‹ Des beaux-arts en ItalieChapitre 5 sur 19 · ROUE · texte numérisé non relu

ROUE

des artistes catholiques parait profondément misérable. Quelle solennité, quelle grandeur, quelle réalité saisissante dans les monuments de l’ histoire de Rome et dans les souvenirs qu’ils rappellent 1 J’ai voulu avant tout parcourir au hasard la ville pendant deux jours entiers, et que de fois je me suis arrêté, frappé de respect et de surprise, en rencontrant au milieu des rues modernes les temples de Mars Vengeur, de Vesta, de la Fortune Virile,. le Forum de Trajan, le tombeau de Bibulus, le Janus Quadrifrons, et tant d’autres témoignages éloquents de la puissance romaine. Que de souvenus et de ruines dans ce Champ des Vaches qui fut jadis le Forum , et dans cet amphithéâtre des Flavius, si indignement démantelé par les neveux des papes * î

Mais„je l’avoue, à première vue, ni les restes augustes d.u Forum, ni la majesté en ruines du Colisée ne m’ont ému autant que cet autre monu-

* Sur tous ces monuments il faut consulter VH if foire romaine à Home, que M. Ampère publie dans la Revue des Deux-Mondes. On n’y trouvera pas l’infaillibilité, qui n’est nulle part, pas même ici; mais ce qu’on y trouvera, c’est la science à la fois patiente et passionnée, la sagacité d’un antiquaire exercé et érudit, le charme d’une parole vivante et colorée, et les sentiments élevés sans lesquels on ne peut ni aimer assez ceux qui furent la gloire de Home ni assez haïr ceux qui l’ont déshonorée en Tasser vissant

ment encore complet et achevé sur lequel il semble que le temps se soit arrêté immobile, comme n’osant y porter une atteinte sacrilège.

Quelle merveille que le Panthéon d’Agrippa!

Le portique est au-dessus de tout éloge, et la rotonde elle-même, avec ses proportions exquises, la sévérité et l’harmonie de l’ensemble, produit une impression profonde. Cet édifice n’a jamais été destiné, comme on le prétend, à contenir tous les dieux ; c’était un temple élevé à Jupiter Vengeur, et plusieurs savants ont cru que, dans l’origine au moins, et avant l’addition du portique, c’était une salle de bains. On en a retrouvé d’autres, bâties sur le même plan. Quoi qu’il en soit, l’extérieur était revêtu de marbre et l’intérieur garni d’ornements en bronze , qui tous ont disparu, sauf le cercle qui borde l’ouverture centrale par laquelle seule le temple est éclairé. Les tuiles qui couvraient le toit ainsi que les poutres qui le soutenaient, au moins sous le portique, étaient en bronze. Les portes, les pilastres d’airain auxquels elles sont suspendues, ainsi qu’un treillis du même métal qui les surmonte, existent encore. En 057, l’empereur Constant III , petit-fils d’Héraclius, pilla ce temple et emporta â Syracuse une partie de ces ornements de bronze. Près de mille ans plus tard, un pape continua cette œuvre de Vandale. Urbain Vlll enleva au Panthéon A5ô,250 livres de métal, dont 9,37 h livres de clous. Ce qui sem-

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ble incroyable, c’est que le pape s’en est vanté dans une inscription gravée sur marbre et scellée sous le portique. Je l’ai copiée textuellement :

URBANÜS VIH. PONT. MAX.

VETUSTAS. ABENÆI. LACUNARI3.

RELIQDIAS.

IN. VATICANAS. COLUMNAS. ET.

BELUGA. TORMENTA. COSFLAVIT.

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