‹ Des biens des monastères à ByzanceChapitre 11 sur 41 · I. Monastères autodespotes · texte numérisé non relu

I. Monastères autodespotes

Les monastères autodespotes ou monastères libres étaient ceux qui n'étaient soumis à aucune autorité

particulière, et s'administraient librement. Cette qualité d'autodespote était donnée au monastère par la charte de fondation.

On conçoit que le fondateur d'un monastère voulait préserver son patrimoine de toute ingérence étrangère. C'est ce que déclare l'impératrice Irène dans son Typicon : Je veux, dit- elle (1), que le monastère que je fonde sous le vocable de la mère de Dieu Kecharitomenes, soit administré pendant ma vie selon ma volonté. Après ma mort, j'entends que le monastère soit libre et autodespote, et qu'il ne soit soumis à la puissance de personne (2). Que personne ne puisse obtenir sur le monastère un droit ou un privilège quelconque, mais que le monastère reste perpétuellement libre et s'administre lui-même, suivant les règles que je vais établir. Qu'il ne soit soumis à aucun personnage laïque ou ecclésiastique. Que pour aucune raison il ne soit soumis à un autre monastère ou à un hospice. Je veux que le monastère reste éternellement sous la seule puissance de la vierge Marie Kecharitomenes auquel il est dédié. La seule exception à cette règle concerne l'Empereur Alexis Comnène, mari d'Irène. L'Empereur

(1) Typicon, chap. I.

(2) M-/^ T£ pactÀixoTç, 7^ ÈxxX-riTtaorTixo^;, y, TrpoacDTTixoTç ôxeSrjTiOTe Û7roT^0e[xevT|V oixat'otç, y-r, te xarx oojpeàv, r, ÈTri'ooaiv V] Ècpopi'av, v^ oixovoy.tav, -^^ £7riTY|pTii7iv, r, eTÉpxv riva 7rpôcpa<7'.v, zpôircoTroj ohiO'r^ t'.v., Tj y.ovrj Yj Euaye"? oixco, Yj toj opcpxvoTpocpsi'o), 7^ éTÉpw dexpÉrw Yj çsvojvi Tivt àva- TtôeaevYjV, aXX ûttô tvjv £;o'J(ti'3cv [xovyjç tY|; X£/aptTCD|j.£vY|; TrapOevoy-Y,- Tojpo;, ■/) 07) Y.'j.i avaTÉOclvoci xtii^v.'. [j-ivouchi taxti y.'j.i t^x^'j. tyjç xaxô. TTjv TjiAépav TjYouiAevo'jffYjÇ èv àuTY,, xuêspvïaOai' xe x-J. ots;7.ye'jTat' xary. to. TtapôvTa 7i;;.ôJv ôtiTayi^-aTct. — Typicon d'Irène, cli. I.

aura, pendant toute sa vie, les mêmes droits que l'Impératrice sur le monastère (l).

Cependant les monastères autodespotes étaient soumis à l'évêque du diocèse dans le ressort duquel ils se trouvaient, en ce qui concerne l'observation des règles canoniques. Mais, au point de vue de l'administration temporelle du monastère, l'évêque ne pouvait aucunement intervenir : le monastère agissait dans sa pleine liberté. Cependant l'évêque plantait sa croix sur les monastères autodespotes (2), mais uniquement comme signe extérieur de sa juridiction canonique. C'était d'ailleurs une condition nécessaire pour la fondation d'un monastère.

Les évêques byzantins eurent continuellement une tendance très marquée à intervenir dans les affaires qui concernaient l'administration temporelle des monastères autodespotes. En vain, les Conciles avaient-ils défendu aux évêques de s'approprier les revenus de ces monastères, en les menaçant de peines canoniques (3) ; les évêques ne tenaient point compte de cette prohibition.

Aussi, voyons-nous très souvent les higoumènes se plaindre à l'Empereur ou au patriarche, des usurpations commises à ce sujet par leurs évêques. Et nous voyons

(1) Voir aussi la AixTaç'.ç, de Michel Attaliate, dans laquelle celui-ci déclare que le monastère par lui fondé sera autodespote; Sathas, op. cit., I, p. 38.

(2) Nomocanon, iii. XI, cap. I, Pitra, II, p. 589. Synopsis minor, lettre M, § 114. Synopsis Basilicorum , tit. XVII, § 2.

(3) Canon YII, Conciles I et II de Constantinople, Pitra, t, II, p. 132.

les Empereurs promulguer des chrysobulles (1), les patriarches rédiger des décrets (2), par lesquels ils défendaient à l'évêque, dans le diocèse duquel se trouvait tel monastère autodespote, d'intervenir dans son administration, ou de lui faire subir quelque vexation.

Les fonctionnaires impériaux avaient la même tendance que les évèques, et, sous un prétexte quelconque, essayaient de s'immiscer dans l'administration du monastère. Les higoumènes se plaignirent souvent à l'Empereur des actes commis par ses fonctionnaires, et l'Empereur, par un chrysobulle (3), faisait défense à ses fonctionnaires, dont la liste était d'ailleurs fort longue, de porter â l'avenir le moindre trouble dans l'administration du monastère (4). Bien mieux, l'Empereur ordonnait à tel ou tel fonctionnaire de défendre les droits menacés d'un monastère (5).

D'autres fois, les vexations subies par le monastère émanaient d'un particulier (6), ou de l'ensemble des habitants d'un village (7). L'Empereur ou le patriarche, sollicité par l'higoumène, intervenait pour faire cesser les vexations.

