‹ Des bains de mer chez les enfantsChapitre 7 sur 33 · LOCEAN ET L'ATMOSPHERE MARITIME · texte numérisé non relu

LOCEAN ET L'ATMOSPHERE MARITIME

NECESSITE DE CONNAITRE LES PHENOMENES PHYSIQUES DE l'océan. — EAU DE MER. — COULEUR. — DENSITE. — PRESSION. — ODEUR. — SAVEUR. — SALURE. — COMPO- SITION. — TEMPÉRATURE. — PHOSPHORESCENCE. — MARÉES. HAUTEUR COMPARATIVE DES MARÉES DANS l'OCÉAN ET DANS LA MANCHE. — CONSÉQUENCES A DÉDUIRE POUR LA SÛRETÉ DES PLAGES. — ATMOSPHERE MARITIME. — COMPOSITION. — ODEUR. — DENSITÉ. ' — LUMIÈRE. — TEMPÉRATURE. — CLIMATS MARINA, CLIMATS CONTINENTAUX. — VENTS. — BRISE DE MER, BRISE DE TERRE. — IMPORTANCE DE l'ÉTUDE DE LA MÉTÉOROLOGIE DANS LA PATHOLOGIE DE l'eNFANCE.

Les malades auxquels on a prescrit les bains de mer se trouvent quelquefois fort embarrassés lorsqu'ils arrivent sur la plage qu'ils ont choisie. Un grand nombre d'entre eux voient l'Océan pour la première fois ; ils ont des idées peu exactes sur la médication maritime et ignorent souvent Theure, le

moment de la marée auxquels il est le plus convenable de se baigner. Là, tout est nouveau pour eux, jusqu'aux précautions qu'ils doivent observer dans l'intérêt de leur propre santé. Le phénomène des marées leur est même étranger, et c'est lui cependant qui, pendant plusieurs semaines, doit régler l'emploi de leur temps, car, par ses phases diverses, il modifie toujours l'action physiologique du bain de mer.

J'ai vu si souvent ces embarras, ces incertitudes, les fautes graves qui en ont été la conséquence, que je voudrais que tous les médecins pussent donner aux malades qu'ils envoient sur le bord de la mer des conseils précis, minutieux, sur tout ce qui concerne la médication maritime. Ils préviendraient ainsi des. erreurs, ou des imprudences qui ont quelquefois les résultats les plus fâcheux. La composilion et les propriétés de l'eau de mer, les phénomènes physiques de l'Océan doivent donc être parfaitement connus de tous les praticiens. Il en est de même des principes constituants de l'atmosphère maritime, de ses variations, de ses phénomènes météorologiques .

Toutes ces questions méritent d'être étudiées avec soin.

Couleur. L'eau de mer, transparente et incolore lorsqu'on l'observe en petite quantité, présente, vue en grandes masses, une couleur d'un bleu verdâtro un peu foncé, qui devient plus clair vers les côtes. Cette couleur varie suivant Tétat de l'atmosphère.

fc W Vfc

La mer parait tantôt verle, tantât bleife, tantôt

claire, tantôt grise, verdâtre ou noirâtre. Sa teinte change suivant la profondeur de l'eau : moins Peau est profonde, plus cette teinte pâlit. Quand la mer est agitée, sa couleur se rembrunit ; la nature , et la couleur du fond exercent également une inllaence remarquable sur la nature des eaux de l'Océan.

Densité. — La densité moyenne de l'eau de mer est, d'après les expériences de Gay-Lussac et Despret2,de 1,0272.

Pression. — La pression que l'eau de mer exerce en raison de sa profondeur est un fait important à constater : elle doit avoir une influence considérable sur les ctres organisés qui l'habitent. On doit même supposer qu'à une très-grande profondeur cette pression , jointe à l'absence de toute lumière , s'oppose à l'action vitale, et qu'il n'existe, par conséquent, ni animaux, ni végétaux, dans certains fonds de l'Océan.

OoEun. — L'odeur de la mer varie suivant l'heure de la journée, suivant l'intensité du vent et suivant la nature de la plage. Plus sensible le matin qu'à toute autre heure du jour, pi us sensible pendant une tempête que lorsque l'atmosphère est calme, elle est plus forle sur une plage à galets que sur une plage sablonneuse. J'ai constaté bien souvent ce fait devant le pertuis de Maumusson. Sur la plage de Bonne-Anse, qui borde ce pertuis du côté du sud, les vagues déferlent avec furie sur un sable excessive-

ment pur. Sur la côte occidentale de Tîle d'Oléron ou Côte-Sauvage qui le borde du côté du nord, ces mêmes vagues battent des rochers couverts de varechs. Dans le premier cas, Todeur de la mer est douce et légère ; dans le second, elle est âpre et stimule fortement la muqueuse des bronches.

