COUP D’ŒIL
Omnibut, dût hominibuiqut, f&rmerior vidttur ma 31 a auri, quam quidquid AptUtt, Phidias fut. Grandi de tiran- <«» fecerunt. Pmor 88.
Tous, hommes et dieux, trouvent plus belle une masse d'or que tout ce qu'ont pu faire ces pauvres Grecs radoteurs, Apclles et Phidias.
Influence de la nature sur l’architecture. — Le Midi et le Mord. — L'art gothique en Italie. — L’architecture ecclésiastique des Italiens. — Les façades. — Saint-Pierre de Rome. — Les campaniles. — Les basiliques. — L’architecture civile du moyen Age, soit municipale? soit privée. — Vérone et Venise. — Des temples protestants.
De tous les arts, le moins variable est l’architecture. Nos besoins sont limités, et quand nous avons construit nos demeures, nos temples, nos tombeaux; quand nous avons isolé comme monuments pour perpétuer quelque souvenir précieux, un piédestal, une colonne, un arc, une tour, qui ne sont que des fragments d’édifices, il ne nous reste guère à tenter que des constructions où dominent l’industrie et la science de l’ingénieur, des routes, des ponts, des aqueducs. Ne pouvant exprimer une pensée humaine que par la forme dont elle revêt une masse de matière immobile, l’architecture est moins libre que les autres arts. La loi inexorable de la pesanteur l’attache à la
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terre et les conditions les plus rigoureuses de solidité et de durée l’entravent de toutes parts. Imposante et grandiose souvent, quelquefois opulente et ornée avec sobriété et avec goût, pouvant même se donner, à force d’art, les apparences de la légèreté, elle obéit cependant aux lois de la statique, aux principes de la géométrie, et enfin aux nécessités qui résultent de la nature humaine en vue de laquelle tout se fait, même le, culte.
Aussi l’invention en architecture procède plutôt par les combinaisons diverses d’éléments donnés que par la création, à peu près impossible, d’éléments inconnus.
Après ces conditions universelles, elle en subit d’autres, presque aussi immuables, que lui impose la différence des climats. Les terrasses voûtées qui recouvrent les maisons du Midi, où le paysan napolitain fait sécher au soleil les fruits et les grains, où l’habitant de la Palestine vient chercher chaque nuit la fraîcheur et le sommeil, sont remplacées dans le Nord par des toits très-aigus et trèshauts, dont la double pente donne aux pluies continuelles l’écoulement le plus rapide. De ce simple fait, résulte la grande distinction européenne entre l’architecture du Midi et celle du Nord; la première où dominent les grandes lignes horizontales, la seconde où tout s’élève verticalement. C’est donc au climat, et ensuite aux mœurs qu’il faut attribuer l’origine des styles divers ; ce n’est pas
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aux religions. Mais il est vrai de dire, qu’en tout pays, la demeure de la Divinité, le lieu du culte, a été la construction qu’on cherchait à embellir de tout son pouvoir, et pour laquelle le style particulier, né des nécessités locales, arrivait à son plus complet développement. C’est ainsi que les deux cultes païen et chrétien ont trouvé jusqu’à présent leur plus belle expression architectonique. Ce furent, pour le premier, ces temples peu élevés de terre, souvent découverts, où l’air et la lumière se jouent largement entre les longues colonnades du péristyle, et où les formes, sans être hautes, sont pures, élégantes, et les, proportions exquises. Le christianisme du moyen âge érigea dans le Nord ces sublimes et sombres cathédrales, qui semblent élancer vers Dieu leurs mille clochetons et leurs flèches hardies, et se détachent sur le ciel gris comme une dentelle à jour. La tendance à s’élever sur une ligne perpendiculaire au sol y est poussée à tel point, comme tout le monde le sait, que la représentation du corps humain lui-même s’y allonge au delà de toute proportion, et que des statues de dix ou douze pieds de haut y ont rarement plus d’un pied ou dix-huit pouces de largeur, et quelquefois moins encore.
