir combien l'action physiologique ou thérapeutique des bains de mer varie, suivant le lieu et suivant l'eau de la plage. Il me reste à démontrer que cette action varie également, suivant l'air que l'on respire sur cette même plage.

Le médecin qui prescrit les bains de mer doit toujours prendre en considération la pression atmosphérique plus considérable à laquelle les malades se trouvent soumis sur le bord de l'Océan, la na-

(1) Pouget. Des Bains de mer^ page 75*

turc Bpocialo de ratmosphère maritime, et les propriétés éminemment variables des brises de mer.

On démontre en physique que, sous Taction d'une pression extérieure plus grande, l'air, sous un volume donné, contient plus d*oxygène. D'un autre côté, la pliysiologio nous apprend que, sous l'inriuçnco d'une pression extérieure plus grande, la respiration est plus active et que l'iiématose, par suite, se fait d'une manière plus rapide, plus complote. C'est ce double effet physiologique qu'a exprimé, en ces termes, le praticien que je citais tout à l'heure ; « L'air que Ton respire sur le bord u de la mer est plus doux, plus chargé d'oxygène, a donc il exerce sur le corps une plus grande prestt sion et lui fournit une quantité plus considérable « d'un élément important (1). »

L'influence vivifiante que l'atmosphère maritime exerce sur la santé est telle, en effet, que plusieurs médecins, et le docteur Fourcault entre autres, pensent que, pour préserver l'homme et les animaux des affections tuberculeuses, il suffit de les soumettre, dans l'état de liberté, aux seules influences de cette atmosphère, a A Scheweningue, près La Haye, dit ce médecin, les enfants scrofuleux guérissent et ne deviennent pas phlhisiques, lorsqu'ils peuvent jouer sur les bords de la mer et se baigner dans ses flots, d

(1) Ponget, Loc. cit., page SI.

i.iM£d^â*a.A^.

Majon rapporte que les habitants des divers pays qui se trouvent sur le littoral de la mer Ligurienne, jouissent de la santé la plus florissante et sont fort rarement atteints de scrofules, tandis queceux d'entre eux »qui travaillent dans les mines de Lavagna, où Peau transsude goutte à goutte de toutes les parois, de manière à inonder certaines galeries, meurent, pour la plupart, avant cinquante ans, par les progrès de la scrofule, de la phthisie ou de Tanasarque. Le docteur Dauvergne établit, d'après sa longue pratique, une différence très-grande entre les maladies et la constitution des habitants du Midi et celle des pêcheurs et des paysans : « Autant, dit-il, « la phthisie, la scrofule et le rachitisme sont des «< maladies fréquentes, à Marseille, chez les cor- « donniers, les tisserands, les tailleurs, les coutu* a rières, qui restent renfermés dans des chambres « étroites, autant ces affections sont rares chez les a pécheurs, les débardeurs, les portefaix et tous « nos paysans du Midi. Les uns sont grêles et « étiolés, les autres sont musculeux et d'une colo- « ration dont le Midi de la France seule offre le type (1). »

Il me serait facile de citer un grand nombre de faits à l'appui de cette opinion, si universellement admise, sur l'influence salutaire de l'atmosphère maritime. Je m'arrête, me réservant de donner plus

(i) Dauvergne. Da véritable mode d'action des Eaax de mer. Paris. «853. Page 39.

tard à cette question tous les développements qu'elle mérite.

En dehors de Taction générale qu'il exerce sur l'économie, Tair de la mer a, sur les bronches malades, une action propre, spéciale, topique en quelque sorte, qu'il est impossible de nier. C'est ainsi qu*il fait disparaître avec une rapidité inouïe, chez les enfants, la toux à forme catarrhale qui, chez un grand nombre d'entre eux, accompagne si souvent la croissance. Mais une des propriétés les plus remarquables de Tair marin, la plus digne peut-être de fixer l'attention du praticien, est la propriété dont il jouit de rendre la muqueuse bronchique des mêmes enfants beaucoup moins susceptible, beaucoup moins impressionnable aux influences extérieures. Il est évident que, dans ce cas, comme dans beaucoup d'autres, les effets physiologiques et thérapeutiques de l'atmosphcre maritime peuvent varier et sont même susceptibles de différer, suivant une infinité de circonstances qu'il appartient au médecin d'apprécier. C'est ainsi, pour ne citer qu'un exemple, que l'air vif et brumeux des côtes du Nord ou de certaines parties de la Bretagne, sera loin de toujours produire, sur les bronches malades, le même effet que l'air tiède, réparateur, souvent même balsamique des côtes tempérées du golfe de Gascogne. Ici encore, les qualités propres, spéciales, de l'atmosphère maritime viennent modifier les propriétés générales des bains de mer.