Saveur. — L*eau de mer a une saveur amère, salée, nauséabonde, qu'on attribue généralement aux sels à base de magnésie qui entrent dans sa composition.

Salure. — La salure de Teau de la mer est due au chlorure de sodium. Plus intense au large que sur les côtes, plus intense vers Téquateur que vers les régions polaires, cette salure diminue près de Tembouchure des fleuves et là où les rivières sont nombreuses, comme dans certaines parties de la Manche.

D*après les observations les plus récentes, on peut assigner, en moyenne, à Teau de la mer la composition suivante :

Eau 96,470

Chlorure de sodium ïj'iOO

Chlorure de potassium 0,070

Chlorure de magnésium 0,H60

Sulfate de magnésie .... 0,23o

Suifate de chaux 0. 1 49

Carbonate de chaux 0,003

Bromure de magnésium 0.002

Perte 0,025

Total 100,008(0.

(1) V. Regnault. Cours élément, de Chimie. Paris^ 1852. Tome 2, p. 493,

— SS- II est plus que probable que Teau de TOcéan renferme à l'état libre . ou à Pétat de combinaison, mais en quantité très-faible, de Tiode, ce médicament si usité dans la médecine de Tenfance. Cette quantité, quelque minime qu'elle soit, est susceptible d'augmenter pendant les gros temps, alors que les varechs et les fucus, broyés par la tempête, cèdent à Teau, par une sorte de macération, une partie de leurs principes conslituants. Une telle probabilité peut même être regardée comme une certitude, puisque l'iode se trouve tous les jours dans les cendres d'un grand nombre de plantes marines, telles que les éponges et les fucus, et qu'il se trouve également dans celles d'un grand nombre de mollusques marins.

Il est probable que les eaux qui couvraient primitivement toute la surface du globe ont été à cette époque imprégnées de sel et qu'elles ont, en se retirant dans leurs bassins respectifs, retenu une partie des matières solubles qu'elles renfermaient. L'eau de mer doit être considérée, selon l'heureuse expression du docteur Figuier, comme le produit de la lixiviation générale du globe opérée dans les temps primitifs du monde, et l'on peut dire avec justesse que tout ce qui est soluble se trouve dans l'Océan.

Température. — L'eau de l'Océan, en raison de sa densité, éprouve moins de variations dans ga température que l'eau des fleuves et des rivières ; cette température varie surtout beaucoup moins que

celle de Tatmosphcre. Lorsque le calorique frappe la surface de l'Océan, Peau étant un mauvais conducteur, cette immense masse liquide s'échauffe lentement. Ce même calorique, au contraire, par la réflexion de ses rayons , échauffe rapidement la couche d*air qui se trouve en contact avec la mer. Obligé de se mettre en équilibre entre des molécules liquides, denses, et sans cesse en mouvement, il s'accumule avec plus de lenteur dans l'Océan que dans Tatmosphère dont les molécules sont spécifiquement plus légères. Par une raison analogue il se dégage plus lentement de Teau que de Tatmosphère. L'eau de la mer s*échauffe donc beaucoup moins pendant le jour que Tair ambiant ; mais pendant la nuit elle se refroidit moins que lui. Il résjlte évidemment de là que la température de rOccan est beaucoup plus uniforme, beaucoup plus constante que celle de Tair atmosphérique.

La température de Tt au, à la surface de l'Océan, va en décroissant de l'équateur aux pôles.

Les eaux de TOcéan subissent encore des variations de température qui dépendent de leur profondeur, du voisinage des terres, des courants, des saisons, do Theure, de la latitude.

Phosphorescence. — Il n'est pas un navigateur qui n'ait contemplé avec autant da surprise que d'admiration le phénomène si remarquable de la phosphorescence de la mer. Souvent, par une nuit sombre, lorsque l'air est sec et que la mer est agitée, ne vive lumière se dégage à sa surface. Tantôt ce

sont des étincelles qui brillent quelques instants et lui donnent l'aspect d'une mer de feu ; tantôt c'est une nappe lumineuse qui s'étend au loin, et dont les ondulations suivent le mouvement des vagues. Le sillage des barques ou des navires, le frottement des rames, le produisent à merveille. Il suffit quelquefois d'agiter Teau de la mer avec la main pour voir se produire, à sa surface, de longues traînées lumineuses.

