VII. Monastères qui étaient la propriété d'un particulier
Il existait une dernière catégorie de monastères, fort importante, les monastères qui appartenaient à des particuliers. Un particulier fondait un monastère sur un immeuble dont il conservait la propriété. 11 devenait propriétaire du monastère ainsi fondé (2), pouvait disposer à son gré des biens du monastère, qui étaient en réalité ses biens propres.
Bien plus, le propriétaire d'un tel monastère disposait à son gré du monastère lui-même (3). Cependant, afin d'éviter les abus qui devaient naturellement se produire (4), la question fut réglementée.
Une novelle de Justinien (5) vise ces monastères. La fondation était sans doute perpétuelle, mais le monastère n'avait que l'usufruit des biens. Aussi était-il à craindre que le propriétaire ne voulût disposer de sa propriété. Si le monastère ne possédait pas d'église, et, tout au moins sous Justinien, un certain nombre se
(1) Voir la At7.Ta;iç de Miciiel AUaliatte; Sathas, op. cit., t. I.
(3) Peira, litre XV, § IV.
(4) Canon 1, Conciles I et II de Conslantiuople; Pitra, II, p. 12'
(5) Novelle 7, c. XI.
trouvaient dans ce cas(l),une pareille aliénation restait possible, car les biens affectés au monastère n'avaient point reçu le caractère sacré qui les enlevait au commerce profane. Mais si les saints mystères étaient célébrés dans le monastère, Justinien défend (2) de vendre, échanger ou donner les immeubles ainsi revêtus d'un caractère sacré. L'évèque est chargé de punir un pareil crime.
Le fondateur d'un tel monastère ou ses héritiers, s'il mourait avant d'avoir achevé son œuvre (3), avaient le droit de nommer l'higoumène du monastère; toutefois, ni le fondateur ni aucun de ses héritiers n'avait le droit de se nommer lui-même higoumène, bien que la chose se produisît quelquefois, en pratique. L'évèque avait toujours le droit de révoquer l'higoumène ainsi choisi, si la personne désignée lui paraissait incapable ou indigne d'exercer cette fonction.
La situation dans laquelle se trouvaient les monastères qui dépendaient d'un particulier, était un danger pour la vie monastique : le monastère était constamment sous la menace d'une sécularisation. C'est pour éviter cet inconvénient qu'on prit l'habitude d'attribuer souvent à l'Empereur la propriété des biens consacrés au monastère.
(1) Novelle rs.i, c. II.
(2) Novelle 7, c. XI.
(3) Novelle 131, c. X.