Le polythéisme, religion tout extérieure, a réussi admirablement, dans les temples de Pæstum par exemple, à exprimer les idées de majesté, de force et de sérénité. Dans le christianisme, religion
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toute subjective, l’aspiration de l’âme, l’élan du pécheur vers son Dieu et son Sauveur, ou, en d’autres termeslavie intérieure du chrétien, s’est manifestée avec plus d’effort, mais avec éloquence, dans les églises gothiques. Chacun de ces cultes a dit ce qu’il voulait dire, dans la langue qu’on parlait autour de lui. Ni l’un ni l’autre n’a inventé cette langue, et la preuve, c’est qu’on la parle à côté d’eux et sans eux. L’architecture gothique est la même dans les constructions civiles et dans les temples catholiques. *
Ces considérations, assez généralement admises, suffisent à expliquer ce fait curieux que si l’Église romaine a une architecture à elle, qui soit l’expression la plus naturelle de sa vie propre, ce n’est pas à Rome, ce n’est pas même en Italie qu’il faut la chercher. Existe-t-il une architecture catholique ? Oui; mais ce qu’on nomme ainsi, on ne le trouve qu’en Allemagne, en Belgique, en Angleterre, en France, c’est-à-dire dans les pays du nord et en grande partie dans des pays qui, depuis, sont devenus protestants. Tant il est faux que l’Église de Rome et les beaux-arts puissent faire cause commune ou que le catholicisme ait droit à son nom d’ Universel !
Descendez le revers italien des Alpes. A Milan
* C’est ce que M. Beulé a très-bien prouvé dans le cours qu’il doune actuellement à la Bibliothèque.
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vous trouverez. une cathédrale magnifique, non en pierre grise ou en briques d’un rouge brun comme « celles du Nord, mais en marbre blanc, d’iine transparence et d’un poli resplendissants. Là vous retrouverez l’ogive et les faisceaux de fines colonnettes se terminant à la voûte ennervuresdélicates et bardimentélancées.Al’extérieurs’ élèvent de toutes parts une multitude d’arêtes aiguës, de clochetons entourés de deux ou trois cercles de statuettes et tous terminés par des statues de saints, de saintes et de personnages historiques, que l’on y compte par milliers *. Mais là même l’art gothique n’est pas pur, et tandis que l’intérieur est plus fidèle aux principes de l’arc aigu, la façade y mêle l’étrange disparate de cinq frontons triangulaires au premier étage et autant de pleins cintres au rez-de-chaussée.
DeMilan,continuezàmarcherverslesud, lesves- • tiges de l’art gothique s'effaceront de plus en plus.
A Pise, Santa-Maria-dcl/a-Spiiw, hhûe en 1230 par Niccolo Pisano, est une charmante chapelle gothique, mais d’une extrême petitesse, et ses clochetons ne dépassent pas un premier étage. A Home, une seule église, surplus de quatre cents, celle de Santa-Maria-sopra-Minerva , rappelle le style catholique par excellence. A Naples et dans tous les
* N’ayant plus de saints ;’i y placer, on y représente toutes sortes de célébrités. J’y ai vu l’empereur Napoléon et Thémistocle.
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environs, j’ai dit comment le clergé a partout détruit ou masqué les traces gothiques de l’art français, importé par les Normands et les Angevins.
Quelle est donc l’architecture ecclésiastique de l'Italie ? Une série innombrable de combinaisons, en général malheureuses, où l’arc arrondi de Rome antique et le triangle grec alternent, s’entre-croisent, se coupentl’un l’autre, presque toujours sans caractère et sans goût ; parfois quelques-uns des éléments de l’art gothique s’y mêlant comme au hasard *. Rien au monde n’est plus froid, au point de vue de la piété, ou n’y est plus étranger, et il faut oublier à Rome la profonde impression religieuse qu’on éprouve par exemple dans les longues nefs de Saint-Ouen à Rouen. Rien, comme art, n’est plus faux, plus tourmenté, plus mesquin que ces perpétuelles façades qu’on rencontre à Rome dans toutes les rues; et souvent l’intérieur ne vaut pas mieux que le dehors. C’est un mélange de li-
* « Never losing sight of the classical structures, they hopcd to succeed in giving their proportions and beauty to buildings formed with pointcd arches, etc. The curiousresultis a stylein whichihehorizontaland vertical line equally predominate, andwhich... wants alike the latéral extension and repose of the Grecian and the lofty upward tendency and pyramidal majesty of the Gothic. » Willis, Bemarks on the architecture of the middle âges , espccially in Italy. Le critique ajoute aussitôt que ce style est trèsdigne d’étude, et c’est une des thèses qu’il aspire à démontrer.
gnes droites et courbes, verticales, horizontales et obliques.
