‹ Des biens des monastères à ByzanceChapitre 12 sur 41 · II. Monastères impériaux · texte numérisé non relu

II. Monastères impériaux

Il existait une catégorie spéciale de monastères appelés monastères impériaux (1). Bien que les textes présentent sur ce point une grande confusion, un certain nombre nous permettent de distinguer cette classe de monastères. C'est ainsi, par exemple, que la novelle d'Alexis Comnène, relative aux droits des patriarches sur les monastères (2), établit une différence entre les monastères impériaux et les monastères autodespotes. Le typicon d'Irène nous autorise à formuler la même conclusion (3); Irène déclare en effet, que le monastère par elle fondé, sera libre de toute autorité, y compris celle de l'Empereur.

Et cependant nous voyons un grand nombre de textes confondre les monastères impériaux et les monastères autodespotes.

Comment cette confusion a-t-elle pu se produire?

La première notion du monastère impérial qui se présente à l'esprit, est la suivante : Le monastère impérial est celui qui a été fondé par l'Empereur sur un terrain dépendant de son domaine, et qu'il a personnellement doté des fonds nécessaires à assurer sa subsistance. 11 n'est pas douteux que les monastères de ce genre n'étaient pas rares; on peut dire, en effet, que tous les Empereurs fondèrent un nombre plus ou moins grand de monastères (4).

(1) Du Gange, GLossarium,

(2) Zachariœ, Novelles. Coll. IV, nov. 37.

(3) Typicon, ch, I,

(4) Un Cange, Constantinopolis christiana, liv. III, p. 2.

On peut aussi ranger dans la catégorie des monastères impériaux, les monastères appelés monastères du fisc (1). Ces monastères pouvaient provenir de deux sources différentes : ou bien ils avaient été édifiés sur des terres appartenant au fisc, et alors ils se confondent presque avec les monastères dont nous avons parlé précédemment ; ou bien, construits par des particuliers sur des terres leur appartenant, ces monastères étaient passés entre les mains du fisc, à la suite d'une confiscation générale ou de quelque autre cause analogue. Remarquons ici, qu'en dehors des cas de confiscation légale, les nombreuses révolutions qui désolèrent Byzance, durent avoir pour conséquence de multiplier les confiscations arbitraires.

Enfin, parmi les monastères impériaux, figuraient également les monastères fondés ou acquis par TEmpereur à une époque antérieure à son avènement au trône, et dont il avait conservé ou reçu la propriété (2).

Si la liste des monastères impériaux se terminait là, il n'y aurait pas de difficulté. On conçoit que l'Empereur, propriétaire de ces monastères, eût la libre disposition de leurs revenus, et qu'il eût sur eux les droits les plus larges, sous la réserve des droits spirituels du patriarche reconnus et déterminés par la Novelle d'Alexis Comnène (3).

Mais les textes nous obligent à modifier cette notion

(1) Zacliarioe, Jus Grxco-romanuin , novelles. Coll. IV, nov. 37. (2^ Peira, lit. XV, § 4; Zachariac, Jus Grœco-lîovianuiii, T. (3) Zacharia}, Novelles. Coll. IV, nov. 37.

du monastère impérial. Nous voyons quelquefois, en effet, le même monastère qualifié en même temps d'autodespote et d'impérial. Il y avait donc des monastères impériaux autodespotes, qualifications qui paraissent inconciliables (1). Si le monastère impérial, tel que nous l'avons défini, est la propriété de l'Empereur, comment pourrait-il être en même temps autodespote, c'est-à-dire jouir de la liberté la plus complète dans l'administration de ses biens et la disposition de leurs revenus.

Il n'est pas douteux cependant que certains monastères qualifiés impériaux n'étaient point la propriété de l'Empereur et s'administraient librement sans avoir de comptes à lui rendre.

La meilleure preuve s'en trouve dans une des nombreuses accusations portées par le chroniqueur Théophane (2) contre l'Empereur Iconoclaste, Nicéphore le Logothète. Théophane raconte que Nicéphore obligea les colons des monastères impériaux à payer le kapnikon ou impôt personnel. Il est bien évident que cette obligation fut imposée non seulement aux colons des monastères impériaux, mais encore, et à plus forte raison, aux colons de toutes les autres catégories de monastères; mais Théophane ne le dit pas : il ne parle que des colons des monastères impériaux. On en doit conclure que beaucoup de monastères impériaux

(1) Voir un chrysobulle d'Alexis Comuène, empereur de Trébizonde, daté de l'an 1364, par lequel cet Empereur déclare qu'un monastère esta la fois autodespote et impérial ", Miklosich et Muller, V, p. 276. — Voir aussi Miklosich et Muller, VI, p, 276.

(2) Théophane, Paris, p. 414. Zonaras, XV, 14. Dind. III, p. 371.

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n'étaient pas la propriété de l'Empereur : autrement, on ne s'expliquerait pas la mesure prise par Nicéphore, ni surtout l'émotion qu'elle produisit dans les monastères.

Comment donc s'expliquer l'attribution de la qualification d'impériaux à des monastères si différents les uns des autres? Il est probable que ce fait est la conséquence d'un abus de mots.

La qualification de monastère impérial était précieuse pour un monastère; elle lui assurait le respect de ses voisins. Un monastère est un être faible : plus il est riche, plus il a besoin d'être défendu, aussi bien contre les particuliers que contre l'évêque diocésain et les fonctionnaires impériaux. La même nécessité engendra en Orient et en Occident les mêmes résultats : on donna à certains monastères une étiquette qui constituait pour eux une sauvegarde.

Il est probable que, pour se qualifier monastères impériaux, les monastères s'autorisaient de chrysobulles qui leur avaient été adressés par les empereurs. Ceux ci n'en étaient point avares : par ces chrysobulles, ils se déclaraient protecteurs du monastère, défendaient aux évêques de le troubler dans son administration, aux fonctionnaires d'exiger de lui le paiement des impôts.

Ainsi peut s'expliquer l'attribution à des monastères autodespotes de la qualification de monastères impériaux.

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