IL — LE MUSÉE
Il n*est pas de véritable éducation artistique sans la fréquentation du musée. Si le professeur apprend les procédés indispensables, et quelquefois creuse les sources de Tinspiration^ le musée, école de morale et d'histoire, par le spectacle des richesses qu'il renferme, élargit l'horizon de la pensée. Mine précieuse de découvertes, il offre à ceux qui viennent y chercher des modèles ou y puiser des idées, d'incalculables ressources. C'est un séjour de calme et d'apaisement oti le cœur, un instant distrait des laideurs de la réalité, éprouve dans la contemplation des immortels chefs-d'œuvre du passé comme un ressouvenir du Ciel et une aspiration vers ce que Platon appelait notre première demeure.
Depuis que les Médicis et Léon X ont jeté les fondements des musées de Florence et du Vatican, chaque peuple, chaque cité a voulu avoir le sien. Un des moins nouveaux est le musée d'Oxford que possède l'Angleterre. Puis se sont ouverts, en Allemagne, le musée de Dresde, qui renferme VAssomp-
iion de Raphaël et la Nuit du Corrége, les célèbres musées de Berlin, de Stuttgart, de Weimar; à Vienne, la galerie de tableaux du Belvédère, à Munich, la Pinacothèque. L'Espagne s*est enrichie du musée de Madrid, la Russie du musée de Saint-Pétersbourg, composé en grande partie des acquisitions de Catherine II et des tableaux provenant de la Malmaison. La Hollande et la Belgique ont concentré à Amsterdam et à La Haye, à Anvers et à Bruxelles, les trésors de Técole hollandaise et de l'école flamande.
Mais aucun musée n'approche, pour l'étendue et l'importance, des collections rassemblées au Louvre. Après les musées d'Italie, le Louvre est la galerie la plus considérable et la plus complète. C'est une véritable bibliothèque qui contient en résumé l'histoire entière du génie italien depuis Cimabuë jusqu'à Francesca Guardi, de l'école française depuis François Clouet jusqu'à M. Ingres, La peinture espagnole y est largement représentée par Ribera, Velasquez et Murillo. Les deux étoiles de première grandeur de la Hollande, Rembrandt et Ruysdaël, y brillent du plus vif éclat. Les Flamands, Rubens en tête, tapissent les murs d'une salle presque entière.
L'idée primitive d'un musée national appartient à la Constituante. Mais depuis, que d'accroissements, que d'embellissements! Les victoires de nos
armées sous le Directoire et le premier Empire rem-
plirent le Louvre des dépouilles de PEurope. De nouvelles salles furent mises à la disposition du public, les anciennes ne suffisant plus. En Tan X, des ordres du ministre de l'Intérieur transformèrent la galerie du Sénat, au Luxembourg, en succursale du Louvre. Enfin il y eut bientôt une telle abondance de tableaux que Napoléon, voulant associer toute la France à sa gloire, répartit le fruit de ses conquêtes entre les principales villes de Tempire, et les dota de près de neuf cent-cinquante peintures. Des musées en germe se formèrent dans les grands centres : Lyon, Bordeaux, Nantes, Valenciennes, Nancy; et quand plus tard ces villes ne purent, avec leurs ressources personnelles, entretenir convenablement d'aussi précieuses institutions, l'État et le département vinrent à leur secours en leur accordant des subventions proportionnelles à leurs besoins.
Le Louvre eut à souffrir des traités de i8i5; il fallut les nombreuses acquisitions de Louis XVI II, de Charles X, de Louis- Phi lippe et surtout de Napoléon III, pour combler les vides qu'avait faits le pillage des coalisés. L'habile direction de M. de Nieuwerkerke valut au Louvre vingt-deux peintures, parmi lesquelles un paysage d'Hobbema, une vierge du Pérugin et le portrait du baron de Vicq, de Rubens.
Quand les souverains du monde entier vinrent à Paris pour l'exposition universelle de 1867, la
France était alors dans toute sa splendeur. Les mu" sées, devenus l'apanage de la Couronne, étalaient aux regards avides des grands de la terre leurs incomparables trésors, image des gloires de la France et des bienfaits du gouvernement de l'empereur. Malgré de sérieux efforts, les années qui se sont écoulées depuis n'ont pu faire oublier les prospérités d'un règne dont le souvenir est demeuré vivant dans tous les cœurs reconnaissants et impartiaux. La générosité de Napoléon III^ son amour éclairé des Beaux-Arts, se trahissaient dans les moindres détails. Le Louvre, Versailles, le Luxembourg, Compiègne, le musée Campana^ portent la trace de sa main protectrice. L*équité veut donc qu'on le reconnaisse , au point de vue purement artistique, le seul qui nous occupe ici, le régime impérial est de ceux qu'il est plus facile de calomnier que de remplacer^ et la simple lecture des archives de la direction des Beaux- Arts suffirait aux incrédules pour en acquérir la preuve.