Les vexations infligées à un monastère autodespote par un évêque, un fonctionnaire impérial ou un parti-

(1) Miklosich et Muller. IV, p. 209, 254, 260.

(2) Miklosich et Muller, VI, p. 222.

(3) Miklosich et Muller, IV, p. 139, VI, p. 110.

(4) Les princes d'Occident protégèrent eux aussi les monastères. Miklosich et Muller, VI, p. 423, 424.

(5) Miklosich et Muller, IV, p. 209, 223.

(6) Miklosich et Muller, IV, p. 213, 215. VI, p. 202.

(7) Miklosich et Muller, VI, p. 203, 210, 222.

culier, pouvaient être inspirées uniquement par la malignité, ou bien fondées sur un droit prétendu. Dans ce dernier cas, la qualité d'autodespote était contestée au monastère. Le litige était alors porté, soit devant les magistrats impériaux, soit devant le patriarche. C'est ainsi que nous voyons le juge de l'hippodrome, Théodore Pyropoulos, déclarer en 1196, que le monastère de Saint-Paul sur le mont Latro est exempt de la puissance ecclésiastique (l). De même, nous voyons les patriarches statuer sur la qualité d'un monastère, et le déclarer autodespote (2) ou patriarcal (3).

Irène, qui connaissait bien les vexations que l'on faisait, d'ordinaire, subir aux monastères autodespotes, s'en préoccupe dans son Typicon. Si quelqu'un, ditelle (4), veut, à n'importe quel moment et de quelque manière que ce soit, placer mon monastère sous la domination d'un personnage quelconque, que ce soit l'Empereur, une personne revêtue d'une dignité ecclésiastique ou sénatoriale, la supérieure, l'économe, ou quelqu'une des sœurs vivant dans le monastère poussée par l'impulsion malfaisante du démon, que celui-là soit anathème. La sanction donnée par l'Impératrice à ses prescriptions relatives à la liberté du monastère, n'a pas, comme on le voit, une grande importance prati-

(1) Miklosich et Muller, IV, p. 305.

(2) Miklosich et Muller, II, p. 264, IV, p. 298, 301, 302. Dans un acte de 1564, le patriarche Joseph II confirme la liberté d'un monastère, et prononce une condamnation contre Théodose, métropolite de Rhodes, qui avait produit de fausses lettres patriarcales.

(3) Miklosich et Muller, I, p. 232, IV, p. 353, 382, V, p. 250.

(4) Typicon, chap. I.

que. Mais c'était, semble-t-il, la seule sanction possible; si le monastère était troublé clans son administration, il ne pouvait que recourir à l'Empereur.

Nous trouvons dans les monastères de l'Athos l'exemple le plus fameux des monastères autodespotes; il nous paraît utile de retracer ici l'histoire sommaire de ces monastères (1). Ils apparaissent pour la première fois en 842, lors d'un synode contre les Iconoclastes. Leur existence est très probablement antérieure à cette date, mais ils durent peut-être leur essor aux persécutions des Iconoclastes qui chassèrent de Contantinople un grand nombre de moines, ainsi contraints de se réfugier dans des monastères éloignés. Vers le milieu du X® siècle, saint Athanase fonde le monastère de la Laure et réforme la vie monastique des Athonites. Puis de nombreux couvents se fondent successivement.

Dès le XI® siècle, des chrysobulles d'Alexis Gomnène proclament la liberté d'un certain nombre de monastères fondés sur l'Athos, la montagne sainte, Hagion Oros. Dans deux chrysobulles de 972 et 1046, les empereurs Jean Tzimiscès et Constantin Monomaque avaient réglé dans deux typiques l'organisation de ces monastères. Ils étaient tous placés sous l'autorité d'un supérieur général, le Protos. Comme tous les monastères autodespotes, les monastères de l'Athos subirent les tentatives d'usurpation de l'évêque du diocèse; les Empereurs et les patriarches déclarèrent que l'évêque avait uniquement le droit de consacrer les moines qui devenaient diacres ou prêtres. Craignant les attaques

(1) Bayel, v» Athos, Grande encyclopédie.

des pirates, les monastères de TAthos se fortifièrent. La conquête de l'Empire par les Latins eut pour résultat de mauvais traitements infligés aux moines par les conquérants. I^es moines eurent recours au pape Innocent III, qui les prit sous sa protection. Plus tard, les moines de l'Athos se montrèrent adversaires acharnés de l'union avec Rome (l).

L'Athos comprend aujourd'hui vingt grands monastères (2). Chaque monastère nomme un délégué et les 20 délégués se réunissent en Assemblée générale. Parmi ces 20 délégués, on prend chaque année 4 épistates qui forment le pouvoir exécutif : l'un d'eux a le premier rang et s'appelle le protos. Cette Assemblée statue sur les procès entre les monastères et s'occupe des intérêts généraux : elle se réunit tous les samedis. L'appel contre ces décisions est porté depuis le xvi* siècle devant le patriarche de Constantinople.

Tous les monastères de l'Athos suivent la règle de saint Basile : l'existence des moines est presque entièrement absorbéepar de longs offices, qui ne leur laissent guère de temps pour travailler. Les propriétés qu'ils possèdent en dehors de l'Athos, sont cultivées par des laïques et administrées par quelques moines délégués à cet effet.

(l)Les Turcs ont, eu général, prutégé les ÀLlionitcs, non sans les piller quelquefois. Monnier, Biographie de Zacharix. Nouvelle Revue historique de droit français et étranger, 1895, p. 672.

(2) De Vogiié, Syrie, Palestine, mont Aihos, Monnier, op. et loc. cil.

Feiuiaugu.

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