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chant comment s’y prendre, même lorsqu’on érigeait une église nouvelle, on a adopté le parti de construire à côté de la basilique une tour complètement isolée *; et plus d’une fois, les fondations manquantde solidité, le haut campanile que rien ne soutenait s’est incliné d’un côté ou d’un autre; il y en a un exemple à Pise et deux à Bologne, la tour Garisendi et celle des Asinclli. De tous les campanili que j’ai vus, un seul est un chef-d’œuvre d’élégance et de proportions, celui que Giotto éleva à côté de la cathédrale de Florence et que Donatello a décoré d’excellentes statues de bronze. Les marbres de diverses couleurs y sont habilement combinés pour donner de la variété et de la légèreté d’aspect à une tour carrée, qui sans cette ressource eût paru d’une froide uniformité **. Les rangs de colonnettes à jour décorent plus simple-
* A Venise, on a fait de même pour le beffroi érigé sur la place de Saint-Marc. C’est une tour qui ne dépasse pas la hauteur des maisons. La grosse cloche s’élève à découvert sur la terrasse qui recouvre toute la construction, entre deux statues placées à droite et à gauche, et armées de battants ou marteaux.
** Il faut convenir cependant que ce bariolage blanc et noir dont bien des églises à Florence, à Pise, à Gênes, etc., sont entièrement couv ertes à l’extérieur et quelques-unes à l’intérieur, estde fort mauvais goût. Les Italiens y tiennent tant, qu’ils l’imitent avec de la peinture dans les endroits où l’architecte s’en est abstenu. On a donné diverses explications de cette bizarrerie; on y a vu le souvenir
Sl’R l’aRCHITECTCR* F.N ITALIE. 2C9
ment, mais avec un goût très-pur, le clocher de Pise.
A Rome, les tours sont presque toutes pareilles, courtes, massives, en briques, percées de quelques ouvertures cintrées que séparent des consoles portées sur une colonne basse et très-épaisse. Elles ont leur charme dans le paysage ; leur roideur lourde et triste s’accorde avec l’aspect sévère de Rome et de sa campagne. Elles rappellent d’ailleurs les tours antiques dont étaient ornés les remparts de distance en distance, et cet air de fortification ajoute à leur caractère pittoresque ; mais en ellesmêmes, elles n’ont aucune beauté, et presque partout l’architecte n’a pas su les mettre en harmonie avec l’édifice dont elles dépendent.
Enfin, il est très-rare de voir au sud de Milan un clocher terminé en flèche-, tous finissent par une terrasse ou un toit aplati, et presque toujours le sommet paraît à peu près aussi large que la base.
Cette incapacité de l’art italien à créer la flèche gothique est à signaler ; l’influence du climat et les traditions historiques de l’art païen ont empêché le catholicisme d’arriver sur sa terre privilégiée à la création heureuse qu’il a rencontrée
d’une réconciliation entre les partis ennemis des Bianchi et des Nerih Florence. Je crois qu’il faut l’attribuer beaucoup plutôt à la blancheur insupportable des murs sur lesquels frappe le soleil d’Italie et à la passion des peuples méridionaux pour l’opposition des couleurs.
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ailleurs. 11 y avait trop de paganisme dans les beaux-arts de Rome pour qu’on y inventât ce symbole chrétien si simple, la flèche, montant de la terre au ciel, comme une prière 9’exhale de l’âme à Dieu.
L’impuissance de l’Église romaine à se créer une architecture spéciale est d’autant plus remarquable, que la tentative a été faite sans cesse. 11 faut se rappeler que les églises se comptent par plusieurs centaines à Naples, et sont plus nombreuses encore à Rome ; que les couvents par toute l'Italie , et dans la ville du pape, lescardinaux, n’ont cessé de rivaliser pour la construction de nouveaux sanctuaires ; que l’idée de bâtir des temples selon les besoins du culte ou de la population était inconnue et qu’une espérance de mérite devant Dieu ou de rachat despéchés y était généralement attachée. Bien plus, il existe encoredes familles nobles qui ont une église à elles, comme celle des Sauli à Gênes, et quelques-unes décorent sans cesse leur temple pour lutter avec une famille rivale qui cherche à les éclipser en pieuse munificence. C’est à tel point qu’on trouve en Italie des églises qui se touchent porteàporte. La cathédrale deNaplesest une agglomération de trois églises, et celle de Bologne est la réunion de six édifices consacrés. Voilà, certes, pour les architectes des occasions fréquentes, continuelles, d’inventer, de créer; ils n’y ont pas réussi, et cela en puisant à pleines mains dans les
richesses des couvents, dans la bourse des fidèles; en mettant à contribution dans Rome, les monuments antiques, comme carrières, et le trésor universel des indulgences , comme subvention.
