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construitde si merveilleuses cathédrales en France, en Allemagne, en Angleterre. Conquise par les Normands au douzième siècle, par la dynastie angevine au treizième, Naples a possédé des monuments achevés de cet art, inconnu au reste de l’Italie. Qu’en a-t-on fait? Sous l’inspiration du catholicisme moderne, on s’est donné des peines infinies et l’on a dépensé d’énormes sommes pour transformer les églises gothiques en églises italiennes. Les sveltes colonnettes qui montaient jusqu’au faîte ont été enveloppées d’un épais revêtement de stuc, pour former toutes ensemble une lourde colonne de faux marbre à gros chapiteau doré. Les ogives sont devenues des arcades en plein cintre. Les voûtes, où venaient s’entrelacer les nervures hardies et gracieuses du moyen âge, se dérobent sous un plafond bariolé ou sous des peintures froides et prétentieuses. Ceci n’est pas l’histoire d’une église, mais de toutes, dans la capitale et dans les principales villes du royaume. Je n’ai vu qu’une exception, au fond de l’église de San- Lorenzo à Naples, devenue trop vaste pour les besoins du culte : le chœur, gauchement modernisé, est entouré d’un demi-cercle de chapelles polygones, fermées au public, s'ervant de magasin de décors et où se gardent les grands châssis peints avec lesquels on bâtit les reposoirs. Malgré cette ressemblance désagréable avec les coulisses d’un théâtre, et malgré l’ affreux badigeon blanc
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dont on a tout sali, ces chapelles élancées, dont chacune est en forme d’abside, ont un caractère d’élévation religieuse. En sortant de là, on est obligé de rentrer dans l’église actuelle, et l’on se sent pris de pitié et de dégoût. Un grand arc en plein cintre qui sépare de la nef l’abside ou tribune est à l’intérieur tout ce qui reste des anciennes constructions, et quoique d’un autre style que les chapelles, il fait vivement regretter ce que le mauvais goût du clergé a détruit.
Dans tous les autres temples napolitains, il faut chercher quelques tombeaux normands, ou examiner les portes de bronze et souvent aussi les vastes chaires de marbre et de mosaïque, pour retrouver l’art véritable, soit dans une œuvre inspirée par un sentiment pieux, soit dans l’exquise élégance des détails. Encore ces merveilles du passé sont-elles quelquefois altérées ou surchargées d’additions déplorables. L’église de Saint- Janvier possède un trône archiépiscopal dont le triple fronton, porté par des colonnes, a été sou vent cité comme le chef-d’œuvre le plus pur de l’art gothique ; jamais dentelle de marbre ne fut plus admirable de dessin, ni plus délicate d’exécution ; les cardinaux-archevêques l’ont si peu senti qu’ils ont fait établir une tribune pesante et massive qui touche le sommet du baldaquin, semble reposer sur ces fines sculptures et les écrase de toute sa lourdeur.
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On ne peut nier qu’à Naples l’Eglise catholique n’ait détruit ou défiguré à plaisir ce qu’elle-même avait produit de plus beau. Elle n’a donc ni le privilège ni la tradition de l’art ; et si elle a eu son heure d’inspiration, c’est une bonne fortune qu’ellemême nVa pas su apprécier. Comme cet ancien disait à l’auteur d’un portrait de femme couvert de joyaux : « Tu l’as faite riche, ne sachant pas la faire belle, » nous pouvons dire au clergé, de la plupart des œuvres d’art qu’il possède : « De belles qu’elles étaient, tu les as faites riches. »
Lorsqu’une procession a lieu soit à Naples, soit dans les villes et les villages des alentours, on élève de somptueux reposoirs, qui sont presque toujours des variations sur ce thème monotone : une chapelle en coton ou en soie écarlates, avec un fronton et quatre colonnes couverts de la même étoile, largement chamarrée d’or ; puis sur l’autel, comme au reste dans toutes les églises, six énormes bouquetsde fleurs en argent, bienroides, parfaitement symétriques, en forme d’œuf; au milieu de ces ornements disgracieux, le tabernacle, et au fond, un tableau qui représente un saint quelconque. Je demande ce que l’art peut avoir à faire dans tout ce fracas de couleurs criardes et cet étalage de formes épaisses.
En effet, c’estle luxe, c’est l’amour du clinquant, c’est la passion des couleurs éclatantes et des proportions colossales qui ont perdu l’art catholique.