Rien n'est plus difficile à expliquer que la phosphorescence de la mer. Certains observateurs l'ont attribuée à l'électricité, d'autres à la phosphorescence propre à des zoophytes ou à des animalcules microscopiques répandus à sa surface.

Mahées. — Les eauxdeTOcéan sont soumises à des oscillations régulières et périodiques auxquelles on a donné le nom de marées. Kepler reconnut le premier que l'attraction exercée par la lune sur les eaux de la mer constituait la cause principale de ces fluctuations ; il était réservé au génie de Newton de prouver que cette théorie se trouve en harmonie parfaite avec les lois de la gravitation. En déduisant les conséquences du principe posé par Kepler, Newton démontra que le phénomène des marées était dû à l'attraction exercée par les corps célestes, laquelle agit toujours en raison directe des masses et en raison inverse du carré des distances, et il expliqua de cette manière pourquoi les marées se forment à la fois sur les deux côtés de la terre qui se trouvent diamétralement opposés à la lune. Cette

belle théorie est au-dessus de toute contestation.

Ces oscillations journalières des eaux de la mer sont donc le résultat de Tattraction que le soleil et surtout la lune exercent sur TOcéan, dont les molécules jouissent d'une mobilité extrême, puisqu'il est ouvert de tous les côtés et que toutes les grandes mers communiquent entre elles. La lune passant chaque jour au méridien supérieur et au méridien inférieur de tous les points de TOcéan doit chaque jour produire dans chacun de ses points deux élévations et deux dépressions successives des eaux de la mer : c'est en effet ce qui arrive. Mais le mouvement de rotation de la terre autour du soleil et le mouvement propre de la lune font que dans certains cas l'action du soleil se combine avec celle de la lune pour agir dans le même sens ; dans d'autres cas, au contraire, les actions des deux astres s'exerçant en sens inverse, se détruisent en partie. L'attraction que la lune exerce sur les eaux de la mer lorsque cet astre passe au-dessus d'un point donné de la surface de l'Océan est donc toujours modifiée par l'attraction propre que le soleil exerce au même instant sur le même point de cette masse liquide.

Ainsi, lorsque la lune est pleine ou lorsqu'elle est nouvelle, c'est-à-dire dans les syzygies, le soleil et la lune se trouvant dans le môme méridien, les forces attractives des deux astres agissent dans le même sens, et l'effet produit sur la surface de l'Océan est le plus grand possible. Lorsque au contraire la lune est dans son premier ou dans son

dernier quartier (1), c'est-à-dire à l'époque des quadratures, la lune tend à élever les eaux que le soleil tend à abaisser, et réciproquement Les forces attractives des deux astres agissant alors en sens inverse se détruisent en partie ; dans ce cas l'effet produit sur la surface de l'Océan est le plus faible possible. C'est pour cela que les plus grandes marées ont ]ieu aux pleines et aux nouvelles lunes ou pendant les syzygies, et les moins fortes aux premiers et aux derniers quartiers de la lune ou pendant les quadratures (2).- Mais comme les forces attractives combinées de ces deux astres sont plus puissantes lorsqu'elles agissent suivant une même direction, les marées qui correspondent à la nouvelle lune sont plus considérables que celles qui correspondent à la pleine lune.

Ces forces attractives du soleil et de la lune, qui tantôt agissent dans le même sens, tantôt agissent en sens inverse, varient selon que les deux astres se rapprochent ou s'écartent de la terre, ou suivant que leurs déclinaisons augmentent ou diminuent.

(1) La lune est dans sou premier quartier lorsque les cornes du croîFsant formé par le disque de cet astre sont tournées vers l'orient ; elle est daus son dernier quartier lorsque les cornes de ce croissant sont tournées vers roccident. Le vers latiu suivant, que tout le monde connaît, exprime paifditement ce fait astronomique :

Cornua crescentis lunœ vertuntur ad ortum.

(2) Sur le littoral, on appelle vulgairement les marées des syzygies malines, et les marées des quadratures mortes eaux ou mort d'eau.

Page 1