‹ Des biens des monastères à ByzanceChapitre 23 sur 41 · V. TnAVAUX PERSONNELS DES MOINES · texte numérisé non relu

V. TnAVAUX PERSONNELS DES MOINES

En règle générale, les moines grecs passaient toute leur vie dans la contemplation, absorbés presque tout le jour par des offices interminables, et ne se livraient par suite à aucun travail. Peut-être trouverait-on là une des causes du développement prodigieux des monastères chez les fatalistes orientaux. Les premiers moines, les anachorètes des déserts de la Thébaïde, ne se livraient absolument à aucun travail. Saint Basile, dont la règle était suivie dans les monastères d'Orient, supprima, il est vrai, un grand nombre de macérations annihilantes. 11 établit une réglementation destinée à remplacer les mortifications systématiques, par des exercices propres à conserver et à développer l'activité physique dès moines. D'après la règle de saint Basile, chaque moine doit être employé à ce qu'il peut le mieux faire, et à des travaux qui puissent être pratiqués sans bruit, et sans troubler le recueillement de la communauté. C'est ainsi que la couture, le tissage, la cordonnerie, doivent être préférés à la bâtisse, à la charpenterie et à la forge. Dans beaucoup de monastères, en effet, les moines se livraient à des travaux de ce genre; mais ils n'y consacraient pas beaucoup de temps.

Quelquefois cependant, lorsque la main-d'œuvre laïque était insuffisante pour assurer la culture des terres appartenant au monastère, les novices étaient employés à ce travail. D'autres fois, par exemple dans les couvents de l'Athos, les novices montaient des barques de pêche, soit pour assurer l'alimentation des

moines, soit pour vendre le produit de leur pèche (1).

A certaines époques où la discipline monastique était fort relâchée, on vit des moines qui, au mépris de toutes les prohibitions canoniques et malgré les dispositions des Novelles impériales, firent publiquement le commerce. Il y a lieu de supposer que, dans ce cas, les moines agissaient pour leur compte personnel, et ne versaient pas entre les mains de l'économe, les bénéfices qu'ils pouvaient réaliser dans l'exercice de leur commerce. Non seulement les moines se livraient au commerce, mais encore ils pratiquaient le prêt à intérêt, chose qui était alors défendue à toute personne, sur le fondement d'une fausse interprétation de l'Evangile. De pareils faits ne pouvaient guère se passer qu'à une époque où, comme le reconnaît Balsamon (2), les moines d'Orient avaient presque cessé de pratiquer la vie commune, fondement de l'institution monastique (3).

Bien que les plus grands hommes de l'Empire byzantins soient sortis des monastères, la science n'y fut pas toujours en honneur. Le plus grand nombre des moines grecs, les caloyers, restaient à moitié laïques et fort ignorants. La minorité seule recevait l'ordination, d'où le nom de tepoij-ova/ô-. que l'on donnait aux moines prêtres : c'était parmi ces derniers que se recrutaient les évêques.

(1) De Vogué, Syrie, Palesline, mont Athos, p. 309.

(2) In Synod. Cartlii.g., c. XLVII.

(3) Cf. Blaslarès, Sunta^-ina, leUre E, cli. XXII; Kalli el Polli, t. VI, p. 276.

Cependant, dans certains monastères, les moines s'occupaient, comme en Occident, à copier des manuscrits contenant les œuvres soit de l'antiquité profane, soit surtout de l'antiquité sacrée. Mais bientôt cette louable coutume fut abandonnée, et si par exemple, dans un passage de la vie de saint Nil, il est question de la cellule où a demeuré le « vénérable calligraphe », c'est pour nous apprendre qu'il n'y est plus et que la cellule sert de chai. Au xii" siècle, on alla plus loin : les moines, réduits à une extrême misère, cherchèrent à se procurer par tous les moyens les ressources nécessaires à leur existence. Pour cela, ils ne se firent aucun scrupule de vendre les bibliothèques de leurs monastères (1); quelques-unes de ces bibliothèques devaient être très riches, si nous en jugeons par certaines de celles des monastères orientaux actuels (2).

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