Les brises de mer, qui renouvellent sans cesse l'atmosphère des côles, jouent un rôle important dans la médication maritime. Indépendamment do l'action spéciale qu'elles exercent sur les fonctions pulmonaires, elles donnent à l'organisme une tonicité réellement surprenante. Cette action des brises, si éminemment fortifiante malgré leur variabilité, ne peut être mise en doute, puisque l'on trouve une force et une énergie remarquables chez les personnes qui sont journellement exposées à ces variations atmosphériques, tandis que Ton remarque une constitution faible, une santé délicate, chez celles qui vivent renfermées et qui évitent avec soin tous les changements de température. L'étude de ce phénomène météorologique mérite, de la part du médecin, une attention d'autant plus sérieuse, que dans toutes les stations maritimes les baigneurs sont, chaque jour et malgré eux, nécessairement soumis à son influence.

Pour qu'une brise de mer soit aussi avantageuse que possible aux baigneurs, dit le docteur Pouget, que je me plais à citer parce que ses observations sont essentiellement pratiques, il faut : !• qu'elle souflle dans une bonne direction et qu'elle vienne du large, d'une grande distance de la côte ; 2® que sa marche ne soit contrariée par aucun obstacle ; 3® qu'elle ne porte avec elle aucun principe délétère puisé dans sa course.

Sur tout le littoral de la Manche, la brise de mer

no peut venir du largo qu'en suivant une des directions comprises cnlre le nord-est et Touest. Ii*air (juc donne coite brise est d'autant plus sec, d autant plus liode en oto qu'il n'arrive très-souvent «ur la C(Mo (iu\nprès avoir passé sur les Iles Britanniques, circonstance qui lui fait perdre quelquesunes do ses (lualités Certaines brises, sur ce mênne littoral, viennent du nord-est ; elles prennent alors la fraîciieur de la Mer du Nord, en entrant dans la Manciio par le Pas-de-Calais. Seules les brises de Toucst viennent directement de l'Océan, mais ce ne sont pari les plus fréquentes, en été, sur les côtes de la Mancho. Celles qui s'y font le plus généralement sentir dans cotte saison offrent les inconvénients que j*ai signalés.

Cotte observation est tellement vraie, que le docteur Lecœur qui, dans son excellent ouvrage, no s'est occupé que des côtes de la Manclie, recommande de choisir, autant que possible^ une plage abritée du souffle si pernicieux des vents d'est et de nord-est. Il cile môme, à l'appui du conseil qu*il donne, ce vieux dicton anglais :

The wiud in the east

Is good for neither man nor beast.

« Ces vents, ajoute notre confrère, viennent des « vastes savanes et des steppes glacés de la Sibérie, a Pour parvenir jusqu'à nous, ils n'ont eu que peu tt ou pas de mers à traverser ; aussi, sont-ils secs et « brûlants. Ils dessèchent l'épiderme ; ils déter-

« minent un état de malaise et de soufTrances V vagues et sont, de tous les vents, les plus préjua diciables à la santé. J'ai vu des personnes dési- « reuses de prendre des bains de mer, habiter « pendant plusieurs semaines une plage, et être a forcées de la quitter, par suite d'un malaise a incessant qu'elles y ressentaient, et d'aller s'ins- « taller sur une autre côte » (1). Je doute qu'un fait semblable ait jamais été observé sur les belles plages du sud-ouest de la France, qui s'étendent depuis l'extrémité sud de Tile d'Oléron, jusqu'à Biarritz.

Sur ces côtes, et dans tout le golfe de Gascogne, les brises de mer soufflent du large, en suivant une des lignes comprises entre le nord-ouest et le sudouest ; elles contiennent donc toujours de l'humidité qui tempère la sécheresse de l'atmosphère. Venant directement de l'Océan atlantique sans rencontrer aucune terre sur leur passage, elle ne perdent aucun des principes salutaires qu'elles doivent à leur contact incessant avec la mer.

Lorsque la plage est bordée de quais ou de maisons plus ou moins élevées, le courant d'air que détermine la brise est arrêté par le défaut d'espace, et TefTet agréable et salutaire de cette dernière se trouve en partie détruit. Dans ce cas, la chaleur du jour devient accablante ; au lieu de fortifier elle énerve. Cet inconvénient est bien plus grand

[S) Lêcour. Des Bains de mer. Gaen. 1840, VoU 2^ p. 18.

encore, lorsque des cgoûts jettent les immondices de la ville sur la plage où, à marée basse, on les voit, sous un soleil ardent, serpenter sur le sable et tracer au loin des sillons noirâtres et fétides. Que sera-ce si la mer, en se retirant, laisse sur cette plage, qui sert en môme temps de port, des végétaux ou des détritus d'animaux en décomposition sur la vase ? Que sera-ce si l'on est dans une grande ville, et si les cheminées des paquebots à vapeur, des fabriques ou des usines répandent, dans l'atmosphcre déjà viciée, d'épais nuages de fumée ? Dans ces stations maritimes, toujours agréables le soir ou à l'heure de la pleine mer, les enfants sont forcément privés, vers le milieu du jour, de ces longues et joyeuses promenades sur la côte, qui leur font tant de bien et dans lesquelles ils se trouvent, des heures entières, soumis à l'action directe des rayons solaires, toujours si réparatrice, toujours si bienfaisante, sur les bords de l'Océan.

