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IV. - DIRECTION DES BEAUX-ARTS

N'eût-elle qu'une mission de secours pécuniaires, la direction des Beaux-Arts se trouverait justifiée. Erections de monuments, de statues, achats et commandes, encouragements et indemnités aux artistes, telles sont ses principales fonctions. Mais sa portée est plus haute, elle est le refuge des artistes malheureux qu'abandonne l'ingratitude du public ; elle sert de tuteur à la jeunesse et lui offre le moyen de se produire au grand jour, elle est le gardien vigilant des traditions de la peinture religieuse, épique, historique.

Depuis que l'école française est née, un service à part a été créé pour s'occuper particulièrement des artistes. Surintendance des bâtiments avec Colbert, ce service est devenu, après la Révolution, une des branches du ministère de l'intérieur. Un décret du 14 fév. 1853 l'a ensuite transporté au ministère d'Etat, et plus tard Tadministration des Beaux-Arts a été rattachée au ministère de la maison de l'empereur et comprise dans le budget de la liste civile. En 1870, un ministère spécial lui a été consacré, avec

M. Maurice Richard comme titulaire. Enfin, depuis la guerre, le ministre de l'instruction publique Ta reprise dans ses attributions, confiant à un directeur autorisé des pouvoirs assez larges pour centraliser les moyens d'action du gouvernement, et lui adjoignant un conseil supérieur pour Téclairer dans sa conduite et rester dépositaire des traditions, que pourraient mettre en péril les fréquentes modifications ministérielles.

Mais la même pensée apparaît à travers ces diverses transformations. Toujours on a senti l'utilité de la concentration des forces gouvernementales dans une institution déterminée, et, chaque fois que l'ad-» ministration des Beaix-Arts s'est trouvée, par suite de nécessités politiques, dépendre d'un ministère quelconque, jamais on ne l'a considérée comme une puissance simplement accessoire. L'immense autorité dont on Ta sans cesse investie ne lui a rien enlevé de sa part d'influence dans Téducation morale du peuple, et sa dépendance est demeurée purement nominative.

On a constaté en maintes circonstances les bien-^ faits de [l'administration des Beaux-Arts. Qu'on ne vienne donc pas objecterTincapacité de l'Etat parce qu'il ne s'est jamais servi du pinceau, ni de l'ébau" choir. S'est-il trouvé personne pour constester le rôle utile d'un ministre de l'Agriculture et du Commerce , bien qu'il n'ait pas davantage aune du drap ou con-

duit la charrue ? Le reproche ici ne serait guère mieux fondé, a L'intervention de TÉtat, disait en 1868 M. Guillaume, peut seule maintenir l'unité et les grands mobiles qui jusque dans ses applications empêchent Tart de s'abaisser. Rien de plus légitime que le patronage exercé sur Fart au nom du souverain, rien de plus conforme à leur dignité réciproque; rien, en un mot, qui réponde mieux à l'indépendance d'idée du beau dans notre intelligence que la séparation dans le gouvernement d'une grande administration comme celle qui existe aujourd'hui. »

Il va sans dire qu'une direction des Beaux-Arts n'existera qu à la condition d'être généreuse, libérale, et |de s'inspirer des procédés délicats de Louis XIV vis-à-vis de Molière, de Charles-Q.uint à l'égard du Titien. On ne traite pas les artistes comme on conduit des soldats, et la discipline, indispensable à la bonne tenue des uns, serait dangereuse pour l'indépendance naturelle des autres.

En bien des circonstances il faut savoir dépenser, et les Beaux -Arts autorisent des prodigalités déraisonnables à tout autre point de vue. Le beau n'a point de prix, et les sommes qu'on emploie à le produire reparaissent sous une autre forme. Source de dépenses, il devient source de richesses, et les économistes classent les Beaux-Arts parmi les plus productifs moyens d'échange.