Le plan d’une église catholique est invariable : c’est unecroix. Pour l’inventer il a suffi de couper la basilique païenne (à troisouàcinq nefs) par un transept, vers lesdeux tiers de sa longueur. Voiciquelle fut l’origine des basiliques chez les anciens. Vivant en plein air et s’assemblant tous les jours sur la place publique, les Grecs et les Romains sentirent bientôt le besoin de se créer des lieux de réunion abrités. Ils imaginèrent, dans cette intention, les portiques ou colonnades couvertes. Plus tard, pour y avoir plus d’ombre et y être mieux protégés contre la pluie ou le vent, on eut l’idée d’eulourer d’un mur ces longues promenades entre deux, quatre, six rangs de colonnes; et ce perfectionnement parut si précieux que ces portiques clos furent appelés basiliques, c’est-à-dire portiques royaux , otox'. ftxortÀtxx). Caton bâtit à Rome la première basilique, l'an 568. Plus tard les généraux et les empereurs en construisirent à l’envi. Plusieurs existent encore, soit en ruines, soit qu’on les ait conservées pour en faire des églises comme la basilique Æmilia sur le Forum, aujourd’hui Saint- Adrien. Actuellement, on ne donne plus ce nom qu’aux sept principales églises de Rome, indépendamment du plan de leur construction. Toutes ne
COLT d’oeil
sont pas de vraies basiliques, tandis que d’autres, comme Sainte-Agnès-hors-les-murs, en ont conservé tous les caractères, sans en porterie titre.
Quant au chevet, abside, ou tribune, c’est-à-dire l’espace demi-circulaire qui dans une église catholique entoure l’autel et qui représente, dans le plan du crucifix couché sur la terre, la tête du Crucifié, c’est encore un emprunt à ces mêmes édifices purement civils de l’antiquité. Les Grecs appelaient cette partie arrondie la conque , et lorsqu’on rendait la justice dans les basiliques, usage qui finit par prévaloir, le siège tribunal ou prétorial où le juge preuait place, était dans l’abside, au fond de la colonnade et faisant face à l’entrée. D’ailleurs la plupart des temples païens, comme on le voit très-facilement dans les ruines de celui de Vénus et de Rome , au bas du Forum, avaient au fond de la cella une niche arrondie et souvent colossale, où résidait le dieu et devant laquelle était l’autel, à la place même qu’il occupe chez les catholiques.
11 est donc évident que l’Église romaine n’a fait qu’ajouter le transept pour former la croix (c’està-dire ériger deux basiliques inégales se croisant l’une l’autre) et multiplier les ædiculœ ou petites chapelles, peu aimées des anciens parce qu’elles nuisent à l’unité de la construction.
Mais c’est l’élévation de l’édifice qui a surtout occupé les artistes. C’est là que s’étalent en liberté les couleurs de divers marbres, les pein-
tures à fresque, quelquefois les terres cuites et coloriées, rarement en Italie les vitraux peints, plus souvent les ornements habituels à l’architecture et à la sculpture.
Dans toutes ces manifestations de la pensée catholique, se rencontre comme ailleurs un singulier mélange de roideur hiératique, de traditionalisme sacerdotal, avec une certaine liberté, souvent même une licence condamnable.
Mais si l’on veut étudier l’architecture du moyen âge et de la renaissance dans toute la richesse de ses développements, dans sa spontanéité d’expansion et de vie, ce n’est pas aux fondations ecclésiastiques ou monacales qu’il faudra s’adresser. L’Italie est remplie des monuments d’un autre ordre, plus rares en d’autres pays, plus instructifs, et où la vie des siècles passés s’est traduite elle-même et perpétuée en toute franchise. Ce sont les créations de l’architecture civile. Bien moins uniformes, elles présentent plus d’intérêt et de variété, surtout dans les villes du Nord, Lombardie, Vénétie, Toscane, etc.
Les palais des grandes familles sont grandioses à Rome, où Michel- Ange et d’autres architectes de haute valeur y ont concouru ; dans Gênes la Superbe , ils sont splendides et moins sévères; à Florence , ils sont crénelés et ont les fenêtres grillées de fer comme deschâteaux forts; à Vicence, ils portent le cachet du goût ingénieux et classi-