Souvent même les façades n’existent pas. Souvent aussi l’ pauvre entreprise est si gigantesque et les ressources si bornées que tout reste incomplet. On commence en général un temple catholique par le chevet ou abside, qui correspond à la tête du crucifié, et à la place que doit occuper l’hostie sur le maître autel. ÀSienne, lacathédrale avait été projetée sur une si vaste échelle qu’il a fallu y renoncer, et que le transept, seul achevé avec ses bas côtés, est devenu la nef principale, très-considérable encore. Un long mur qui s’y relie extérieurement est tout ce qui subsiste du plan primitif. Saint-Pétrone, cathédrale de Bologne, n’a qu’une façadeinachevée. Santa-Mariadcl-Fiore , cathédrale de Florence, n’est pas terminée ; un mur remplace la façade absente ; on y a peint, je ne saispourquelle fête politique, une devanture improvisée; mais les pluies et le soleil ont effacé les pilastres et les entablementspostiches, dont il ne reste que des traces misérables.
A Rome, il y a des exemples de cette même impuissance. On y voit aussi des églises ou même des basiliques comme Saint-Jean-de-Latran et surtout Sainte-Marie-Majeure, dont la façade, toute criblée d’ouvertures à jour et surchargée d’ornements hétéroclites, est pitoyable et choquante à voir. La nécessité d’un vaste portique à arcades,
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pour préserver du soleil l’entrée de l’église, et l’habitude d’orner les fenêtres d’un vaste balcon ou ring /liera (ce qui est indispensable pour la bénédiction papale) , ont beaucoup nui à la pureté et à la grandeur des lignes.
Aussi la façade de Saint-Pierre est affligeante pour ceux qui admirent cette coupole, que Michel- Ange, son inventeur, appelait le Panthéon élevé à 160 pieds au-dessus de terre. Deux petites ailes qui y ont été ajoutées par Bernin élargissent l’édifice aux dépens des proportions, déjà mal observées. Aussi la forme extérieure de l’église est très-large, sans produire une impression d’ampleur majestueuse, et très-élevée, sans la grandeur imposante qu’elle devrait avoir. Le génie du Florentin l’avait conçue autrement. Il voulait donner à l’église la forme d’une croix grecque (-{-). On résolut plus tard d’agrandir encore ce plan en lui donnant la figure de la croix latine (f). C’était pour enfermer dans l’enceinte sacrée l’emplacement où des chrétiens avaient été livrés aux bêtes dans le cirque de Néron*. Maderno exécuta cet ordre des papes, mais il en résulte que la façade
* C’est dans ce cirque, situé au milieu de ses jardins, que Néron se jouait des tortures des chrétiens, les livrant aux chiens après les avoir fait couvrir de la peau des bêtes fauves, ou les faisant brûler à petit feu pour éclairer le spectacle, ut flammandi, nique ubi defecissel dics, in usum uoctumi luminis , urerentur (Tacite, Ann. XV, 44).
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avançant trop, la coupole élevée sur l’extrémité opposée ne se voit plus du pied de l’édifice. Ainsi disparaît ce qu’il a de plus grandiose et de plus pur. Il est impossible de ne pas regretter amèrement cette faute, surtout si l’on a vu audessus d’une des portes de h Bibliothèque Vaticane, la fresque qui représente l’église telle que la voulait Michel-Ange. Pour bien juger l’elfet de la coupole, il faut la voir du côté opposé, et comme le chevet de la basilique est entouré de constructions, il faut s’éloigner. C’est des jardins de la villa Pamfili que je l’ai vue le mieux, par un beau soir de juillet, au soleil couchant.