I Mais la principale condition est d'avoir un art

profondément national, qui, créé dans l'intérêt de tous, profite à tous. Un art, exclusivement personnel au souverain qui Pinspire, ne remplirait pas le caractère d'utilité, de grandeur générale, que l'État est en droit d'exiger de l'artiste qu'il protège, et Le Nôtre faisait preuve de sagesse et de prudence quand il arrêtait son maître dans la voie sans issue où le poussait son dispendieux orgueil. Un jour, en effet, que Le Nôtre racontait au roi-soleil ses magiques inspirations, Louis XIV l'interrompit, tout ébloui par cette vision du sanctuaire de sa gloire « Le Nôtre, je vous donne vingt mille francs ». Et plusieurs fois le roi interrompait son jardinier pour lui réitérer cette formule coûteuse d'approbation. Le Nôtre, effrayé, s'écria à la fin : « Je n'en dirai pas davantage à Sa Majesté, parce que je la ruinerais. »

La direction des Beaux-Arts a précisément pour but d'éviter la propension au servilisme,et l'institution d'un conseil supérieur pour l'assister et la contrôler est la première caution d'une bonne administration, dont la crainte des jugements de l'opinion publique est la dernière et la plus sérieuse.

Depuis la base jusqu'au sommet, depuis l'enseignement de l'école jusqu'aux récompenses et aux encouragements que dispense la direction des Beaux- Arts, la gradation s'opère régulièrement, et chaque rameau détaché du tronc s'harmonise et se complète.

Le salon, le musée, les achats, les commandes, sont autant de stimulants dont les résultats favorables ne sauraient être méconnus. Cette organisation française^ que beaucoup critiquent sans la connaître, non-seulement a reçu dans ses principes la consécration du temps, mais a encore servi de modèle aux nations que la recherche d'un régime essentiellement propre au développement des arts a rapprochées de notre système de protection, comme du meilleur type à imiter.

L'an 1768, fut fondée en Angleterre, sous le patronage de la reine, une académie royale des arts, placée sous la direction d'une commission de quarante membres. Chaque année une exposition ,de peinture et de sculpture constatait l'état des beauxarts. Ce ne fut qu'en 1824 qu'on commença à former une collection assez importante pour servir de germe à un musée (National Gallery). Sir Charles Eastlake fut chargé des acquisitions, et reçut pour cela du Parlement 100,000 livres sterling. L'esprit public, longtemps agité, se calmait dans la Grande- Bretagne; alors commençait une période de gloire intérieure et de triomphe paisible. Le génie anglais apparaissait avec Reynolds, Barry, Guinsborough, Wilson, et l'école anglaise prenait naissance.

L'Autriche possède, en 1705, une académie des beaux-arts, mais elle ne l'organise réellement qu'en i85o.

En Belgique, la patrie de Van Dyck et de Rubens, il existe des académies royales ou écoles des beauxarts dans les villes importantes, Bruxelles, Anvers, Gand et Liège. — A Bruxelles, tous les ans sont ouverts des concours de peinture et de sculpture dont les vainqueurs sont pensionnés par l'État et envoyés à rétranger pour y compléter leur éducation.

L'Italie contient de nombreux établissements d'art, mais peu florissants. Chaque grand centre y est doté d'une école, pâle copie de la nôtre. L*État en a la surveillance. D*abord abandonnées à ellesmêmes, ces écoles, qui n'étaient à l'origine qu'une simple réunion de professeurs sans mandat, se sont de leur propre mouvement placées sous Taile du Gouvernement, et lui ont demandé la sanction nécessaire à leur existence officielle.

Il n'est point jusqu'à PEspagne qui n'ait voulu avoir une école des Arts Nobles, l'académie de Saint- Ferdinand, à Madrid, entretenue directement par l'État. Quelques autres académies ont germé çà et là, comme les rejetons d'un arbre vigoureux. Mais les préoccupations politiques de l'Espagne en ont arrêté la pousse et desséché la sève.

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