‹ Des beaux-arts en ItalieChapitre 3 sur 19 · NAM.ES · texte numérisé non relu

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fait un miracle continuel plus simple encore. Son corps distille une manne qui guérit bien des maladies et qui est intarissable. Aussi le Tasse appelle saint André il Divo c/te cli manna A mal fi instilla. Mais saint Matthieu ne s’en tient pas à liquéfier son propre sang ; il sait le défendre. Un jour que les Turcs attaquèrent Salerne pour s'emparer de ses reliques , le saint qui ne voulait pas se laisser prendre , disent les ciceroni d’un air de triomphe narquois, fit couler à fond toute la flotte infidèle. Le fait est authentique; car il est peint sur une des voûtes de la crypte où l’Évangéliste est enseveli, et cette fresque, fort mauvaise d’ailleurs, fait la joie de Salerne depuis plusieurs siècles. Les Turcs n’ont eu que ce qu’ils méritaient; qu’avaient-ils à faire des reliques d’un saint, les mécréants ! Après tout, il est possible qu’ils en voulussent à la châsse «^core plus qu’aux reliques, mais le peuple n’est pas de cet avis.

Sous le nom de miracles , l’on montre ici dans toutes les églises, des ex-voto innombrables. Cet usage, observé dans tous les pays catholiques après un danger ou une maladie dont on a été sauvé,

après, le même procédé a été mis à l’épreuve avec plein succès devant deux cents spectateurs, à Valenciennes. Dans l’état actuel des sciences chimiques, rien n’est plus facile; il y a diverses manières d’obtenir le môme résultat.

Voir le Lien des ‘20 janvier 1852 et ‘25 octobre 1856.

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consiste à offrir au saint que l’on croit l’auteur de sa délivrance, soit un tableau où le fait est représenté, soit une image en cire du membre guéri, soit, s’il s’agit d’une naissance, un petit enfant également en cire. Ce qui rend ici plus curieuse cette coutume, c’est qu’il y a au musée de Naples bon nombre d 'ex-voto exactement pareils offerts par les païens à leurs idoles ; et l’on ne manque pas de vous faire remarquer cette similitude avec la même joie naïve avec laquelle M. Gondon de Y Univers se félicite de ce qu’ici dans toutes les boutiques on place une madone ou un saint, derrièreune lampe allumée, exactement comme les Romains y plaçaient leurs dieux Lares*. 11 en est de même pour les processions, l’eau lustrale, les cierges, etc.; tout ce paganisme adopté par Rome vous est complaisamment démontré à Pompéi, au Musée, etc., sans que l’^n paraisse se douter qu’il y ait là matière à objection. Qu’un sarcophage orné de rites idolâtres ou de bas-reliefs impudiques devienne le tombeau d’un cardinal ou d’un archevêque, on vous le montre avec orgueil et l’on dit sa prière devant un Bacchus, une Vénus, un Satyre, ou pis encore, exactement comme on

* « Ce sont des sanctuaires domestiques élevés à la gloire des protecteurs qui ont remplacé, au sein de la famille chrétienne, les dieux que les anciens vénéraient dans leur foyer. » (De l'état des choses à Naples et en Italie , par Jules Gondon, 1 855, p. 17à.)

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le faisait avant la naissance de Jésus-Christ. 11 est vrai qu’on ne croit plus à ces dieux infâmes dont on a porté les images dans le sanctuaire, mais on n’a pas conservé le vif sentiment du beau qui animait leurs adorateurs.

Une des bizarreries italiennes les plus chères aux Napolitains, est la dévotion aux Vierges noires.

Cette superstition fort ancienne n’est, à vrai dire, que l’exagération d’une idée vraie. Le teint européen des belles Vierges de Raphaël est plus agréable sans doute, mais historiquement peu probable ; il est naturel de penser que Marie était très-brune, comme le sont en général les femmes de Judée. Aussi a-t-on toujours donné cette couleur, comme un cachet d’authenticité, aux innombrables madones attribuées à saint Luc; si même quelqu’une de ces peintures bizarres et souvent fort anciennes est devenue plus noire par l’effet du temps, on imite religieusement ce défaut, comme un mérite de l’original et une preuve de fidélité. La tradition et la légende sont venues, comme toujours, en aide à cette préoccupation populaire. Au quatorzième siècle le moine Nicéphore Calliste, dans son Histoire ecclésiastique, donna une description de la personne de Marie, et en garantit la ressemblance par l’autorité d’Epiphane; on y lit que la Vierge avait le teint couleur de froment, comparaison qui se retrouve à propos de Jésus-

