L’IMMACULÉE CONCEPTION
Kl mutaverunt gloriam incorruptibiiu Dei, in limiluudtncm imaginù corruptibiUs liominii.
» Us ont changé la gloire du Dieu incorruptible en images qui représentent l'homme corruptible. »
.Saisi I'aul. Rom 1. 23. j
Comment l'Église romaine Inspire les artistes. — S. K. le cardinal Stcrckx.— Mgr lévèquc de RrufM. — I.e père Cahier, Jésuite. — Pie IX. — Le Journal riJXITERH — Cinquisition et la peinture. - I n règlement de l’Académie de ttévlllo. — Le catholicisme espagnol. — lutage faillite, image correcte do l'immaculée Conception. — L'Allégorie thcologique en Espagne. — L'association pour l'art chrétien et S. E. le cardinal de Geisscl.
Nous avons osé dire que l’Église catholique, tant vantée pour le nombre et la beauté des sujets qu’elle offre aux artistes, leur impose en réalité des travaux presque toujours monotones, quelquefois des données ridicules, et même des représentations impossibles. Nous avons cité en exemple /’ Immaculée Conception.
Ce dogme, récemment promulgué, occupe en ce moment un grand nombre de peintres, de sculpteurs, de graveurs en médailles, de décorateurs, etc.
Le sujet est délicat et difficile, les méprises compromettantes. Aussi des ecclésiastiques, et en-
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tre autres plusieurs prélats, sont intervenus en prenant, par des publications de divers genres, la direction de ces tentatives. A vrai dire, l’Eglise catholique tout entière est en travail pour donner au monde un type artistique digne d’être offert à la vénération des fidèles.
Mais s’il est facile de déclarer article de foi une erreur quelconque, il l’est moins d’enfanter un chef-d’œuvre ; aussi, est-ce un curieux et instructif spectacle que celui de l’impuissance laborieuse et des efforts aussi pénibles qu’infructueux auxquels est en proie le monde catholique. Le voilà aux prises avec une redoutable épreuve, sous les yeux de tous; il s’est mis dans la nécessité de créer; s’il possède cette fécondité, ce génie artistique, ce souffle d’inspiration auquel il prétend, le moment est venu de le prouver. Cette nécessité a été comprise par le clergé et par ses plus hauts dignitaires.
Dès 1854 le cardinal Sterckx, archevêque de Malines, publia à Rome et en latin un écrit qui a été traduit l’année dernière sous ce titre : Courte dissertation sur lu manière de représenter par la peinture le mystère de l’ Immaculée Conception de la Très-Sainte Vierge Marie. Malines. In-8°.
Depuis, Mgr J. -B. Malou, évêque de Bruges, a fait paraître son Iconographie de /’ Immaculée Conception de la Très-Sainte Vierge Marie , ou De la meilleure manière de représenter ce mystère. Bruxelles, 1856. In-8 8 .
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Enfin, un jésuite fort connu, le Père Cahier, a inséré dans le journal la Voix delà Vérité (des 2 et h octobre J 856 ) un travail sur le même sujet, reproduit in extenso et critiqué par Y Univers (7 novembre). Dans ce dernier journal, M. Claudius Lavergne avait déjà annoncé et sous quelques rapports réfuté (6 septembre) l’ouvrage de M. Malou.
Ces diverses publications, et surtout le livre de l’évêque, beaucoup plus étendu que les écrits du cardinal et du jésuite, offrent un véritable intérêt à ce double point de vue qu’on y apprend à la fois comment l’Église conçoit la représentation matérielle d’un dogme impossible à représenter, et comment le clergé inspire les beaux-arts.
M. Malou peut nous donner sur ces questions des renseignements pleins d’autorité. 11 est théologien aussi bien qu’évêque ; son éditeur annonce un très grand et beau volume intitulé : l’immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie considérée comme dogme de foi; et il a publié dès 1847, à Louvain, un recueil d’homélies en l’honneur de la Vierge, sous ce titre : SS. Patrum Pietas Mariana. De plus, ce n’est pas la première fois que l’évêque de Bruges agit en législateur des arts : en 1852, eut lieu sous ses auspices, entre les statuaires de tout pays, un concours dont le sujet était le Christ crucifié et dont il publia les conditions dans un mandement épiscopal. Avec un pareil guide, soutenu d’ailleurs par un cardi-
ICONOGRAPHIE
nal et un révérend père jésuite, nous sommes bien certains de connaître la pensée catholique dans toute sa pureté. *
* Je dois l’avouer, cependant, la science de M. Malou comme théologien me parait plus aventureuse que solide. Voici un genre d’argumentation un peu hasardé :
« Qui sait, demande le prélat, si Dieu, qui ordonna aux auges d’adorer son divin Fils lorsqu’il l'introduisit dans le monde, ne leur ordonna point de vénérer la Mère du Verbe incarné, lorsqu’il la créa? » Que ne prouverait-on pas avec de pareilles suppositions ?
M. Malou est plus faible encore comme polémiste. Il affirme (p. 80) que « les protestants se sont signalés dès l’origine par une haine implacable contre la Mère de Jésus- Christ ! » Peut-être, devons-nous ajouter que cette énorme inexactitude tombe do la plume du savant évêque dans un moment de grand embarras qui la rend peut-être moins inexcusable. Il s’agit de répondre à cette question : Coin ment la Sainte Vierge a-t-elle écrasé seule toutes tes hérésies? A cette question nous répondrions très-facilement par ce mot de Montaigne : « Plaisants causeurs! Ilscommen- « cent ordinairement ainsi : Comment est-ce que cela se « fait ? Cependant cela se fait-il ? faudrait-il dire » ( Essais ,
3, 11.) Il parait qu’on affirme dans un des offices de la Vierge qu’elle a écrasé toutes les hérésies. Mais comment? Lecif/èèrêSylvius a discuté cette question intéressante dans un discours exprès. Mgr Malou trouve faibles les trois ré- ponses qu’il a données. Les siennes nous paraissent tout aussi nulles, si ce n’est plus. Il paraît s’en douter et s’en console en ajoutant que a d’autres indiqueront d’autres motifs encore. » En attendant, ce qui nous rassure, c’est que cette mcre du bel amour, comme Monseigneur la nomme, écrase, selon Sylvius, toutes les hérésies, sans les détruire- Voilà une restriction qui rassure et qui nous suffit.