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Le goût qui règne ici est celui des jésuites. Voyez leur église principale, le Ciesù Nuow: elle n’est pas très-grande ; mais les pilastres qui portent les voûtes sont démesurés; les peintures et les statues sont plus gigantesques et plus tourmentées que partout ailleurs, et une sainte Philomènc en bois et en cire, vêtue d’étoflès éclatantes, parée de broderies et de joyaux splendides, est assise sur l’autel dans un tombeau de verre. Tout cela paraît fort beau et d’un goût délicieux à beaucoup de Napolitains.
Qu’on me permette de dire ici en quelques mots qui était sainte Philomène. Elle est née en 1802 d’une conjecture philologique. On trouva un squelette, dans la catacombe de Priscille à Home, sous une pierre brisée où l’on distinguait le rameau d’olivier, l’ancre, emblèmes ordinaires des tombes chrétiennes, et de plus, deux flèches et un javelot qui parurent indiquer la sépulture de quelque martyr. Ges insignes étaient accompagnés d’une inscription dont le commencement et la fin manquaient: ...lumctiu pax tecum fi... On ne pouvait en trouver le sens ; lumena est la fin d’un nom ou d’un mot inconnu, fi le commencement d’un autre mot. Un homme d’expérience tira d’ affaire le clergé romain; il écrivit en cercle l’inscription indéchiffrable, ajouta ainsi la syllabe fi au mot tronqué lumena ; dès lors le tout signifia : Paix à toi, Philomène. Ge nom, qui veut dire aimée , parut char-
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niant, et c'est ainsi que la sainte fut composée de toutes pièces, avec la fin d’un mot et le commencement d’un autre.
Lors du retour de Pie Vil à Rome, un prélat napolitain, envoyé pour complimenter le saint-père, reçut de lui le corps de cette sainte inconnue. Aussitôt un prêtre qui désira n’être pas nommé, à cau$e de sa grande humilité , vit la sainte lui apparaître; elle lui enseigna qu’elle avait souffert le martyre parce qu’ayant fait vœu de célibat, elle refusait d’épouser l’empereur. Ces détails historiques parurent pleins d'intérêt, mais insuffisants. Un artiste eut, à son tour, une vision où cet empereur, amoureux mais cruel, lui fut désigné sous le nom de Dioclétien. Cependant on incline à décharger sa mémoire de ce crime posthume; on suppose que l’artiste aura mal entendu et qu’il s’agit du collègue de Dioclétien, Maximien, qui, comme on le sait, était moins délicat que lui, et peut avoir puni de mort un refus qui le blessait.
Grâce aux jésuites, cette sainte Philoinène eut de rapides succès ; déjà elle a des chapelles dans plusieurs églises de Paris ; et voilà comment au dix-neuvième siècle, avec des ossements inconnus et quelques syllabes sans suite, on a créé un nom, un personnage, toute une légende, et un nouveau culte.
Si l’Église romaine vénère des saints auxquels il ne manque guère que d’avoir existé, elle en a
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d’autres dont l’histoire n’est que trop réelle. J’ai retrouvé à Naples un martyr dont le culte me paraît un outrage à l’humanité, et dont j’avais rencontré partout la repoussante image en Lombardie, en Toscane, à Venise.
11 s’agit de saint Pierre martyr, qui n’a rien de commun avecl’apôtre; il serait odieux de rapprocher deux hommes si différents. 11 ne faut pas le confondre non plus avec un des réformateurs de l’Italie, Vermigli, qui l’avait pour patron et qu’on désigne souvent, selon l’usage du temps, par son prénom Pierre-Martyr. A Milan, à Florence et en bien d’autres lieux, on voit sur les places publiques la statue de ce saint de prédilection, impossible à méconnaître un seul instant. 11 a pour signe caractéristique l’instrument de son martyre, une épée, qu’à l’ordinaire, pour faire plus d’horreur, on recourbe comme un sabre ou un yatagan. Mais loin de la tenir à la main, comme l’apôtre saint Paul dans les monuments catholiques, Pierre porte la sienne dans son crâne, où s’enfonce toute la largeur de la lame, la poignée ressortant d’un demipied au milieu du front et la pointe d’autant derrière la tête ; il paraît, en effet, que le saint mourut ainsi, et que le meurtrier laissa son arme dans cette effroyable blessure. 11 faut ajouter que Pierre était un moine de l’ordre des Frères Prêcheurs ou Dominicains -, aussi est-il toujours représenté prêchant et gesticulant avec ardeur, malgré le grand
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sabre qui lui fend la tête. On le voit dans cette attitude au haut d’une colonne dans les places publiques de plusieurs villes italiennes. On le retrouve dans une foule d’églises. Dans celle des SS. Giovanni e Paolo , à Venise, un des chefs-d’œuvre du Titien, également admirable comme paysage et comme scène d’histoire, représente le meurtre de Pierre. Sur la lisière d’un bois épais, à l’heure du crépuscule, il a été attaqué par un assassin à demi nu, aux traits féroces, à l’attitude terrible, et qui d’un seul coup va frapper de mort le saint renversé devant lui. Des chérubins descendent des cieux montrant despalmes au martyr. Mais la figure la plus étonnante de tout le tableau est celle d’un moine épouvanté qui fuit avec précipitation ; c’est l’image de l’effroi etde l’horreur portésau comble.