L’intérieur de Saint-Pierre n’est pas non plus exempt de très-graves défauts. Le premier de tous, c’est que l’immensité en est inappréciable. Par une malencontreuse combinaison que l’on a tort d’exalter comme un prodige de l’art, l’effet • produit sur le spectateur est de beaucoup inférieur à ce qu’il devrait être. 11 faut avoir vu plusieurs fois l’église, en avoir étudié les diverses parties, avoir observé que les enfants ailés qui supportent les bénitiers et qui paraissent de grandeur naturelle ont huit pieds de haut, avoir essayé d’élever la main jusqu’à la colombe du pape Pamfili qui orne les soubassements et qui a l’air d’être au niveau du coude; il faut, dis-je, avoir fait ces expériences puériles ou un examen prolongé et renouvelé pour recevoir l’impression d’immensité, dont
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on devrait être saisi au premier coup d’œil. La flèchede Strasbourg parait prodigieuse de hauteur et de légèreté, dès qu’on arrive sur la place du Dôme. Pourquoi à Saint-Pierre est-ce tout le contraire ? En fai t d’art, l ’ cire n’est rien sans le paraître , et les Grecs le savaient bien ; Phidias sculptait sa Minerve colossale, non pour quelle fût belle, vue de près, mais pour qu’elle le parût, vue de loin et d’en bas.
Je ne m’arrêterai pas à examiner l’intérieur de la basilique, ni les monuments quelle contient, en général indignes d’y figurer, ni les chapelles dont chacune a son dôme, et dont plusieurs ont un dôme ovale, ce qui est d’un effet pitoyable, ni celte ridicule chaire de Saint-Pierre, énorme fauteuil d’airain aux formes massives et grossières, que soutiennent du bout du doigt, fort haut au-dessus de leurs têtes, quatre géants de bronze qui représentent les quatre docteurs de l’Église la-* tine. Tout cet ensemble, quoique enjolivé de dorures, est d’une pesanteur écrasante. Rien n’est plus ridicule, au point de vue de l’art, que cette apothéose d’un siège vide, suspendu en l’air, tout environné d’anges, de nuages, de rayons dorés, et éclairé par le Ilernin au moyen d’une rosace de vitres jaunes, au milieu desquelsplane le Saint-Esprit. Quant au point de vue religieux, il suffira de dire que ce fauteuil de bronze n’est qu’un énorme étui dans lequel on a enfermé le véritable trône de
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bois où siégea comme évêque de Rome et comme premier pape, saint Pierre, l’apôtre, le pêcheur galiléen !
L’intérieur des autres églises est plus ou moins beau, selon qu’il s’éloigne du type antique ou y demeure fidèle. Saint-Paul-hors-les-murs, nouvellement rebâti sur le plan des vieilles basiliques, est admirable. Sainte-Marie-Majeure, je l’ai dit, était plus belle avant que Sixte-Quint eût coupé les longues colonnades pour faire une chapelle magnifique au Presepio, la crèche où dormit Jésus enfant! Saint-Jean-de-Latran est décoré d’une collection de statues démesurées que j’ai déjà critiquées; mais les niches où on les a placées sont plus détestables que ce qu’elles contiennent. C'est un chef-d’œuvre de ce mauvais goût qui cherche aux dépens du bon sens le mérite de la difficulté vaincue. Les entablements et les soubassements des colonnes s’y présentent obliquement, l’angle faisant face au spectateur, et portent un fronton brisé arrondi en avant. On a voulu montrer qu’une muraille au lieu d’être plane peut se hérisser d’angles sans utilité et de courbes sans grâce.
Un trait assez curieux de l’architecture des Italiens est la maladresse avec laquelle ils adaptent au plan des édifices antiques le clocher nécessaire au culte chrétien. Quand on a voulu ajouter des cloches à un temple païen, comme Urbain VIII au Panthéon, on l’a défiguré. Le plus souvent, ne sa-