Christlui-mème, dans unelettre au sénat fabriquée sous le nom d’un prétendu Publius Lentulus, procurateur de Judée. Enfin on a trouvé dans l’Ancien Testament que la mère du Sauveur était brune, et cela par un procédé très-simple : on a appliqué à Marie ce mot de l’épouse du Cantique des Can tiques : Je suis brune , mais de bonne grâce , comme tes tentes de Kédar , comme les pavillons de Salomon ; ce qui rappelle la couleur assez foncée de ces étoffes en poil de chameau dont on fait les tentes dans l’Orient et pour lesquelles la Cilicie acquit plus tard une célébrité proverbiale. Qu’il connaisse ou non toutes ces bonnes raisons, soi-disant historiques, le peuple en Italie estime peu les Vierges au visage pâle *, leur ressemblance lui est très-suspecte. Mais à Naples on ne s’en tient pas là; plus une madone est noire, plus on la vénère : aussi voit-on souvent des images aussi noires que des négresses, sur ces fragiles échafaudages en treillis dorés et en guirlandes de citrons, d’oranges et de feuillages, qui servent de boutiques en plein vent aux pittoresques marchands d'eau et de neige {aequaiitoli). Une des plus étranges figures de ce genre se trouve dans l’église paroissiale d’un des quartiers populaires, Santa - Maria- di- Portais nova. Elle est couverte de riches habillements de soie qui sont tendus à plat sur la muraille ; audessus de ces étoffes et sous une couronne énorme,

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toute resplendissante d’or et de pierreries, sort du mur en plein relief une tête absolument noire; c’est celle de la Vierge. Quelques pouces plus bas, exactement au-dessous de la première tête, sous une couronne non moins étincelante, s'avance une autre tète, celle de l’Enfant-Jésus, également noire. Cela est hideux autant qu’absurde, plus roide et plus dur qu’une image byzantine ; mais le peuple y a d’autant plus de foi. Tout ce qui est monstrueux s’empare des esprits faibles et les occupe.

Il ne faut pas demander aux Napolitains instruits ce qu’ils pensent de toutes ces choses. La religion fait partie pour eux de l’édifice gouvernemental ; ils s’y soumettent comme à tout le reste et avec les mêmes sentiments, qui ne sont pas de notre domaine.

Ce que je reproche au catholicisme napolitain, c’est de s’être mis en toute occasion au service d'une si grossière crédulité, en se faisant complice empressé de ce goût faux, puéril et corrompu. Ces imaginations si faciles à s’éprendre, cette légèreté impatiente et irréfléchie, cette insouciance absolue du vrai et du beau, celte passion vulgaire du clinquant, le clergé les a adoptées et favorisées de tout son pouvoir. Parla, il a tué l’art sous l’éclat menteur du luxe; juste et naturel châtiment, mais châtiment bien lourd à porter, pour une Eglise qui se dit la mère et l’inspiratrice des beaux-arts, et

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qui a réussi à faire eroire qu’elle mérite ces nobles titres.

Nous le nions. A nos yeux l’Eglise catholique a le droit de prétendre une seule chose : il fut un moment, glorieux pour elle, où elle répondait à la piété et à la pensée de tous; alors Dante écrivit, alors Giotto et Angelico da Fiesole peignirent leurs pieux chefs-d’œuvre ; alors s’élevèrent vers le ciel d’admirables cathédrales, d’une architecture plus ou moins pure selon le temps et le pays, symboles d’un élan véritable d’adoration, mêlée de bien des erreurs, sans doute, mais non dénuée de sincérité, ni même de liberté. Quand plus tard les inspirations de la Renaissance se mêlèrent à ce souille chrétien conservé par le catholicisme, quelques génies exceptionnels, un Léonard, un Michel- Ange, un Raphaël, éclairés par la beauté antique et bien moins dévots que leurs prédécesseurs, enfantèrent des prodiges d’art où leur foi a déjà peu de place ; après eux la décadence fut rapide.

Le catholicisme a donc régné sur le berceau de l’art moderne, mais sa clarté a pâli devant le flambeau rallumé de l’art antique, et depuis elle n’a cessé de s’affaiblir, elle s’éteint chaque jour. Le cycle du Dante est fermé comme celui d’Homère, et nul ne les rouvrira. Comme la décadence impériale a tué l’art gréco-romain, la décadence catholique a étouffé sous un luxe mortel l’art du

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