CHAPITRE V
DE l'administration DES BIENS DES MONASTÈRES
Les biens des monastères n'étaient point administrés d'une façon uniforme : une grande variété présidait, au contraire, à l'administration de ces biens, et nombreux sont les modes divers d'administration auxquels on avait recours. La culture des terres n'était pas d'ailleurs chose facile. Dès le Bas Empire romain, nous assistons à un phénomène général et caractéristique : les campagnes sont abandonnées. Cette désertion s'explique par la situation lamentable de l'agriculture. Les paysans ne jouissaient d'aucune sécurité : a Ils culti- » vaient sans avoir la certitude de voir la moisson lever, » la récolte mûrir. Faut-il s'étonner que beaucoup aient )) préféré abandonner leurs terres, être brigands, pira- » tes, et même vivi-e esclaves des barbares? » (1).
Les empereurs prirent de nombreuses mesures pour porter remède à cette situation, qui menaçait l'Empire de la disette, et privait le fisc des ressources qui lui étaient nécessaires. Mais ces mesures extraordinaires ne produisirent pas les résultais attendus. L'agriculture fut toujours en souffrance dans l'Empire byzantin.
Nous allons examiner successivement les divers moyens employés par les monastères, pour l'adminis-
(I) Monnier, op. cit., p. 156.
tration de leurs biens. Ces modes d'^administration, qui n'ont d'ailleurs rien de particulier aux monastères, peuvent être classés en quatre catégories :
1" Culture directe;
2" Colonat;
3° Baux ordinaires;
4° Emphytéose.
Irène s'occupe, dans son Typicon, de ces modes d'administration. Elle veut que les revenus du monastère soient aussi considérables que possible, l'excédent des revenus devant servir, non pas à augmenter le bien-être des religieuses, mais à augmenter leur nombre. Elle profite de l'occasion pour donner d'excellents conseils aux administrateurs du monastère. Toutes les dépenses devront être prises sur les revenus : les objets nécessaires devront être achetés, non au moment où ces objets manquent, mais, au contraire, au moment où ces objets abondent et se vendent à vil prix (1). Les édifices du monastère ne doivent pas subir de modification ; si, par cas fortuit, il y a destruction totale ou partielle, ces édifices devront être reconstruits en la même forme (2).