Enfin, à Milan, au fond’ de l’antique église de Saint-Eustorge, existe une chapelle consacrée à saint Pierre martyr. Là sur le principal autel, au lieu de crucifix, une châsse, portée par des anges, contient sa tête, et derrière l’autel son corps est vénéré dans un mausolée de marbre blanc, œuvre merveilleuse de Giovanni Balducci de Pise, enrichie de bas reliefs sculptés avec un art exquis pour le temps; le sarcophage est porté par d’admirables statues représentant les Vertus *. Des bas-reliefs racon-
* Fas<in, quoiqu’il ait séjourné à Milan, n’a pas connu l’existence de ce monument. Depuis, la plupart
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tent à tous les yeux les nombreux miracles du saint, qui, plus favorisé que beaucoup d'autres, opéra des prodiges avant le martyre et de son vivant. Il en est un qui m’a frappé, d’autant plus qu’en dehors de cette môme église Saint- Eustorge, on voit encore une sorte de chaire en pierre qui fait saillie à la hauteur d’un premier étage et où le miracle s’accomplit. Un jour, le pieux dominicain prêchait; et comme l’église ne pouvait contenir ses nombreux auditeurs, il était monté dans cette chaire ; mais le sermon fut long, et la foule attentive était tellement importunée par le soleil ardent qui dardait d’aplomb sur la place, qu’au moment même où plusieurs étaient prêts à se convertir, ils allaient se disperser, quand le prédicateur, apercevant û l’horizon un imperceptible nuage, lui commanda de grandir, de s’avancer, de couvrir tout le ciel. 11 fut obéi; après quoi, il convertit à loisir ses auditeurs soulagés.
Malheureusement pour sa mémoire, et pour sa sécurité, ce puissant prédicateur ne se contentait pas souvent, pour gagner les âmes, de moyens oratoires si sûrs et qui lui coûtaient si peu. Les hommes étaient souvent moins obéissants à sa voix
des voyageurs ne voient que ce qu’il a décrit et loué. Mais on peut consulter sur le rare mérite de ces sculptures et sur les éloges qui leur ont été donnés par de bons juges, Lanzi, Storia piltorica délia llalia, t. I, Scuol. Fior. 1. I, 1.
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que les nuages. Nous avons dit qu’il appartenait à l’ordre des Frères Prêcheurs, chargés de convertir les hérétiques par la parole, et (ce qui caractérise parfaitement l’Église de l’autorité) , par la persécution, quand la parole ne réussit pas. Tout le monde sait que cet Ordre fameux fut revêtu des fonctions redoutables de l’Inquisition et s’en acquitte encore aujourd’hui. Or, ce saint si populaire, tant célébré, tant adoré maintenant encore de toute l’Italie, fut, en réalité, un des plus féroces entre les inquisiteurs, répandit des flots de sang et devint la terreur des villes et des campagnes où il apportait, avec un infatigable fanatisme, ses sermons d’énergumène, la torture et les supplices. Des familles entières périssaient par son ordre, et nul n’était en sûreté devant lui. Ce fut, dit-on, pour prévenir ses coups, qu’une famille qu’il allail dénoncer le fit assassiner en route, et la légende s’accorde avec cette tradition. Il fut tué comme il passait dans un bois, seul avec un frère de son Ordre qui l’accompagnait, et que l’assassin épargna. C’est la scène que Titien a représentée.
