GO
C'est ainsi que les flux atteignent leur plus grande élévation et les reflux leur plus grand abaissement aux syzygies des équinoxes, en mars et en septembre, parce que, à ces époques, toutes les circonstances astronomiques susceptibles d'influer sur l'élévation ou sur l'abaissement des eaux de la mer se trouvent réunies. A ce moment de l'année les forces célestes concordent et agissent toutes dans le même sens ; elles produisent, dès lors, le plus grand effet possible. On appelle ces marées, marées des équinoxes.
Afin de ne rien omettre, je dois ajouter que le phénomène des marées ne se produit pas au moment même où le soleil et la lune exercent leur action sur les eaux de l'Océan. Dans nos ports, les marées suivent en général de 36 heures l'instant réel des phases astronomiques.
Voici maintenant en quoi consiste le phénomène des marées :
La mer monte pendant environ six heures en s'enflantpar degrés (flux), elle reste à peu près un quart d'heure stationnaire ( pleine mer , marée haute) , et se retire ensuite pendant six heures (reflux) ; après un second repos d'un quart d'heure (basse mer, marée basse), elle recommence le même mouvement, et ainsi de suite. La durée du flux et du reflux est, terme moyen, d'environ 12 heures 25 minutes, moitié du jour lunaire. On donne le nom de jour lunaire à l'espace de temps qui s'écoule entre deux retours successifs de la lune au même méri-
dien ; cet intervalle est de 24 heures 50 minutes. Les eaux de TOcéan éprouvent donc dans un lieu quelconque le phénomène du flux et du reflux chaque fois que la lune passe au méridien supérieur ou au méridien inférieur de ce lieu , c'est-à-dire deux fois dans Tespace de 24 heures 50 minutes. Cette différence de 50 minutes qui existe entre le jour solaire et le jour lunaire occasionne le retard qui se produit chaque jour dans l'heure de la marée. Ainsi, lorsque la pleine mer a lieu dans une localité h midi, elle a lieu le lendemain dans la même localité à midi 50 minutes, le surlendemain à 1 heure 40 minutes et ainsi de suite, retardant chaque jour d'un espace de temps qui est toujours le même. Ce phénomène du flux, et du reflux subit dans le voisinage des côtes des modifications qui sont dues à Taction des vents ou des courants, à la disposition des plages, des falaises, des détroits et à une foula de causes locales.
Les étangs, les lacs, les petites mers, telles que la mer Caspienne , ne peuvent avoir de marées puisque ce phénomène est dû à Tinégalité d'action que la lune exerce en même temps sur les deu^ç points diamétralement opposés d'une même nappe d'eau, ou distants au moins de 90°. La Méditerranée est loin d'avoir l'étendue nécessaire pour la production du phénomène des marées. D'un autre côté, cette mer a, par le détroit de Qibraltar, une communication beaucoup trop restreinte avec TOcéan pour pouvoir participer au phénomène du flux et du
reflux qu'éprouve ce dernier; aussi n*ofïre-t-elle que de légères oscillations.
La mer sur certaines plages se retire très-loin ou découvre beaucoup; sur d'autres plages elle ne s'éloigne qu'à une faible distance ou découvre peu. Dans quelques localités, le flux s'avance et se retire lentement; dans d'autres localités, au contraire, il avance et se retire avec une rapidité extrême.
La surface de l'Océan est quelquefois à peine ridée et légèrement houleuse ; d'autres fois elle se couvre de lames plus ou moins fortes, de vagues plus ou moins élevées. Dans certains cas les vagues frappent le rivage avec violence et déferlent au loin sur la plage ; dans d^autres circonstances elles frappent le rivage d'une manière contfnue, mais sans être douées d'un mouvement de progression sensible : on dit alors qu'il y a du ressac. Ces modifications dans le phénomène des marées et ces aspects divers sur la surface de l'Océan sont dus à la forme, à la nature de la plage et à l'état de l'atmosphère.
La hauteur des marées est loin d'être la même sur tous les points du globe. Cette inégalité, qui est due la plupart du temps à des causes locales, est quelquefois fort sensible sur deux points souvent trèsrapprochés l'un de l'autre. C'est ainsi qu'une marée qui monte de 6 m. 70 au port de Cherbourg, situé à l'une des extrémités de la baie de Cancale, monte de 12 m. 72 au port de Saint-Malo, situé au fond de cette même baie. On peut remarquer, comme le dit avec raison M. Bouniceau, que partout où les côtes
présentent Taspect d'un golfe ayant ^a forme d'un angle plus ou moins ouvert, les marées atteignent dans le fond de ce golfe une élévation beaucoup plus grande qu'elles ne le font à son entrée.
M. Faye, professeur de géodésie à l'Ecole polytechnique, insiste sur ce même fait dans ses leçons de cosmographie. « Lorsque l'onde de la marée,, dit « ce professeur, arrive près des côtes où la mer a s'encaisse dans un canal étroit comme la Man- « che, la résistance qu'elle éprouve ralentit sa mar- « che. Par un effet assez semblable à celui des va- « gués qui se brisent contre la face inclinée ♦d'une « digue ou d'un rocher, l'eau s'élève bien au-dessus a du niveau qu'elle eût atteint dans une mer libre, a et le phénomène prend alors des proportions cona sidérables.
« A Saint-Malo et à Granville, la marée est de tt 6 m. au-dessus de son niveau moyen à la marée a haute, et baisse de la même quantité au-dessous a du niveau moyen à la marée basse. Lorsque a toutes les circonstances se trouvent réunies, la « hauteur de la marée atteint 7 m. 50. Hors de la « Manche on ne trouve plus sur les côtes de France a que des marées de 2 à 3 m. » (1)
Le tableau suivant fait connaître la moyenne des dilïérences de hauteur entre la marée haute et la marée basse pour les principaux points de notre littoral. Cette moyenne a été établie d'après un
(4) Faye, Leçons de Cosmographie. Paris, 1854, p. 333.
■«ffMMMM^^
grand nombre d'observations faites sur chacun de ces points, par ordre du ministère de la Marine, à Tcpoque des équinoxes.