Sur une plage agreste éloignée de la ville, mérite rare aujourd'hui, l'air que l'on respire est au contraire d'une pureté excessive. Exempt des émanations que laissent dégager les agglomérations d'hommes ou de maisons, il satisfait aux conditions exigées par l'Ecole de Salerne : Sit aer purus^ sit lucidus, sit clarus. L'atmosphère, sur une semblable plage, conserve toujours une certaine fraîcheur qu'elle doit à la brise de la mer qui B'y fait continuellement sentir, même aux heures les plus

chaudes du jour, et dont l'effet n'est plus appréciable à quelque distance de la côte. On peut donc affirmer que dans nos climats, sur le bord de l'Océan et loin (Jes villes, la chaleur atmosphérique est toujours modérée, toujours supportable.

On comprend dès lora l'utilité qu'il peut y avoir, pour le médecin, à parfaitement connaître la climatologie et la topographie d'une localité, avant de fixer son choix sur telle ou telle plage maritime.

Il arrive souvent que les malades, faute de prendre en considération le lieu, la nature et l'air de la plage, ne retirent pas, de la médication maritime, tous les avantages qu'ils pourraient en obtenir. Ainsi, lorsqu'on prend des bains de mer dans le nord de la France, sur une plage couverte de galets, dans une atmosphère froide et humide, ces bains, dans un grand nombre de cas, sont loin de produire le même effet que lorsqu'ils sont pris sur les belles plages de Ig. Provence ou, dans l'Océan, sur les plages sablonneuses du golfe de Gascogne. Là où les premiers n'auront apporté aucune amélioration, là où ils auront même fait du mal, les seconds feront le plus grand bien. Il y a des cas, au contraire, et en grand nombre, je le reconnais, où l'eau profonde, houleuse, souvent froide, des côtes tourmentées de la Bretagne et de certaines parties de la Manche, produira un efïet plus salutaire que l'eau presque tiède des plages de Nice ou des plages semi-méridionales de l'ouest de la France. Dans une semblable question, le médecin seul peut et doit être juge.

C'est en faisant celte distinction si sage, que la mode est loin de faire, que les malades seront toujours assurés, en allant aux bains de mer, de retrouver dans TOcéan le repos, les forces, la santé qu'ils ont perdus. N'est-ce pas à cet ordre d'idées que Michelet a fait allusion, lorsqu'il a écrit ces lignes remarquables sur le choix du rivage :

« Chaque climat est un remède. La médecine de « plus en plus sera une émigration prévoyante. On a agira pour Tavenir, on ne restera pas inerte à a couver des maux incurables, mais on ira au-de- « vant, par l' éducation^ par Vhygiène surtout, par « des voyages non rapides et étourdis, nuisibles a comme ceux d'aujourd'hui, mais calculés habile- « ment pour profiter des secours des vivifications « puissantes, que la nature a partout en ré- « serve. » (1)

Ces considérations, tout en établissant l'importance de la médication maritime en général , démontrent la diversité d'action que peut avoir cette médication, suivant les lieux. Elles démontrent aussi que pour un très-grand nombre d'enfants les plages tièdes et sablonneuses de l'Océan sont préférables aux plages froides et humides de la Manche. Dans ces contrées semi-méridionales, l'atmosphère est plus chaude, plus sèche que dans le nord de la France , sans cesse rafraîchie par une brise qui souffle de l'ouest et qui vient directement de l'Océan

(1) I a Mer^ page 359.

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atlantique. Ces plages sont peu profondes, trèssûres, Peau y est tiède, la lumière plus intense, Tair même y est plus salutaire, car sur ces côtes sablonneuses, Tarôme bienfaisant du pin maritime mêle toujours son parfum résineux à la brise salée de rOcéan.

Les bains de mer pris sur ces plages conviennent» d'une manière toute spéciale, dans les états physiologiques ou pathologiques de Tenfance qui demandent un climat sec et chaud, et qui ont besoin, pour guérir, de se trouver soumises aux influences de tous les modificateurs hygiéniques qui peuvent exercer, sur l'organisme, une action puissante. Ces bains sont donc éminemment propres à modifier, chez les jeunes enfants, les affections lymphathiques et scrofuleuses que Ton rencontre aujourd'hui, plus fréquentes que jamais, dans les climats froids et humides de l'Angleterre, de la Belgique et de là plupart des provinces du nord et du centre de la France.

PLACE SABLOHHEUS

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