Ce monstre, dés lors, fut proclamé martyr par la voix des dominicains, des familiers du tribunal alîreux dont il était l’organe, et peut-être aussi par ceux qui avaient tremblé devant lui et qui l’aimaient mieux béatifié que vivant. L’Église avait intérêt à ce qu’il fût canonisé; par une exception fort peu commune, dès la treizième année
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après sa mort, il fut mis au rang des saints et proposé au culte des catholiques. Qui peut dire quelle amère et profonde répulsion, ses autels et ses statues, multipliés partout, soulèvent dans les cœurs de ceux qui ont quelque notion de ce qu’il fut? Et il n’est pas dilîicile à connaître, car pendant long- . temps ses crimes furent racontés et représentés par les prédicateurs et les artistes comme des actes admirables de piété et de sainteté.
Nous demanderons seulement si l’Église de Rome et les gouvernements d’Italie pensent que la canonisation et le culte d’un martyr tel que cet inquisiteur ou d’un pape comme saint Pie V soient de nature à adoucir des mœurs violentes et à inspirer l’horreur du sang ?
l.a peinture à IVnpIcs- — te* fêles, le* miracle*; les ex-voto. — tes vierges noires. — t’Fglise et l'art.— Caprée.
Naples, 10 juin 1856.
Je n’ai rien dit encore de la peinture napolitaine. Ici, comme en sculpture, comme en architecture, ce ne sont pas les maîtres qui ont manqué, mais les disciples. Giotto, lePérugin, Michel-Ange de Caravage, Annibal Carrache, le Guide, le Dominiquin, l’Espagnolet, sont venus à Naples et y ont travaillé. Lanfranchi et Corenzio, qui ont usurpé à Naples le premier rang parmi les peintres n’étaient pas Napolitains. Les meilleurs peintres que le royaume ait produits, sont : Salvalor Rosa, Luca Giordano, et avant eux, le Zingaro (Antonio Solario).
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Giotto avait orné l’église Sanla-Chiara de ses peintures; une'abbesse trouva que ces fresques assombrissaient l’édifice et fit blanchir la muraille. Cette mère de l’Église était de l’avis des médecins de Molière : Album est disgregalivum visûs ; mais son amour pour les murailles badigeonnées a coûté aux arts une perte irréparable. Heureusement Giotto a laissé encore dans l’église de X Incoronata des fresques merveilleuses que l’humidité dévore et qu’on va restaurer. Puisse cette réparation hardie n’être pas le signal de leur ruine ! -Le Dominiquin a orné d’admirables peintures quelques parties de San- Grnuaro. Il est vrai que les peintres du lieu, humiliés de leur extrême infériorité, voulaient l’empoisonner, ce qui était un sûr moyen de se défaire d’une rivalité trop redoutable. Dès qu’il fut mort, ses rivaux se hâtèrent de détruire et de refaire celles de ses fresques qui décoraient la coupole de la chapelle dite du Trésor de saint Janvier. Ribeira, le véritable coryphée de la peinture napolitaine, plus connu par son sobriquet d’étranger, lu Spagnoletto , inventa une autre ressource de haine et de méchanceté pour détruire l’œuvre d’un rival bien moins formidable, Stanzioni. Il se fit autoriser par les moines de Saint-Martin à nettoyer la fresque peinte par son émule, et l’arrosa d’une liqueur corrosive qui l’effaça. Stanzioni s’en vengea avec dignité en refusant de réparer son tableau, qui est resté un monument insigne de la mauvaise foi de
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l’ Espagnole t. Quelle déplorable et honteuse histoire que celle de l’école napolitaine, riche en actes de perfidie et de vengeance, abondante en médiocrités outrecuidantes et comblées de faveurs, mais pauvre de génie! Quand, en face des chefs-d’œuvre, on étudie avidement l’histoire des écoles italiennes, enivré de tant de gloire et de beauté, on finit par trouver, comme une lie bourbeuse, au fond de la coupe, les souvenirs qu’ont laissés après eux les Corenzio, les Lan franchi, les Ribeira. Aussi, dans le musée Bourbon, après avoir traversé une longue série de salles remplies de peintures où il y a fort peu à voir et moins encore à admirer, on arrive avec bonheur dans les dernières pièces où se trouvent quelques tableaux d’une beauté exquise, mais qui n’ont rien de napolitain.
Il est incontestable que dans cette capitale le catholicisme national a fait couvrir de peintures deux ou trois cents églises et n’a pas créé un chefd’œuvre, ni même une œuvre remarquable; le peu qu’il en possède, est dû à des étrangers.
Je ne veux pas en accuser l’Église seule. Il est certain, qu’ailleurs elle a commandé des prodiges d’art et les a obtenus. Il doit y avoir encore d’autres motifs à cette indigence nationale. Peut-être le climat trop délicieux et la nature trop luxuriante ont-ils énervé les âmes en séduisant les sens. Il est bien rare qucle poêle ou l’artiste produisent un tableau sublime en face de ce qu’ils décrivent.
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11 faut en général que la présence matérielle de l’objet ait cessé et que l’àme se replie sur ellemême, s’écoute, se recueille, pour rendre avec éclat et puissance l’impression qu’elle a reçue. On a beau citer Byron comme un exemple du contraire, cette exception, si elle est réelle, ne détruit nullement la règle générale.
D’ailleurs les Napolitains sont le plus mobile et le plus impressionnable des peuples. On a eu raison de leur appliquer ces vers du plus illustre d’entre eux :
La terra molle, e lieta, e dilettosa Simili a se gli habitator produce.
Ce qui est beaucoup plus vrai des bords du golfe de Naples que des rives de la Loire, auxquelles le Tasse ( C,cr . Lib. I, 62) adresse cet éloge peu flatteur.
L’antiquité avait trouvé une excuse charmante et une poétique origine à la molle vivacité des Napolitains. Une syrène avait fondé la ville et inspiré à ses habitants cette légèreté voluptueuse *. C’était une ingénieuse idée que d’attribuer aux caprices de la syrène Parthénope, les mœurs singulières et les continuelles inconséquences de ce
* Nunc molles urbi ritus atque hospita Musis Otia, et exemptum curis gravioribus ævum Sirenum dédit una, suum et meinorabile nomen l’arthenope
(Sil. liai, xii, 31.)
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peuple, ce mélange de misère et de fêtes, de résignation exagérée et de penchant à la rébellion. On sait qu’il existe une brochure intitulée : Histoire de la Vingt-septième Révolte délia fulelissima cillà di Napoli ; mais cette brochure est fort en retard; les Napolitains n’en sont plus à leur vingt-septième révolution. Ils n’en sont pas moins fidelissimi.
Enfants aimables et gais, leur religion rappelle celle des Grecs, en ce qu’elle est une fête perpétuelle. La danse, les fleurs, le bruit, le clinquant, les lampions, les fusées, font partie du culte populaire. Peu importe le saint dont on célèbre l’anniversaire, pourvu qu’on ait un prétexte pour mettre le feu à une multitude de pétards et de boîtes au moment où le prêtre élève l’ostensoir et donne la bénédiction du Saint-Sacrement. Si quelque pétard mal dirigé estropie le maladroit qui l’a allumé, cet accident en fera presque un martyr; sa blessure sera glorieuse ; il s’en vantera beaucoup plus qu’un de nos braves d’une balle reçue à Constantine ou à Sébastopol.
Tout ce qui saisit l’imagination ou attire le regard est avidement recherché par ce peuple. 11 est enthousiaste des feux d’artifice et se presse follement autour des pièces, quitte à fuir en criant quand les bombes éclatent au milieu de la foule. Le luxe des églises le frappe de respect. 11 y a trente-sept statues d’argent dans le trésor de Saint-Janvier; il est vrai que ces statues à mi-
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corps, gigantesques, tortillées, sont d’un goût pitoyable; qu’importe! elles sont en argent et tous les accessoires sont dorés: saint Janvier doit être un bien grand saint, puisqu’il est si riche!
Quant aux miracles, un pareil peuple ne se contente pas de les entendre raconter, ou de les admirer en peinture ; il veut les voir en réalité. 11 en fait des drames pleins d’actualité et de passion. Saint Janvier laisse-t-il attendre la liquéfaction de son sang , on sait quels titres (vaurien , fripon) ses vénérables parentes lui adressent avec un déluge d’invectives , quittes à le bénir mille fois quand il aura obéi. Cette forme de miracle est endémique dans ce royaume. Saint Pantaléon à Havello, àSalerne saint Matthieu (l’évangéliste), n’en font pas moins; ils se plaignent de ce qu’on méconnaît leur gloire et de ce que saint Janvier de Naples est seul célèbre; bien d’autres sans doute que j’ignore les imitent. 11 faut convenir que les miracles actuels et périodiques sont difficiles à varier, et celui-ci au moins a le mérite d’être d’une exécution très-simple. Le révérend docteur Cumming l’a opéré il y a quatre ans dans la grande salle de Birmingham devant quatre mille personnes *. L’apôtre saint André à Amalfi
* Depuis mon retour, un journaliste parisien ayant déclaré qu’il croyait au miracle de saint Janvier, pour l’avoir vu, M. Taxilo Delord publia dans le Siècle , une recette infaillible pour faire le miracle ; et peu de temps